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Je vais être aussi clair que la lune à Maubeuge (pas compris ? Pas grave, mais ça m'attriste un peu quand même, vous savez) : ce disque, aujourd'hui probablement assez difficile à trouver, est une tuerie. Déjà, j'en avis chié pour dégotter un exemplaire (d'occasion, mais en état parfait), quand j'ai découvert l'existence de ce disque, en 2009, via Rock'n'Folk. Dans leur numéro de mai 2009, paru en avril (putain, 9 ans !), Philippe Manoeuvre avait abordé ce disque dans sa fameuse Discothèque Idéale (entre parenthèses (la preuve), il n'a pas placé cet album dans le tome 2 de sa  Discothèque Rock Idéale en version livre, quant au tome 1, il était déjà paru en 2009 ; cet oubli n'est pas le seul parmi les albums abordés dans la rubrique du magazine, cependant : Wheels Of Fire de Cream, Jayhawks, Pretenders, Live At Leeds des Who, Fairport Convention...). L'album est sorti en 2001 et est le premier (je crois qu'ils en ont sorti un autre, depuis) d'un groupe du nom de Jack Meatbeat & The Underground Society. Il s'appelle Back From World War III et au moment de sa sortie, discrète, sur le label Munster Records, il n'a évidemment pas affolé les foules. Peu de monde a du en parler, Rock'n'Folk l'ont fait, et pour avoir feuilleté un ou deux numéros du magazine datant de 2001, j'ai pu lire dans la rubrique 'courrier des lecteurs' des lettres du style mais comment peut-on faire pour se procurer ce disque, bon Dieu ? qui m'a fait dire que cet album avait dû être une belle Arlésienne pour les lecteurs. On en parle, mais on ne peut pas se le procurer. Et c'était à l'époque de sa sortie, pas quelques années plus tard !

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Ce disque est incroyable, difficile à chroniquer (cet article est la seconde chronique, qui remplace celle de 2009), et le groupe en lui-même est difficile à aborder. A la base, c'est un groupe finlandais qui s'appelle les Flaming Sideburns. Ou alors, ils se sont renommés ainsi par la suite. Ou alors, c'est un autre groupe constitué en grande partie des membres de Jack Meatbeat & The Underground Society. Ou alors...merde, tiens. J'avais dit que c'était difficile de parler d'eux. Musiciens finnois, mais chanteur argentin, 'Speedo' Martinez. Album enregistré en plus de trois ans de temps, entre 1995 et 1999, dans des conditions tellement rocambolesques qu'on pourrait en faire un film, et sorti en 2001 (en réalité, sorti en 1999, mais disponible mondialement en 2001) sous une pochette qui reprend (sans autorisation au préalable, mais le principal intéressé ne leur intentera pas de procès, ayant probablement apprécié ce côté rien à foutre des conséquences et leur musique) des graphismes de la BD culte de Guy Pellaert, Pravda La Survireuse (dont le personnage s'inspirait de Françoise Hardy). Long de 48 minutes, offrant 13 titres, Back From World War III est un album tout simplement bluffant, une sorte de longue jam survitaminée qui entremêle les meilleures références : Stooges, Hawkwind, Hendrix, Stones, MC5... Stooges, surtout, tant la voix de Speedo, sur certains titres (Stay & Dance, Hotel Escobar, Magnetic K.O. dont le titre est une probable allusion au live destroy des Stooges Metallic K.O.), ressemble à s'y méprendre à celle de l'Iguane. Sur d'autres titres, comme Back In The Delta, on est en pleine orgie hendrixienne. Dating With Witchkraft est une progression haletante, rythme chaloupé, guitares menaçantes, chant prenant qui, sans prévenir, explose. 

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Même les morceaux les plus calmes (We Are The Zombies, Sun Eclipse 1999) semblent sur le fil, VUmètre dans le rouge ou presque. Après un ultime morceau totalement et férocement rock, riche en riffs pentatoniques ravageurs (Jack's Ink Gone Red), on n'a qu'une seule envie, remettre l'album sur la première piste, cette courte Tijuana Jam latino qui ne prépare en rien au cataclysme garage-psyché-space des 12 titres suivants. A l'écoute de cet album aux titres de chansons bien barrés (Cosmic Power, Granada Smokin' Gypsy, Space Mountain Blues, Brainwash Time, autant de titres qui pourraient être ceux de chansons de Hawkwind) et aux sonorités dévastatrices, l'évidence se fait : c'est un chef d'oeuvre aussi intemporel que Fun House, dont il semble être le petit frère...ou le rejeton. C'est un album monumental, parfait de bout en bout, et c'est vraiment une profonde injustice de voir à quel point il est méconnu. Mais, quelque part, ça rend chaque écoute un peu particulière, l'impression d'écouter un disque secret, un trésor bien enfoui et conservé. On a à la fois envie de le faire découvrir à tout le monde et l'envie presque irrépressible de le garder pour soi. Aujourd'hui, en 2018, il est sans doute difficile de se le procurer, ça sera de l'occasion, et ça ne sera pas forcément à bon prix, minimum 20 ou 30 € j'imagine. Il existe un pressage vinyle, mais à mon avis, il est aussi rare qu'excessivement cher, surtout qu'il paraît que le tracklisting est différent par rapport au CD. Même si je sais que dépenser 20 ou 30 € pour un CD d'occasion est un frein, je ne peux que vous conseiller l'écoute de cet album. Il doit être possible de le trouver sur YouTube, je ne sais pas, j'ai pas cherché. Peu importe la manière de l'écouter, il faut l'écouter, c'est une tuerie totale qui mérite plus de reconnaissance !

Tijuana Jam

Back In The Delta
Stay & Dance
Brainwash Time
Dating With Witchkraft
We Are The Zombies
Granada Smokin' Gipsy
Cosmic Power
Hotel Escobar
Magnetic K.O.
Sun Eclipse 1999
Space Mountain Blues
Jack's Ink Gone Red