sparklehorse

Avec ses deux précédentes livraisons, l'imprononçable Vivadixiesubmarinetransmissionplot et Good Morning Spider, Mark Linkous, alias Sparklehorse, a mis au placard les plus grands artistes et/ou groupes rock dépressifs. Vous pensiez que Nick Drake, Elliot Smith, Eels et consors étaient tristes, pour ne pas dire mélancoliques ?
Alors écoutez Sparklehouse qui ferait presque passer Elliot Smith pour un bon vieux troublion à la Patrick Sébastien ! Vous trouvez que j'exagère ? Alors, c'est que vous n'avez pas encore écouté Sparklehorse.

En 2001, le "groupe" (tout du moins, si on peut parler de "groupe"...) revient avec un troisième album, sobrement intitulé It's a wonderful life. Evidemment, de la part de Sparklehorse, un tel titre étonne. Est-ce que ça irait mieux du côté de Mark Linkous ?
Le compositeur de génie délivre la meilleure des réponses, à savoir "non !". Mais alors, pas du tout ! Par là, comprenez que ce disque est une véritable ode à la mélancolie. Visiblement, Mark Linkous est en phase terminale, tout du moins, d'un point de vue psychologique.

Et c'est exactement ce qui transpire de ce disque, d'une beauté insondable et supérieur (encore) aux précédentes livraisons du groupe. Cette fois-ci, il n'y a plus aucun doute. Vivadixiesubmarinetransmissionplot démontrait qu'on tenait un futur artiste de talent. Le deuxième opus, donc Good Morning Spider, le confirmait. It's A Wonderful Life est sans aucun doute le sommet absolu de Sparklehorse. Vous vous étiez pris une claque avec les deux premiers disques ? Alors, attendez-vous à prendre un uppercut sévère en pleine poire, le genre qui met K.O. et vous conduit direct aux urgences.

A côté de It's a wonderful life, Vivadixie... et Good Morning Spider passeraient presque pour des joyeux drilles et des petits enfants de choeur de la croix de bois en train de siffler la bande originale du film Les Choristes. C'est aussi au moment de la conception de It's A Wonderful Life que Mark Linkous sombre dans la dépression la plus totale.
L'artiste songe sérieusement à arrêter sa carrière et plonge dans l'alcool et la drogue. Ce troisième disque réunit également quelques invités de prestige: entre autres, PJ Harvey et Tom Waits.

La pochette de It's a wonderful life est plutôt sombre et annonce une nouvelle fois un disque funèbre, qui s'adresse avant tout aux suicidaires avec le flingue sur la tempe, la balle étant sur le point de partir (j'en rajoute exprès...). Sur une sorte de fond vert, on voit un bras tenir un bouquet de fleurs. On pense alors à des funérailles. Prémonitoire ?
Evidemment... Puisque Mark Linkous se suicidera en 2010 en se tirant une balle en plein coeur. La messe est déjà dite sur cet album pour le moins singulier.

D'une durée de 61 minutes environ, It's A Wonderful Life propose 14 titres, dont un morceau caché. Dès le premier morceau (le morceau-titre), Sparklehorse annonce la couleur, particulièrement sombre en l'occurrence. D'une noirceur absolue, It's a wonderful life pourrait presque s'apparenter à un chant funèbre de cathédrale. Splendide, belle à en pleurer, cette balade, à la fois superbe et mélancolique, n'est pas forcément facile d'accès.
Par là, comprenez que vous risquez d'être décontenancés par cette musique qui semble sortie d'outretombe.

Le reste est du même tonneau. Que ce soit Gold Day, Piano Fire, Sea of teeth, Little Fat Baby, Comfort me et j'en passe (il faudrait finalement tout citer), cet album est à pleurer. C'est un véritable plaisir d'écouter un disque de ce calibre, d'entendre la voix magnifique de Mark Linkous, qui chante parfois en duo avec PJ Harvey. Paradoxalement, It's a wonderful est assez déroutant, car encore une fois, difficile d'accès (il vous faudra plusieurs écoutes pour y adhérer) et vous imprégner de la mélancolie terminale qui hante ce disque. 
Et pour vous finir, je mets n'importe qui au défi d'écouter entièrement le morceau intitulé Babies on the sun (vous trouverez la vidéo juste en dessous du morceau It's A Wonderful Life). Si quelqu'un y parvient sans se tirer une balle ou se pendre (vous choisirez), qu'il me téléphone d'urgence.

Chronique complémentaire de ClashDoherty :

Moi qui découvre (littéralement) Sparklehorse ces temps-ci, je dois dire que je prends cher, d'album en album. Vivadixiesubmarinetransmissionplot, le premier opus, sorti en 1996 (abordé ici par Alice In Oliver, puis par moi), sous sa très étrange pochette (un ballon en forme de clown hilare aux yeux vides, dans un cien nuageux, photo volontairement mal cadrée) et son très étrange titre (inspiré par un rêve bizarre qu'aurait fait Mark Linkous, tête pensante et seul membre permanent de Sparklehorse), était une vraie réussite dans la catégorie rock dépressif et intimiste (et étrange). Good Morning Spider, le deuxième album, sorti en 1998 (abordé par mes soins), allait encore plus loin dans la réussite, un disque tout aussi sombre et triste, mais ô combien réussi, parfait, même, dirais-je sans trop réfléchir. Récemment, Dark Night Of Soul, l'album que Linkous a fait avec le producteur Danger Mouse (et bénéficiant de moult invités) et qui est sorti en 2010 peu après le suicide de Linkous, a été abordé, par Alice In Oliver et je, et c'est une réussite dans son genre. Avant ce disque, Linkous (Sparklehorse, en fait) avait fait deux autres opus, It's A Wonderful Life en 2001 (comme vous pouvez le voir plus haut, Alice In Oliver s'est chargé de l'aborder preum's) et Dreamt For Light Years In The Belly Of A Mountain en 2006 (pas encore abordé, qui s'en chargera ? Je ne sais pas encore, mais il sera abordé, ça, c'est sûr).

Place maintenant à ma chronique complémentaire de l'album qu'Alice In Oliver estime être le sommet de Sparkehorse : It's A Wonderful Life. Sous sa pochette verdâtre et assez ancienne (une photo jaunie, que l'on distingue entièrement dans la première page du livret, mais qui n'est visible, sur le recto de pochette, que dans un médaillon ; la photo représente un homme sans tête, tenant un bouquet dans la main, et c'est une peinture plus qu'une photo, en fait), l'album dure une heure, en comptant le quart d'heure du dernier titre, qui offre un morceau de 4,35 minutes et un titre caché après quelques minutes de silence. It's A Wonderful Life, qui possède clairement un titre étrange et ironique au vu de l'ambiance qui se dégage des 12 titres, est un excellentissime album de rock dépressif et intimiste, parfois musclé quand même (Dog Door est assez brut), mais, généralement, très aérien (More Yellow Doors, It's A Wonderful Life, Sea Of Teeth...). Le chant de Mark Linkous est très fragile, il possède (possédait) une voix très particulière, qui reflète bien son mal-être. Mark Linkous n'a pas eu une vie facile, on ne se suicide pas d'une balle dans le coeur quand on vit bien sa vie sans soucis. Comme Mark 'E' Everett d'Eels (qui, lui, est toujours là), Linkous ne s'est pas gêné pour parler de ses problèmes, il fait tourner, en brave dépressif généreux qu'il fut. Comme Alice In Oliver l'a dit en final de sa remarquable chronique ci-dessus, difficile d'écouter Babies On The Sun sans avoir envie d'avaler un Opinel ou de se jeter du haut de la Tour Eiffel. Même le fait de lire du Philippe Delerm à haute voix ne vous filera pas aussi vicieusement l'envie de jeter l'éponge vitale, direct. Tout ça pour dire que ce n'est pas follement joyeux, non. Mais Dieu que c'est beau, comme le chantait bat l'avoine.

L'album est probablement le sommet de Sparklehorse, oui, meilleur que Good Morning Spider (pourtant grandiose, j'insiste lourdement dessus), meilleur que les autres albums du 'groupe' (je ne connais pas encore Dreamt For Light Years In The Belly Of A Mountain, mais je rattrape le retard bientôt, j'espère qu'il est meilleur que son titre ; message à Alice In Oliver : si tu veux l'aborder, ne te gênes pas, sincèrement ! Tu sauras sûrement mieux en parler que moi), meilleur que le disque fait en collaboration avec Danger Mouse. It's A Wonderful Life est vraiment une splendeur de tous les instants (Comfort Me, Piano Fire, Babies On The Sun...), et je vais m'arrêter là, car, encore une fois, dans sa chro' plus haut, Alice In Oliver a tout dit. Un chef d'oeuvre dans son genre, à ne pas écouter si on va mal, mais si vous aimez le rock dépressif et intimiste/introspectif, faut pas oublier de l'écouter, celui-là, sinon ça ira mal pour vous. J'exagère à peine.

It's a wonderful life
Gold Day
Piano Fire
Sea of teeth
Apple bed
King of nails
Eyepennies
Dog Door
More Yellow Doors
Little fat baby
Devil's new
Comfort me
Babies on the sun
Morning Hollow (hidden track)