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Après un premier album solo encourageant, Jerry Cantrell se retrouve toujours le cul entre deux chaises. En effet, le guitariste et la seconde voix d'Alice In Chains attend toujours désespérement le retour de son ami, Layne Staley, leader emblématique du groupe de Seattle.
Certes, avec Boggy Depot, première livraison en solo de Jerry Cantrell, l'artiste a tenté d'explorer de nouvelles sonorités, notamment via l'apport d'un piano. Toutefois, Jerry Cantrell ne semble pas vraiment convaincu par ce premier effort.

En 2002, donc quatre ans après la sortie de Boggy Depot, Jerry Cantrell a vécu des années de plomb. Alice In Chains est en stand-by depuis 1996, soit depuis la sortie du MTV Unplugged. Voilà plus de six ans que le groupe se mure dans le silence, et plus aucune nouvelle de Layne Staley.
Plus personne ne semble croire à un retour hypothétique du leader charismatique. Pourtant, Jerry Cantrell dément toutes les rumeurs de séparation. Alice In Chains est toujours en vie... A l'origine, Degradation Trip devait sortir en avril 2002.

Hélas, dans les mêmes temps, Layne Staley meurt d'une overdose au speedball. Son cadavre est retrouvé dans son appartement de Seattle. Les analyses sont claires: cela faisait au moins deux bonnes semaines que le corps de Staley gisait sans vie, dans la puanteur et dans l'indifférence générale.
En même temps, cela faisait déjà plusieurs années que le chanteur avait totalement disparu de la circulation et s'était enfui dans l'isolement le plus total. De ce fait, la sortie de Degradation Trip est repoussée. Quelques mois plus tard, le disque sort enfin. 

Degradation Trip est évidemment dédié à la mémoire de Layne Staley. Le leader d'Alice In Chains a rendu l'âme, mais Jerry Cantrell a lui aussi traversé des années particulièrement difficiles. Lui qui a connu la gloire et la célébrité se retrouve dans une situation désespérement "grunge": plus d'argent, plus de maison, plus de groupe et plus de femme.
D'ailleurs, à l'origine, Degradation Trip devait tenir sur deux cd, soit plus de deux heures et 20 minutes de grunge plombé. Mais faute de moyens, la maison de disques fait pression: Degradation Trip doit tenir sur un seul et unique cd.

Jerry Cantrell doit se résigner et choisit 14 morceaux pour représenter l'album, d'une durée de 74 minutes au total. Après Boggy Depot, qui hésitait entre le son d'Alice In Chains et de nouvelles contrées, Jerry Cantrell affiche clairement les hostilités.
Degradation Trip est un album d'Alice In Chains pur jus, dans la grande tradition de ce que le groupe sait faire le mieux, à savoir du rock et du metal torturés et désespérés.  Sauf que ce n'est pas un album d'Alice In Chains, mais un disque de Jerry Cantrell.

Néanmoins, ce dernier a toujours été le principal compositeur (au moins à 90%) des chansons et des albums d'Alice In Chains. D'ailleurs, les fans du groupe considèrent souvent Degradation Trip comme le quatrième album d'Alice "l'enchaînée", à la seule différence qu'il n'y a plus Layne Staley.
Mais plus que jamais, l'ombre du chanteur cocaïnomane est présente sur ce disque très sombre, encore une fois, dans la grande tradition du groupe. Pourtant, au niveau des musiciens, pas de Mike Inez ni de Sean Kinney. Il faudra se contenter de Robert Trujillo et de Mike Bordin.

Toutefois, les deux hommes sont respectueux de l'univers d'Alice In Chains. La pochette du disque a le mérite d'annoncer la couleur, puisqu'on y voit un bras amputé, au bout duquel les doigts sont tenus par un fil. Ambiance... Clairement, Degradation Trip ne parlera pas des oiseaux sifflant au printemps, ni des coquelicots sur la Côte d'Azur.
Psychotic Break ouvre le disque via un son de guitare torturé et désespéré. Cette fois-ci, les choses sont claires: pas de tentative d'incursion dans de nouveaux styles, comme c'était parfois le cas sur Boggy Depot.

Avec Degradation Trip, Jerry Cantrell fait ce qu'il sait faire le mieux, à savoir du Alice In Chains. D'ailleurs, Degradation Trip est finalement la suite logique de l'album éponyme. C'est un disque difficile d'accès et qui désarçonnera peut-être les fans de la première heure.
En résumé, il vous faudra plusieurs écoutes pour l'apprécier sur la durée. Un grand nombre de morceaux font évidemment référence à Layne Staley, que ce soit Angel's Eyes, Anger Rising, Gone, Castaway ou encore Spiderbite... Tous ces titres sont des réussites dans leur genre.

La formule utilisée par Cantrell est tout sauf surprenante: riffs plombés, refrains lancinants et torturés, guitares saturées mais parfois apaisées par des chansons un peu plus douces, entre autres, Solitude mais aussi le morceau de fin, donc Gone, qui viennent un peu calmer la tempête.
Etonnant que Degradation Trip soit aussi méconnu et parfois rejeté par certains fans, tout simplement parce que le disque ne porte pas le nom d'Alice In Chains. Car Degradation Trip est tout simplement un grand disque, qui n'a pas à rougir de la comparaison avec les meilleures livraisons du groupe. Aussi noir qu'il puisse paraître, Degradation Trip porte paradoxalement un message d'espoir: la vie reste possible, envers et contre tout. D'ailleurs, Jerry Cantrell ne s'y trompera pas.
Alice In Chains se reformera et ne se taira plus, plus jamais...

  1. "Psychotic Break" – 4:09

  2. "Bargain Basement Howard Hughes" – 5:38

  3. "Anger Rising" – 6:14

  4. "Angel Eyes" – 4:44

  5. "Solitude" – 4:00

  6. "Mother's Spinning in Her Grave (Glass Dick Jones)" – 3:53

  7. "Hellbound" – 6:46

  8. "Give It a Name" – 4:01

  9. "Castaway" – 4:59

  10. "She Was My Girl" – 3:59

  11. "Chemical Tribe" – 6:35

  12. "Spiderbite" – 6:38

  13. "Locked On" – 5:37

  14. "Gone" – 5:08