costellomodel

Declan Patric McManus... Avec un nom pareil, pas étonnant qu'il ait choisi Elvis Costello comme nom de scène. Enfin, c'est pas vraiment lui, mais son manager qui aurait choisi ce pseudo, allusion aussi bien à Presley qu'à une des stars du cinéma comique américain des années 50 (Abbott & Costello). Personnellement, je pense que Buddy Costello aurait bien collé aussi, vu le look très Buddy Holly du bonhomme, mais comme Presley est mort l'année du premier album de Costello (My Aim Is True, avec Watching The Detectives et Less Than Zero, qui donnera son nom à un roman de Bret Easton Ellis), ça tombait bien : comme ça, en 1977, Elvis Presley est mort deux fois. Costello, le temps de ses premiers albums, était vraiment très virulent, je ne dirai pas qu'il faisait du punk, mais on n'en est pas loin. Cet album, sorti en 1978, son deuxième album et probablement son meilleur (même si le suivant, Armed Forces, est génial aussi, et n'oublions pas le sublimissime Imperial Bedroom, qui donnera son nom à un autre roman de Bret Easton Ellis), et il s'appelle This Year's Model. La pochette, iconique au possible, montre Costello, plus buddyhollyesque que jamais, derrière un antique appareil photo sur trépied, comme semblant donner des instructions à un modèle. Une édition collector de l'album, aujourd'hui très certainement plus chère qu'une rançon d'otages, possède une pochette volontairement déphasée, avec la première lettre du nom de l'artiste et du titre qui apparaissent sur la tranche, et la tranche apparaissant à l'extrême droite du verso de pochette. Cette pochette volontairement flinguée a été reproduite pour la réédition vinyle récente de l'album, voir photo plus bas. 

Elvis_Costello

Long de 12 titres (la réédition vinyle rajoute Radio, Radio en final, qui se trouvait sur certaines éditions d'époque, et donc, certaines éditions possédaient 13 titres), This Year's Model, produit par Nick Lowe, est un disque culte. C'est aussi un album rempli de rage : bien que parfois musicalement légères (presque pop), les chansons de l'album parmi les plus agressives du binoclard survolté, c'est presque son album punk, et il est souvent rangé dans cette catégorie. Je me souviens, en 2007, pour les 30 ans du punk, à la FNAC, ils avaient mis des présentoirs avec des tas d'albums punk (en CD, pas en vinyle ; le vinyle ne commençait, alors, que très légèrement à revenir), parmi lesquels les inévitables Clash, Ramones, Sex Pistols et Damned. Il y avait aussi Wire, les Heartbreakers de Johnny Thunders et quelques albums comme le premier opus des Talking Heads, le New Boots And Panties !!! de Ian Dury, le Real Life de Magazine, Marquee Moon de Television...et cet album d'Elvis Costello, que j'ai acheté pour l'occasion. Première écoute : en quoi est-ce punk ? Mais j'avais aimé, tout de même. Deuxième écoute, en me concentrant sur les paroles (absentes du livret comme du vinyle original) : OK, si c'est punk, c'est du côté des paroles, qui sont vraiment hargneuses, cyniques, virulentes... C'est plus un concept qu'autre chose, le punk. Ici, Elvis chie sur la tronche de pas mal de choses : la drogue (Pump It Up : vas-y, fourres-toi-z'en, même si ça t'fait plus rien), les ex-petites amies avec (I Don't Want To Go To) Chelsea, qui peut aussi bien parler de la hausse du prix des loyers londoniens, la mode avec This Year's Girl et Lipstick Vogue, les radios avec Radio, Radio...

elvis_costello_this_years_model_2015_a__05178

Le chant est habité, cynique, hargneux, avec la si caractérisée voix de Costello, qu'on imagine sourire en coin en chantant ses diatribes virales. Son groupe, les Attractions (Steve Nieve aux claviers, Bruce Thomas à la basse, Pete Thomas à la batterie, et Costello joue toutes les guitares), est déjà bien maîtrisé et livre des mélodies imparables (No Action, The Beat, Little Triggers, Night Rally, Pump It Up, Lip Service). Généralement classé dans les meilleurs albums de rock de tous les temps, This Year's Model, qu'Elvis défendra bien en live (une édition collector de l'album propose un second disque, live, sur lequel 9 des 12 titres, plus Radio, Radio, sont joués), est effectivement un grand album de post-punk, de punk, de rock tout court, et un des meilleurs, tous meilleurs albums du bonhomme avec Imperial Bedroom, lequel est toutefois très différent, musicalement parlant (plus cool, moins violent). Aujourd'hui très sobre et flirtant dangereusement avec la niaiserie easy listening, chantant avec des crooners et jazzmen (il est, d'ailleurs, marié à Diana Krall), Elvis Costello a été, un temps, une valeur sûre du rock teigneux, du pub-rock endiablé, et ce deuxième album en est l'éclatante preuve ultime. Plus qu'essentiel : vital !

FACE A
No Action
This Year's Girl
The Beat
Pump It Up
Little Triggers
You Belong To Me
FACE B
Hand In Hand
(I Don't Want To Go To) Chelsea
Lip Service
Living In Paradise
Lipstick Vogue
Night Rally