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Généralement, les rock-stars confirmées pleines de thunes ne savent pas trop quoi faire de leur pognon. Alors, quand elles ont du temps libre jusqu'au retour en studio prévu en 2013, elles s'occupent comme elles peuvent. Par exemple, Lars Ulrich collectionne les toiles de grands maîtres tout en bichonnant son saladier de colombienne ; Keith Richards part au bout du monde pour jouer à cache-cache dans les cocotiers, ou bien encore Jimmy Page relit pour la 3478e fois les mémoires d'Aleister Crowley, tout en consultant régulièrement les petites annonces à propos de Telecaster 1954. Quant à Damien Saez et Jennyfer Ayache, on s'en branle...

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The Raconteurs : de gauche à droite, Jack White (vocals, guitare), Patrick Keeler (batterie), Brendan Benson (vocals, claviers, guitare), Jack Lawrence (basse)

Mais il existe quelques rock-stars récalcitrantes à ce mode de vie oisif et décadent. Malgré la gloire acquise au fil des années avec ses White Stripes, avec en point d'orgue le succès planétaire d'"Elephant" en 2003, Jack White n'est pas réellement homme à se reposer sur ses lauriers. Sitot la tournée mondiale achevée à Paris en février 2004 (rahhhh, ce concert du Zenith...faudra que j'en parle ici un jour !), il s'est aussitot remis au boulot pour le cinoche ("Cold Mountain") et pour un autre album des Stripes, l'injustement décrié "Get Behind Me Satan".

Début 2006, ayant amassé une bonne grosse montagne de pognon, White décide de mettre les Stripes en stand-by. Ah ! Enfin l'heure du repos... Que nenni cannelloni ! Monsieur décide d'investir dare-dare son artiche dans un studio à Memphis, histoire de faire joujou entre potes. Bref, un bon gros cas de monomaniaquerie. Au fil des années, il produit Loretta Lynn (grande chanteuse country), et forme deux projets parallèles : The Dead Weather qui vient de sortir son premier album en ce mois de juillet, et celui qui va nous interesser ici, The Raconteurs.

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Hé ! C'est bon Jack (Lawrence), cache ta joie !

Alors White rameute trois de ses potes : le très élégant songwriter Brendan Benson (auteur de trois très bons albums en solo), et la section rythmique des "rétro-mais-qu'est-ce-que-ça-sonne-bien" Greenhornes, Patrick Keeler (batterie) et Jack Lawrence (basse). Le but est de se marrer, et de voir ce qui peut sortir de ces jams informelles. Mais l'alliance de Jack W. dit "La main chaude" et de Brendan B. dit "Je ne suis pas en reste" provoque des étincelles. Et en moins de temps qu'il en faut pour que James Hetfield trouve ses réglages d'amplis en studio, les quatre ont dèja un album sous le coude.

La presse rock mondiale bruisse de rumeurs extatiques : "Le super-groupe des années 2000" par-ci, "Les années 2000 ont trouvé leur super-groupe" par-là... Ce qui ne rend pas forcément White très jouasse : car dans les sous-entendus, on peut lire "White va écraser ses pauvres comparses, de par sa notoriété".

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Quoi ? C'est pas "Presque Célèbre" ???

Après avoir lancé le terrific single "Steady, As She Goes" en éclaireur dès le mois de janvier 2006 (en vinyle, no shit !), le quatuor passe à la vitesse supérieure en effectuant leurs premières apparitions scéniques en Mars au Royaume-Uni, puis aux Etats-Unis le mois suivant. Et ce qui en ressort comble d'aise l'amateur de bon vieux rock : en plus d'être constitué de zicos à l'ancienne solides comme les cuisses de Contador, le groupe peut se targuer d'aligner comme à la parade des compos efficaces et catchy comme du Foo Fighters en moins "djeunz". Et comme cela ne suffisait pas, ils allongent la sauce en reprenant des titres chenus comme "A House Is Not A Motel" de Love, "It Ain't easy" de Ron Davies-Ziggy Stardust, "Bang Bang" de Shei...euh, Nancy Sinatra, et cerise sur le Bourbon Cake, la bonne vieille défénestration de "Headin' For The Texas Border" des Groovies...

Alors ? Et l'album ? C'est bon, c'est bon...j'y viens ! Il sort en mai et atteint illico le top ten britannique et US. Autant le dire tout de suite, cet album n'est pas appelé à figurer dans les sempiternels classements marronniers de la presse rock genre "Les 256 disques que tu dois avoir, sinon t'es qu'un gros naze qui n'y benne rien".

Non, ici on a affaire à du rock, du vrai, qui ne mange pas de pain mais qui rassasie bien. Comme un barbecue l'été avec le rosé qui pique et l'odeur des brochettes dans les vetements, comme une paire de pantoufles délabrée mais confortables. Pas fous, les Raconteurs balancent d'entrée de jeu leur bombe atomique, "Steady As She Goes", single impeccable, sorte de "Seven Nation Army" à taille humaine. Un morceau à la basse martiale et discoïde, mais au refrain et aux harmonies qui réchauffent le coeur. Foutue entrée en matière donc...

La suite de la première partie voit les mecs jouer aux petits alchimistes. On compose tels les Who circa "Live at Leeds" avec "Hands" , rock primaire avec ruades de batterie et gros riff en avant, refrain fédérateur. Puis, on mélange ambiances psyché, guitares acoustiques et électriques sur le morceau-titre, Jack White en profitant pour livrer l'air de rien une de ses plus belles imitations de Robert Plant. "Intimate Secretary" est plus aérienne,  chant partagé entre Benson pour les couplets et White pour les refrains, un des très grands moments de l'album. Enfin, pour achever cette première moitié, "Together" est une jolie ballade intimiste. Mi-temps !

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"T'aurais pas un peu grossi, Jack ?", "Ta gueule le bellatre !"

Retour à l'album avec l'indispensable morceau raté, ce "Level" tout tordu lourdingue qui me laisse dubitatif... Je préfére passer ! Surtout que la fièvre remonte avec "Store Bought Bones", menaçant et traversé par de fulgurants éclairs électriques, l'acceleration sur le solo est du grand art. La fin de l'album est plus calme, "Yellow Sun" est une très jolie chanson folk psyché comme Donovan aurait pu en pondre. Benson est un chanteur décidement très attachant... "Call It A Day" est un peu mollasse, mais dieu merci elle ne s'éternise pas. Pour conclure, "Blue Veins" est une ballade bluesy réellement réussie, laissant entrevoir d'autres lendemains qui chantent à ces gus.

Ce n'est pas l'album de la décennie, ni même celui de 2006, mais parfois il est regrettable de passer à côté des choses simples. Et pour cette fois, c'est pas de la saucisse... Un disque estival, reconfortant comme un rayon de soleil le dimanche matin à l'heure de l'apéro, mais qui marche aussi bien l'hiver !

  1. Steady, As She Goes – 3:37

  2. Hands – 4:02

  3. Broken Boy Soldier – 3:02

  4. Intimate Secretary – 3:27

  5. Together – 4:01

  6. Level – 2:19

  7. Store Bought Bones – 2:26

  8. Yellow Sun – 3:19

  9. Call It a Day – 3:33

  10. Blue Veins – 3:53

Et pour la fine bouche, le clip du premier single tiré de l'album, "Steady, As She Goes" ! Thank you Clash !

Qui a dit que les rockers actuels avaient des cultures musicales de bigorneaux ? En tout cas, les Raconteurs prouvent le contraire avec une reprise d'un joyau "tord-boyaux" oublié des fabuleux Flamin' Groovies.

Le deuxième single issu de l'album illustré par un clip assez réussi, certains le trouveront peut-être un peu neuneu... Mais j'men fous !

Et enfin une version live d'un de mes morceaux favoris de l'album...