S1

Après trois albums remarquables (surtout le deuxième) entre 1969 et 1971, Santana, Abraxas et Santana III, Santana, groupe américo-mexicain, se met grandement en danger avec Caravanserai, en 1972. Ce disque, un triomphe de la volonté, est un mélange détonnant entre rock latino, jazz atmosphérique à la Sun Ra et world music orientalisante. Le tout imprégné d'une bonne dose de mysticisme hindouïste (Carlos Santana, qui se fera peu de temps après renommer Devadip Carlos Santana, a en effet découvert la foi hindouïste), citation d'un guru (Sri Chinmoy) sur la pochette en prime. Les gros pontes de sa maison de disques Columbia pèteront un plomb en écoutant les bandes et en lui rendant visite en studio, n'appréciant pas du tout qu'après trois disque de rock latino au fort succès Carlos ait plongé dans une musique plus complexe et, pour eux, absolument pas commerciale. Caravanserai a failli ne pas sortir, et était surnommé le disque du suicide commercial. Mais il sortira et marchera très fort, en plus d'être musicalement totalement réussi. Columbia Records a donc du fermer sa gueule et/ou demander à Carlos de récidiver, ou bien lui a dit qu'il avait désormais carte blanche. Peu de temps après la sortie de Caravanserai, Carlos et ses musiciens de l'époque (parmi lesquels le fidèle batteur Mike Shrieve, mais aussi le chanteur Leon Thomas, les percussionnistes José 'Chepito' Areas et Armando Peraza, les claviéristes Tom Coster et Richard Kermode, le bassiste Doug Rauch...) filent en studio enregistrer le successeur, qui sortira en 1973 sous une pochette blanche immaculée (difficile, si pas impossible, de trouver un pressage vinyle d'époque à la pochette aussi immaculée qu'au moment de sa sortie, le blanc étant salissant par nature), avec un gros Welcome (titre de l'album) en travers, comme un paillasson. Selon les pressages, le titre est en blanc gaufré ou en doré. Les titres des morceaux apparaissent parfois tout en haut du recto. 

S2

Bénéficiant de la très remarquée participation du guitariste John McLaughlin sur le long et passionnant Flame-Sky (11 minutes au cours desquelles les deux guitaristes rivalisent et se livrent à un authentique duel guitaristique, flamboyant), Welcome plaira à celles et ceux qui ne le connaissent pas encore et ont aimé, voire adoré, Caravanserai. C'est la même atmosphère de jazz/fusion/latino, le côté arabisant de Caravanserai en moins. L'album s'ouvre sur Going Home, un instrumental (sur les 9 titres, pour 51 minutes, de l'album, pas moins de 4 sont instrumentaux) co-écrit par Santana et Alice Coltrane, veuve de John Coltrane. Un morceau étonnant inspiré par Dvoràk, tout simplement magnifique. Love, Devotion & Surrender (la même année, sortira un disque de collaboration entre Carlos Santana et McLaughlin, portant ce titre) est une chanson que l'on qualifiera de pop jazzy latino, suave, interprétée par Leon Thomas et Wendy Haas, avec aussi la voix de Carlos. Samba De Sausalito est, comme son nom l'indique, une sorte de samba, réjouissante et courte (3 minutes), très rafraîchissant. When I Look Into Your Eyes, chanté par Thomas (avec la voix de Wendy Haas), est assez convenu mais musicalement très agréable. La face A se termine par le sensationnel Yours Is The Light, interprété par Flora Purim, au rythme bossa nova de toute beauté, et qui donne furieusement envie de retourner le disque.

S3

Mother Africa, instrumental agréable mais un peu long (6 minutes), ouvre la face B, c'est probablement le morceau le moins percutant ici et le placer en ouverture de face est un peu étrange, mais ce n'est pas mauvais. Light Of Life, interprété par Leon Thomas, est, lui, trop court - moins de 4 minutes - et c'est grandement dommage car c'est la meilleure des trois chansons que Thomas interprète, de sa chaleureuse voix, sur le disque. Flame-Sky (à la prise de son légèrement en-dessous du reste, en tout cas c'est l'impression que ça donne dès la première seconde, c'est peut-être trompeur mais on a vraiment l'impression d'une baisse de qualité sonore), c'est 11,30 minutes de tuerie instrumentale, un duel de guitare jazzy, atmosphérique et quand même rock, que l'on écoute avec passion et même ahurissement, tout du long. Le sommet de l'album. Welcome se termine ensuite sur...Welcome, morceau de John Coltrane, une reprise donc (l'original est issu de l'album de 1965/66 Kulu Sé Mama), et une belle manière de rendre hommage au génie du jazz, saxophoniste monumental, mort en 1967. On ne saurait trouver meilleure conclusion que ce morceau (d'autant plus que l'album s'ouvre sur un morceau co-écrit par la veuve de Coltrane), qui achève idéalement un des meilleurs albums de Santana. Tout simplement sublime ! 

FACE A
Going Home
Love, Devotion & Surrender
Samba De Sausalito
When I Look Into Your Eyes
Yours Is The Light
FACE B
Mother Africa
Light Of Life
Flame-Sky
Welcome