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 1990. Iron Maiden surprend son monde (en mal) avec No Prayer For The Dying, album assez sobre (par rapport aux envolées progressives de Somewhere In Time et Seventh Son Of A Seventh Son) marquant l'arrivée d'un nouveau guitariste (Janick Gers, qui remplace un Adrian Smith ayant quitté le navire en 1989) et marquant, aussi, un retour à un son plus rugueux, terre-à-terre et simpliste. L'accueil sera assez froid, même si l'album offre au groupe son premier et à ce jour unique single N°1 dans leur patrie d'Angleterre : Bring Your Daughter...To The Slaughter, chanson amusante et caricaturale que Bruce Dickinson (chanteur) avait, en 1989, déjà enregistrée, en solo, pour la bande-son d'un nanar horrifique (Freddy 5), le même Dickinson qui, en 1990, peu avant l'album de Maiden, avait sorti Tattooed Millionaire, son premier opus solo (avec, comme guitariste, Janick Gers). No Prayer For The Dying, considéré comme un des pires albums de Maiden, fut enregistré dans l'Essex, dans un ancien hangar reconverti en studio par son propriétaire, le bassiste du groupe (et son leader), Steve Harris. Bruce Dickinson dira avoir haï ce studio (Barnyard est son nom), les conditions d'enregistrement étaient horribles et, selon lui, ça se répercute dans le son, sale, rugueux (et parfois sous-mixé), de No Prayer For The Dying. Pourtant, même si Bruce a détesté enregistrer dans ces conditions un peu rustiques, il n'en demeure pas moins que le groupe y est retourné, à ces studios Barnyard (lesquels furent améliorés par la construction d'une vraie baraque, le son sera meilleur), pour y accoucher, en 1992, de leur neuvième album, un album qui sortira en mai (et a été enregistré entre la fin de 1991 et avril 1992, précisément), et s'appelle Fear Of The Dark. Un album qui détonne de plusieurs manières dans la discographie d'Iron Maiden.

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Tout d'abord, sa pochette est signée, non pas du fidèle Derek Riggs, mais de Melvyn Grant, qui signe ici une illustration sublime mais étonnante (et sujette à polémique chez les fans d'Eddie) : on y voit un monstre-arbre, Eddie reconverti en une créature hybride plus effrayante que comique (d'ordinaire, l'atmosphère des pochettes d'albums et de singles de Maiden est plus grand-guignolesque et rigolote que flippante). Le groupe préfèrera cette approche plus sinistre et menaçante, voulant changer un peu l'image de leur emblème, et n'ayant pas trop apprécié le dessin proposé, pour l'album, par Riggs (j'ignore ce que représentait le projet de pochette de Riggs). Autre chose, l'album sera le dernier produit par Martin Birch, qui prendra sa retraite après l'album, c'est aussi, donc, le tout dernier album produit par celui qui, depuis Killers (1981), a produit tous les Maiden (les lives y compris), mais aussi Fleetwood Mac, Deep Purple, etc... Aussi, c'est le premier album conçu pour le format CD, l'album est (les lives exceptés), le plus long de Maiden à l'époque : 58 minutes, pour 12 titres (en vinyle, il était double). Maiden fera par la suite nettement plus long, au point que Fear Of The Dark est, des albums de Maiden conçus pour le format CD, le second plus court après Virtual XI (de 1998, qui fait 53 minutes) ! Enfin, Fear Of The Dark sera le dernier album studio du groupe avec Bruce Dickinson (jusqu'à son retour en 2000, en même temps qu'Adrian Smith, pour Brave New World, et lui et Smith sont à l'heure actuelle toujours là), qui partira en 1993 une fois la tournée achevée. Une tournée qui sera la plus représentée en lives chez Maiden : pas moins de trois albums sortiront, dont deux qui, aujourd'hui (depuis 1998, année des rééditions du catalogue Maiden), sont proposés en pack : Live At Donington '92 (un double live à la qualité sonore moyenne, mais offrant de grands moments), et les deux compilations live de la tournée A Real Live One et A Real Dead One, deux lives simple CD que l'on trouve aujoud'hui en double compilation live du nom de A Real Live/Dead One.

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Personne (sauf Dickinson lui-même, sans doute, et, sans doute aussi, les autres membres du groupe et leur manager Rod Smallwood) ne pouvait, au moment de la sortie de Fear Of The Dark, se douter que Bruce Red Air Siren Dickinson partirait après la tournée. L'album, à sa sortie, sera moyennement accueilli par les fans (qui aujourd'hui encore, sont partagés entre les pro- et les anti-Fear Of The Dark ; tous, en revanche, sont unanimes, la chanson-titre est un sommet absolu pour le groupe, qui ne feront dès lors plus un seul concert sans la chanter) et la presse. Personnellement, je dois dire que j'ai mis du temps à l'aimer. Ma première écoute fut duraille, j'étais échaudé par les nombreuses mauvaises critiques lues sur le Net (fans, critiques professionnelles...), et j'ai détesté l'album direct. Par la suite, je l'ai de plus en plus apprécié, et à l'heure actuelle, je l'adore, et pense qu'il est vraiment sous-estimé. OK, Fear Of The Dark (le premier album de Maiden sur lequel Janick Gers a des crédits d'auteur ou co-auteur) offre certes quelques chansons un peu mineures, je pense notamment à Chains Of Misery qui ne sert pas à grand chose, à Be Quick Or Be Dead (première chanson, un des classiques de l'album, mais comme pour Die With Your Boots On en 1983, elle marche bien en live, mais ne vaut pas tripette en studio) et à Judas Be My Guide. En revanche, certains n'aiment pas The Apparition et Weekend Warrior, mais j'adore ces deux chansons (la deuxième parle du hooliganisme qui ravage le football ; grand fan de l'équipe de West Ham, Harris, auteur des paroles - la musique est de Gers -, s'en prend à ce fléau ici) qui ne sont certes pas des trésors, mais valent bien le coup. From Here To Eternity, The Fugitive sont efficaces, Childhood's End, avec son climat un peu boogie (la Gers' touch, bien audible sur l'album) et mélancolique, est une réussite... Fear Of The Dark est un chef d'oeuvre qui achève l'album en puissance... Wasting Love est une power-ballad touchante (sur A Real Live/Dead One, la présentation du morceau, en français - car la version live de ce morceau est issue d'un concert parisien, la double compilation touchant des concerts donnés un peu partout en Europe -, est hilarante : l'amour, ce n'est pas seulement un homme fuck une amie, non, ce n'est pas ; depuis, Dickinson parle nettement mieux notre langue, mais même en 1992/93, ce n'était pas honteux !)...

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Mais il y à, si on excepte la chanson-titre, deux autres chansons qui font de Fear Of The Dark un grand cru méconnu et à réhabiliter (c'est en grande partie le cas, d'ailleurs, l'album à une meilleure réputation maintenant qu'autrefois) : Fear Is The Key et Afraid To Shoot Strangers. La première est une chanson abordant un sujet de société (chose au final assez rare chez Iron Maiden, plus enclin à parler de monstres, de tueurs ou à se baser sur des faits historiques anciens ou sur des films ou romans de genre), en l'occurrence le Sida. Musicalement, le groupe aurait eu bien du mal à cacher la grosse influence qui fut la leur sur ce titre : Kashmir de Led Zeppelin. Ils l'ont reconnue, heureusement pour eux, sinon on les aurait accusés de plagiat, tellement c'est évident. C'est le morceau le plus lourd de l'album, une pure monstruosité (dans le bon sens du terme : c'est un morceau immense, hénaurme !) sur lequel Dickinson est en forme olympique. Un des morceaux les plus longs de l'album (5,35 minutes ; le plus long dure 7,20 minutes, c'est le morceau-titre). Autre morceau long (7 minutes, à 5 secondes près), c'est Afraid To Shoot Strangers, chanson qui parle de la guerre, de la terreur du brave soldat qui se demande ce qu'il fout là et ne veut pas tuer de gens, même s'il sait que c'est lui ou l'ennemi. Le solo de guitare, de Gers, est totalement boogie, on sent bien ce son particulier qui est le sien. Mis à part un passage bien musclé (et, dans un sens, assez incongru), le morceau est triste, mélancolique, à la No Prayer For The Dying, et c'est une pure splendeur (et selon moi, le sommet de l'album). Une des meilleures performances vocales de Bruce, c'est d'autant plus dommage qu'il soit parti après la tournée. Mais il y avait des tensions internes, de la lassitude, et on se console, maintenant, en sachant que Bruce reviendra en 1999, remplaçant au pied levé un chanteur compétent, mais ne correspondant vraiment pas à Iron Maiden : Blaze Bayley, arrivé en 1994. Mais ça, j'en reparle bientôt...

 

Be Quick Or Be Dead
From Here To Eternity
Afraid To Shoot Strangers
Fear Is The Key
Childhood's End
Wasting Love
The Fugitive
Chains Of Misery
The Apparition
Judas Be My Guide
Weekend Warrior
Fear Of The Dark