K1

Des envie de reparler de Kiss me titillent. Envies en partie comblées par la nouvelle chronique, il y à quelques semaines, de leur Alive II de 1977, mais j'avais quand même envie de reparler d'un de leurs albums studio, qui s'avère être, de plus, le premier album que j'ai écouté du groupe, et aussi le premier que j'ai abordé sur le blog, en 2009, ça fait mauvaise lurette tout ça. Le temps où je ferai un cycle complet sur Baiser, tous les albums (pas mal ont été abordés, mais il en reste pas mal à faire) studio et live, n'est pas arrivé, il ne viendra peut-être jamais. Mais ce disque, je voulais en reparler depuis un petit moment. Chose marrante, on tient souvent les premiers albums écoutés de tel ou tel groupe/artiste comme nos préférés. Exemple avec Rush, dont un cycle de chroniques a démarré tout juste : j'ai découvert le groupe avec A Farewell To Kings, ça reste mon préféré. Même chose pour Santana avec Caravanserai, Roxy Music avec Avalon...Concernant Kiss, j'ai donc découvert ce groupe avec Destroyer (attention, je connaissais évidemment le groupe de nom et de réputation, ainsi qu'une chanson, I Was Made For Lovin' You, avant d'écouter Destroyer, tout de même), je devais avoir dans les 15 ans, ou 16. La pochette m'a interpellé, je l'aime toujours autant, cette pochette dessinée représentant le quatuor, encore dans sa formation originelle, sortant de terre sous un ciel de feu, dans un décor (le verso) apocalyptique de totale destruction. En total rapport avec le titre de l'album, percutant. Mais si ce fut mon premier Kiss, ce n'est en rien mon préféré d'eux (c'est Alive ! ; et pour les albums studio, c'est Hotter Than Hell, malgré sa production épouvantable).

K2

Au moment de la sortie de cet album, en 1976, Kiss est au sommet, enfin. Les trois premiers albums étaient des réussites, mais qui ne se vendront pas des masses. Il faudra le double live Alive ! en 1975, vrai best-of en concert, pour que la mayonnaise prenne enfin. Ensuite, jusqu'à 1978 en tout cas (année de sortie des quatre albums solo des quatre membres du groupe, certains réussis, d'autres - Criss... - à oublier), c'est le Boulevard des Rêves Accomplis. Ensuite, disons que c'est, en alternance, du chaud et du froid ; du chaud parfois un peu tiède, du froid bien congelant (Music From "The Elder"). Mais en 1976, Kiss est au sommet, donc. Premier album studio depuis Alive !, Destroyer est le premier album du groupe produit par Bob Ezrin, le grand producteur canadien du Berlin de Lou Reed, du premier Peter Gabriel solo, du Dure Limite de Téléphone, du The Wall du Floyd et des Alice Cooper de la grande époque. Ezrin leur produira l'épouvantable cru 1981 que j'ai cité un peu plus haut, mais aussi Revenge, bien plus réussi, dans les années 90. Il apporte au groupe sa fameuse touche assez chargée, riche en effets sonores et orchestraux. Ce qui ne fonctionne pas toujours (Great Expectations, écrite et interprétée par le bassiste Gene Simmons, est lourdaude, Beth, écrite et interprétée par le batteur Peter Criss, est affligeante de mièvreté), mais dans l'ensemble, apporte une nouvelle énergie aux Maquillés. Niveau effets sonores, en revanche... Detroit Rock City, long de 5 minutes, démarre par plus d'une minute de bruitages du style on entre dans la voiture, on met le contact, on allume l'autoradio - qui diffuse Rock'n'Roll All Nite, tube de Kiss de 1975... avant que la chanson ne démarre enfin, quel gâchis de temps. Idem pour Do You Love Me, le final de l'album, qui est enchaîné sur un peu plus d'une minute de bruitages sans intérêt, non crédité officiellement sur la pochette, et baptisé Rock'n'Roll Party. On a ainsi presque 3 minutes de gâchis de temps pour un album qui, en entier, dure 34 minutes ! 

K3

Bon, sinon, dans l'ensemble, les chansons font plus que tenir la route : beaucoup d'entre elles figurent carrément parmi les meilleures de Kiss : Detroit Rock City est monumentale, Shout It Out Loud est certes un peu énervante avec son côté rock de stade à reprendre tous en coeur, mais fédératrice, King Of The Night Time World (écrite en partie par Kim Fowley, tout comme le moins marquant Do You Love Me) est efficace, Sweet Pain contient un excellent riff, et God Of Thunder, interprétée par Simmons (mais écrite par le chanteur principal Paul Stanley), est une tuerie metal monstrueuse, un moment de grâce heavy, interprété à la perfection par le Démon (nom de scène de Simmons), sa voix est monumentale, aussi monumentale que le riff destructeur d'Ace Frehley. Le meilleur moment de Destroyer, juste devant Detroit Rock City. Le reste de l'album est moins marquant, entre Beth qui ne m'a jamais plu, Do You Love Me qui est énervante et répétitive, Great Expectations qui est jolie mais trop chargée, pompeuse, et Flaming Youth qui ne m'a jamais emballé (le refrain m'énerve, mais d'une force...). Au final, je trouve cet album certes réussi, et un amateur de hard-rock se doit tôt ou tard non seulement d'écouter Kiss, mais d'écouter cet album quand il en viendra à ce groupe. Mais je ne dirai pas qu'il s'agisse de leur sommet. Déjà, Love Gun, sorti l'année suivante (pas le suivant immédiat ; entre les deux, il y à l'inégal Rock And Roll Over) est supérieur ; ensuite, n'importe lequel des trois premiers opus est supérieur. La production ezrinienne est correcte, mais elle fonctionne mieux avec Alice Cooper que Kiss, je trouve. Que ça ne vous empêche pas d'écouter Destroyer ; non seulement une bonne partie de ses chansons sont tuantes, mais il fait partie de l'Âge d'Or du hard-rock, tous groupes confondus, et dans l'ensemble, on passe un bon (mais court) moment à l'écouter. 

FACE A
Detroit Rock City
King Of The Night Time World
God Of Thunder
Great Expectations
FACE B
Flaming Youth
Sweet Pain
Shout It Out Loud
Beth
Do You Love Me
(Outro) Rock'n'Roll Party