LouReed_MetalMachineMusic

Lou Reed, artiste hors-normes, décédé en 2013, a démarré sa carrière de la manière la moins commerciale qui soit : chanteur/guitariste au sein du Velvet Underground, petit groupe de rock psychédélique et expérimental camé crée de toute pièces par Andy Warhol, qui leur imposera un mannequin allemand à la personnalité compliquée, Nico, comme chanteuse (en français dans le texte dans les crédits du mythique premier album du groupe, celui à la banane warholienne, sorti en 1967, qui ne se vendra vraiment pas mais dont on a dit que chaque premier acheteur du disque a un jour fondé un groupe de rock, belle légende urbaine). Le Velvet n'était clairement pas un groupe à tubes (une de leurs chansons les plus connues parle d'un homme qui, fébrile, dans un bas-quartier mal famé, attend la venue de son dealer... une autre parle de la prise d'héroïne...autant de sujets que Lou Reed maîtrisait à la perfection, en parlait en connaisseur qualifié). Nico se barre ou se fait virer après le premier disque, John Cale part après le deuxième, Lou se barre après le quatrième, en 1970, et se lance en solo en 1972. Un premier album éponyme pas terrible et qui se vend aussi bien que des photos décicacées d'Hitler sur un stand au Mur des Lamentations. Transformer, le second, même année, produit par Bowie, cartonne. Lou Reed semble ne pas apprécier cette soudaine hypitude et sort Berlin, qui va le faire redescendre dans l'estime de la presse rock (mais reste son meilleur album). La suite sera une alternance entre tentatives de sonner commercial (Sally Can't Dance) et radicalité absolue (les lives Rock'n'Roll Animal et Lou Reed Live proposent des versions métallisées de ses chansons, y compris de l'époque Velvet). En 1975, à peu près en même temps que Lou Reed Live (sorti sans son accord par RCA), Lou sort ce qui restera à vie son chef d'oeuvre absolu, j'ai nommé Metal Machine Music.

LR1

Ce disque, c'est la Mecque louridienne, 64 minutes de rock trippant comme on en aura rarement entendu dans sa vie, et qui renvoie clairement les classiques du genre, comme le définitivement surfait (comparé à l'album de Lou) Exile On Main St. des Stones ou le quatrième opus (sans titre) de Led Zeppelin aller cueillir des pâquerettes dans un terrain vague à moitié inondé. Metal Machine Music, comment le qualifier, c'est du rock pur et dur, qui ne s'embarrasse pas de chichis, Lou est allé s'entourer de putain de tueurs, des mecs de dingue, Earl Slick et Dick Wagner (ce dernier n'est pas pas à son coup d'essai avec Lou, et le premier cité jouera l'année suivante avec Bowie) aux guitares, Lou en joue aussi un peu, on l'entend notamment sur le troisième long morceau (car ce disque n'offre que quatre morceaux, des épopées presque progressives si ce n'étaient les mélodies incisives, les paroles violentes sur la vie dans les bas-fonds, ce demi-monde peuplé de marginaux de tous bords : Out here in the city mud, come see us, don't bring your needle, just bring you all along, chante-t-il sur le deuxième morceau, dévastateur). La basse est de Tony Levin, un habitué de Lou (Berlin), la batterie signée Michael Suchorsky, qui poursuivra sa collaboration avec Lou par la suite. Pas de claviers, pas besoin. Si l'album, avec sa pochette montrant un Lou protopunk à la chevelure péroxydée et courte, façon petit nazillon, peut interloquer, ce n'est rien comparé au contenu. The sirens are singing for me, they're waiting patiently, but I'm sticked on this fuckin' pole, hey, could you give me a hand, asshole ? Des paroles comme ça, franchement, Dylan peut aller se rhabiller. 

Lou_Reed_1975

Clairement, ce disque, qui se vendra comme des petits pains, fera de Lou une mégastar (Transformer définitivement oublié, et le reste de la production 1975 reléguée aux oubliettes et aux bacs à soldes avant l'heure) et sera par la suite source de reprises par des artistes aussi divers, variés et talentueux que Paul McCartney (qui s'amusera à reprendre des bribes de cet incroyable quatrième morceau, le meilleur du lot, sur McCartney II), Patti Smith (qui, en cette même année, aura bien du mal à imposer son Horses, face à Lou, que faire ?), le très punk Johnny Mathis et Iggy Pop, ce disque qui a fait regretter à Lennon de mettre sa carrière en pause parce qu'il aurait eu, apparemment, sérieusement envie de tenter de contrer l'attaque louridienne et de faire mieux que lui (mais mission impossible : Keith Richards des Rolling Stones n'a-il pas déclaré, en 1975, à la sortie de ce disque, que tout le monde pouvait bien, désormais, se reconvertir en agents d'assurances, tricoteurs, vendeurs de cheddar Galloway ou ouvriers du bâtiment, vu que personne d'autre que Lou Reed, et sans doute même pas Lou Reed lui-même, ne pourrait faire au moins aussi bien que Metal Machine Music ? On imagine sans peine la tronche de Lou quand, en 1976, il a reçu le Grammy Award de l'album de l'année, et de l'artiste de l'année, ainsi que le Grand Prix du disque de l'Académie Charles-Cros, en France, où il fera d'ailleurs des concerts prodigieux à l'Olympia et aux Abattoirs de Paris, ainsi qu'à la Halle Tony-Garnier de Lyon (livrant une prestation nucléaire, en ce soir du 5 juillet, avec un Kill Your Sons de 18 minutes, un Heroin de presque une demi-heure applaudi longuement - on a certainement vu, le lendemain, dans les cours de récréation lyonnaises, des enfants s'amusant à faire comme Lou, sans la seringue pour les moins fortunés d'entre  eux-, et évidemment, la quasi-totalité de Metal Machine Music, dans des versions à tomber par terre). Bref, on tient ici un sommet absolu, un chef d'oeuvre total, intégral, que l'on écoutera et réécoutera, inlassablement, avec le même sentiment : l'admiration. 

Et joyeux Premier avril à tout le monde, bah oui, vous croyiez quoi ?

FACE A
Metal Machine Music 1
FACE B
Metal Machine Music 2
FACE C
Metal Machine Music 3
FACE D
Metal Machine Music 4