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Inamorata. Mission: Music, Masculinity. Master Of The Art, Music. Who Is This Music That Which Description May Never Justify? Can The Ocean Be Described? Fathomless Music, Body Of All That Is. Live Everlastingly. Man Initiate Inamorata:Your Music Art Tomorrow's Unknown Known Life. I Love Tomorrow.

Hein ? Que vous êtes en train de vous dire. Que signifie cette intro d'article à la con ? Hé bien, il s'agit tout simplement de la partie 'Narration' du dernier morceau, long de 26,30 minutes, de cet album. Le morceau s'appelle Innamorata And Narration By Conrad Roberts, et l'album, double (toujours en CD), c'est Live - Evil de Miles Davis. Un disque datant de 1971, sorti sous une sublime pochette d'Abdul Mati Klarwein (aussi auteur de celle du Bitches Brew de Miles Davis, du Abraxas de Santana...). Le titre de l'album est à double sens (Live et Evil sont deux mots, et le même dans les deux sens), la pochette aussi. On voit marqué 'Miles Davis Live' au recto, et, au verso, avec une illustration étrange représentant une sorte d'humanoïde au look de crapaud difforme et aux traits de J. Edgar Hoover (patron légendaire du FBI), 'Selim Sivad Evil'. Jeux de miroirs. D'ailleurs, un des morceaux s'appelle Sivad ('Davis' à l'envers) et l'autre, Selim ('Miles' à l'envers). Comme si ça ne suffisait pas, Live - Evil est à la fois live et studio : sur les 8 titres de l'album, 4 sont enregistrés en studio, et 4 proviennent de concerts donnés au Cellar Door de Washington D.C. (il existe un coffret The Cellar Door Sessions qui offre tous les morceaux live). La partie studio est insignifiante par rapport à la partie live : si Live - Evil serait entièrement live, il serait toujours double (en vinyle, en tout cas, et encore, sans doute même en CD). Les 4 morceaux les plus courts (Sivad, Selim, Medley : Gemini/Double Image, Nem Um Talvez) sont enregistrés en studio. 5 titres sur le premier disque, 3 sur le second.

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Intérieur de pochette vinyle (dans le CD aussi)

Live - Evil est un grand cru de Miles Davis, un disque quasiment aussi réputé que Bitches Brew, On The Corner, In A Silent Way ou Kind Of Blue dans la discographie du géant de la trompette et du jazz. Un de mes préférés absolus aussi du Maître, derrière Get Up With It, Bitches Brew et la paire de lives Agharta/Pangaea. Comme je l'ai dit, un album à la fois live et studio, et force est de constater que si les titres studio sont excellents, c'est la partie live qui assure à fond ici : L'album s'ouvre sur un Sivad d'un quart d'heure, le plus court des quatre titres live (oui, 15 minutes, mais c'est le plus court ! ; le seul reproche que je peux faire à Sivad, c'est de se finir brutalement, le morceau durait plus longtemps à la base mais on l'a édité pour pouvoir placer d'autres morceaux sur le disque, et le morceau se finit en pleine promesse d'une belle jam jazz/fusion...). Autre morceau live, situé en ouverture de la face B et l'occupant en quasi-totalité, What I Say, 21 minutes de folie pure, démentielle, groovy, funky même. Alors en période fusion (avec John McLaughlin, Jack DeJohnette, Chick Corea, Dave Holland, Billy Cobham, Joe Zawinul...), Miles assure à fond ici. Les deux autres titres live sont les titres 2 et 3 (sur 3 !) du second disque : Funky Tonk, 23 minutes occupant quasiment toute la face C, est génial, et Innamorata And Narration By Conrad Roberts, 26 minutes et des poussières, occupant toute la face D (et démarrant là où Funky Tonk se finit : en fait, c'est quasiment un seul titre de 50 minutes !), sommet du disque, et dont le seul défaut est la piètre qualité sonore de sa dernière partie (les 3 dernières minutes), une fois le mythique passage 'Narration' achevé. Comparé au reste du morceau (et du live), c'est une baisse indéniable de qualité sonore...

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Verso de pochette, avec l'inscription Selim Sivad Evil et le 'crapaud' à l'effigie de J. Edgar Hoover

Les autres titres sont donc studio, et assurent aussi : Little Church (3,15 minutes) aux accents très hispanisants, et même western spaghetti (j'insiste là-dessus, on a une ambiance assez morriconienne par moments, sifflements compris !) est une belle petite réussite, étrange, mais sympathique ;  Medley : Gemini/Double Image, qui dure un peu moins de 6 minutes malgré son titre qui promet de belles longueurs, est génial ; Nem Um Talvez, 4 minutes, est un morceau encore une fois un peu chelou, mais efficace dans son genre, et enfin, Selim, qui ouvre le disque 2, ne dure que 2 minutes, et sert plus d'intro (étrange) à Funky Tonk qu'autre chose. Dans l'ensemble, la partie studio n'est pas très représentative de Live - Evil, mais il serait dommage de passer à côté, ne serait-ce que pour Little Church. Un album remarquable de la part du grand Miles, servi par une pochette étrange et sublime, une production efficace (hormis le petit défaut du final du dernier titre), un savant mélange des genres... Dans l'ensemble, les 100 minutes de Live - Evil (deux disques de 50 minutes) sont au moins aussi grandioses que les 95 minutes (et quelques) de Bitches Brew. C'est cependant Bitches Brew que le grand public a plus facilement retenu, Live - Evil étant au final peu connu, sauf des fans ; personnellement, je ne saurais suffisamment vous conseiller de vous ruer sur ce disque de 1971 (ainsi que sur Get Up With It de 1974, qui est mon préféré de Miles), qui gagne à être encore plus connu ! Une réussite de plus, tout simplement, pour le Maître de la trompette.

FACE A
Sivad
Little Church
Medley : Gemini/Double Image
FACE B
What I Say
Nem Um Talvez
FACE C
Selim
Funky Tonk
FACE D
Innamorata And Narration By Conrad Roberts