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Peter Green, guitariste/chanteur de légende (mort l'an dernier), fondateur de Fleetwood Mac, quitte son groupe en 1970 pour mener gentiment une vie de détraqué mental (et accessoirement, faire quelques très très réussis, mais peu cartonneurs, albums solo, comme The End Of The Game). Le groupe encaisse le choc en sortant Kiln House, excellent album qui marque l'entrée, dans le groupe, de la claviériste Christine McVie (épouse du bassiste du groupe, John). Puis Jeremy Spencer, guitariste/chanteur fou de blues, se barre, rejoindre une secte douteuse dans laquelle il est toujours. Le groupe engage un Américain du nom de Bob Welch (guitare, chant). Le reste du groupe demeure inchangé : John McVie à la basse, Mick Fleetwood à la batterie, Christine McVie aux claviers, Danny Kirwan à la guitare et au chant. Christine va composer ses premiers morceaux et passer au chant en plus des claviers. Cette nouvelle mouture de Fleetwood Mac, un peu revampée, va passer du blues-rock des débuts (le groupe avait même enregistré des jams studio avec des légendes du Chicago Sound telles que Otis Spann ou Willie Dixon) à, tout simplement, de la pop. Et pas au fil des albums, non, mais directement via leur nouvel album, sorti en 1971 : Future Games (aussi le titre, par la suite, d'un album de Spirit, on ne confondra pas). La pochette de l'album représente des enfants jouant dans une étendue d'eau (bord d'une rivière), un gros pneu servant de bouée. Il existe deux versions de cette pochette : une avec une teinte jaune, visuel plus haut, et une avec une teinte vert pâle (comme pour le visuel plus bas, qui montre le verso de pochette). La réédition CD la plus récente, je crois, est à teinte jaune, de même que la réédition vinyle. L'ancienne édition CD est à teinte verte. 

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Verso de pochette ; John McVie est représenté par un pingouin, animal qu'il aime beaucoup et qui sera quasiment l'emblème du groupe par la suite...

Les morceaux, eux, ne changent pas, ni leur durée, ni leur nombre, ni leur ordre, quelle que soit la pochette. Il y en à 8, pour un total de 42 minutes. On notera que la majeure partie des éditions CD proposent une durée assez abracadabrantesque pour quasiment tous les morceaux, Woman Of 1000 Years étant crédité à 8 minutes alors qu'il n'en dure que 5,30 (ce qui, déjà, est pas mal, comme durée). Le ton général de l'album est assez vaporeux, calme, ce qui n'exclut pas deux morceaux assez rythmés : l'instrumental What A Shame, assez bluesy, jammesque (mais peu étendu), crédité à l'ensemble du groupe, et sur lequel un certain John Perfect, frangin de Christine, joue du saxophone en invité ; et Lay It All Down, signé Welch. Ce dernier, mort en 2012, connu essentiellement pour avoir fait partie du Mac entre 1971 et 1974 (le temps de cinq albums), a surtout fait sa spécialité de morceaux calmes, hypnotiques, sur lesquels sa voix douce et quelque peu éthérée fait des merveilles. Lay It All Down est un de ses rares morceaux rythmés, durant cette période. Ce n'est pas extraordinaire. L'autre morceau qu'il signe et interprète sur l'album, le morceau-titre, Future Games, long de 8,20 minutes (là, le minutage est correct !), est, lui, un pur triomphe, un chef d'oeuvre absolu qui laisse rêveur, avec en son sein (au centre et à la fin) deux belles envolées de guitares. 

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Les deux McVie, Fleetwood (au fond), Kirwan, Welch

Christine McVie signe deux chansons : le rythmé (un peu boogie) Morning Rain, très réussi, et la ballade lacrymale, elle aussi très réussie, Show Me A Smile, elle se fera par la suite une spécialité de ce genre de chansons. Celui qui a le plus de chansons sur l'album est Danny Kirwan, qui quittera le groupe après l'album suivant : il en signe trois à lui seul, Woman Of 1000 Years (aérien, prenant son temps, délivrant de belles envolées de guitare, ce morceau ouvre à merveille le disque), Sometimes et le très long (7,25 minutes) et absolument sublime Sands Of Time. L'enchaînement (en CD, car en vinyle, le changement de face les sépare) Future Games/Sands Of Time propose un quart d'heure abolument prodigieux, le coeur de l'album évidemment, son sommet. Future Games, qui sera disque d'or en 2000 (hé oui, aussi tard...), ne s'est pas vendu des masses, vous comprenez bien que s'il est devenu disque d'or aussi tardivement, c'est que les ventes initiales furent un peu faiblardes. C'est le problème du groupe à l'époque, avant que Lindsey Buckingham et sa femme Stevie Nicks n'incorporent le groupe en 1974 après le départ de Welch : ils ne vendaient quasiment plus rien, ont tout juste réussi à survivre, à se maintenir à flot, mais commercialement, ils étaient quasiment morts (un hit mineur en 1974, Hypnotized, c'est à peu près tout). Les albums de cette période, Penguin de 1973 excepté (celui-là, que j'ai réabordé il y à peu de temps, n'est pas extraordinaire), sont dans l'ensemble vraiment bons, voire même, pour Future Games et son successeur Bare Trees, remarquables. Bare Trees, de 1972, qu'il faudra bien que je réaborde un jour (bientôt, qui sait...), est même probablement un de leurs trois ou quatre meilleurs albums. De la pop sublime, éthérée, de grande qualité. Aussi méconnu que foutrement conseillé !

FACE A
Woman Of 1000 Years
Morning Rain
What A Shame
Future Games
FACE B
Sands Of Time
Sometimes
Lay It All Down
Show Me A Smile