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J'adore Frank Zappa. Je pense que vous le savez, maintenant, vu le nombre de chroniques (des réécritures, les articles le concernant figuraient parmi les plus anciens du blog, 2009/2010) qui ont été proposées depuis plusieurs semaines (et il y en aura encore un dans quelques jours, d'album de Zappa). Je sais que Frank Zappa ne fait pas partie des artistes musicaux les plus accessibles, et donc des plus appréciés du plus grand nombre. Freak Out ! ou Uncle Meat (il faudrait que je le réaborde, celui-là, d'ailleurs...) sont certes géniaux, mais allez faire écouter ça à quelqu'un dans la rue, au pif, et vous aurez plus de chance qu'on vous réponde bon, arrêtez ce boucan infernal que aah, Zappa ! J'adore. L'album qui nous intéresse aujourd'hui fait cependant, avec son successeur direct (les deux albums, pendant un temps, ont été faits en même temps) Apostrophe (') de 1974, partie des Zappa les plus accessibles. Vraiment. Il s'agit évidemment de Over-Nite Sensation, sorti en 1973, album très court (34 minutes ; le suivant sera cependant plus court encore, et d'ailleurs, pendant un temps, autrefois, ces deux albums, en CD, étaient commercialisés ensemble, sur une seule galette de 65 minutes, calculez-donc la durée d'Apostrophe (')...Vous avez deux heures. 

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Over-Nite Sensation est un des albums les plus réussis, accessibles, et enthousiasmants de Zappa. Il fait suite à une période courte et étonnante, 1972/73, au cours de laquelle un Zappa convalescent suite à un accident de scène survenu en 1971 (il se fait jeter de scène par un crétin jaloux qui pensait que Zappa zieutait sa petite amie...) s'est reconverti, par la force des choses (immobilisé en fauteuil), chef d'orchestre d'un véritable big band de free-jazz. Au cours de cette période, deux albums sortiront : Waka/Jawaka en 1972 et The Grand Wazoo en 1973, pas les plus accessibles (surtout Waka/Jawaka), mais deux albums franchement réussis, surtout le second cité. Désormais rétabli, pouvant reprendre la route des concerts, Zappa nous offre ici une musique totalement décomplexée. Funky, même. Oui, oui, funky. La preuve, Tina Turner et les Ikettes (choristes de Ike & Tina Turner) pousent des choeurs sur l'album, pas sur tout le disque, mais sur I'm The Slime, Dirty Love et l'ensemble de la face B. Mais ne cherchez pas leurs noms dans les crédits de pochette vinyle : de passage en studio pour voir sur quoi bossaient sa femme et ses choristes, invité par Tina afin qu'elle lui fasse écouter un passage vraiment difficile qu'elle et ses Ikettes ont finalement réussi à coucher sur bande, ce sacré connard d'Ike Turner entend Montana, regarde sa chère et tendre punching-ball de femme, et dit c'est quoi, cette merde ? Et exige de Zappa qu'il ne crédite pas les Ikettes.

Dont acte. Fallait pas faire chier Ike.

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Brillant du début à la fin, ce cru 1973 n'en demeure pas moins un peu parasité par le chant outrageant, hystérique, totalement allumé de Ricky Lancelotti (un chanteur et acteur de doublage, il a fait des voix pour Hanna-Barbera, mais restera dans l'ombre), que l'on entend sur deux titres, FiftyFifty et Zomby Woof. Quand j'étais plus jeune (ah ah ah, ce temps qui passe...), je détestais cette voix, je la trouvais insupportable (de la Loi). Avec le temps, j'ai appris non pas à aimer cette voix déglinguos (c'est le seul album sur lequel apparaît Lancelotti ; on l'entend aussi, je crois, sur le coffret Läther), mais à la supporter. C'est surtout parce que, musicalement, ces deux chansons sont réussies (aucune chanson, sur les 7 de l'album, n'est ratée), et que, sur Zomby Woof, Lancelotti n'est pas le seul à chanter, il partage le chant avec Zappa. Lequel a sûrement dû se demander qui était ce cinglé, vu qu'il ne l'a pas réengagé par la suite. Alors que ceux qui jouent sur ce disque, Ian Underwood, Bruce et Tom Fowler, Ruth Underwood, Jean-Luc Ponty, George Duke, n'en étaient pas à leur coup d'essai zappaïen, ou rejoueront sur ses albums. Ici, on trouve notamment un Dinah-Moe Humm terriblement sexuel, un Camarillo Brillo trépidant (cette guitare !), le géniallissime I'm The Slime qui se moque de la TV, ou bien Montana... Rien à dire, Over-Nite Sensation est une tuerie de free-jazz/funk-rock, produit à la perfection, son seul défaut réside donc dans la participation, rapide mais enquiquinante, de Lancelotti. 

FACE A
Camarillo Brillo
I'm The Slime
Dirty Love
Fifty-Fifty
FACE B
Zomby Woof
Dinah-Moe Humm
Montana