B9 

Alors autant j'avais acheté le précédent opus du groupe, Sabbath Bloody Sabbath, pour sa pochette (et Vol. 4 aussi, d'ailleurs), autant celui-ci, ce n'est pas son artwork qui m'a donné envie de le prendre, mais une simple raison, le complétisme. Sabotage, sixième album de Black Sabbath, sorti en milieu d'année 1975 (et enregistré au Morgan Studio de Londres entre février et mars 1975, produit par le groupe et Mike Butcher), soit un an et demi après le précécent opus, est en effet sorti sous une des plus atroces, ridicules pochettes qui soient : le groupe, fringué à la one again (selon la légende, Bill Ward, le batteur, porterait le collant rouge de sa femme), posant devant un gigantesque miroir ouvragé qui les reflète non pas de dos, comme tout miroir honnête, mais de face. Et au verso, la même chose, inversée : le groupe posant face au miroir, qui reflète leur dos, et le titre de l'album (avec encore une fois un S façon SS) apparaissant srevne 'l à (euh, à l'envers, je voulais dire). Selon la légende, le groupe, le jour où la photo fut prise, pensait qu'il s'agissait d'un test pour la pochette, pas de la photo définitive, et est donc arrivé fringué chacun comme il le voulait (autant le bassiste, Geezer Butler, et le guitariste, Tony Iommi, les deux premiers à gauche, sont normalement vêtus, autant on peut se demander ce qui a poussé Ward à venir habillé des collants de sa femme, et Ozzy à venir habillé comme un éventuel grand prêtre de secte occulte ; la cocaïne, peut-être ?). Se rendant compte, par la suite, du résultat final, c'était trop tard pour modifier la pochette, mais de toute façon, le groupe avait autre chose à foutre à cette époque.

BS10

Sabotage a en effet été enregistré à une période difficile : le groupe était en crise juridique avec leur premier manager, Patrick Meehan, qu'ils avaient viré (un certain Don Arden, papa de la future femme d'Ozzy, Sharon, le remplacera ; un mec à la réputation douteuse, un violent faisant passer le manager de Led Zeppelin, Peter Grant, pour un Barbapapa). Meehan les traînera en justice, le dernier morceau de l'album, The Writ, signifie justement 'l'injonction judiciaire'. Il y aura pas mal de tensions diverses et variées tout du long de l'enregistrement, la came fera son effet de plus belle, et c'est pour ça que l'album porte le titre de Sabotage : parce que le groupe avait l'impression que tout autour d'eux, on cherchait à les saboter. Enregistré dans la douleur, ce disque sans concessions est d'une brutalité, d'une violence totale et incontestablement un des sommets du groupe avec le précédent opus ; pour moi, son égal, oui monsieur, son égal. Généreux (quasiment 44 minutes, pour 8 titres), l'album offre du lourd, du très lourd : Hole In The Sky est braillé par un Ozzy revenu de pas mal de choses et sur le point d'aller en visiter d'autres, il n'a jamais aussi bien hurlé qu'ici. Le riff est tuant, la batterie tabasse à mort, l'ambiance est de totale destruction...et le morceau se finit sèchement, violemment, en plein riff, et laisse la place sans pause (l'effet est saisissant, limite flippant) à un court instrumental de 50 secondes, Don't Start (Too Late), acoustique et calme (le titre serait une allusion à un ingénieur du son qui se plaignait que le groupe commençait toujours à jouer avant que lui-même ne soit prêt à les enregistrer !), qui laisse lui aussi la place, sans pause (et là aussi, l'effet est glaçant) au riff doom et sinistre du génial Symptom Of The Universe. Après ce coup d'éclat préfigurant le thrash metal, et se terminant cependant en improvisation quasiment jazzy, on a, en final de la face A, les quasi 10 minutes (le morceau le plus long du groupe à l'époque) de Megalomania. Une mise en abîme de la situation du groupe, un morceau certes long, mais puissant.

BS11

The Thrill Of It All ouvre idéalement la face B, avant que Supertzar, morceau très étrange, un peu symphonique et enregistré avec The English Chamber Choir aux choeurs (mais le morceau est, sinon, instrumental), ne plonge l'auditeur dans une sorte de perplexité : le morceau est excellent, il possède une atmosphère assez soviétique (le titre, les voix qui font très Choeurs de l'Armée Rouge, les claviers), mais on ne sait pas trop où Black Sabbath veut en venir. Bon, le groupe a généralement placé un morceau étrange par album (FX, Fluff), donc on n'est tout de même pas trop surpris, et puis c'est vraiment pas mal du tout. Meilleur que le morceau suivant, Am I Going Insane (Radio), morceau amusant mais clairement le moins fort de Sabotage, et dont le sous-titre entraînera une incompréhension, pensant qu'il existait une autre version de la chanson et que celle-ci était une version raccourcie pour la radio. Pas du tout, le sous-titre n'a aucun sens précis ! Le morceau est étrange, un peu popisant, il sortira en single et ne marchera pas très bien, il n'est pas très sabbathien d'ailleurs, et ce n'était pas le meilleur choix de single (la face B du single était Hole In The Sky, qui aurait été un bien meilleur single pour le groupe ; il suffisait d'inverser les faces du 45-tours, les mecs !). Enfin, The Writ achève sèchement le disque sur une mise au point du groupe vis-à-vis de leur ancien manager, règlement de compte en perspective. La majeure partie des éditions de l'album possèdent, en final, enregistré à un très faible volume, un morceau bonus de quelques secondes, sans intérêt musical. Le morceau est, sinon, assez long, presque 9 minutes. Il achève (je parle de The Writ, hein) idéalement un album brutal et génial, recommandé à tout fan. Leur meilleur pour plusieurs années ; sans spoiler à mort, il faut quand même savoir que le groupe ne retrouvera un tel niveau qu'en...1980. Mais j'en reparle dès demain, et les jours suivants, t'inquiète...

FACE A

Hole In The Sky

Don't Start (Too Late)

Symptom Of The Universe

Megalomania

FACE B

Thrill Of It All

Supertzar

Am I Going Insane (Radio)

The Writ