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 Ca faisait longtemps. Longtemps que je n'avais pas abordé un disque des Beatles ici. Et j'ai décidé d'aborder un desplusrespectés et réussis, un authentique sommet, 35 minutes (et très peu de secondes) de pur bonheur : Revolver. Ce disque est sorti en 1966 sous une pochette signée Klaus Voormann, ami bassiste du groupe, qui s'est inspiré du style graphique d'Aubrey Beardsley (fameux dessinateur britannique du XIXème siècle, Humple Pie ont utilisé un de ses dessins pour leur album sans titre de 1970). Le titre de l'album est un jeu de mots entre l'arme à feu et le principe de lecture d'un disque, la rotation (to revolve : tourner sur soi-même). De même que le précédent album, Rubber Soul de 1965, était un jeu de mots entre 'Rubber sole' ('semelle de caoutchouc') et 'soul'. De même, aussi, que le précédent album, le nom du groupe n'apparait pas sur la pochette, juste le titre. Titre qui n'était pas Revolver, à la base, mais Abracadabra, et il y à eu aussi, comme propositions des divers membres du groupe, Four Sides Of The Eternal Triangle, Magical Circles, Beatles On Safari, Pendulum ou bien encore After Geography. Revolver mit tout le monde d'accord. Au moment de l'enregistrement de ce disque, ça y est, les Beatles ont décidé de ne plus monter sur scène. Leurs derniers concerts datent de 1965, et si on excepte le fameux concert de 1969 donné sur le toît d'Apple Records à Londres, ils ne rejoueront plus en live ensemble. La raison ? Une certaine lassitude, une envie de se reposer (leurs concerts étaient exténuants ; une rumeur dit sans doute vrai, qui tend à prouver l'absence royale d'album live du groupe par le simple fait qu'il était impossible d'enregistrer un concert sans avoir les bandes parasitées par les hurlements hystériques des fans en délire), et aussi le fait que la musique du groupe devient plus complexe d'album en album, et surtout à partir de Revolver : difficile à refaire sur scène.

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Dommage, car Revolver regorge de titres qui, en concert, auraient été magiques. Magiques comme ils le sont en album. Les 14 titres de ce disque court sont tous absolument essentiels, tout au plus peut-on dire de Yellow Submarine, fameuse chanson interprétée par Ringo (et avec l'aide, aux choeurs, du chanteur folk Donovan, c'est apparemment lui qui chante les lignes Skies of blue, Sea of green, In a yellow submarine, la grosse voix bizarre qui répond à celle de Ringo), qu'elle a été écoutée trop souvent et est un petit peu lassante (et encore, je chipote), et qu'elle est, sinon, la moins forte du lot, et le fait qu'elle soit chantée par Ringo (mais écrite par Lennon/Macca) n'y est pour rien. Sinon, et même pour cette chanson, Revolver est un sommet de rock psychédélique, du pur, du vrai. On dit souvent que Rubber Soul est le premier album de l'ère psyché du groupe, mais je pense plutôt que c'est Revolver. Les chansons témoignent : Eleanor Rigby, pépite de 2 minutes belle à en crever, sur une femme seule qui ramasse le riz par terre dans l'église une fois le mariage fini, et sur d'autres gens esseulés, est une merveille rythmée par des arrangements de cordes à tomber par terre ; Tomorrow Never Knows, de Lennon, avec son ambiance fumes un peu, t'auras l'air moins con, est un modèle de psychédélisme à l'anglaise ; Love You To, d'Harrison, Hare Krishna à mort ; Taxman, du même Georgie Boy (il a du pot, sa chanson ouvre l'album !), avec sa guitare remarquable et ses choeurs à la Batman Theme ; I'm Only Sleeping, par un Lennon qui se la joue endormi ; Doctor Robert, sur un médecin qui came ses patiens pour les gonfler à bloc ; Good Day Sunshine, qui est resplendissante ; Got To Get You Into My Life, de Macca, que Johnny osera, le salaud, reprendre en français (Je veux te graver dans ma vie, allez, ta gueule, Johnny), très soul avec ces cuivres ; et toujours de Macca, l'immense et délicat For No One avec ses arrangements de clavicorde. Faudrait tout citer.

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Dos de pochette vinyle

Tuerie absolue, je vous dit, par un groupe qui découvrait les cames (Dylan les a initiés au pétard, Owsley 'The Bear' Stanley leur fournira du LSD...) et en fait bien profiter ses auditeurs ici, tant on sent que Revolver a été composé, enregistré sous l'influence de paradis illicites. L'album est parfait, on a une foule de classiques, ces Here, There And Everywhere, Love You To, Tomorrow Never Knows, Eleanor Rigby, Taxman, Got To Get You Into My Life, For No One, She Said She Said... Yellow Submarine... Anthologique album beaucoup trop court malgré ses 14 titres, Revolver fait partie des intouchables beatlesiens les plus absolus avec l'ensemble des quatre albums studio qui suivront (de Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band à Abbey Road, je ne compte donc pas la bande-son de Yellow Submarine dedans, même si l'album est sorti avant Abbey Road). Pour moi, clairement, et même si Rubber Soul est grandiose, l'Âge d'Or du groupe démarre là, en 1966, avec ce disque, leur septième album en quatre ans d'existence (ça aussi, même si c'est l'époque qui voulait ça, ça force le respect). In-dis-pen-sa-ble. Vous ne l'avez pas ? Partez illico à la FNAC avant de lire la suite et fin de cette phrase et de cette chronique (et ensuite, revenez lire la fin, OK ?) !! Vous l'avez ? Allumez votre chaîne hi-fi et foutez-le dedans, il ne devrait d'ailleurs jamais en partir...

FACE A
Taxman
Eleanor Rigby
I'm Only Sleeping
Love You To
Here, There And Everywhere
Yellow Submarine
She Said She Said
FACE B
Good Day Sunshine
And Your Bird Can Sing
For No One
Doctor Robert
I Want To Tell You
Got To Get You Into My Life
Tomorrow Never Knows