AF1

Je me souviens encore de quand ce disque est sorti, en 2004. Je me souviens d'articles assez dithyrambiques dans la presse, sur ô combien cet album était incroyable, ùo combien ce groupe allait sans doute nous surprendre par la suite tellement ça démarrait bien pour eux. David Bowie lui-même (à l'époque déjà en retrait, personne ne savait au juste pour combien de temps, lui y compris) en dira le plus grand bien (et partagera une scène avec eux). Arcade Fire, groupe canadien (leur chanteur et leader, Win Butler, est, cependant, américain), a en effet marqué un grand, grand coup, en 2004, avec ce disque au titre quelque peu refroidissant : Funeral. La vache, sortir, en tant que premier album, un disque du nom de "funérailles", faut oser, non ? Tout de suite, ça sent la joie de vivre, les airs gais et entraînants, la défonce transpirante en boîte de nuit sur un des hits commerciaux de l'album...je plaisante. L'album a été baptisé ainsi parce que certains membres du groupe ont eu, durant la gestation de l'album, subi une perte dans leurs famille ou cercles de proches. On ne peut pas dire non plus que l'enregistrement fut funèbre, et au final, à l'écoute de l'album rien ne transpire, rien ne respire la mort et le deuil (pas même la pochette, avec ces cubes, cette main sortant du sol pour tenir une superbe plume, ces incrustations argentées en forme de tracés de plume et cette teinte saumon). L'album n'est pas follement joyeux, mais il ne donne pas envie de se foutre en l'air en se pendant du haut de la Tour Montparnasse avec une corde de saut à l'élastique (pour que ça soit un peu plus fun pour les témoins de voir un pendu sauter et ressauter plutôt que d'être connement figé et immobile au bout de sa corde à linge verticale).

AF2

Long de 48 minutes, Funeral est un disque dont le seul défaut, pour moi, réside dans une production qui n'est pas totalement à la hauteur. Le son n'est pas mauvais, mais il est, tout de même, surtout pour les voix, un peu caverneux, on a du mal à entendre le chant, noyé dans la masse quand les morceaux s'emballent (ou dix balles ; non, pardon, c'était pas drôle). Sinon ? C'est un album que j'ai acheté peu de temps après sa sortie, un peu circonspect (je n'ai jamais été trop du genre à acheter des nouveautés de groupes que je ne connais pas ; ce qui fait que, parfois, souvent même, je découvre des trucs vraiment bluffants avec du retard ; quand j'achète un disque récent, souvent, c'est d'un groupe ou artiste que je connais bien et aime, pas d'un petit groupe méconnu et au sujet duquel je ne saurai pas si j'aimerai l'album). Mais au bout de deux écoutes, parce que la première fut curieuse, je dois dire que j'ai totalement accroché. J'ai par la suite acheté tous les Arcade Fire à leur sortir (seule exception, The Suburbs, sorti en 2010, que j'ai acheté en 2012), ils en font environ un tous les 3 ou 4 ans, le dernier, à l'heure où je rédige ces lignes, date de 2017. Un très bon album assez électropop, mais là n'est pas la question. Funeral, lui, n'est pas du tout électropop, ni électro tout court, ni pop tout court. Du rock alternatif sérieux, dont la moitié des morceaux sont partie intégrante d'un cycle, Neighborhood. Dont une chanson, Haïti, est interprétée, en partie en français, par Régine Chassagne, québécoise, d'origine haïtienne, femme de Win Butler et multi-instrumentaliste. Dont une autre chanson, Une Année Sans Lumière, est elle aussi en partie interprétée dans la langue de Molière, par Butler, dont ce n'est pas la langue maternelle, mais qui se démerde bien dessus. 

AF3

J'en chie pour rédiger cette chronique, vous ne pouvez pas savoir à quel point. Comment définir Funeral, avec ces chansons qui, parfois, sonnent comme de la new-wave (Neighborhood #3 (Power Out) et son ambiance du feu de Dieu), avec son final lacrymal à grand renforts d'arrangements de cordes (In The Backseat, sublime montée en puissance interprétée par Régine Chassagne), avec ses morceaux aux abords bien décalés, accordéon, violon, bandonéon, choeurs en pagaille (Neighborhood # (Tunnels), Neighborhood # (Laïka), un doublé d'ouverture qui force le respect), avec ce hit monumental qui file les frissons (là aussi, une montée en puissance incroyable), Rebellion (Lies), avec ces chansons faussement secondaires au premier abord, mais si fondamentales au final (Wake Up, Crown Of Love) ? La seule chose à dire, c'est que le groupe parviendra à faire encore mieux par la suite (Neon Bible, en 2007, que j'ai mis du temps à aimer ; The Suburbs en 2010, leur sommet, d'une perfection tétanisante ; Reflektor en 2013, double album ambitieux et discoïde, renversant). Mais déjà, ce premier album (précédé, en fait, un an plus tôt, d'un EP sans titre (The Arcade Fire) plutôt réussi) force le respect et s'impose dans toute discothèque rock digne de ce nom. Everytime you close your eyes...

FACE A

Neighborhood #1 (Tunnels)
Neighborhood #2 (Laïka)
Une Année Sans Lumière
Neighborhood #3 (Power Out)
Neighborhood #4 (7 Kettles)

FACE B
Crown Of Love
Wake Up
Haïti
Rebellion (Lies)
In The Backseat