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C'est dingue à dire, mais j'ai beaucoup de mal à me remettre de cette sale nouvelle apprise le 27 octobre dernier (un dimanche qui, dès lors, est devenu sale dimanche de merde), en début de soirée : la mort, à 71 ans, de Lou Reed. Putain, c'était juste pas possible d'admettre pareille information ! Mais information, on le sait, hélas totalement véridique, confirmée rapidement, relayée par la presse écrite, TV, radio, web... Comment as-tu pu nous faire ça, Lou ? Cette question, pas mal de gens se la sont posé en 1975 au moment de la sortie de l'album que j'ai décidé de réaborder pour l'occasion (certains diront que j'aurais pu en choisir un autre, mais ayant réabordé pas mal de ses albums sur le blog il y à quelques mois ou un an, alors que celui-ci n'avait pas été réabordé depuis 2009, j'ai choisi celui-ci). Cette question, je me la pose, depuis dimanche dernier, comment Lou a-t-il pu nous faire ça et nous quitter, alors qu'un mec comme lui (et comme d'autres qui, heureusement, sont toujours là, ces Bowie, Keith, Macca, Lemmy, Iggy et Mick Jagger, sans oublier Bob Dylan et le Boss) est censé être immortel. Il est censé accompagner notre vie et celle de nos enfants tout comme il a sans doute accompagné celle de nos parents (voire grands-parents pour les plus jeunes d'entre nous). Et il meurt. Comme ça. Connement. Ah non, je m'en remets pas. Mais c'est comme ça, alors parlons un peu de l'album, dont je n'ai même pas donné le titre pour le moment : Metal Machine Music. Pour les fans de Lou, ce disque, c'est un truc bizarre et qu'il est généralement de bon ton de détester encore plus fort qu'Hitler. On en parle généralement comme du plus grand fuck-off jamais pondu par un artiste musical majeur (toutes périodes confondues), et on a généralement beaucoup de mal à accepter le fait que Lou n'a, en fait, pas fait ça pour se foutre de la tronche de ses fans ou pour faire un bras d'honneur musical à sa maison de disques. Mais tout simplement pour s'amuser et essayer un truc nouveau, qui n'avais jamais été fait auparavant (et ne le sera plus par la suite : cet album est, entendons-nous bien, unique en son genre). Le truc nouveau, c'est : que se passe-t-il si je fous les amplis à donf' en branchant ma guitare, que je bloque le son sur une corde, et que je laisse tout s'enregistrer pendant, allez, 64 minutes, en en profitant pour aller faire des courses pendant l'enregistrement car il ne me reste plus que deux bières dans le frigo ? Bref, Lou a enregistré un disque entier de larsen, de bruit blanc, non stop, sur quatre faces vinyle (tout tient sur un seul CD, car, oui, ce truc a été édité en CD, par Buddha Records).

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Autant le dire, la sortie de l'album fut prétexte à un joyeux bordel, multiples retours d'albums en magasin d'acheteurs d'abord persuadés d'avoir acheté un exemplaire défectueux, puis, au deuxième retour, se rendant compte que, tous les exemplaires ne pouvant être défectueux, le disque a bel et bien été conçu ainsi ; interrogations sur la santé mentale de Lou Reed ; chez RCA, compagnie de disques hébergeant Lou, on se pose également ce genre de questions. Lou est sur le point de se faire lourder, mais il accepte de ne plus jamais refaire ce genre de conneries, non, il n'y aura pas de Son Of Metal Machine Music, et sur ces bonnes paroles (accompagnées quelques mois plus tard de Coney Island Baby, merveille absolue de rock teinté de doo-wop), Lou reste à RCA ; qu'il quittera en 1976, après Coney Island Baby, cependant, pour Arista, chez qui il restera jusqu'en 1981. Puis retour à RCA, mais c'est une autre histoire. Les critiques ont fusé à la sortie de l'album. Si Lester Bangs (chroniqueur rock mort en 1982, grand adulateur de Lou devant l'Eternel, au point d'en devenir gênant pour Lou, c'était sa bête noire) adorera l'album, intitulant son article-critique Le Plus Grand Album Jamais Fait (si, si !), il fut le seul. Comment en vouloir aux autres de détester Metal Machine Music ? Commen en vouloir aux acheteurs écoeurés (une très faible minorité a sans doute aimé, ça reste du domaine du possible), d'hier et de maintenant ? En revanche, une chose à dire : on clame généralement que personne n'a jamais pu écouter les 64 minutes de larsen d'un coup, que même Lou ne pouvait pas le faire ; c'est faux, car je l'ai personnellement écouté deux fois en entier (avec une longue période entre les deux écoutes et un Doliprane après chacune), et je sais ne pas être le seul. Metal Machine Music n'est pas un album inécoutable, il est un album inécouté. Là où quasiment tout le monde y voit comme un doigt d'honneur sonore, j'y vois (et je ne suis, là aussi, pas le seul dans ce cas) un disque séminal et précurseur de la future musique techno et industrielle/ambiant à la Autechre, Aphex Twin, Nine Inch Nails, même, qui sait. On peut même dire que MMM (pour faire court) est punk avec deux ans d'avance.

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Bref, c'est pas que du bruit. Même si ça en est aussi, évidemment. De la première seconde de la première face à la dernière de la dernière face, on entend, à peu près, en phonétique, des sons rendant à peu près rrrdddddggvvrrrkkkzzzzzzzzrrrrrtkkkkzzzzzzzzfrrrrrrrrrrrssssskkkrrtttttt, j'ai pas oublié un xktrsz quelque part ? je me le demande, et il est évident que ce n'est pas l'album à écouter le matin en prenant son Benco (ça existe encore, ce truc-là ?) où le soir en besognant sa régulière (selon les goûts de chacun). Il n'est pas non plus lecadeau idéal pour votre meilleur ami fan de musique, et si vous voulez vous le payer en CD, essayez de ne pas le payer trop cher, car il arrivera forcément un moment dans votre vie (et ce moment arrivera plus tôt que vous ne le pensez) où vous regretterez amèrement cette acquisition. Ce fut mon cas, mais avecle temps, je suis quand même content de posséder MMM, car quelque part, c'est un disque à avoir chez soi ; une oeuvre d'art unique. Oui, de l'art. Qui a dit que l'art devait forcément être beau et facile d'accès ? Metal Machine Music a servi de musique d'inauguration d'un musée à Berlin, il me semble, dans les années 2000, et plein d'artistes actuels de la scène industrielle ou techno/bruitiste s'en revendiquent. Lou n'a jamais renié cet album sorti dans la haine la plus absolue, reçu avec la plus totale incompréhension, et ayant quasiment failli le tuer, artistiquement parlant. Bien sûr, il n'a jamais refait ça, il n'était pas con. Mais avouez qu'il fallait avoir la plus grosse paire de castagnettes à poils de l'histoire de l'humanité pour oser enregistrer et, surtout, sortir, un OMNI (Objet Musical Non-Identifié) pareil. Et Lou n'est pas le seul 'responsable', car RCA, après tout, a accepté de le sortir en sachant très bien de quoi il s'agissait ! Pour finir, je peux parfaitement comprendre l'incompréhension des fans, leur étonnement mêlé à de l'atterrement, et leur haine, quand ils pensent à ce double (en plus !) album de 1975, d'autant plus qu'il est sorti après une enculade de chefs d'oeuvres, Transformer, Berlin (mal accueilli à sa sortie, mais en 1975, ça y est, on commençait à prendre conscience de sa réussite), Rock'n'Roll Animal (un live d'enfer), et après un disque ayant été jusqu'au bout le seul et unique album de Lou à obtenir une place dans le classement Top 10 (Sally Can't Dance), ce que Lou ne comprendra d'ailleurs jamais. Je comprend parfaitement ce ressentiment des fans. Mais pour moi, Metal Machine Music est un album culte (pas un de mes albums cultes, hein, mais un album culte au sens large), prémonitoire, audacieux et, oui, important. On aime ou pas (généralement, pas), mais il ne laisse pas indifférent, et fait partie des albums les plus marquants de son regretté auteur. Je ne pense pas qu'il faille en vouloir à Lou Reed d'avoir fait MMM. On peut en revanche lui en vouloir d'avoir fait sa double dauberie avec Metallica (Lulu), en revanche, mais c'est une autre histoire, encore une fois...

FACE A
Metal Machine Music 1
FACE B
Metal Machine Music 2
FACE C
Metal Machine Music 3
FACE D
Metal Machine Music 4