R1

On ne va pas se mentir, on se connaît trop pour ça. Si vous vous y connaissez un petit peu en rock, et notamment en rock récent (genre 20 ans d'existence environ, et l'album qui nous intéresse ici datant de 1997, il a donc 21 ans), vous savez déjà, pas besoin que je vous le dise, que cet album est important. C'est le meilleur album de Radiohead (qui ont pourtant sorti d'autres excellents albums) et un des meilleurs albums de tous les temps. C'est aussi un des meilleurs albums de ces 20 dernières années, un des meilleurs albums des années 90 si ce n'est le meilleur, et le meilleur album de 1997 (pas une année exemplaire, mais Be Here Now, En Passant, Blur, Urban Hymns quand même). C'est le troisième album de Radiohead, et il s'appelle OK Computer. L'album fait suite à deux albums qui marcheront très bien et sont du pur rock alternatif : Pablo Honey (1993, avec le hit Creep, mais incontestablement un des plus faibles albums du groupe) et The Bends (1995, avec My Iron Lung, Street Spirit (Fade Out), The Bends, Planet Telex, High And Dry, Fake Plastic Trees, Black Star, la liste des grands morceaux sur ce deuxième album est tellement longue qu'il faudrait en fait tout citer). Après ces deux best-sellers (surtout The Bends), le groupe enregistre, dans un manoir situé à Bath essentiellement, ce  troisième album, toujours sous la houlette de leur producteur Nigel Godrich, lequel est quasiment un membre à part entière du groupe. Ce troisième opus dure 53 minutes (12 titres) et est absolument et totalement parfait, à tous niveaux.

R2

Je ne vais pas essayer de décrire sa pochette, cheloue (mais pas autant que celles des albums suivants du groupe : Kid A, par exemple, dont le livret rend fou, rien qu'à cause de ses pliures dans des pliures), et contenant quelques termes en espéranto, mais sachez que la liste de chiffres - 18576397 - au verso signifie tout simplement la date et l'heure de la fin d'enregistrement : 18h57 le 6 mars 1997. Marrant que la date soit indiquée à la française, le jour avant le mois, et pas à l'anglaise (le mois avant le jour), mais l'album étant sorti le 16 juin, la date de fin d'enregistrement ne peut être que le 6 mars, pas le 3 juin ! OK Computer est un disque conceptuel (je n'ai jamais vraiment réussi à choper le concept, qui est certainement plus musical qu'autre chose) qui, musicalement, continue sur la lancée des chefs d'oeuvres publiés par Pink Floyd au cours de leur grande époque (Meddle, The Dark Side Of The Moon, Wish You Were Here). C'est totalement progressif, tout en étant aussi du rock alternatif, c'est parfois expérimental, plus que les deux précédents opus, mais nettement moins que les deux suivants, la paire Kid A/Amnesiac sortie en 2001/2002, indissociables et totalement déconstruits, déstructurés. Et qui, jusque dans le lettrage utilisé pour leurs pochettes, poursuivent l'aventure musicale de OK Computer

R3

Je ne vais pas essayer de décortiquer cet album ; ça aurait un peu trop l'air d'une autopsie, et j'aurais l'air de faire un crime de lèse-majesté infâme. OK Computer est un chef d'oeuvre de tous les instants, même l'intermède burroughsien Fitter Happier (moins de 2 minutes de monologue par une voix robotisée et atone déclamant un texte chelou sur comment bien vivre sans rien contrôler de sa vie, juste encaisser, dire oui, comme un mouton, orwellien en diable) est génial, car il s'accroche parfaitement au reste de l'album tout en assurant une petite respiration en son milieu. Les morceaux se suivent sans trop se ressembler, rock pur et dur (Electioneering), complainte lacrymale (Exit Music (For A Film), Lucky dont les envolées de guitare du refrain sont autant d'envols d'oiseaux sur la lande, même remarque pour Subterranean Homesick Alien dont le titre est une allusion évidente à un certain Bob Dylan), envolées psychédéliques (le sombre, dépressif, sensationnel, et au final assez expérimental Climbing Up The Walls qui me fera toujours frissonner), et tubes en puissance (Karma Police, Paranoid Android malgré son aspect assez recherché et sa durée, No Surprises). Pinkfloydien en diable, totalement envoûtant, parfait de bout en bout, OK Computer poursuit la route tracée avec The Bends tout en offrant au groupe le chemin de traverse des futurs Kid A et Amnesiac. C'est un des chefs d'oeuvres du siècle, un album imparable, intouchable, essentiel à mort, une plongée sombre, dépressive (mais avec quelques passages plus 'lumineux' ; pas Let Down, malgré son refrain enlevé, ceci dit), dans la tête du sans doute névrosé Thom Yorke (chanteur du groupe), le tout, serti par une production tout simplement géniale. MONUMENTAL, tout simplement !

FACE A

Airbag
Paranoid Android
Subterranean Homesick Alien

FACE B
Exit Music (For A Film)
Let Down
Karma Police

FACE C
Fitter Happier
Electioneering
Climbing Up The Walls
No Surprises

FACE D
Lucky
The Tourist