T1

Quand Toto s'est formé en 1978, ce conglomérat de requins de studio (tous, dans leurs domaines respectifs, guitare, basse, claviers, choeurs, etc, font partie de ce qui se faisait de mieux à l'époque dans la scène pop/rock californienne) s'est bouffé une légion de missiles nucléaires de la part de la presse spécialisée. C'était du style ah oui, c'est fastoche de fonder un groupe quand on est tous confirmés, c'est la course au succès sans prise de risques, ce genre de choses. Le succès mondial (grâce à Hold The Line, Georgy Porgy, I'll Supply The Love) du premier opus éponyme, Toto, en 1978, n'a évidemment rien arrangé. Le look des musiciens (welcome in 1978) non plus, ni la moustache du chanteur Bobby Kimball, ni le look de geek de Steve Porcaro (claviers)...sinon, en terme de qualité, ce premier opus, certes pas parfait (Manuela Run est médiocre), est sans doute un des meilleurs du groupe, et un putain de génial premier album. Les premiers fans attendront avec impatience la suite, qui déboulera en octobre 1979 (à noter que le disque a été fait en janvier, mais apparemment, il faudra attendre 9 longs mois pour que le groupe ne le sorte...soit la date d'enregistrement indiquée sur Kikipédia est erronée, soit ils ont eu des soucis divers, je ne sais pas trop) sous une belle pochette bleue et un titre curieux : Hydra. Offrant 8 titres (pour 42 minutes), cet album produit parr Tom Knox, Reggie Fisher et le groupe est un petit miracle de pop/rock teintée de progressif, de soul, de hard et de funk/disco. Oui, de tout ça !

T2

Chose amusante : à la sortie de l'album, la presse dira, grosso modo, que l'album n'a pas la fraîcheur, la magie du premier album. Alors que les mêmes journaleux avaient dézingué le premier album ! Steve Lukather, guitariste (et un des chanteurs) du groupe, dira qu'en lisant ça, le groupe s'écroulera de rire, et se jurera de continuer leur carrière selon leurs propres envies, sans se soucier le moins du monde de ce que l'on dira d'eux dans la presse. Toto, il faut le dire, est un groupe très populaire, il a des légions de fans (dont moi !), mais il est, globalement, détesté, honni, méprisé dans la presse rock, et généralement, on est soit pro- soit anti-Toto. Et c'est limite de bon goût d'être anti-Toto, d'ailleurs, pour résumer. Les cons. Toto est un excellent groupe de rock, qui a sorti de très bons albums (et d'autres vraiment pas terribles, oui oui, c'est vrai, jawohl mein herr), et ce deuxième cru, Hydra, est un de ses sommets absolus. Sa pochette, qui représente un homme debout dans les égouts (on voit une échelle métallique dans le mur) tenant une épée (un symbole du groupe, présent sur plusieurs de leurs pochettes, et dès le premier album d'ailleurs), dans des teintes bleutées et brumeuses, est énigmatique. A ce sujet, mon vinyle est à pochette simple, avec une sous-pochette proposant les paroles, mais à voir l'illustration plus bas, apparemment, il y à aussi eu une pochette ouvrante, à vérifier... Sinon, l'album offre un tube du groupe, un seul : 99. Chanson inspirée par le film THX 1138 de George Lucas, c'est une ballade sentimentale (un piano sublime ; un solo de guitare sensuel et magnifique en final, aussi) chantée par Lukather. Lequel a dit détester ce morceau, au passage. Le con. 

T3

Hydra n'est pas un album tubesque, il n'offre qu'un tube. Mais des classiques, par contre, il y en à ! Le morceau-titre, déjà, long de 7,30 minutes, vraie épopée progressivo-pop/rock interprétée par David Paich (claviers), une bombe mémorable au riff de guitare bien heavy, à l'atmosphère géniale... St George And The Dragon, chanté par Kimball, qui suit, utilise lui aussi le thème de la chevalerie, du dragon à terrasser, mais l'album n'est, malgré cela, pas conceptuel pour un kudo. D'ailleurs, suivent ensuite 99, déjà parlé, et le moins percutant mais tout de même bien sympathique Lorraine de David Paich, bluette sentimentale au refrain crétinement remuant. La face B n'est pas moins bonne, et s'ouvre sur un All Us Boys (chanté par Paich) bien rock, un Mama (chanté par Kimball, il chante le reste de l'album) soul et sublime, sur lequel le chanteur moustachu fait des merveilles, un White Sister endiablé que j'adore, et en final, A Secret Love, sublime, délicat, tendre, idéal pour achever le disque. Une chanson trop courte (3 minutes ; à noter que la moitié des morceaux font 5 minutes, voire plus) mais à l'image de ce deuxième album : attachant(e), réussi(e), parfait(e). Bref, un des sommets d'un groupe trop sous-estimé. 

FACE A
Hydra
St George And The Dragon
99
Lorraine
FACE B
All Us Boys
Mama
White Sister
A Secret Love