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Entre Bob Marley et Babylone l'Angleterre, c'est une longue histoire d'amour. Le Jamaïcain et ses Wailers, dont le début de carrière (pas encore du reggae, mais du ska et du rocksteady), dans les années 60, fut des plus confidentiels et quasiment restreint à son île, a commencé à connaître le succès en 1973 avec deux albums mémorables : Catch A Fire (dont la pochette de la première édition vinyle est en forme de zippo) et Burnin'. Alors que le rasta commence à vendre ses disques, un gros coup de pouce va survenir : Clapton, en 1974, sur son 461 Ocean Boulevard, va reprendre I Shot The Sheriff et en faire un gros, gros, köhlossähl tube. La même année, Marley publie l'intense Natty Dread. En 1975, Marley publie, enregistré au Lyceum de Londres, un Live ! anthologique. 1976: Rastama Vibration, excellentissime. En décembre de cette même année, Marley échappe à un attentat, à Kingston (Jamaïque), l'île a toujours été très instable, violente (voir le film culte The Harder They Come de Perryy Henzell). Il se barre pour éviter de subir d'autres agressions (parallèlement, les auteurs de l'attentat sont sauvagement punis), fait son exode, quitte son île pour une autre, l'Angleterre. Pour un rasta, c'est comme arriver à Babylone. Marley va rester un an en Angleterre, au cours de laquelle il va enregistrer deux albums : Kaya (qui sort en 1978, année de son retour) et, avant, Exodus, sorti en 1977. Ainsi qu'un single, Punky Reggae Party, qui cite les Clash, les Jam, les Damned et Dr Feelgood, et qui se trouve sur la réédition CD d'Exodus (mais sur aucun album studio mis à part ça).

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Sous sa pochette dorée, Exodus est donc sorti en 1977, année de l'exode (le titre est sans équivoque), année punk aussi. Si les précédents opus de Marley ont cartonné, celui-ci va être un profond traumatisme qui va définitivement faire du rasta un dieu vivant et l'empereur du reggae, un genre musical pourtant pas avare en grands artistes (Jimmy Cliff, Burning Spear, Culture, Max Romeo, Toots & The Maytals, Peter Tosh qui fut un ancien membre des Wailers). 1977, l'année où les deux 7 s'entrechoquent (Two-Sevens Clash, le hit reggae de Culture). L'année qui, selon les rastas, est celle de l'Apocalypse. L'année de Marley, qui va offrir à un monde interloqué le chef d'oeuvre absolu du mouvement reggae, devant le War Ina Babylon de Max Romeo & The Upsetters et le Marcus Garvey de Burning Spear. Et son propre Survival (1979). Exodus, tout du long de ses 37 minutes, est mythique, mystique aussi. Movement of Jah people. Un amoncellement de classiques sur les deux faces, une enculade de hits sur la B (Jammin', Waiting In Vain, One Love/People Get Ready, Turn Your Lights Down Low qui, plus de 30 ans plus tard, connaîtra une seconde vie en version remixée, tout comme le Sun Is Shining de Kaya). Une face B nettement plus 'accessible', commerciale, disons-le : pop que la A. 

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La face A, elle, est plus exigeante et sérieuse. Natural Mystic est un régal absolu (les cuivres...sublime), Marley y est dans une forme olympique, This could be the first trumpet, might as well could be the last. Je vous disais bien que 1977 est l'année de l'apocalypse. Histoire de ne pas se quitter dans les regrets, Marley a des tas de choses à dire, il se sent coupable, païen, lui qui est en exode en terre étrangère. Au cas où vous n'auriez pas pigé le pourquoi des mots en italique, traduisez les titres des chansons 2 à 5. Voilà, vous avez compris (oui, Heathen veut dire païen). Le morceau-titre, long de presque 8 minutes, et le seul dont les paroles sont proposées sur la sous-pochette (la version vinyle française d'époque propose leur traduction en français sur un insert, que pour cette chanson là aussi), est un monstre sacré. Mais j'ai envie de dire que tout l'album, de A à Z, est un monstre sacré. Ayant, il y à longtemps, découvert Marley via Kaya, qui m'a toujours énormément déçu malgré de bonnes chansons, j'ai mis du temps avant d'avoir envie de continuer la découverte de ses albums. Exodus fut mon deuxième Marley, et vous pouvez me croire, j'ai surkiffé. La suite (albums précédents, albums suivants, notamment le double live Babylon By Bus, anthologique et en grande partie enregistré à Paris) fut une accumulation de merveilles auditives, mais malgré mon attachement à Survival, Natty Dread et Catch A Fire (et aux deux lives), Exodus reste de loin mon grand préféré du Tuff Gong. Tout simplement crucial.

FACE A
Natural Mystic
So Much Things To Say
Guiltiness
The Heathen
Exodus
FACE B
Jammin'
Waiting In Vain
Turn Your Lights Down Low
Three Little Birds
One Love/People Get Ready