TB1

Ca y est, je me suis décidé, je me suis lancé, je me lance avec cet article en fait : je réaborde, un par un, de leur premier à leur dernier, les albums du Band. Enfin, sauf The Last Waltz, triple live anthologique et collectif de 1978 (dernier concert du Band, en 1976, pour lequel ils ont fait venir des tas de potes musiciens, le tout filmé par Scorsese et sorti en salles) que j'ai réabordé en janvier dernier, c'est d'ailleurs ça (plus le fait que je me suis enfin payé en vinyle leurs deux derniers albums studio, qui manquaient à ma collection) qui m'a décidé. Donc ce cycle s'arrêtera avec l'album Islands (1977). Mais il démarre 9 ans plus tôt avec un album sorti donc en 1968 (vous avez calculé drôlement vite, dites donc !) sous une pochette qui, comment dire, heu...non, je préfère ne pas dire précisément ce que j'en pense, pour deux raisons : son auteur n'est autre que Bob Dylan, un mec pour qui, un long cycle publié ici en novembre/décembre dernier l'a prouvé une fois de plus, j'ai une immense et totale admiration. Mais en tant que musicien, pas en tant que peintre ("quand j'ai peint mon chef d'oeuvre", chantera-t-il, et le Band aussi...tu parles !), il suffit de voir la pochette de son Self Portrait, peinte par ses soins, pour juger de la différence de niveau entre sa musique/ses textes et ses peintures. Bon, sinon, The Band ? Un nom de groupe bien con (le Groupe), à la base, le groupe, quasiment constitué uniquement de Canadiens sauf le batteur Levon Helm qui était Américain, s'appelait The Hawks. Ils ont démarré pépèrement en backing-band de Ronnie Hawkins (d'où leur nom, je pense !), puis de...Bob Dylan. Ce sont eux (sauf Helm) qui jouent en live avec lui, en 1966, au cours de cette tournée immortalisée par le quatrième Bootleg Series. Entre autres.

TB2

En 1967, le Band et Dylan (qui se remet d'un accident de moto, ou bien d'une overdose, on n'a jamais vraiment bien su...) enregistrent, dans le sous-sol d'une grosse maison rose située à West Saugerties, près de Woodstock, Etat de New York, une chiée de chansons, reprises ou originaux, qui finiront sur des chiées de bootlegs, avant de sortir officiellement, en 1975 et en 2014, sous le titre de The Basement Tapes. Puis, début 1968, le groupe, nommé désormais The Band, enregistre son premier album. Qui sort en juillet, sous pochette dylanienne (au verso, la maison rose, et à l'intérieur, le groupe, posant solennellement ou entourés d'une foule de gens qui les cachent) et sous un titre curieux : Music From Big Pink. Curieux pour celui qui ne connaît pas l'histoire racontée plus haut, évidemment. Produit par John Simon, ce premier album ne sera pas, à sa sortie (la pochette y est sans doute pour beaucoup, surtout que le nom du groupe (quel nom ?) n'y apparaît nulle part), un succès, enfin, si, mais sur la longueur, et grâce à des déclarations passionnées de musiciens tels que George Harrison ou Eric Clapton, qui tous deux, notamment, s'avoueront sur le charme. Fans. En admiration. Il y à de quoi. Sorte de créateurs de la future vague americana (sans The Band, des groupes tels que  Counting Crows, The Jayhawks, notamment, n'existeraient pas), The Band livre ici une oeuvre colossale, qui sent bon la tourbe et la ruralité. Le groupe (que je n'ai pas encore cité, Helm mis à part, je le ferai dans la chronique suivante, promis, mais bon, vous les connaissez peut-être déjà) est constitué de mecs confirmés, pas des jeunots de 18 ans. Ils sont nés entre 1937 pour le plus vieux (lequel est toujours de ce monde, il n'en reste plus que deux) et 1943 pour les plus jeunes (dont un des deux survivants). Bref, ils ont entre 25 et 30 ans, ce qui, pour un groupe de rock, terme qui ne correspond pas trop au Band en fait, est presque vieux, surtout pour un premier album !

TB3

L'album offre un lot de chansons imparables, dont trois qui sont issues (mais réenregistrées pour l'occasion) des Basement Tapes : Tears Of Rage, This Wheel's On Fire et I Shall Be Released. On touche au sublime quant à, notamment, la dernière, un intouchable joyau qui sera aussi chanté par Dylan en concert (plus souvent que par le Band, vu la longévité de sa carrière). L'album offre aussi un des 'tubes' du Band, The Weight, chanson admirable entendue dans le film Easy Rider (dans Les Petits Mouchoirs aussi), une pure splendeur qui m'a fait, il y à lontemps, acheter le disque, chanson interprétée par Levon Helm. Je le précise, parce que, le claviériste/accordéoniste Garth Hudson mis à part (finalement, je vais peut-être réussir à les présenter dans cette chronique !), tout le monde chante, au sein du groupe. Caledonia Mission, superbe, est interprétée par le bassiste Rick Danko, Richard Manuel (claviers, essentiellement ; le premier à décéder, par suicide en 1986) chante notamment Tears Of Rage, Robbie Robertson (guitare) chante avec Manuel sur To Kingdom Come... Manuel et Danko sont les chanteurs principaux sur le disque, cependant. Leurs voix sont amères, aigrelettes, âgées comme le Temps, elles semblent avoir un vécu, quand Danko chante Long Black Veil (une reprise d'un standard), on y croit. In A Station est triste comme un jour sans pain. A côté, Chest Fever (qui, en live, sera l'objet, souvent, d'une longue introduction d'orgue par Hudson, The Genetic Method) semble presque farfelue. L'album, on le voit, est varié, tout en étant très cohérent. C'est une incontestable réussite, sans être, aussi étonnant que ça puisse paraître, leur sommet ; pour moi, en effet, le suivant, que je réaborde demain même heure, est supérieur encore !

FACE A
Tears Of Rage
To Kingdom Come
In A Station
Caledonia Mission
The Weight
FACE B
We Can Talk
Long Black Veil
Chest Fever
Lonesome Suzie
This Wheel's On Fire
I Shall Be Released