Rock Fever

19 juin 2018

"Parklife" - Blur

B1

La fameuse guéguerre commerciale, médiatique (et, pour ce qui est des deux leaders, quasiment personnelle, à coups de vannes méchantes et de déclarations-choc) entre Oasis et Blur a eu lieu entre 1994 et 1997. Soit, pendant l'existence du mouvement britpop, dont ils étaient deux des plus illustres représentants (avec Pulp, The Verve et Suede). La pochette de ce troisième album de Blur, sorti en 1994 justement (l'année de sortie du premier Oasis), serait une des pièces du dossier : le chien noir serait un Oasis hargneux et essayant à tout prix de dépasser le plus sémillant, sympathique (et selon toute vraisemblance, vainqueur de la course) chien marron. sous lequel apparait d'ailleurs le nom du groupe, et pas sous le chien noir. En 1994, Oasis a peut-être gagné la bataille des singles, Supersonic ayant, je crois, été plus vendu que Girls & Boys de Blur, c'est cependant Blur qui a gagné la guerre des albums. Peut-être pas en terme de ventes, mais en terme de réussite. Definitely Maybe, le premier Oasis, est un très bon album (je ne me lasse absolument pas de Columbia), mais Parklife, de Blur, le dépasse à tous niveaux. Oasis devra attendre une année pour enfin parvenir à dépasser Blur, aussi bien au niveau des singles que de l'album : leur (What's The Story) Morning Glory ? de 1995 enfonce six pieds sous terre le The Great Escape (même année) de la bande à Albarn et Coxon, un album totalement raté malgré The Universal et Country House. Mais alors, il l'enfonce vraiment, et se permet même de rajouter du ciment à prise rapide entre deux pelletées, et une plaque de marbre par dessus ! 1997 verra Oasis sombrer dans la mégalomanie (mais Be Here Now est cependant excellent, bien que ne faisant vraiment pas dans la demi-mesure), tandis que Blur revient à du rock plus direct (album éponyme, avec Song 2). Ensuite, autant Oasis, jusqu'à la fin, se laissera complètement aller à faire de la merde commerciale totalement insipide (j'ai même pas envie de citer les albums) qui ne passe même plus à la radio, autant Blur, jusqu'à la fin, étonnera son monde (un 13 expérimental - Tender, Caramel -, un Think Tank très rock - et sans Graham Coxon il me semble), et se permettra même de revenir il y à quelques années, alors qu'Oasis, séparés dans la colère suite à une énième brouille des deux frangins Gallagher, n'est probablement pas près de revenir.

B2

Qui c'est qu'a gagné, connards ? Semble dire Damon Albarn. Surtout que son side-project Gorillaz (que j'aime beaucoup, mais ça n'a franchement pas toujours été le cas) a à lui seul vendu plus de disques que les derniers Oasis et projets personnels des deux frangins (High Flyin' Birds de Noel, Beady Eye de Liam). Mais le grand oeuvre de Damon Albarn (Plastic Beach de Gorillaz mis à part, probablement...) reste incontestablement le troisième opus de Blur, Parklife, sorti en 1994 donc, et qui leur a apporté la consécration apès un premier opus moyen (Leisure) et un second opus très très bon, mais ayant moyennement marché (Modern Life Is Rubbish). Parklife, lui, est indéniablement un des 5 plus grands albums de britpop qui soient avec Different Class de Pulp, (What's The Story) Morning Glory ? d'Oasis, Dog Man Star de Suede et From A To B d'Octopus (groupe n'ayant sorti qu'un seul disque, au moment de la fin du mouvement britpop en 1996, album génial mais ayant été un bide commercial, à découvrir absolument). Il faudrait aussi rajouter Urban Hymns de The Verve, leur A Northern Soul aussi, le premier Oasis, le Blur de Blur et This Is Hardcore de Pulp pour un Top 10. Mas retour à Parklife, album qui aligne 16 titres (dont deux instrumentaux courts et chelous, The Debt Collector et Lot 105) pour 52 minutes bien tassées et magnifiquement produites par le groupe, Stephen Street, Stephen Hague et John Smith. L'album s'ouvre sur le tube Girls & Boys, emblématique à donf' de Blur et de la britpop, une chanson dont on ne se lasse pas, et laisse ensuite la place à une collection de titres dont beaucoup font partie de ce que le groupe a fait de mieux : End Of A Century ; Parklife en grande partie constituée d'un spoken-word de l'acteur britannique Phil Daniels (qui avait joué le rôle principal dans l'adaptation cinéma par Franc Roddam de l'album Quadrophenia des Who, en 1979) ; To The End avec sa chanteuse française (Laetitia Sadier ; un an plus tard, le groupe réenregistrera la chanson avec Françoise Hardy) et son atmosphère très Henry Mancini ; London Loves, tubesque mais pas sorti en single malgré cela ; Trouble In The Message Centre, que j'adore ; Magic America, là aussi qui aurait pu être un hit si c'était sorti en single ; et le définitif et sublime This Is A Low

B3

Le reste de l'album (Badhead, Tracy Jacks, Jubilee) est très bien aussi, même si des morceaux aussi courts que Bank Holiday, Far Out, Lot 105 et The Debt Collector (entre 1 et 2 minutes) font quand même plus remplissage qu'autre chose. De fait, il peut sembler exagéré d'avoir pressé cet album en deux vinyles alors qu'il dure 52 minutes et que tout tiendrait sur deux faces (j'ai des albums plus longs ou aussi longs que Parklife mais qui tiennent sur un seul vinyle). Mais c'est un détail. Parklife est un régal de pop-rock, un disque comme je les aime, chaque morceau est différent des autres, on passe d'un tube à l'ambiance électro/dance à du rock pur et dur, une ballade lyrique, un petit délire instrumental, un autre morceau assez électro/expérimental, une chanson à l'ambiance lounge, de la pop façon 80's, une complainte lyrique...Le seul reproche à faire, c'est d'avoir placé Lot 105 (1,15 minute instrumentale amusante, délirante) en final, juste après This Is A Low, car bien qu'amusant, Lot 105 vient un peu foutre en l'air l'atmosphère de fin totale que This Is A Low avait apporté. Le morceau idéal pour finir un album, mais hélas, Blur rajoute ensuite un petit délire qui fait finir l'album en queue de poisson. Dommage. C'est un petit reproche, ce n'est pas grave, après tout cet ultime morceau ne dure qu'une minute, ça ne va pas gâcher tout l'album. Mais Blur aurait pu mettre cet instrumental ailleurs. Juste avant This Is A Low, par exemple. A titre de comparaison, sur leur album de 1995, Oasis a placé deux morceaux sans titres et instrumentaux, mais le dernier des deux est avant le final Champagne Supernova, pas après. Enfin, je chipote ; Parklife, tel qu'il est, est un des meilleurs albums des années 90, tous genres confondus, et il n'a absolument pas vieilli depuis le temps de sa sortie. Et ça, c'est déjà énorme ! 

FACE A

Girls & Boys

Tracy Jacks

End Of A Century

FACE B

Parklife

Bank Holiday

Badhead

The Debt Collector

Far Out

FACE C

To The End

London Loves

Trouble In The Message Centre

Clover Over Dover

FACE D

Magic America

Jubilee

This Is A Low

Lot 105

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18 juin 2018

"Species Deceases" - Midnight Oil

MO1

En 1980, Midnight Oil sort un EP du nom de Bird Noises. Un disque, forcément, très court, vu que c'est un EP, ou Extended Play. On y trouvait 4 titres (dont un instrumental façon surf music) pour 15 minutes de musique. Le résultat, coincé dans la discographie des Oils entre un Head Injuries excellent et un Place Without A Postcard un peu frustrant, mais tout de même correct, était vraiment du bon boulot. Un disque court mais parfait (No Time For Games, I'm The Cure), on ne s'ennuie pas du tout, du rock engagé et virulent tel que le groupe de Peter Garrett en usinait alors. Sous une production brute de décoffrage (bon son, mais pas de recherche) et une pochette marquante représentant un petit zoziau totalement déplumé et en train de piailler. Cet EP ne sera pas le seul dans la discographie du groupe : 5 ans plus tard, en 1985 donc, les Oils remettent le couvert. Encore une fois, quatre chansons (cette fois-ci, aucun instrumental), pour 16 minutes bien tassées, deux faces de 33-tours à larges sillons, et encore un fois, c'est totalement sans compromis. Le titre de cet EP est d'ailleurs sans équivoque : Species Deceases ('espèces qui meurent'), et sa pochette représente une salle de vestiaires, avec un kangourou que j'imagine empaillé (le regard de feu de l'animal, presque humain), un squelette d'humanoïde, un crâne humain en haut d'une armoire, un fossile de tortue suspendu au plafond, divers autres vestiges d'espèces... Le message est clair : si on ne fait rien pour notre planète, voilà ce qu'il nous arrivera.

MO2

Inutile donc de dire que Species Deceases n'est pas un recueil de chansonnettes pop insouciantes, Midnight Oil n'en a jamais fait, de toute façon. Cet EP, qui fut le premier single (car considéré comme tel) du groupe à se classer N°1 dans son pays, et le premier single/Ep à se classer N°1 en Australie quel que soit l'artiste ou groupe concerné, cet EP donc, est une totale réussite aux paroles faisant parfois froid dans le dos, et à l'interprétation au cordeau. On pourrait presque dire que cet EP ne contient que des classiques : Hercules est une tuerie, Progress (Some say that's progress/I say that's cruel) est génial, Blossom And Blood verra une de ses lignes de texte (You talks of time and peace for all, and then prepare for war) citée par un pirate informatique russe-australien via le virus WANK en 1989, Pictures est une excellente chanson... Rien à jeter ici, la production est parfaite, le groupe assure, les chansons (les textes sont proposés sur la sous-pochette) sont parmi les meilleures du groupe. Situé, dans la discographie du groupe, entre le très très bon Red Sails In The Sunset et le mémorable et tubesque Diesel And Dust (après avoir sorti cet EP et fait des concerts, le groupe partira vivre pendant un an ou presque auprès des Aborigènes du Bush, faisant des concerts pour et avec eux, et Diesel And Dust sera l'album-témoin, conceptuel et activiste pro-Aborigènes, de cette période), Species Deceases est tout simplement indispensable. 

FACE A

Progress

Hercules

FACE B

Blossom And Blood

Pictures

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"Easter" - Patti Smith Group

PS1

Ce disque est magnifique, magique, hors du temps. Il ne vieillit pas, ou alors très bien, il se bonifie. Je dis ça, parce que cet album, Easter, le troisième de Patti Smith, date de 1978, ce qui signifie qu'il fête cette année ses 40 ans d'existence (il les a fêtés le 3 mars dernier précisément). Ces 11 titres, ces 41 minutes, sonnent aussi majestueusement en 2018 qu'en 1978. C'est à mes humbles yeux et surtout oreilles le sommet de la carrière pourtant loin d'être négligeable (tout le monde n'a pas eu la chance de démarrer sa carrière avec un single tel que Hey Joe/Piss Factory et un album tel que Horses, croyez-moi) d'une des plus grandes artistes rock de tous les temps. Patti Smith, poétesse, rock-critic (ayant collaboré à Rolling Stone, Creem), auteure de chansons pour d'autres (Blue Öyster Cult notamment, dont elle aurait trouvé carrément le nom du groupe ; elle sortira un temps avec un des membres du groupe, Allen Lanier), écrivaine tout simplement (je vous recommande son livre de souvenirs Just Kids, qui parle essentiellement de sa relation avec le photographe Robert Mapplethorpe, ils ont vécu au Chelsea Hotel pendant un moment, cotoyant toute une faune d'intellectuels et de rockers, qui feront assez rapidement (et Mapplethorpe la poussera fortement dans cette direction) qu'elle déclamera ses poèmes en public, avant de, carrément, passer au rock. Son groupe de base, c'était Lenny Kaye (un autre rock-critic) à la guitare, Ivan Kral (un réfugié tchécoslovaque) à la guitare et la basse, Richard Sohl au piano et Jay Dee Daugherty à la batterie. Autoproduit, son premier single sort en 1974. Son premier album, Horses, produit par John Cale, sortira en 1975 sous une pochette signée Mapplethorpe, mythique. On en parle comme d'un des albums ayant préparé au mouvement punk. Musicalement, ce n'est pas du tout punk, mais il y à un côté do it yourself indéniable. Surtout, c'est un disque fortement intellectuel, Patti cite Rimbaud, Huey Smith, Peter Reich, elle cotoie Sam Shepard, Tom Verlaine (de Television), Allen Ginsberg... L'album est adulé à sa sortie. Un an plus tard, Radio Ethiopia, quasiment aussi bon (Pissing In A River), est, lui, démoli par la presse. Blessée sur scène à la nuque, Patti se repose. Et prépare son retour.

PS2

Ivan Kral, Bruce Brody, Lenny Kaye, Jay Dee Daugherty

Ca sera ce disque au titre sans équivoque ('Pâques', la fête religieuse de la résurrection du Christ) enregistré avec les mêmes musiciens, sauf Richard Sohl, malade et remplacé, pour cet album, par Bruce Brody. Produit par Jimmy Iovine, Easter sera un immense succès, le plus grand de la carrière de Patti il me semble, et ce, grâce à une chanson qu'elle a co-écrite avec Bruce Springsteen (qui, en live, la chantera souvent, comme elle ; prenez son quintuple album Live 1975/1985 et vous en aurez une version absolument excellente), mais qu'elle chante, sur la version studio, seule (Bruce le Boss brille par son absence sur Easter, tout comme sur les autres albums de Patti) : Because The Night. Une des meilleures et des plus connues de Patti, une chanson absolument tubesque et qui résume assez bien cet album : rock, mais très accessible. Horses était remarquable, mais des morceaux comme Birdland ou Land, longs de 9 minutes et très verbeux, il faut s'accrocher parfois. Sur Radio Ethiopia, le morceau-titre, long de 10 minutes, était assez abrasif. Easter est quasiment pop en comparaison, très formaté grand public, mais la qualité est totale. Ca démarre en fanfare avec un morceau héroïque, Till Victory, sur lequel Patti chante comme si elle était en train de mener un bataillon vers un combat qui s'annonce victorieux. Sa voix sonne comme un hérault de la volonté humaine. Space Monkey (sur lequel Sohl fait sa seule apparition sur l'album) est un morceau plus sombre, se terminant sur des cris de singes (imités par un des membres du groupe, vraisemblablement). Because The Night suit, puis le sublime et lent Ghost Dance, morceau assez folk et proche de la native american music. Un petit passage de poème déclamé live, Babelogue (Patti y est comme en transe, elle semble à la fois terrifiée d'être sur scène, bafouillant un peu, et totalement habitée par son propre texte) est suivi d'un Rock'n'Roll Nigger féroce (Outside of society, that's where I wanna be) où elle laisse, sur le second couplet, le chant à Lenny Kaye, son fidèle partenaire musical. 

PS4

La face B s'ouvre sur Privilege (Set Me Free), morceau hypnotique aux paroles librement adaptées du Psaume 23 de la Bible, (l'album possède d'ailleurs, jusqu'à son titre comme je l'ai dit plus haut, pas mal de références à la religion) et également inspiré du film Privilège de Peter Watkins (1967). Une sublime chanson, mais la suivante est encore plus belle : We Three. Chanson sur un triangle amoureux (une femme amoureuse de deux frères, ne voulant pas choisir), elle est peut-être, ou peut-être pas, inspirée par la vie de Patti, mais même si ça serait totalement inventé, elle chante cette chanson avec une force de conviction et une émotion telle que le doute est permis. Splendeur absolue, douce et amère, c'est pour moi le sommet du disque, et c'est dommage qu'elle ne soit pas plus connue. Puis arrive un doublé de chansons (aucune pause entre les deux, c'est comme si on avait découpé une seule chanson en deux plages audio, en fait, plutôt que deux chansons) : 25th Floor et High On Rebellion, sa conclusion totalement anarchique. Le morceau, ou doublé de morceaux c'est comme vous voulez, est le passage le plus rock (avec Rock'n'Roll Nigger) de l'album, Patti et son groupe y sont totalement déchaînés. Ce n'est pas très subtil musicalement parlant, mis ça fait du bien par où ça passe, et la dernière partie est totalement destroy, Patti braille plus qu'autre chose. En tout, 6 minutes hallucinantes. 6 minutes, c'est aussi la durée de Easter, le dernier titre, une splendeur hypnotique qui vous fout dans une transe lumineuse, le final est à tomber par terre, impossible de ne pas avoir envie de réécouter tout le disque après. C'est la conclusion parfaite, un peu mystique, langoureuse, étrange, d'un album parfait, le meilleur de Patti, malgré l'extraordinaire Horses. Majeur et culte, totalement essentiel. 

FACE A
Till Victory
Space Monkey
Because The Night
Ghost Dance
Babelogue
Rock'n'roll Nigger
FACE B
Privilege (Set Me Free)
We Three
25th Floor
High On Rebellion
Easter

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17 juin 2018

"Blue Sky Mining" - Midnight Oil

MO1

Je l'ai dit ici récemment (en réabordant les albums d'AC/DC), mais j'avais déjà eu l'occasion, avant ça, de le dire, l'Australie est une terre de rock. Ce qui, en anglais, est un sympathique jeu de mots, car l'Australie est un pays assez rocailleux (le Mont Kosciusko, Ayers Rock, Hanging Rock, etc). Outre AC/DC, on trouve aussi, parmi les meilleurs (mais pas que : voir le septième groupe que je cite, un groupe de grunge pas spécialement génial) et les plus connus groupes de rock (et hard-rock, punk, etc) originaires de ce pays : The Saints, Rose Tattoo, Men At Work, INXS, Bee Gees, Airbourne, Silverchair, Crowded House, Jet, The Vines, Nick Cave, The Birthday Party dont ce dernier fit partie avant de se lancer en solo, The Easybeats, The John Butler Trio, mais aussi les chanteuses pop Kylie Minogue et Tina Arena. Et puis, il y à Midnight Oil, évidemment, lequel est probablement mon groupe de rock australien préféré, oui, devant AC/DC. Un groupe culte formé en 1972, dont le premier album, éponyme, est sorti en 1978, et dont le leader est le charismatique et imposant (presque deux mètres, chauve, regard pénétrant, attitude scénique complètement débridée) Peter Garrett, un pro-écologie et droits de l'Homme qui, en 2007, deviendra ministre de l'environnement (et en 2010, de l'éducation) dans son pays. Il n'est plus dans la politique depuis 2013. Midnight Oil, qui s'était séparé en 2002 suite à l'annonce de Garrett de faire de la politique, s'est reformé pour des concerts en 2016. Le début de carrière du groupe est très intéressant, même si le premier album est loin d'être une totale réussite. Head Injuries en 1979, l'EP Bird Noises de 1980 assurent totalement, Place Without A Postcard en 1981 déçoit quelque peu, mais aussi bien 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1 de 1982, Red Sails In The Sunset de 1984, l'EP Species Deceases de 1985 et Diesel And Dust de 1987 sont d'incontestables réussites de rock engagé. Le dernier album cité, surtout, que le groupe a conçu comme un concept-album dédié aux Aborigènes et dans lequel ils critiquent la façon dont ils sont traités dans leur propre pays, dont ils furent les premiers habitants. L'album fut un vrai triomphe commercial et critique (Beds Are Burning, The Dead Heart). 

MO2

Midnight Oil est un groupe très engagé : si Diesel And Dust parlait du sort des Aborigènes, beaucoup de chansons des précédents albums dénonçaient d'autres choses, proposaient d'autres combats : la domination américaine sur la culture et le commerce dans U.S. Forces ; le nucléaire via Maralinga ; le sort des Aborigènes partis combattre pendant la première guerre mondiale sur Jimmy Sharman's Boxers ; l'armée sur When The General Talks ; la guerre, le risque d'un affrontement nucléaire sur Scream In Blue et Minutes To Midnight, Tin Legs And Tin Mines aussi ; les erreurs du passé sur Short Memory ; et l'inéluctable marche du progrès, pas vraiment synonyme d'égalité, de justice et de douceur dans Progress. Beaucoup de ces chansons (sur celles que je cite, 5 précisément) sont issues de l'album de 1982, qui est probablement le meilleur du groupe. Et un des plus engagés. Mais trouver un album de Midnight Oil moins engagé que les autres, c'est difficile. Après avoir parlé des Aborigènes sur Diesel And Dust (album pour lequel ils ont passé un an dans le bush, à vivre avec les Aborigènes), les Oils sortent, en 1990, Blue Sky Mining, album qui marchera très fort lui aussi. Sans aucun doute un petit peu moins que son grand frangin de 1987, mais ce disque sera tout de même un énorme succès. Et encore une fois, un disque engagé. Cette fois-ci, c'est l'écologie le grand combat (ça a toujours été le grand combat de Peter Garrett, on ne le surnommera pas, affectueusement, le géant vert pour rien), mais aussi, via la quasi-chanson-titre Blue Sky Mine, les conditions très difficiles de ceux qui bossent dans les mines d'amiante bleu en Australie : risque très fort de maladies mortelles, salaire de misère... Le tout avec un harmonica jubilatoire et des hey hey hey hey ! enjoués. But if I work all day on the blue sky mine, there'll be food on the table tonight...

MO3

Long de 47 minutes dans sa version originale de 10 titres (une version sortie en Australie rajoute un onzième titre, You May Not Be Released, qui fait passer le tout à 50 minutes), l'album est nettement plus calme, musicalement, que les précédents opus, c'est toujours du rock, mais quasiment pop-rock formaté FM. Ce qui ne veut pas dire que ce n'est pas bon, loin de là. Blue Sky Mining n'est peut-être pas le sommet du groupe, et je ne sais pas si je le mettrais dans un Top 5 personnel, mais il serait, dans le pire des cas, classé 6ème. Je pense qu'en fait il serait dans un Top 5, en dernière position, mais il y serait, tout bien considéré. L'album est magnifique, on l'écoute sans problème 28 ans après sa sortie (que le temps passe !) grâce à sa production éclatante (signée du groupe et de Warne Livesey, le disque a été enregistré à Sydney courant 1989) et à une série de chansons aussi engagées que belles : Antarctica, Country One (une chanson très R.E.M. dans le ton, le R.E.M. de l'époque Out Of Time/Automatic For The People, bref, deux-trois ans plus tard), Forgotten Years qui sera un beau succès commercial, River Runs Red, Bedlam Bridge... Les thèmes ? La déforestation, les pluies acides qui ravagent l'environnement et le paysage, les marées noires, l'impact vraiment nocif de l'Homme sur la Nature... Des thèmes encore et toujours d'actualité, plus que jamais en ces temps de réchauffement climatique et de catastrophes naturelles de plus en plus violentes et fréquentes, de dérèglements climatiques aussi, quand on pourrait presque manger sa bûche pâtissière dehors pour Noël en Île-de-France mais qu'un mois de mai en PACA est synonyme de pluie et du retour des chandails. On comprend donc pourquoi Midnight Oil s'est reformé : le message n'est toujours pas passé. Avec ce disque touchant, musicalement varié et sublime (Stars Of Warburton, Mountains Of Burma...une seule chanson un peu moyenne : Shakers And Movers), les Oils ont encore une fois frappé un grand coup. Quasiment pour la dernière fois, car si les albums suivants sont globalement très bons (Earth And Sun And Moon en 1993, Breathe en 1996), aucun ne connaîtra le succès commercial de ce Blue Sky Mining qui, pour beaucoup, marque la fin de l'Âge d'Or du groupe de Garrett. Aux ARIA Awards (les Grammy Awards australiens) de 1991, l'album remportera plusieurs prix, dont l'album de l'année, et même la pochette sera récompensée ! L'Âge d'Or, on vous dit...

FACE A

Blue Sky Mine

Stars Of Warburton

Bedlam Bridge

Forgotten Years

Mountains Of Burma

FACE B

King Of The Mountain

River Runs Red

Shakers And Movers

One Country

Antarctica

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"Tarkus" - Emerson, Lake & Palmer

ELP1

Aaaah, Emerson, Lake & Palmer... Mais revenez, les mecs, revenez ! Oui, c'est vrai qu'ELP (pour faire plus court) est vraiment un groupe clivant. On aime ou pas le rock progressif. Et parmi les fans de ce genre musical, on aime ou pas ELP. Et quand on n'aime pas, putain, on n'aime VRAIMENT pas. J'aime bien ce groupe, mais je ne le rangerai jamais parmi mes préférés du genre. King Crimson, Genesis, Van Der Graaf Generator et Yes sont bien loin devant. Tellement loin qu'ils ont en fait semé ELP sur la route. Mais quand ELP  (dont seul le P est toujours en vie, désormais) était bon, putain, il l'était vraiment. La preuve ? La quasi totalité de leur Brain Salad Surgery de 1973 (une chanson épouvantable, Benny The Bouncer, mais le reste assure, même les très longues 29 minutes de Karn Evil 9), une bonne partie de leur Trilogy de 1972 (la suite The Endless Enigma, Hoedown, From The Beginning et Trilogy), une partie de leur premier album éponyme de 1970 (Take A Pebble, Lucky Man, Tank) et la face A de ce Tarkus de 1971, leur deuxième album. Le groupe s'est fondé en 1970 et fait partie des supergroupes mythiques (Blind Faith, Derek & The Dominoes, etc) de l'époque. Keith Emerson (claviers), un virtuose des touches d'ivoire, a quitté The Nice ; Greg Lake (basse, chant, mais aussi guitare) a quitté King Crimson ; Carl Palmer (batterie) a, lui, quitté Atomic Rooster. Tous trois virtuoses dans leurs matières, leur réunion ne pouvait être qu'explosive. Mais elle aboutira assez rapidement, après un premier album inégal mais prometteur, à une surenchère absolue. 

ELP2

Illustration de l'intérieur de pochette

Ils nous ont tout fait, ces trois mecs : triple live (avec un disque entier constitué d'un seul et unique morceau de 35 minutes ! Si !), double album et sa suite (en album simple), album conceptuel, live reprenant l'intégralité d'une pièce de musique classique à la sauce progressive, morceaux d'une face entière, morceaux tellement longs qu'ils prenaient plus qu'une face entière...Et toujours à trois, seulement à trois. Mais ils sonnaient comme douze. Et je ne parle pas des effets lumineux de leurs concerts, de la surenchère de matos qu'ils se trimbalaient (leurs roadies devaient les maudire à force de tout installer et désinstaller, de soir en soir, durant les tournées), et surtout, je ne parlerai pas de leur melon de compète, un sens de la suffisance et de la prétention typiquement anglo-brittanico-anglais qui ferait passer l'arrogance des Led Zeppelin et Rolling Stones pour de la timidité de jeune lycéenne catholique pratiquante encore pucelle (si les gens aiment notre version des Tableaux d'Une Exposition de Moussorgsky, c'est comme s'ils aimaient la version originale, ont-ils dit un jour en interview publiée, sous-entendu : leur version est selon eux - album Pictures At An Exhibition, un live de 1971 - aussi bien que l'originale...bande de cons !). En 1971, les ELP nous offrent deux albums. Le deuxième, c'est le live que je viens de citer, dont l'écoute, en 2018, comme elle le fut en 2017 et en 1992 (et aussi en 1984, 1997 et 2009, et globalement, toutes les années depuis 1971), est difficile (qualité sonore moyenne, et interprétation ahurissante de prétention, qui vient foutre en l'air la musique d'un compositeur bien plus Modeste qu'eux, vu que c'était, en plus, son prénom). L'autre album, sorti avant, c'est de Tarkus, 38 minutes et 7 titres, sous pochette bien amusante représentant un, euh...je ne veux pas le savoir. Un tarkus ? Un tatou à chenilles armé de canons et aux yeux rouges ? Mon Dieu.

ELP3

Emerson, Palmer, Lake (ça aurait été trop facile de se mettre dans l'ordre, hein ?)

Je l'ai dit plus haut (vérifiez si vous ne me croyez pas), la face A de cet album est une des meilleures choses que le groupe a pondues. Elle n'est constituée que d'un seule morceau de presque 21 minutes, Tarkus, scindé (mais tout est sur une plage audio, et aucune séparation n'apparaît sur les sillons du vinyle) en 7 sous-parties titrées. On me crie dans l'oreillette gauche (ah non, pardon, c'était la droite) que ce morceau raconte une histoire, illustrée par les zolis dessins progressifs de l'intérieur de pochette. Le combat entre le Tarkus et une Manticore (à face de babouin), Manticore qui deviendra le nom du label crée par le groupe (et leur logo) par la suite. En live, sur le triple live caricatural (mais que, pour des raisons que je ne m'explique pas encore, j'aime assez) de 1974, ce morceau occupera toute la face B, et la moitié de la C, le temps de 26 minutes. C'est caricatural, plein de claviers pouetpouéttants et de paroles alambiquées, mais c'est quand même globalement une sacrée réussite dans le genre, à ranger tout près du Close To The Edge de Yes, du Lizard de King Crimson et du Supper's Ready de Genesis. On ne s'ennuie pas durant les 20 minutes, on ne peut pas en dire autant des 6 titres qui occupent les 18 minutes de la face B. Là, pardon, mais c'est épouvantable, tellement que j'ai failli mettre l'album dans les ratages. Je passe sur Are You Readdy Eddy ? (2 minutes achevant le disque dans une caricature de rockabilly et le Eddy du titre, c'est Eddie Offord, l'ingénieur du son ayant bossé sur le disque) qui ferait de la peine à n'importe qui tellement c'est nul, et sur la connerie boogie-woogie pianistique de circonstance (ils en collaient une par album environ : The Sheriff, Benny The Bouncer...) qu'est Jeremy Bender. Je ne sauve, sur cette face B indépendante de la suite Tarkus (ce n'est pas un album-concept, donc), qu'un seul titre, Bitches Crystal, et encore, c'est parce que je suis de bonne humeur aujourd'hui. Le reste ? Cat food, cat food, cat food again, comme le chantait Greg Lake au sein de King Crimson peu avant de quitter le groupe pour fonder le sien. J'adore le rock progressif, mais je ne comprendrai jamais comment cet album (malgré l'excellence de sa face A) peut être considéré comme un des jalons du genre. C'est surtout un album atrocement inégal !

FACE A

Tarkus

a) Eruption

b) Stones Of Years

c) Iconoclast

d) Mass

e) Manticore

f) Battlefield

g) Aquatarkus

FACE B

Jeremy Bender

Bitches Crystal

The Only Way (Hymn)

Infinite Space (Conclusion)

A Time And A Place

Are You Readdy Eddy ? 


16 juin 2018

"With The Beatles" - The Beatles

TB1 

Second album des Beatles, ce disque est au moins aussi important, si ce n'est plus encore, que le premier, sorti quelques mois plus tôt en cette même année 1963. C'était Please Please Me, un disque cependant secondaire dans la discographie du plus grand groupe de rock du monde, un album qui renfermait déjà quelques classiques, c'est vrai (Love Me Do que je n'ai jamais pu encadrer, Please Please Me, I Saw Her Standing There, une époustouflante reprise de Twist And Shout), une pochette mythique prise dans la cage d'escaliers de chez EMI, mais aussi quelques trucs pas top du tout (A Taste Of Honey, Do You Want To Know A Secret). Ce premier album était sorti le 22 mars 1963. 8 mois plus tard, jour pour jour, soit le 22 novembre, sortira ce deuxième opus, With The Beatles, un disque formaté exactement comme le précédent : 33 minutes et 14 titres. La date de sortie a de quoi interpeller : le jour de l'assassinat de JFK ! Ce qui est évidemment une belle et sinistre coïncidence, de même que le Des Visages Des Figures de Noir Désir est sorti le 11 septembre 2001 ("Love And Theft" de Dylan aussi) et De L'Amour de Hallyday le jour des attentats du 13 novembre 2015. Ces coïncidences me permettent de remplir un peu le premier paragraphe de cette chronique que, sinon, j'aurais sans doute eu bien du mal à terminer (le paragraphe, mais aussi la chronique), car je n'ai pas grand chose à dire au sujet de cet album.

TB2

Sa pochette est mythique, on peut le dire : cette photo sobre en noir & blanc du groupe, Ringo posant en bas et en seconde ligne, en partie parce qu'il n'y avait pas la place de mettre les quatre zigotos à la suite sur la photo, et aussi, selon certains dires, parce que, dernier arrivé dans le groupe, c'était à lui de s'effacer ! C'est surtout par manque de place. Bon. L'album, deuxième album européen (et quand, aux USA, via le label Capitol, les albums des Beatles débouleront, en 1964, c'est la pochette et la majeure partie du contenu de ce disque qui servira de base, et l'album s'appellera Meet The Beatles ! au passage), sera un retentissant succès, tout comme le précédent opus et les différents singles sortis entre temps (From Me To You, She Loves You, et au moment de la sortie de l'album, I Want To Hold You Hand), singles qui, comme tous les singles de l'époque, ne sont pas sur les albums (sauf aux USA, grosso modo). With The Beatles offre quelques gros classiques du groupe : All My Loving interprétée par Paul McCartney, Money (That's What I Want) (une reprise) par Lennon, Roll Over Beethoven (autre reprise) par Harrison, I Wanna Be Your Man (que le groupe avait auparavant offert au Rolling Stones, ça sera leur premier hit) interprété par Ringo. Par rapport au précédent opus, c'est un rapport assez similaire (d'autant plus qu'on trouve, sur ce deuxième opus offrant 6 reprises, plusieurs chansons assez moyennes là aussi : Not A Second Time, Little Child, Devil In Her Heart), mais le moins que l'on puisse dire, c'est que les albums suivants proposeront bien plus de classiques, seront bien plus aboutis.

TB3

Je ne dirai pas que ce With The Beatles est médiocre, mais il n'est pas, musicalement, aussi intéressant que les suivants (Beatles For Sale mis à part, qui fut une sorte de baisse de niveau temporaire, mais que je trouve cependant meilleur que les deux premiers albums), et ce, en dépit de son statut assez important dans la discographie du groupe (il entérine la Beatlemania, il confirme les attentes et espoirs nés après le premier album). Mais on trouve cependant beaucoup de chansons mineures, très secondaires, malgré la réussite, aussi, de It Won't Be Long, All My Loving, Don't Bother Me (de Harrison) et Roll Over Beethoven. Bref, cet album à la fois important et mineur est à réserver aux Beatlemaniaques avérés, ou alors aux fans de rock, mais je ne suis pas sûr que ça soit idéal de découvrir le groupe via ce disque, à moins de vouloir découvrir leur oeuvre de façon chronologique. J'ai personnellement toujours été assez déçu de ce disque, je me demande même si je ne lui préfère pas le précédent opus, pourtant pas grandiose lui aussi ! Mais bon, ça reste les Beatles, donc je n'ai pas envie d'être trop méchant à son égard quand même...mais je ne l'écoute pas souvent, je l'avoue !

FACE Al

It Won't Be Long

All I've Got To Do

All My Loving

Don't Bother Me

Little Child

Till There Was You

Please Mister Postman

FACE B

Roll Over Beethoven

Hold Me Tight

You Really Got A Hold On Me

I Wanna Be Your Man

Devil In Her Heart

Not A Second Time

Money

"(In) Too Much Too Soon" - New York Dolls

NYD4

Depuis le temps que je voulais le faire, celui-là... Hier, j'ai (enfin) réabordé, depuis le temps que je comptais le faire mais ça traînait sur le blog, le premier album  des New York Dolls. En le réhabilitant pas mal (enfin, je ne l'avais pas défoncé autrefois, mais j'étais quand même bien moins gentil à son égard). Ce groupe mythique, culte, un des principaux instigateurs du futur mouvement punk (attitude provoc', etc), et aussi une des références musicales et vestimentaires des Guns'n'Roses (et du hair-metal en général, probablement : Ratt, Def Leppard...), a été fondé en 1971 comme je l'ai dit hier, je vous renvoie à la chronique de New York Dolls pour plus d'infos sur leur début de carrière, qui fut directement émaillé d'une petite tragédie comme le rock en a coutume (décès d'un des membres fondateurs par overdose, avant le premier album). Produit par Tod Rundgren, qui a probablement dû se demander, tout du long des sessions, pourquoi il avait accepté le poste (il n'appréciait en effet pas vraiment le groupe et leur attitude, et ne se gênera pas pour le leur dire), le premier album, dédié à Billy 'Doll' Murcia (leur premier batteur, le décédé), bien qu'un peu inégal, offre de grandes chansons qui restent encore aujourd'hui imparables (Vietnamese Baby, Jet Boy, Looking For A Kiss). A sa sortie, la pochette tapageuse montrant le groupe en travelos, avachis comme des putes entre deux passes sur un divan, fera vraiment jaser. Déjà qu'on traitait les fans de Bowie et de Lou Reed (et les artistes eux-mêmes !) de pédales, alors je ne parle même pas de ceux qui se retrouvaient pris en flagrant délit d'achat de l'album à LidoMusic, Tower ou ailleurs ! L'album sera, aussi, il faut le dire, un bel échec commercial. 

NYD5

Le groupe, signé sur Mercury Records (et qui en avait un peu chié pour trouver un label, il faut dire que leur look et leur réputation de camés n'arrangeait rien), décide tout de même de faire un deuxième album. Ce deuxième album, ce n'est pas Todd Rundgren (qui n'allait pas tarder à créer son groupe de rock progressif Utopia) qui va le produire, heureusement pour lui car il n'a pas apprécié l'expérience (mais le groupe, lui, ne lui reproche rien), mais un certain Shadow Morton. Personnage de l'ombre, ce mec était le manager/producteur des Shangri-Las, groupe de rock féminin des années 60, une des références absolues des New York Dolls (l'intro parlé de Looking For A Kiss est reprise aux Shangri-Las). Ces filles (dont deux jumelles), avec des hits tels que Leader Of The Pack, Give Him A Great Big Kiss, Remember (Walking In The Sand) et Shout, avaient, en 1964/65, un peu révolutionné le genre : des gonzesses en cuir qui se désapaient à moitié sur scène et se comportaient comme Courtney Love...avec presque 30 ans d'avance sur elle. Shadow Morton va donc produire le deuxième album des Dolls, qui s'appelle Too Much Too Soon (ou In Too Much Too Soon comme indiqué sur la pochette), est sorti en 1974, offre 10 titres pour 36 minutes (compte tenu qu'il y à un titre de moins que sur le premier album, et que le premier album faisait 42 minutes, on peut dire que les deux albums sont formatés de la même manière, avec des morceaux d'à peu près la même durée) et est sorti sous une pochette montrant le groupe en pleine action scénique. On croirait un live, ce n'est pas le cas.

NYD6

Mais la production est très live, on sent que le groupe a enregistré ces morceaux (dont quatre reprises, le groupe manquait apparemment de nouveaux morceaux) dans les conditions du direct, à l'ancienne. Autant le dire, Shadow Morton n'aurait pas foutu grand chose, le mec ne se montrait apparemment pas beaucoup dans le studio (et était apparemment un loser fini à l'époque). Peu importe que l'album soit officiellement produit par ce mec et, peut-être, officieusement produit par le groupe lui-même, (In) Too Much Too Soon est un album que je n'hésite pas à qualifier de supérieur au précédent opus. Lui aussi n'est pas parfait (Don't Start Me Talkin', reprise de Sonny Boy Williamson, est sympa mais sans plus, et Bad Detective, une reprise de Kenny Lewis, avec son ambiance Charlie Chan de pacotille, fait plus sourire qu'autre chose), mais il renferme encore une fois de gros classiques du groupe, notamment un Human Being monumental en guise de final. Cette chanson sera reprise, dans une version explosive, par les Guns'n'Roses en 1993 sur leur "The Spaghetti Incident ?" et c'est d'ailleurs, il y à longtemps, par le biais de cette reprise, que j'ai appris l'existence des Dolls et découvert leurs albums. On trouve aussi Chatterbox (première chanson du groupe à être entièrement chantée par Johnny Thunders), Babylon (monstrueux), (There's Gonna Be A) Showdown reprise à Archie Bell, Puss'n'Boots, It's Too Late, autant de chansons bien furax, bien trippantes. Et, placée en seconde position sur l'album, une reprise de Stranded In The Jungle, morceau très amusant des Cadets avec son alternance de ton (refrain totalement loufoque avec choeurs déjantés, couplets plus sobres avec percussions et choeurs façon tribu de sauvages, interventions spoken-word amusantes à la manière d'une voix-off, meanwhile, back in the jungle...). Une reprise savoureuse qui achève de faire de ce deuxième album des Dolls, et leur dernier album studio pendant quasiment 30 ans (ils reviendront, amputés de deux membres morts en 1991/92, Thunders et Nolan, en 2006, et Arthur Kane mourra peu de temps après), une belle petite réussite de rock. Et, je le maintiens, malgré tout ce qu'on peut lire à son sujet (et malgré que là aussi, l'échec commercial sera au rendez-vous), un disque supérieur au premier opus ! Un disque nettement moins inégal, en tout cas. Je n'ai pas honte de le dire, j'adore ce deuxième opus !

FACE A

Babylon

Stranded In The Jungle

Who Are The Mystery Girls ?

(There's Gonna Be A) Showdown

It's Too Late

FACE B

Puss'n'Boots

Chatterbox

Bad Detective

Don't Start Me Talkin'

Human Being

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15 juin 2018

"Mind Games" - John Lennon

JL1

 1970 : premier album solo de John Lennon (on ne compte pas les trois conneries avant-gardistes dont il s'est, en collaboration avec Yoko Ono, rendu coupable entre 1968 et 1969), un disque sublime mais abrasif, touchant mais intense, un album intérieur, psychanalytique, considéré comme trop sec et intérieur pour l'époque (jugé inécoutable). 1971 : Imagine. La même chose, mais avec du chocolat et du sucre-glace dessus, comme le disait, à son propos, Lennon lui-même à l'époque. Deux albums immenses. 1972 : Some Time In New York City, double album vendu au prix d'un simple (le second disque est constitué de morceaux enregistrés en live, dont des jams avec Zappa), fait en duo avec Yoko, qui chante sur la moitié, ou presque, de l'album (et signe à elle seule la moitié des titres). Echec commercial retentissant et critiques presse totalement déchaînées, l'album est encore aujourd'hui considéré comme une pauvre merde musicale sans intérêt aucun, une chiasse indigne d'un ancien Beatles... Mais je l'aime, moi, cet album, de plus en plus à chaque écoute, en dépit des élucubrations vocales insupportables de Yoko sur le disque live. L'échec du disque va heurter Lennon. En même temps, lui qui attend avec de moins en moins d'espoir sa fameuse nationalité américaine (ses relations avec des groupes gauchistes, à l'époque, lui vaudront quasiment l'exclusion) commence à connaître des problèmes de couple avec Yoko. Les deux décident de se séparer, temporairement. Elle reste à Nouillorque, il va à L'os en gelée, en 1973, ils resteront séparés pendant la seconde moitié de 1973 et une bonne partie de 1974. Le fameux lost weekend qui verra un Lennon erratique enregistrer Walls & Bridges (1974) et Rock'n'Roll (1973/1975, sorti en 1975). Les Bonnie & Clyde du rock se reconstituent en 1974, Sean, leur fils, naîtra en 1975, Lennon aura sa green card à la même époque, tout baigne.

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Juste avant son 'week-end perdu' (sa propre expression sur cette période), Lennon enregistre Mind Games, qui sort en 1973 sous une pochette qui en dit long sur son moral de l'époque. Jugez Pluto parce qu'il a pissé sur la pelouse (ah ah ah...ah, vous n'avez pas ri ? Pas grave. Vous avez compris, au moins ?) : on y voit Lennon, debout, tout seul, au milieu d'une steppe, et dans le fond, le visage de Yoko, allongé et de profil, comme montagne (et deux lunes dans le ciel). Au verso, la même chose, mais avec un bel arc-en-ciel. Premier album que Lennon a produit lui-même (et ça s'entend), Mind Games est un disque tout aussi intérieur que John Lennon/Plastic Ono Band (son disque de 1970). A peu près en même temps, Yoko fera sa propre version, le double Approximately Infinite Universe que j'ai abordé il n'y à pas très longtemps (un excellent disque), mais on est ici pour parler de celle de Beatle John. Une chanson, la chanson-titre, fera sans aucun doute les beaux jours de la radio à l'époque, elle marchera bien, sortira en single, et reste encore aujourd'hui une des plus connues de Lennon. Une prouesse vocale sensationnelle, des arrangements à la Spector (qui avait produit les précédents opus de Lennon) mais en moins chargé quand même. Ouvrant le disque, elle augure de bien des plaisirs auditifs pour la quarantaine de minutes de l'album. Mais Mind Games, bien que très réussi au final, va cependant alterner chaud et froid. Chaud pour la chanson-titre. Froid pour le morceau suivant, le très rock Tight A$, un direct-aux-couilles sans grande originalité, heureusement assez court. Aisumasen (I'm Sorry), dédié à Yoko, et One Day (At A Time), sublimissime, sont de nouvelles hausses de températures, avant que Bring On The Lucie (Freeda Peeple) ne vienne encore rafraîchir l'atmosphère, la chanson, une sorte de protest-song bien chargée niveau production (Lou Reed semble s'être inspiré du son de la guitare et du riff pour son futur Charley's Girl en 1975) qui, cependant, tourne très rapidement en boucle. La face A se termine sur les 3 secondes strictement silencieuses (les mauvaises langues en parleront sans doute comme étant le sommet de l'album) de Nutopian International Anthem, hymne officiel de la nation immatérielle et utopique du genre on est tous des frères sauf les filles qui sont nos soeurs, imaginée, sans aucun doute en un moment de beuverie, par le couple LennOno en 1973, Nutopia (se prononce Nioutopia, sinon, ça ressemble un peu trop à Nutella). Encore une de leurs conneries, ils feront même une déclaration officielle de constitution.

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Pochette de la réédition vinyle de 1980 sur le label budgétaire Music For Pleasure (un sous-label d'EMI)

La face B s'ouvre sur Intuition, morceau très correct mais pas transcendant, sur lequel Lennon est très convaincant, mais la musique laisse un petit peu à désirer (notons que parmi les musiciens sur l'album, qui forment le Plastic U.F.Ono Band, ah, ces noms que Lennon donnait à ses entités musicales, on trouve David Spinozza, Gordon Edwards, Sneaky Pete Kleinow et Jim Keltner), ainsi que la production, mais globalement, l'album sonne bien, mais un petit peu daté. Out The Blue est une nouvelle (et importante) hausse de température, pour reprendre ma métaphore météorologique que, je te jure, je vais maintenir jusqu'au bout de cette putain de chronique. Une chanson dotée de choeurs sublimissimes, Lennon est touchant comme il l'a rarement été. Only People, qui suit, est, elle, la pire de l'album, une autre protest-song qui, contrairement à Working Class Hero, Imagine ou Power To The People, se vautrera. I Know (I Know) est, comme Intuition, une chanson honnête, intéressante, mais pas immense. La mélodie est meilleure que pour Intuition. Arrive le très hawaïen You Are Here, ode à Yoko, une chanson sublime, une de mes préférées de l'album et de John, pas une des plus connues, et j'ai bien peur que mon opinion à son sujet ne soit pas partagée par tout le monde, mais si on l'a placée sur le double best-of Working Class Hero : The Definitive de 2005, ce n'est pas pour rien. Meat City, qui était la face B du single Mind Games, est le final de l'album, une chanson bébête, du rock bruyant et débridé, mais qui fait du bien par où il passe, et j'aime bien le petit gazouillis de bébé à la toute fin du premier couplet, con, mais rigolo. Lennon semble s'être amusé à faire ce morceau, mais ce n'est pas du grand art, et faire se terminer un album dessus, c'est risqué. Au final, l'album est justement un peu risqué, Lennon alterne vraiment, et dangereusement, entre incontestables réussites et tout aussi incontestables déceptions. Le fait qu'il produise lui-même en rajoute, car sans être pourri, le son de l'album (et la remastérisation 2010 améliorera un peu l'ensemble, mais pas tant que ça ; notons cependant que la première édition CD était calamiteuse, elle) sent bien son 1973 à plein nez, et le manque d'expérience de la console de mixage. L'album suivant, Walls & Bridges, sera lui aussi autoproduit, mais ça sera une amélioration à 100% (d'un point de vue musical aussi, les morceaux étant supérieurs). Ces Jeux d'Esprit de 1973, sans être ni le pire, ni le meilleur album de Lennon, n'en sont pas moins recommandés si on aime les Beatles et leurs carrières solo. On y trouve vraiment de l'excellent, ici ! 

FACE A

Mind Games

Tight A$

Aisumasen (I'm Sorry)

One Day (At A Time)

Bring On The Lucie (Freeda Peeple)

Nutopian International Anthem

FACE B

Intuition

Out The Blue

Only People

I Know (I Know)

You Are Here

Meat City

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"New York Dolls" - New York Dolls

NYD1

Sans ce groupe, vraisemblablement pas de Guns'n'Roses. La bande à Axl Rose et Slash leur a, en effet, piqué pas mal de choses : le look, l'attitude fuck off, un son très violent tout en étant, au final, glam... La référence est des plus évidentes. Les New York Dolls, nom qui vient d'un magasin de réparation de poupées qui était situé à côté d'une boutique dirigée par l'oncle d'un des membres du groupe, a été fondé à...New York (vous ne vous attendiez pas à ça, hein ?) en 1971. Membres originels du groupe : David Johansen (chant), Sylvain Sylvain (guitare, neveu de l'oncle dont je viens de parler ; Sylvain Sylvain, de son vrai nom Sylvain Mizrahi, est égyptien, francophone et anglophone), Johnny Thunders (guitare, de son vrai nom John Anthony Genzale Jr), Arthur 'Killer' Kane (basse) et Billy 'Doll' Murcia (batterie, de nationalité colombienne). Le groupe, qui reprend dans un premier temps des standards de blues et de rhythm'n'blues (Otis Redding, Sony Boy Williamson, Bo Diddley, etc), se produit sur des petites scènes et aussi bien leur niveau que leur apparence (maquillage outrancier, tenues provocatrices, Johansen apparaissant notamment, souvent, en chaussures féminines, mais pas que lui) font qu'ils sont rapidement remarqués par Marty Thau (producteur ayant notamment géré ou cogéré Suicide, les Ramones, Richard Hell, Blondie...) qui les met en première partie des Faces, le groupe de Rod Stewart. Malheureusement, en novembre 1972, Murcia décède d'une overdose de cachetons, Bowie le citera dans sa chanson Time en 1973.

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Le groupe le remplace par Jerry Nolan et trouve un producteur pour son premier album (qui sera rempli des chansons qu'ils avaient alors l'habitude de jouer sur scène, des chansons originales mis à part Pills, reprise de Bo Diddley). Le producteur en question n'est franchement pas celui auquel on se serait attendu, vu qu'il s'agit de Todd Rundgren. Le Elton John américain, légende vivante du glam-rock un peu expérimental (en 1973, il publie A Wizard/A True Star, chef d'oeuvre offrant 19 titres, pour 56 minutes bien compressées) et de la pop de l'époque, est un producteur de génie. Mais il n'a vraiment pas une bonne opinion des Dolls, qu'il trouve vulgaires, il les incitera même, au cours d'une des rocambolesques et tendues sessions (dans un studio de qualité moyenne, en raison d'un budget limité, le groupe a par ailleurs eu du mal à se faire signer, sur Mercury Records), à arrêter de se coller des paillettes sur la tronche, à se sortir les doigts du cul et à jouer de leurs instruments. Olé. Le son de l'album, et aucune remastérisation CD n'a pu faire quoi que ce soit (en même temps, les éditions CD de l'album sont des plus basiques), sans être pourri, est un peu plat. Malgré cela, la batterie de Jerry Nolan (un mec qui, comme au moins un membre du groupe - Thunders - était déjà bien accro à l'héroïne à l'époque) sonne comme une mitraillette en pleine action sur Vietnamese Baby, morceau dévastateur sur un vétéran du 'Nam qui fait des cauchemars la nuit sur les exactions qu'il a faites ou vues, talkin' 'bout you overkill, and now that it's over, whatcha gonna do ? Les chansons parlent de sujets d'époque, souvent osés : la came sur Looking For A Kiss, qui démarre par une allusion aux Shangri-Las, groupe féminin de rock des années 60 dont les Dolls ont toujours été fans (When I say I'm in love, you must believe I'm in luv, L-U-V) ; l'orientation sexuelle sur Personality Crisis, qui ouvre l'album sur un hurlement de dingue et un riff mortel ; la came encore une fois avec la reprise du Pills ('pilules') de Bo Diddley, morceau qui était déjà joué du temps de Billy Murcia, décédé à cause de ces pilules...

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L'album offre des chansons tout simplement tuantes (Jet Boy, Subway Train à moitié chanté par Thunders, Frankenstein dont le sous-titre (orig.) annonce qu'il ne s'agit pas d'une reprise du morceau du même nom et de la même année, signé Edgar Winter (un instrumental mythique), la ballade Lonely Planet Boy, et toutes les chansons que j'ai citées plus haut) mais aussi quelques morceaux assez passables. Bad Girl est correcte, mais sans plus, son rythme effrené fait qu'on l'écoute sans problème (de plus, le morceau ne dure que 3 minutes), mais ce n'est pas du grand art. Trash, qui est tout aussi court, est à la longue très énervant. Private World est, lui, franchement médiocre, pour ne pas dire pire, c'est assez lourd, boursouflé, l'album serait nettement meilleur sans lui. Ce premier opus éponyme des New York Dolls est par ailleurs assez inégal dans sa répartition : la face A (5 titres) est une perfection rock totale, une des meilleures premières faces d'albums que je connaisse, aucun défaut à aucun niveau, de Personality Crisis à Frankenstein (Orig.), mais la face B, qui offre 6 titres, est hélas moins percutante, les trois morceaux les moins bons s'y trouvent (deux d'entre eux ouvrent même la face), et parmi les trois restants, seul Jet Boy est vraiment du niveau exceptionnel des 5 premiers titres, les deux autres sont très bons tout de même, mais à un degré moindre. Ce côté inégal, un peu raté, m'a sauté aux yeux et aux oreilles dès la première écoute, j'ai d'ailleurs mis du temps à aimer la face B, c'est désormais le cas, Trash et Private World exceptés. En dépit de cet incontestable défaut, ce New York Dolls de 1973 est un excellent album de glam-rock assez hard, quasiment punk (Thunders et Nolan formeront, en fin 1975, les Heartbreakers, groupe punk qui sortira, en 1977, l'immense L.A.M.F., album majeur du mouvement, desservi par une production pourrie, mais rempli de classiques). L'année suivante, en 1974 donc, les Dolls sortiront un deuxième (et pendant des années, dernier) album, que j'aborderai demain pour la première fois, et sur lequel il y à aussi pas mal de choses à dire. Notamment le fait que, je pense, je le préfère au premier opus, mais c'est une autre histoire !

FACE A
Personality Crisis
Looking For A Kiss
Vietnamese Baby
Lonely Planet Boy
Frankenstein (Orig.)
FACE B
Trash
Bad Girl
Subway Train
Pills
Private World
Jet Boy

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14 juin 2018

"Fuzzy" - Grant Lee Buffalo

GLB1

Ce disque est un pur chef d'oeuvre de folk-rock, d'americana, de country-rock, de rock alternatif, de rock tout court, et le meilleur album, probablement, d'un artiste, ou groupe (il s'appelle Grant Lee Philips de son vrai nom, Grant Lee Buffalo est le nom de son groupe), qui connaîtra justement un très beau succès avec, mais ne parviendra pas à le récidiver par la suite. Sorti en 1993 sous une pochette représentant, en gros plan, son principal instigateur, Fuzzy est le premier album de Grant Lee Buffalo. Le groupe en sortira encore trois, jusqu'en 1998, avant de se dissoudre, laissant à Grant Lee Philips la possibilité de continuer en solo. Ils se sont rapidement reformés en 2011 pour des concerts. Le groupe, fondé sinon en 1991 sur les cendres d'un autre groupe du nom de Shiva Burlesque dont les trois membres faisaient partie, est constitué de Grant Lee Philips (chant, guitare), Paul Kimble (basse, production) et Joey Peters (batterie). Ils sortent leur premier album en février 1993, album enregistré à San Francisco et Hollywood et publié sur le label Slash (Faith No More, L7, Violent Femmes...), hébergé par Warner Records. A sa sortie, cet album sera qualifié, par Michael Stipe (chanteur de R.E.M.), de meilleur album de l'année, et je le rappelle, le disque est sorti en février, ce qui laissait encore du temps pour dire quel album serait vraiment le meilleur de l'année !

GLB2

Long de 48 minutes et offrant 11 titres, Fuzzy est, il est vrai, une pure merveille. Il est arrivé un truc miraculeux, récemment, me concernant, et concernant ce disque. Je le possède en CD depuis des années, et je le voulais absolument en vinyle. Mais alors, absolument, hein. Sentant bien qu'un pressage d'époque, à supposer au passage qu'il ait été pressé en vinyle en 1993, serait très cher, je me suis rabattu, directement, sans même essayer de chercher, sur une réédition récente, actuelle, du label Music On Vinyl, généralement vendue au prix classique d'un vinyle, soit une vingtaine d'euros. Je le commande, je le reçois, pochette simple, les 11 titres sont là, l'illustration ci-dessus, qui n'est pas de moi, est d'ailleurs exactement le verso de cette réédition vinyle dont je parle. La durée des morceaux est celle indiquée sur le boîtier CD, je le précise car par  rapport à ce que je vais dire, c'est important. Bon. Je pose le disque sur la platine, face A évidemment, et je lance le bouzin. The Shining Hour déboule, pure merveille relativement verbeuse (mais il faut voir les paroles, très bien écrites), au piano cristallin, au rythme électro/acoustique de toute beauté, c'est génial comme à chaque fois, je suis content. Et puis...le morceau se termine, mais en fait...il se poursuit, en acoustique, une sorte de coda que je ne connaissais pas, et qui, donc, rallonge la durée du morceau. Et ce petit miracle va se poursuivre sur plusieurs morceaux (pas sur tous, cependant, je le précise) de l'album !

GLB3

Notamment sur Fuzzy et Grace, qui sont rallongés d'une bonne minute pour l'un, de trente seconde pour l'autre. Apparemment, cette réédition vinyle, totalement officielle, propose un mix différent pour plusieurs morceaux, des prises alternatives ou je ne sais quoi, qui ne changent pas vraiment le morceau mais font que l'on a quand même l'impression (pour quelqu'un qui connaît bien Fuzzy, l'écoute souvent, je veux dire) d'écouter un autre album. Cette sensation de se sentir un peu égaré en terrain connu, assez étrange, mais savoureuse, rafraîchissante, car permettant un autre regard (hum, pas sûr que le mot 'regard' convienne pour parler de musique...) sur un album que l'on semblait connaître par coeur. Et comme la durée des titres, au dos de la pochette, est celle des versions classiques, c'était une belle surprise ! Mis à part ça, Fuzzy est un chef d'oeuvre rempli de hits (Fuzzy, Jupiter And Teardrop, The Shining Hour), de chansons sublimes, douces (Wish You Well, You Just Have To Be Crazy) ou remuantes (Soft Wolf Tread, America Snoring, le long Grace), la seule chanson qui m'a toujours un peu ennuyé, à cause de la voix de fausset dans le refrain, c'est Dixie Drug Store, mais musicalement, cette chanson n'est pas moins bonne que le reste, c'est juste ce petit détail vocal un peu irritant (et revenant souvent dans la chanson) qui me gêne ; mais je ne la zappe jamais. Le reste, c'est juste Byzance, tout du long des 48 minutes (et environ 53 minutes pour le vinyle de 2014 pressé par Music On Vinyl), le tout serti par une production remarquable, signée du bassiste du groupe. Album qui n'a absolument pas vieilli depuis sa sortie en 1993, c'est un chef d'oeuvre d'americana que je recommande fortement à tout le monde. Mais les plus anciens, ceux qui avaient, disons, au minimum 12/13 ans à sa sortie, doivent se rappeler, sûrement, de sa chanson-titre ou de Jupiter And Teardrop, je pense, non ? Car une fois écoutées, on ne les oublie pas, ces chansons !

FACE A

The Shining Hour

Jupiter And Teardrop

Fuzzy

Wish You Well

The Hook

Soft Wolf Tread

FACE B

Stars'N'Stripes

Dixie Drug Store

America Snoring

Grace

You Just Have To Be Crazy

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