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Aaah, Frank Zappa... Le moustachu ize baque ! Bon, pas de cycle à l'horizon, il le faudrait bien parce que les articles consacrés à Zappa sont, dans l'ensemble, parmi les plus anciens du blog, enterrés tout au fond du mix, bien profondément, datant de 2009/2010/2011, ça remonte à loin... Mais si j'avais voulu faire un cycle (je me suis tâté, honnêtement), j'aurais commencé par Freak Out !, non ? Mais rien ne m'empêche de réaborder quelques uns de mes Zappa préférés et celui-ci a toujours fait partie de mes chouchous parmi mes chouchous. Le fait est qu'il s'agit d'un des plus accessibles albums de Zappa, ce qui ne veut pas dire que je n'aime que les albums accessibles du Grand Wazoo, parce que sinon, je n'aimerais pas grand chose de lui. Or Uncle Meat a toujours été un de mes préférés, et il n'est pas spécialement accessible. Il ne l'est pas du tout, en fait. Les albums de Zappa, avec ou sans ses Mothers (ici, c'est officiellement sans, l'album est crédité Zappa seul), ne sont pas vraiment d'une accessibilité à toute épreuve. On conseille souvent Hot Rats (1969) pour découvrir Zappa, et effectivement, c'est un des plus accessibles, mais ça reste du free-jazz assez barré. Celui-ci est presque un disque normal. Il date de 1974 est un un album conceptuel, qui raconte une histoire, une sorte de BD musicale (il n'y à pas de dessins dans la pochette, non, rien de ça - même si une des chansons sera adaptée en BD dans Fluide Glacial - mais le ton de l'album, de l'histoire, fait très BD), et c'est un des disques les plus courts de Zappa, avec seulement 31 minutes. Il s'appelle Apostrophe (')

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Ce disque a été enregistré avec une pléthore de musiciens de grand talent : Jack Bruce (basse, de Cream ; qui n'aura pas de mots très tendres avec ce disque par la suite, le trouvant peu intéressant ; hé, Jacky, t'est mort depuis quelques années mais tu vas y avoir droit quand même : fallait pas accepter de jouer avec Zappa si tu n'aimes pas sa musique ; beau, beau, beau et con à la fois, le Jacky...) ; Don "Sugarcane" Harris (violon), Ian Underwood (des Mothers ; saxophone), Napoleon "Murphy" Brock (saxophone), Ruth Underwood (percussions), Aynsley Dunbar (des Mothers), Ralph Humphrey, Jim Gordon et John Guerin (batterie, tous trois, selon les morceaux), Bruce Fowler (trombone), Tom Fowler (basse), George Duke (claviers, choeurs), Jean-Luc Ponty (violon), Ray Collins (des Mothers ; choeurs), Tony Duran (guitare rythmique), Erroneous (basse), et Tina Turner, non créditée, est aux choeurs, notamment, parmi les choristes. Apostrophe (') offre 9 morceaux, dont quasiment tous font partie du concept, une histoire se passant sur la banquise, apparemment, dans laquelle Zappa s'imagine dans la peau d'un Eskimo du nom de Nanook qui, pour se défendre, lance de la neige imbibée de pisse de husky au visage d'un trappeur, qui en devient aveugle (Don't Eat The Yellow Snow). On se rend bien compte ici du sens de l'humour, redoutable (de jardin), de Frank Zappa. Nanook Rubs It continue le concept, mais après, il me semble que l'on s'en écarte. St. Alfonzo's Pancake Breakfast se baserait sur une publicité télévisuelle pour de la margarine, sacré Frank, Cosmik Debris parle d'un gourou, Uncle Remus est une chanson sur le racisme, qui reprend le thème là où Zappa s'était arrêté avec Trouble Every Day en 1966. 

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Quant à Stink-Foot, la chanson, hilarante, parle d'un pauvre chien qui meurt asphixié alors qu'il ramène les pantoufles de son maître, qui pue tellement des pieds qu'il en est toxique pour l'animal (on pense rarement à ce genre de détail quand on fait ramener ses pantoufles par son chien). Il n'y avait vraiment que Frank Zappa pour faire une chanson sur un sujet pareil, ou une sur de la neige imbibée de pisse qui rend aveugle celui qui se la reçoit en pleine gueule (déjà que même sans que ça rende forcément aveugle, ça ne doit pas être super agréable à recevoir). Musicalement, Apostrophe (') est un triomphe, du jazz-rock un peu free, un peu soul/funk (les choristes, mamma mia... Who you're jivin' with your cosmic debris ?), un peu rock progressif, totalement réjouissant du début à la fin (le morceau-titre, instrumental, est grandiose). Fut un temps, cet album était, en CD, commercialisé sur le même disque que le précédent album, Over-Nite Sensation (1973), court lui aussi, et assez proche musicalement, tout tenait sur un seul CD. Depuis pas mal d'années, ceci dit, les deux albums sont commercialisés séparément, ce qui est tout de même préférable. On notera cependant que la fameuse série de documentaires "Classic Albums" (en DVD) abordera ces deux disques d'un seul tenant, comme pour bien mettre en évidence le fait qu'ils soient assez indissociables. Ils sont aussi grandioses l'un que l'autre, et ma préférence va clairement à ce cru 1974, absolument jouissif !

FACE A

Don't Eat The Yellow Snow
Nanook Rubs It
St. Alfonzo's Pancake Breakfast
Father O'Blivion
Cosmik Debris
FACE B
Excentrifugal Forz
Apostrophe'
Uncle Remus
Stink-Foot