MC51

Le MC5 était un groupe de rock originaire de Detroit, Michigan, et au nombre de cinq membres. Detroit = Motor City (vu l'importance dans cette ville de l'industrie automobile). Motor City = MC. Cinq membres dans le groupe = 5. MC5, quoi. Le groupe sort son premier album en 1969, c'est un live (pour un premier album, c'est assez rare de sortir un live) du nom de Kick Out The Jams, enregistré en 1968 à la Grande Ballroom de Detroit, et qui sera source d'une belle polémique à sa sortie, en raison d'un motherfuckers ! bien audible dans l'annonce du second morceau (il sera remplacé non pas par un bip ! inhumain, mais par un brothers and sisters ! incongru). En raison, aussi, de l'engagement politique du Five : les mecs, déjà assez radicaux dans leur musique (pour 1969, même en cette année du premier Led Zeppelin et du premier Black Sabbath, c'est du brutal), sont sympathisants avec un certain John Sinclair, lequel est le fondateur d'un parti politique anarchiste, le White Panthers, qui prône le désordre généralisé, tout gratuit pour tout, tout le monde baise avec tout le monde jusques et y compris dans les rues, tout le monde se drogue, etc... En fait, Sinclair était leur gourou, quasiment, à l'époque, leur maître à penser, et la pochette de l'album non seulement indique son nom en tant que spiritual guidance, mais place aussi un long texte engagé signé de sa main. Terriblement violent, l'album ne se vendra pas super bien mais deviendra culte. Ce qui n'empêche pas Elektra Records, maison de disques ayant sorti l'album, de virer le Five, surtout quand Sinclair se retrouve incarcéré en 1969 pour possession de deux joints. Il est condamné à une peine de 10 ans de prison. Il sera libéré suite à divers recours juridiques en 1972. Entre temps, divers artistes engagés, notamment Lennon, pousseront des cris de libérez-le ! libérez-le !, Lennon allant jusqu'à faire une chanson, John Sinclair, sur son Some Time In New York City de 1972. Ironie de l'histoire, cette chanson appelant à le libérer sortira peu de temps après qu'il l'ait été pour de bon...

MC52

Retour au Five. Viré d'Elektra, le groupe de Rob Tyner (chant, chevelure afro) et de Wayne Kramer (un des deux guitaristes) est signé sur Atlantic Records et va commencer à préparer son deuxième album. Le groupe entre en contact avec un rock-critic du non de Jon Landau, qui va les produire (et qui deviendra producteur attitré de Bruce Springsteen par la suite). On oublie la furie psychédélique et proto-punk de Kick Out The Jams. Landau, grand fan de rock'n'roll à l'ancienne, va recentrer le Five sur son obsession, et va faire d'eux un groupe de rock à l'ancienne. Il va leur imposer deux reprises de standards (une en intro, une en conclusion, respectivement Tutti Frutti de Little Richard et Back In The U.S.A. de Chuck Berry qui donnera son titre à l'album) et sans aller jusqu'à shunter leurs idées politiques gauchisantes (car bien qu'ils ne soient plus sous l'égide de Sinclair, ils sont toujours engagés), va leur proposer de varier leur musique. C'est ainsi que sur Back In The U.S.A., sorti en 1970 et premier album studio du groupe, on trouve une ballade lacrymale, Let Me Try, aussi superbe qu'incongrue (les premiers fans n'apprécieront apparemment pas que le groupe qui, l'année précédente, enjoignait les motherfuckers à tout envoyer péter se résume désormais à chanter une chanson de ce genre) ; Teenage Lust, sur l'adolescence et le sexe ; High School sur la vie estudiantine... Des thèmes plus classiques, en somme. Ce qui n'empêche pas l'album d'offrir tout de même deux-trois morceaux plus engagés comme The American Ruse et surtout The Human Being Lawnmower, qui critique l'engagement américain au Vietnam. 

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'Sonic' Smith, Thompson, Davis (coincé au fond, Tyner, Kramer

L'album est moins violent, nettement moins, que le précédent, tout en étant très rock et un peu féroce. Le groupe joue soudé, tous sont excellents, Tyner (mort en 1991 ; trois membres du groupe ne sont plus, les deux autres sont le bassiste Michael Davis, mort en 2012, et le guitariste Fred 'Sonic' Smith, mort en 1994, qui était marié à Patti Smith depuis 1980) chante excellemment bien, la batterie de Dennnis 'Machine Gun' Thompson est excellente... Mais, hélas, il y à un problème grave, majeur et sérieux sur l'ensemble de Back In The U.S.A. : sa production. Aucune édition, réédition, n'y changera rien, que ça soit le vinyle original, le CD, la réédition vinyle, l'album sonne, sous tous formats, aussi mauvais. Le son est pourri, mince comme une feuille de PQ, sans aucun relief, on a l'impression d'avoir les oreilles bouchées au moment d'écouter le disque (lequel, au passage, est épouvantablement court : 28 minutes !), et il est difficile de s'y faire, à chaque écoute c'est pareil, l'impression d'un gâchis de production. Les chansons sont, toutes, époustouflantes, le groupe joue super bien, c'est indéniablement le meilleur du groupe (qui n'a fait que trois albums, en même temps), mais bordel, cette production totalement plate, qui n'est évidemment pas du goût du groupe (qui accusera Landau d'avoir voulu faire du Five un groupe à sa façon, à l'ancienne, avec une production 'digne' des premiers enregistrements rock'n'roll, mais personne, à l'époque, n'appréciera la tentative, qui plus est ratée). L'album ne se vendra pas bien, le groupe est en difficulté, et en fin d'année, enregistrera, produit par un autre (Geoffrey Aslam et eux-mêmes), un excellent troisième album, High Time, qui sera bien mieux accueilli par la presse, mais ne se vendra pas des masses là aussi. Et, entre ces échecs répétés et les ravages de la drogue, ça sera la fin du groupe. Culte ? Oui, à fond !

FACE A
Tutti Frutti
Tonight
Teenage Lust
Let Me Try
Looking At You
FACE B
High School
Call Me Animal
The American Ruse
Shakin' Street
The Human Being Lawnmower
Back In The U.S.A.