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J'adore Frank Zappa, sans qu'il soit non plus mon artiste musical préféré au monde (je préfère nettement Led Zeppelin, Pink Floyd, David Bowie, les Beatles, les Wings, King Crimson et, chez nous, Alain Bashung, mais je le place, dans mon coeur, au même niveau que Bob Dylan, les Stones, Iron Maiden et AC/DC, c'est dire). C'est un artiste bien spécial que Zappa, un mec mort bien trop tôt (en 1993, et sauf erreur de ma part, il avait une cinquantaine d'années ; il est mort d'un cancer, il faut dire qu'il fumait comme un camion de pompiers et buvait du café comme si cette boisson allait être interdite incessamment sous peu), un homme connu pour ses moustaches tombantes, son regard allumé et amusé, son humour ravagé (assez porté sur le salace et le scato, parfois), et sa farouche position anti-drogues. Est-ce une légende ou la vérité, mais Zappa interdisait aux membres de ses groupes (les Mothers Of Invention, puis, par la suite, les Mothers, sous différentes incarnations) de se camer, et ne se camait pas lui-même (sauf si on considère la clope et le café, et sans doute l'alcool, comme des drogues, ce qu'ils sont, quelque part). A entendre la musique que Zappa faisait, et à voir certains des membres de ses groupes variés (Don Preston, Flo & Eddie...), difficile de le croire. Je veux bien croire que Zappa chiait sur la came et n'en prenait pas, mais certains de ses amis musikos ont sûrement du transgresser sa loi, et tâter du chichon, du LSD ou de la pilule rendant con, de temps en temps ! Enfin bref. Il y à plusieurs périodes importantes chez Zappa, et tellement de grandes choses qu'on imagine aisément la détresse du mec (ou de la fille) ne connaissant pas encore l'oeuvre du saligaud et voulant rattraper cette boulette. Par quoi commencer ? D'autant plus que certains albums essentiels ne sont clairement pas de ceux qui conviennent pour une première approche de la musique du bonhomme (commencer la découverte de l'oeuvre de Zappa par Freak Out !, Absolutely Free, We're Only In It For The Money ou Uncle Meat, tous de la première période - les Mothers Of Invention, 1966/1969 -, est plutôt déconseillé si on a les oreilles fragiles). Je conseillerai personnellement Hot Rats (1969), et surtout un doublé d'albums (une des premières éditions CD proposait les deux albums sur un seul disque, ils sont désormais commercialisés séparément comme il se doit) faits en 1973 et 1974, et dont je vais dès à présent parler du premier de ces albums (en nouvelle chronique remplaçant une ancienne datant de 2009, ça ne nous rajeunit pas) : Over-Nite Sensation et Apostrophe ('). Je reparlerai sans aucun doute, et prochainement, d' Apostrophe('), que j'avais abordé aussi en 2009, mais pour le moment, place à Over-Nite Sensation.

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Assez court (34 minutes pour 7 titres), Over-Nite Sensation est un des disques les plus accessibles de Frank Zappa, ici dans sa période funky (qui, pour tout dire, démarre même avec cet album, et s'étend jusqu'à 1975 et One Size Fits All). Non crédités sur la pochette, on peut même entendre Tina Turner et les Ikettes (les choristes d'Ike & Tina Turner) sur I'm The Slime, la chanson la plus connue de l'album, une diatribe hilarante (et groovy) sur la télévision, principalement chantée d'une voix froide par Zappa : I am gross and perverted, I'm obsessed and deranged... Parlons un peu des musiciens, d'ailleurs, avant de parler des morceaux. Tenant le chant (pas partout, mais j'y reviendrai) et la guitare, Zappa est ici entouré de tueurs : George Duke (claviers, synthés), Jean-Luc Ponty (violon), Ian Underwood (flûte, clarinette et autres instruments à vents), Ruth Underwood (percussions, marimbas, xylophone), Ralph Humphrey (batterie), Bruce Fowler (trombone), Tom Fowler (basse), Sal Marquez (trompette, choeurs)...et un certain Ricky Lancelotti au chant sur deux titres (un en duo avec Zappa, Zomby Woof, et un interprété en solo, Fifty-Fifty). Mort d'overdose il y à de cela pas mal d'années, Lancelotti, qui n'est pas en photo parmi les musiciens dans le livret CD dépliant (offrant aussi les paroles) mais apparait en photos dans le boîtier (sous l'emplacement du disque), marque ici sa seule et unique participation à un disque de Zappa, et probablement même à un disque tout court. Illustre inconnu ou presque, dont j'ignore la raison de sa présence sur l'album, c'est un mec au look hirsute et rigolard et à la voix totalement insoutenable. Non seulement ce mec avait une voix de merde (j'insiste LOURDEMENT sur le terme 'merdique') mais il ne savait pas chanter, il chante n'importe comment, et à cause de ça, Fifty-Fifty est une épreuve. Quand il chante My voice is kaput, on se dit qu'il a raison. Quand il glapit But that's alright people, on a envie de le tuer. La came s'en est chargé pour nous. Zomby Woof, qu'il chante en duo avec Zappa, passe mieux car Zappa y chante plus que Lancelotti. Les 5 autres titres sont totalement Lancelotti-free, il y brille par sa très appréciable absence. Je ne vais pas dire que la présence de Ricky Lancelotti ruine Over-Nite Sensation, non, mais l'album aurait été mieux sans lui. Ca, c'est clair.

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Ricky Lancelotti

Le reste de l'album, justement, assure à donf', entre le classique des classiques Montana (I might be movin' to Montana soon, just to raise me up a crop of Dental Floss), le hit I'm The Slime, le très virevoltant Camarillo Brillo et son jeu de guitare sensationnel, le très salace Dinah-Moe Humm que Zappa chante, à moitié, comme un pervers sexuel sur le point de juter, ou le très court (moins de 3 minutes) mais terrible Dirty Love. Gros succès à sa sortie, mélange adroit entre rock, funk et free-jazz bien décalé, Over-Nite Sensation est un régal absolu (malgré l'épouvantable voix de Lancelotti sur Fifty-Fifty, morceau qui, musicalement, est très bon, dommage donc qu'il soit chanté par ce con sans talent), un disque certes court, parfois même trop court (Apostrophe ('), le disque suivant, est encore plus court : 31 minutes pour 9 titres !), mais comptant assurément parmi les joyaux de Frank Zappa, qui ne manquera jamais d'interpréter certaines des chansons de l'album en live (Dirty Love, Montana, I'm The Slime). Parmi les préférés des fans du Grand Wazoo, Over-Nite Sensation est un des rares albums de Zappa que l'on peut vraiment et sans complexe conseiller à un néophyte, à quelqu'un ne connaissant pas du tout l'oeuvre du Zapp' et ayant quelque peu peur de se paumer dans son épatante et impressionnante (plus de 60 albums, lives et compiles' inclus !) discographie officielle. C'est un disque sublime, bien ravagé dans le style zappaïen usuel, tout en étant quand même accessible, très funky dans l'âme, et avec des textes, comme toujours, parfaits, drôles, osés (Dinah-Moe Humm, Dirty Love), pleins de sous-entendus, de jeux de mots, d'allusions... Mais que Ricky Lancelotti aille se faire foutre, de là où il est, pour en avoir flingué à vie une des chansons !

FACE A
Camarillo Brillo
I'm The Slime
Dirty Love
Fifty-Fifty
FACE B
Zomby Woof
Dinah-Moe Humm
Montana