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Je l'ai déjà raconté ici (le 21 février dernier ; allez-y, allez vérifier, c'était en début de chronique pour l'album Waka/Jawaka) mais en décembre 1971, à Londres (au Rainbow), Frank Zappa se viande méchamment, il se casse la gueule de scène, pas par accident, mais par le fait d'un tiers, un spectateur un peu beaucoup très énormément con qui était persuadé que Zappa draguait ouvertement sa copine, et qui le fera tomber de scène. Bilan, des vertèbres en aussi bon état que l'économie française, jambe pétée, trauma crânien, la totale. Zappa passe une grande, grande partie de 1972 en fauteuil roulant, à convalescer (oui, je sais, ça ne se dit pas, "convalescer", mais tu sais quoi ? Oui, tu le sais, hein ?), et il va en profiter pour innover : il convertit son groupe, les Mothers (il en profite pour lourder les deux chanteurs lourdingues des Turtles, Flo & Eddie, et sans trop de regrets), en big band de free-jazz, et va enregistrer deux albums bien chargés. Waka/Jawaka est le premier, très bon album vraiment pas accessible et commercial, un des moins rentre-dedans de Zappa, il faut s'accrocher, mais la récompense est de taille. Enregistré en avril-mai, il sort en juillet. Egalement enregistré durant les mêmes sessions, un autre album de Zappa va sortir en 1972, en décembre lui, et il s'agit bien entendu de l'album que je réaborde ici (je crois qu'au tout départ, ce fut le premier Zappa abordé sur le blog ! Un des tous premiers en tout cas), The Grand Wazoo.

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The Grand Wazoo, sous sa magnifique pochette signée du fidèle Cal Schenkel, est nettement plus accessible que le précédent opus. Mais moins que le suivant, qui n'est autre que Over-Nite Sensation (1973) que j'ai réabordé récemment et qui verra un Zappa désormais totalement guéri passer à la sauce un peu funky. Totalement instrumental (enfin, sauf une paire de lignes de texte sur le premier morceau, et des vocaux sans queue ni tête parfois, mais c'est purement anecdotique), The Grand Wazoo, dont le morceau-titre, long de 13 minutes, est situé en seconde position sur l'album (je le précise, parce que la réédition CD de 1995 inverse le morceau avec son prédécesseur, et le place donc en ouverture ; le track-listing plus bas est le vrai, l'original, du vinyle), est donc un album de free-jazz bigbandesque, le nombre de musiciens est tellement écrasant (et ça varie d'un morceau à l'autre, souvent) que le citer tous occuperait une grande partie de ce qui me reste à faire pour la chronique, merci bien. Mais au débotté, on a notamment Aynsley Dunbar (batterie), Don Preston (claviers), Sal Marquez (trompette), Tony Duran (guitare ; Zappa en joue aussi), Erroneous (basse) ou bien encore George Duke (claviers). Dans l'intérieur de pochette (photo ci-dessous), on trouve une petite photo pour chaque musicien, ce trombinocope occupe tout un pan de la gatefold, l'autre étant occupé par les crédits, et un texte sur le concept, fumeux et que je ne cherche même pas à décrire, de l'album, qui est, en gros, conceptuel et se passe dans une sorte d'Antiquité dinguissime. 

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On parle de Zappa, après tout. Bien entendu, que le concept passera au-dessus de la boîte à oeufs de la plupart d'entre nous, surtout que comme l'album est essentiellement instrumental, ça n'aide pas. Le concept est surtout pour l'ambiance, sorte de péplum timbré (ou alors c'est la pochette qui veut que l'on pense à un péplum) totalement réjouissant, offrant de vraiment immenses moments de free-jazz tarabiscoté et bien bordélique, qui a sans doute été un petit Vietnam personnel à organiser et à enregistrer pour Zappa. Eat That Question, The Grand Wazoo, Blessed Relief, autant de morceaux indescriptibles et en même temps inoubliables qui font de cet album un des meilleurs, des sommets de Zappa. Au passage, pour l'anecdote sans grand intérêt sauf pour moi, c'est un album que j'ai réussi, en février dernier, à dénicher en vinyle d'époque après des mois de recherche acharnée (je le voyais en vente sur certains sites, mais le mode de paiement, Paypal, me rebutait trop, pas confiance, je préférais attendre que mon site de vente en ligne préféré, Rakuten, le propose par le biais d'un de ses vendeurs, avec un mode de paiement plus classique, ce qui a fini par arriver, et j'ai sans doute acheté le disque chez ce vendeur très peu de temps après le dépôt de son annonce, d'ailleurs, sitôt mis en vente, sitôt acheté) !

FACE A
For Calvin (And His Next Two Hitch-Hikers)

The Grand Wazoo
FACE B
Cleetus Awreetus-Awrightus
Eat That Question
Blessed Relief