Rock Fever

18 janvier 2018

"Future Games (A Magical Kahauna Dream)" - Spirit

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Revoilà Spirit. Je n'en avais parlé ici qu'à deux reprises, via Twelve Dreams Of Dr. Sardonicus (chef d'oeuvre de 1970) et The Adventures Of Kapt. Kopter & Commander Cassidy In Potatoland (sorti en 1981, mais enregistré en 1973, un album très correct et original). Randy California (chant, guitare), le leader de ce groupe fondé en 1967, a quitté Spirit en 1971 pour se lancer en solo (premier opus solo en 1972, je l'ai abordé récemment). En 1972, Spirit sort Feedback, sans lui. L'année suivante, il enregistre, avec Ed Cassidy (batteur de Spirit, et son beau-père), l'album que j'ai cité, qui sortira en 1981 finalement (pour des histoires de droits ? Je l'ignore). En 1974, California revient dans Spirit, et en 1975, le groupe publie Spirit Of '76. Un double album de 25 titres et 82 minutes, au passage. La même année, Son Of Spirit, puis Farther Along en 1976. Puis, en 1977, Spirit sort cet album, un album étrange et difficilement chroniquable qui, en fait, est quasiment un album solo virtuel de Randy California, qui joue quasiment de tout ici : Future Games (A Magical Kahauna Dream). Le sous-titre est peut-être là pour distinguer cet album du Future Games de Fleetwood Mac (1971), même si, musicalement, c'est franchement très éloigné. L'album dure 43 minutes et contient, accrochez-vous, 22 titres. Dont 13 sur la face B. Non, aucun titre n'est long, vous vous en doutez bien (durée du morceau le plus long : 4,25 minutes ; et du plus court ? 10 secondes !). Comme je l'ai dit, California joue quasiment de tout (chant, guitare, basse) sur l'album, qui a cependant aussi été enregistré avec Ed Cassidy (batterie), Joe Kotleba (synthétiseurs) et Terry Anderson (chant). C'est California qui produit. 

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Quatrième opus de Spirit sur le label Mercury Records, Future Games (A Magical Kahauna Dream) est un disque vraiment à part, sous sa pochette noir & blanc montrant un California torse nu, posant de manière nonchalante avec sa guitare en bandoulière, bras croisés et collier tribal autour du cou. Après cet album, il faudra attendre 1984 pour avoir un nouvel album de Spirit (entre temps, l'album enregistré en 1973 sortira, en 1981, ce ... Potatoland étonnant), et jusqu'à la mort de California en 1997 par noyade alors qu'il tentait de sauver la vie de son fils qui se noyait aussi (son fils survivra, heureusement), ça sera vraiment épisodique. Future Games (A Magical Kahauna Dream) est un grand album méconnu, qu'il est probablement plus facile de se procurer en vinyle qu'en CD, même si l'album a probablement été réédité deux-trois fois. Mais déjà que leur classique absolu de 1970, ce Twelve Dreams Of Dr. Sardonicus, n'est pas évident à trouver en magasin (en revanche, sur le Net, aucun problème), j'imagine comment ça doit être galère pour celui-ci ! Vrai délire guitaristique et futuriste (son titre ne ment pas), l'album offre donc 22 titres allant de 10 secondes (19 pour le deuxième plus court) à même pas 4,30 minutes, et inutile de dire que l'album ne se vendra pas très bien, et qu'il ne renferme aucun tube. On a All Along The Watchtower, reprise de Dylan qui fut reprise aussi par Hendrix (avec qui California joua, en 1966, avant qu'Hendrix ne fonde son Experience), un guitariste qui, dans le style de California (tant guitaristique que vocal), est une évidente influence. Sa version du classique dylanien puis hendrixien est très étonnante, spatiale, et c'est d'ailleurs ce titre le morceau le plus long de l'album. 

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Mais sinon, très difficile de parler de l'album. On ne va pas épiloguer sur ces courts passages de même pas une minute, ces CB Talk, So Happy Now, Interlude XM, Interlude 2001, Hawaiian Times, Mt. Olympus, qui ne servent pas à grand chose hormis à rajouter des titres dans la déjà imposante tracklist (pour un album simple, avoir 14 titres est déjà imposant, alors 22...), et il est évident que pour ceux qui ont l'album en MP3, écouter Future Games (A Magical Kahauna Dream) sous ce format, sur votre lecteur MP3 ou smartphone, doit être chiant, avec ces blanks d'une microseconde entre chaque court titre. Perso, ça me le fait avec le A Wizard/A True Star de Todd Rundgren (1973) qui, en 56 minutes, offre 19 titres. Moi qui pensait que dans le genre, Rundgren, avec ses albums parfois épuisamment longs (67 minutes en un seul disque vinyle, avec un morceau de 35 minutes sur la face B : Initiation) et parfois surchargés de courts morceaux, était le plus extrémiste dans le genre, mais Spirit/California, avec cet album très généreux en morceaux et un peu moins en durée 44 minutes tout de même), a fait limite plus fort encore. Ah, j'oubliais, la même année 1977, Wire, avec leur premier album Pink Flag : 35 minutes, 21 titres ! Bon, pour en revenir à l'album de Spirit, c'est un disque certes étrange, chelou même (des passages bien barrés), mais remarquable et passionnant de bout en bout. Je l'ai découvert via le récent livre de Manoeuvre dans lequel il aborde une centaine d'albums méconnus mais qu'ils estime être remarquables, des albums n'ayant pas eu de succès pour X raisons, mais qui tiennent encore la route et lui tiennent à coeur. Parmi ces albums, celui des Beach Boys que j'ai abordé l'autre jour (Love You), que je connaissais déjà, et, donc, cet album de Spirit, que j'ai tout de suite eu envie d'écouter, rien qu'en regardant son tracklisting de folie. Je ne le regrette pas, et si vous ne connaissez pas encore, essayez, si ça se trouve, ça va vous plaire !

FACE A

CB Talk

Stars Are Love

Kahauna Dream

Buried In My Brain

Bionic Unit

So Happy Now

Al lAlong The Watchtower

Would You Believe

Jack Bond Speaks

FACE B

Star Trek Dreaming

Interlude XM

China Doll

Hawaiian Times

Gorn Attack

Interlude 2001

Detroit City

Freakout Frog

The Romulan Experience

Monkey See Monkey Do

Mt. Olympus

The Journey Of Nomad

Ending

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"The Who By Numbers" - The Who

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Ce disque, j'aurais adoré l'avoir en glorieux vinyle d'époque (si possible, en pressage briton, aussi), mais j'ai rapidement déchanté : trouver un exemplaire d'époque sur lequel les points n'ont pas été, grrr, reliés, est un chemin plus difficile qu'on ne croit, c'est un chemin de croix. Attention, je ne dis pas que c'est impossible non plus. Mais il faut y mettre le prix, et croyez-moi, même si j'aime énormément cet album (bien plus qu'autrefois : ceci est une réécriture de mon ancienne chronique de l'album, datant de 2010, désormais effacée, chronique qui était ridiculement courte et assez méchante vis-à-vis de l'album), je n'avais pas envie de dépenser plusieurs dizaines d'euros pour un vinyle d'époque à la pochette probablement (un peu plus, vu la teinte de pochette) jaunie, mais vierge de toute inscription. L'album est très bien, sous-estimé en tout cas, mais j'avais envie de garder mon pognon pour un autre vinyle d'époque qui, lui, valait nettement plus la dépense. Je me suis donc rabattu sur une réédition vinyle récente, en plus le disque est tout neuf, alors pourquoi est-ce que Ducros, il se... hhmmpf. Bon, vous l'avez compris, on va reparler des Who, via leur album de 1975, The Who By Numbers, un album enregistré dans une relative douleur et dont la pochette, dessinée par leur bassiste John Entwisle (qui ne s'est pas loupé), les représente, en action, mais en mode 'points à relier'. Certains esprits chagrins estimeront sans doute que le titre de l'album est la meilleure chose de l'affaire, vu son double-sens : 'by numbers', autrement dit 'par les nombres' (à relier), évidemment, mais les fans et connaisseurs savent bien que le premier nom du groupe était The High Numbers. Cet album de 1975, assez court (37 minutes bien tassées), enregistré entre avril et mai 1975 et sorti en octobre de la même année, est le septième album studio des Qui.

 

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L'album a été produit par Glyn Johns seul (ce n'est pas la première fois que Johns se retrouve à la production d'un album du groupe, mais la première fois qu'il est seul à produire, nuance), aux studios Shepperton Sound Stage, un endroit généralement utilisé pour les répétitions en vue d'un concert. Le groupe, à l'époque, sortait d'une tournée épuisante, traumatisante, celle de Quadrophenia (1973), leur album précédent, un double album conceptuel assez ambitieux (un film de Franc Roddam en sera tiré en 1979, comme cela fut fait, en 1975, de Tommy) qui marcha assez bien, d'ailleurs. Les concerts de la tournée furent difficiles, divers incidents les émaillèrent (problèmes de synchronisation du groupe avec les nombreuses bandes sonores d'accompagnement diffusées pendant les concerts ; complexité du concept de l'album, qui obligeait les membres du groupe à longuement présenter les nouvelles chansons avant de les jouer ; mise au placard, dès le premier concert, de plusieurs morceaux, ce qui fit qu'assez rapidement, Quadrophenia fut bien raboté en concert, comme si le groupe se dissociait de son oeuvre ; destruction des bandes d'accompagnement (encore une fois désynchronisées) par un Pete Townshend fou de rage, ce qui, forcément, réduira les concerts à un truc bien plus sobre par la suite de la tournée ; et surtout, un soir, malaise violent de Keith Moon suite à une absorption, avant le concert, de tranquilisants pour chevaux (un jeune homme du public, batteur amateur apparemment, le remplaça durant le concert). La tournée a pu se finir quand même, mais 1974 fut une année sabbatique pour le groupe, et surtout Townshend, qui...n'en...pouvait...plus.  Du tout. D'ailleurs, lui qui avait déjà eu par la passé (et rien ne dit que c'était du passé, en fait, à l'époque) des problèmes de, euh, boisson, replongera directement dans les maléfiques plaisirs de la dive bouteille.

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Gros Pif Premier Pete Townshend dira de l'enregistrement de By Numbers que tout ou presque de ce qu'il a écrit pour le disque (et sur les 10 chansons, 9 sont de sa main, celle qui ne l'est pas, Success Story, est signée du bassiste, Entwisle, qui la chante) a été utilisé pour l'album. Souffrant d'un sévère syndrome de la page blanche, redouté de tous les écrivains et paroliers/compositeurs (si seulement Musso pouvait en être atteint...mais je m'égare Montparnasse), il en chiait des bulles triangulaires à coins arrondis et matelassés pour livrer de nouvelles compositions. Contrairement à Quadrophenia pour lequel il s'était bien sorti les doigts, cette livraison minimaliste, forcément, a limité l'album. Keith Moon (batterie qu'o nétait obligé d'attacher au sol tellement il la martelait en live), à l'époque déjà dans les excès en tous genres (limousine dans une piscine, TV jetée d'une fenêtre d'hôtel, ce genre), n'a jamais été un auteur/compositeur, alors fallait pas compter sur lui. Entwisle, bassiste (et cuivriste occasionnel) du genre à sourire une fois par an, et encore, uniquement s'il avait oublier de sourire l'année précédente, composait, mais c'était du genre je fais une chanson par album et encore, estimez-vous heureux que je la fasse, alors merci bien (surtout que souvent si pas tout le temps, ses chansons, il les chantait lui-même). Roger Daltrey (chant et vestes à franges) ? Sérieux, les mecs ? Daltrey ? Attendez, j'ai envie de rire, là...ouf, heureusement, c'est passé. Non, il n'y avait que Townshend (guitare, claviers, chant occasionnel, pif de compète) pour ça.

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Pub d'époque pour l'album (pub américaine, vu le label MCA)

Vous dire donc si By Numbers sentait bon dès le début, avec son groupe en état de crise nerveuse suite à une tournée difficile et à son auteur/compositeur attitré en prise à la boisson, en pleine déprime et page blanche, n'arrivant que difficilement à écrire des chansons qui, forcément, de plus, ne sont pas des plus joyeuses (However Much I Booze : "à quel point je me bourre la gueule", en gros). Le groupe ayant refusé (je ne sais pas le pourquoi de cette décision étonnante) de le sortir sur le label Track Records qu'ils avaient pourtant fondé (avec leurs managers Kit Lambert et Chris Stamp) en 1967, By Numbers sortira sur Polydor et marchera plutôt bien, mais les critiques furent assez moyennes (en France, Manoeuvre, dans Rock'n'Folk dont il était à l'époque simple chroniqueur pigiste d'une vingtaine d'années, en publiera une critique incroyablement assassine, estimant le groupe fini ; je ne sais pas ce qu'il pense de l'album désormais) et on a commencé, à partir de cet album, à penser que les Who étaient, effectivement, finis, laissés au bout de la piste, des dinosaures. Deux ans plus tard, les punks allaient amplifier cette critique, ciblant Led Zep, les Stones, Pink Floyd, McCartney...et quant au rock progressif, ce fut pire. By Numbers n'offre pour ainsi dire aucun classique (le best-of le plus récent du groupe ne contient qu'un seul titre de l'album : Squeeze Box, sorti en single à l'époque). En live, le groupe ne jouera pour ainsi dire rien : Squeeze Box et Dreaming From The Waist (qu'Entwisle dira adorer jouer, pas ce n'était pas le cas de Townshend) furent régulièrement jouées, Slip Kid le fut un peu, c'est à peu près tout. Mais la tournée fut triomphale. Ce qui contraste avec l'aspect très personnel et franchement pas folichon de l'album, They Are All In Love et However Much I Booze sont assez déprimantes (malgré le côté virevoltant de la musique du second morceau cité), surtout que les relations entre les différents Who, qui n'ont jamais été au beau fixe, se dégradaient de plus en plus. Si l'album contient peu de classiques immortels, il renferme de vraies bonnes chansons : Dreaming From The Waist, How Many Friends, Success Story, Slip Kid, However Much I Booze, Squeeze Box, le final court mais percutant In A Hand Or A Face... Quasiment tout, en fait, car j'ai beaucoup de mal avec They Are All In Love et Blue, Red And Grey (et son ukulélé amusant et étonnant), une des chansons les plus 'légères' de l'album. Mais dans l'ensemble, The Who By Numbers, sous son amusante pochette pour laquelle Entwisle ne fut pas payé (!), est un très très bon cru des Who, et même plus que ça : pour moi, c'est leur ultime sursaut, leur dernier grand disque, la suite (Who Are You qui sera le dernier avec Moon, juste avant sa mort, et les trois albums faits ensuite) étant des plus déplorables. 

FACE A

Slip Kid

However Much I Booze

Squeeze Box

Dreaming From The Waist

Imagine A Man

FACE B

Success Story

They Are All In Love

Blue, Red And Grey

How Many Friends

In A Hand Or A Face 

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17 janvier 2018

"Vibe Killer" - Endless Boogie

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Je tiens à préciser tout d'abord que je ne possède cet album qu'en CD, donc le tracklisting plus bas ne précise pas le changement de face du vinyle. J'imagine cependant bien la chose : trois morceaux par face, le septième et dernier, Whilom, étant crédité comme bonus-track et ne doit probablement pas se trouver sur le vinyle. Sion, cet album est sorti l'an dernier et est le nouvel album d'Endless Boogie, un groupe de rock étrange et furieux, américain, dont le nom est tiré d'un des meilleurs albums (si ce n'est son meilleur) de John Lee Hooker. Mais ce n'est pas du blues, ni du blues-rock. Endless Boogie ("boogie sans fin") est un groupe de rock psychédélique, expérimental et heavy, un truc de dingues mené par  Paul 'Top Dollar' Major (c'est ainsi qu'il est crédité, en tout cas dans les minces crédits de la pochette de ce nouvel album), un groupe qui, régulièrement (genre tous les 4 ou 5 ans), nous offre un disque rempli de longs morceaux monolithiques, vibrants, remplis de grooves, de riffs, parfois de chant (guttural), et qui semblent sans fin, comme leur nom. Clairement pas le genre de musique à écouter le matin au réveil ou le soir avant d'aller se coucher, ni le matin sur le trajet du boulot (car, dans ce cas, vous n'auriez peut-être pas le temps d'écouter plus d'un seul morceau, à moins de bosser loin, très loin de chez vous).

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Avec le T-shirt ridicule et à rayures : Paul Major. Chewbacca après une bonne grosse séance de rasage, en gros.

Ce n'est pas non plus de la musique à écouter si pour vous, le summum de l'audace musicale réside dans les albums d'Eric Clapton. Non pas que Clapton ne soit pas bien, oh que non, même si ses albums studio les plus récents ressemblent plus à des plaisanteries vaguement bluesy qu'à autre chose, mais avec Endless Boogie, c'est vraiment...bah, autre chose, tiens. Leur précédent album, Long Island, qui avait été bombardé disque du mois de Rock'n'Folk à peu près à sa sortie (car je me souviens qu'il s'est écoulé un bon mois entre sa sortie et la publication de l'article), et qui date de 2013, durait la bagatelle de 78 minutes, voire même 79 je ne sais plus, en tout cas, quasiment le maximum de capacité d'un CD, à une minute près il était double (et en vinyle, évidemment, il l'est). Pour seulement 8 titres. Dont plusieurs dépassent les 10 minutes, je crois même que deux d'entre eux atteignaient le quart d'heure. Le tout, accompagné de chant (pas toujours) assez sombre, guttural, difficile de saisir les paroles surtout qu'elles ne sont pas proposées sur les très minimalistes pochettes. Et la pochette, justement, qui était tellement bizarre (plus que celle de ce nouvel album, Vibe Killer) que je ne saurais la décrire autrement que par dépiction fantaisiste d'un Ent sur fond brouillé et brumeux. Et si vous ne savez pas ce qu'est un Ent, révisez votre Seigneur Des Anneaux. Celle de Vibe Killer aussi est étrange, minimaliste, mais tout de même moins. Et même si on le voit de dos (et vu sa tronche, c'est pas un mal), on voit quand même Paul Major dans l'intérieur de pochette qui, en CD, reproduit, au format celle du vinyle (avec une sous-pochette dans laquelle est glissé le CD).

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Verso de pochette

Vibe Killer, ce nouvel album, contient, lui, 7 titres (dont un bonus-track CD, Whilom, long de presque 7 minutes, en final) pour une petite cinquantaine de minutes, les morceaux vont de 11,40 minutes pour le plus étendu (Jefferson County, remarquable) à 8 minutes de moins (soit 3,40 minutes) pour le plus court, Let It Be Unknown. Pour Endless Boogie, un morceau de 3,40 minutes, c'est comme un morceau de 30 secondes pour les Ramones, c'est vraiment court ! Dans l'ensemble, les morceaux sont longs, genre entre 5 et 8 minutes en moyenne, mais il est clair qu'après l'extension intense des morceaux de Full House Head et Long Island, ça fait vraiment sobre et rikiki dans l'ensemble. Musicalement, c'est du Endless Boogie pur sucre, si vous avez écouté et aimé Long Island, vous devriez aimer, même si je trouve que Vibe Killer lui est nettement inférieur. Autant ça m'arrive (pas souvent, mais ça m'arrive !) de me réécouter Long Island, autant je n'ai écouté que deux fois ce nouveau cru, pour le moment, et n'ai pas l'intention de récidiver tout de suite. Pourtant, ce n'est ni plus accessible, ni moins accessible que les autres, c'est juste, je ne sais pas, que j'ai l'impression qu'Endless Boogie n'a pas tout lâché pour le coup. Sans doute avaient-ils trop lâché, justement, sur le très généreux, peut-être même trop généreux Long Island, qu'il est difficile d'écouter trop souvent car on a l'impression d'écouter le même (puissant) morceau, et puis les morceaux y sont si longs... Quand on écoute un titre de 11 ou 14 minutes basé sur un riff minimaliste et un rythmique basique et heavy qui tourne en boucle, et que les sept autres morceaux sont basés sur des sons similaires, on sort épuisé de la rencontre. Vibe Killer est, de ce point de vue, moins fatigant, rapport à sa durée et à celle de plusieurs de ses morceaux, mais justement, c'est pas Endless Boogie, ça, on dirait du Endless Boogie light. J'espère qu'ils reviendront à leurs penchants extrémistes (musicalement parlant, hein !) avec leur prochain album ! Il n'empêche, c'est tout de même loin d'être raté. Juste frustrant.

Vibe Killer

Let It Be Unknown

High Drag, Hard Doin'

Bishops At Large

Back In '74

Jefferson County

Bonus-track CD : 

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"Love You" - The Beach Boys

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Ce disque mérite amplement son titre : c'est en effet la déclaration d'amour d'un groupe non seulement à ses fans ne les ayant pas laissés sur le bas-côté (car à l'époque de la sortie de cet album, c'était pas gagné), mais aussi et surtout à un de ses membres, Brian Wilson, frangin de deux autres membres (Carl et Dennis) et cousin des autres (Mike Love, Al Jardine, quoi que, concernant Jardine, je ne suis pas sûr qu'il y ait en fait un lien familial). Hé oui, je parle des Beach Boys. Cet album s'appelle Love You, ou The Beach Boys Love You, et est sorti en 1977, année de la sortie, aussi, du premier et unique album solo de Dennis Wilson, Pacific Ocean Blue, auquel certaines chansons peuvent évidemment faire penser (celles chantées par Dennis, mais pas seulement, car les arrangements, la production, sont parfois similaires). En 1977, les Garçons de la Plage ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes. Les années 70 furent aussi durailles que la bataille du même nom (et si vous avez pas pigé, c'est pas grave), malgré l'excellence de Sunflower (1970), Surf's Up (1971, un chef d'oeuvre) et Holland (1973, autre chef d'oeuvre). Le groupe en est quand même réduit, la plupart du temps, à délivrer l'ancienne marchandise (la fameuse pop surf en chansons de 2,15 minutes) des débuts quand ils font des concerts, le public n'ayant pas forcément envie d'entendre Sail On, Sailor ou Till I Die, malgré l'ébouriffante réussite de ces deux chansons.

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En 1976, le groupe publie 15 Big Ones, dans lequel ils revisitent, sans gloire mais sans honte non plus, le passé. Mais 1977 sera l'année du chef d'oeuvre ultime du groupe, ce Love You à la pochette chamarrée, produit par un Brian Wilson à moitié en déliquescence (il pétait totalement les plombs, les premiers signes ayant eu lieu une dizaine d'années plus tôt avec les sessions chaotiques et avortées de Smile) mais ayant réussi, grâce à l'amour de ses compères et proches, à se surpasser avec ce disque qu'il estime être son préféré de tous ceux qu'il a usinés. Déjà sous la coupe du Dr Eugene Landy, un psychiatre qui a certes, pour le coup, réussi à le faire enregistrer ce disque mais deviendra rapidement, et durablement, un contrôleur total de la vie et de la carrière de Wilson, Brian Wilson, il suffit de regarder la photo présente sur la sous-pochette (je n'ai pas réussi à en trouver une image sur le Net, désolé) pour s'en rendre compte, était vraiment pas en bon état. Cette photo de Brian barbu, en train de sourire comme un taré avec le regard un peu perdu, fait mal. En revanche, le texte, signé Carl, Dennis, Al et Mike (bref, les quatre autres), fait du bien, ils expliquent à quel point ils aiment leur frère/cousin/ami et à quel point ils le remercient pour ces nouvelles chansons (il y en à 14, pour environ 34 minutes) et pour s'être à ce point impliqué dans l'enregistrement de l'album. Un album qui a du étonner, et pas en bien, la maison de disques ayant, en 1972, signé les Biche Bois et leur propre label Brother Records : Reprise Records.

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En effet, Love You est assez futuriste, électro dans l'âme et pour son époque, beaucoup de synthétiseurs et de programmations des plus étonnantes, aussi bien pour l'époque que pour le groupe en question. Les paroles (absentes de la pochette) sont parfois des plus simplistes, comme sur le très court (57 secondes) Ding Dang ou Johnny Carson (ode à l'animateur TV du même nom), mais musicalement, c'est vraiment original. Encensé par une partie de la presse rock de l'époque (Patti Smith, déjà chanteuse mais rock-critic à la base, et qui continuait de temps en temps à publier des textes apparemment, louera les mérites de l'album), Love You sera cependant un bide commercial absolu, et ce n'est que bien des années plus tard que l'on commencera à parler de chef d'oeuvre - ce qu'il est incontestablement - à son sujet. Des chansons comme Love Is A Woman, Let Us Go On This Way, The Night Was So Young, Solar System, Roller Skating Child, Mona (chantée par Dennis), Airplane, Johnny Carson sont pourtant immenses, il y à réellement très très peu de choses négatives à dire au sujet de ce disque osé, ambitieux, courageux et essentiellement chanté par celui qui, en plus, joue d'à peu près tout, ici, Brian Wilson. Sa voix a cependant un peu perdu de sa splendeur, ses abus divers (drogue, alcool) sont évidemment à mettre en cause, mais son talent pour la pop, lui, est...intact ! Love You, album étonnant, à la fois du Beach Boys pur jus de fruits pressé à la main et tentative d'innovation musicale (suivie d'un Adult/Child qui, lui, restera au stade du projet, inachevé et jamais sorti, sauf en version bootleg) avec ses claviers omniprésents (mais on entend quand même des instruments 'classiques' ici), est clairement le dernier chef d'oeuvre du groupe, leur dernier grand, grand album. Et bien entendu, un de leurs grands meilleurs avec Pet Sounds, Surf's Up et Holland. Quant à la suite de la discographie du groupe, sincèrement, mieux vaut la passer à la trappe. Ces L.A. (Light Album), Summer Paradise, The Beach Boys ou That's Why God Made The Radio, entre autres, sont de vraies raclures, et Love You les renvoie bien loin aux oubliettes ! 

FACE A

Let Us Go On This Way

Roller Skating Child

Mona

Johnny Carson

Good Time

Honkin' Down The Highway

Ding Dang

FACE B

Solar System

The Night Was So Young

I'll Bet He's Nice

Let's Put Our Hearts Together

I Wanna Pick You Up

Airplane

Love Is A Woman

16 janvier 2018

"A Collection Of Great Dance Songs" - Pink Floyd

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Ce disque a été un de mes premiers Pink Floyd, avec The Dark Side Of The Moon (acheté en CD par mon père, fan du groupe et de l'album, dans les années 90) et Wish You Were Here (acheté par mes soins, peu après, sur conseil paternel ; disons plutôt qu'on me l'a acheté, en fait, j'avais, quoi, 11 ou 12 ans). Peu de temps après, la pochette et le nom du groupe m'attirant, j'achète (pour le coup, je crois l'avoir acheté avec mon propre argent) ce disque, sans savoir que j'allais me faire copieusement avoir. J'aurais du regarder au dos du CD, la (courte : 6 morceaux) liste des titres : deux d'entre eux viennent de Wish You Were Here et un autre, de The Dark Side Of The Moon. Merde, troisième album du Floyd en ma possession (auxquels il fallait rajouter Wish You Were Here, More et Ummagumma en vinyles appartenant à mon père, mais que je ne pouvais pas écouter, on n'avait plus de platine à l'époque), et déjà des doublons ! Cet album, sorti en 1981 sans un vrai accord du groupe (du moins, il me semble), est en effet une compilation, et s'appelle A Collection Of Great Dance Songs. Elle a été mise en place par EMI afin de surfer sur le gigantesque succès que le groupe ne cessait de connaître depuis quelques années, succès encore plus amplifié par The Wall en 1979, double album conceptuel imposant, pas immense mais totalement culte, ayant donné lieu à des concerts-spectacles pharaoniques et qui sera adapté, en 1982, en film par Alan Parker. The Wall, qui a marqué la fin du groupe (Richard Wright sera viré à la fin de la tournée, et les relations entre Waters et Gilmour cesseront pour de bon d'être cordiales), est représenté ici via la version single (c'est à dire, avec intro guitaristique) de Another Brick In The Wall, Pt 2, en final. Pour finir de parler de quel morceau est sur l'album, on a aussi One Of These Days (de Meddle, 1971) et Sheep (d'Animals, 1977).

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Sous sa pochette il est vrai très belle et floydienne représentant un couple de danseurs reliés au sol par des fils, dans un champ au crépuscule, A Collection Of Great Dance Songs est (comme le sera l'autre compilation officieuse sortie par EMI, en 1983, Works), une aberration. Mais là où Works aura quand même l'avantage de proposer Embryo (morceau de 1970 absent de tout album studio ou live du groupe, jamais sorti en single, joué innombrablement en live à l'époque 1970/1971, et qui ne se trouvera sur une compilation officielle qu'en 2016 avec Cr/eation : The Early Years 1966/1972), cette autre compilation, plus ancienne de deux ans, est vraiment la totale aberration. Le sous-entendu du titre est de proposer des chansons du Floyd sur lesquelles, à l'instar du couple de la pochette, on puisse danser. Sincèrement, vous avez déjà dansé sur Sheep, One Of These Days ou Shine On, You Crazy Diamond (ici une sorte de remontage proposant un mashed-up des deux parties, sur environ 11 minutes) ? Vous avez déjà roulé un patin en dansant un slow sur Wish You Were Here, chanson certes lente, mais quand même pas cataloguée slow ? Vous avez déjà dit, en écoutant Sheep (qui dure 11 minutes), putain, ce groove, ce rythme, faut que je danse, c'est trop disco, ce truc ! et foncé comme un malade sur le dancefloor  (feignant de ne pas entendre votre pote décrocher le téléphone et appeler une ambulance psychiatrique pour vous) ? Non, en grande partie parce que dans les boums et les night-clubs, Sheep ne devait très certainement jamais être programmé. Trop long, trop complexe, trop floydien, pas dansable. A la rigueur, Money (remixé pour l'occasion) a du faire danser à l'époque, le morceau a été un tube et est clairement du genre à faire danser. Et à la rigueur, l'aspect tubesque de Another Brick In The Wall, Pt. 2 aussi peut faire la farce, c'est du disco floydien. Mais tout de même, vous vous imagineriez danser et transpirer sur We don't need no education, we don't need no thought control ? Tant mieux, parce que moi, non.

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Quel est l'intérêt de cette compilation qui, hérésie, a cependant été rééditée en vinyle récemment malgré son statut à moitié officieux et tout le bien (c'est à dire le mal) qu'en pense le groupe et ses fans ? Nul. Intérêt totalement nul, sauf pour le fan complétiste qui aura ainsi un disque de plus dans sa collection. Mais un disque batard et qu'il n'écoutera qu'une fois avant de le laisser gentiment prendre sur la lui toute la poussière qui ne touchera jamais ses exemplaires de Wish You Were Here, Animals et The Dark Side Of The Moon, si souvent écoutés qu'ils en sont récurremment dépoussiérés. Cette quarantaine de minutes déjà trouvable (dans des version parfois plus longues, et donc meilleures) sur les albums studio du groupe est donc un gâchis de vinyle, de CD, de temps et d'argent. Reste la pochette, assez iconique, il est vrai. 

FACE A

One Of These Days

Money

Sheep

FACE B

Shine On, You Crazy Diamond

Wish You Were Here

Another Brick In The Wall, Pt 2


"On The Corner" - Miles Davis

 MilesOntheCorner

On a un peu peine à le croire, devant l'aspect résolument culte et séminal du projet, mais cet album de Miles Davis, à sa sortie en 1972, a été : a) un bide commercial retentissant, et b) un échec critique, s'étant fait allumer comme un pétard du 14 juillet par à peu près tout le monde (presse spécialisée, fans de la première heure). Ce n'est que bien des années plus tard qu'On The Corner a acquis sa réputation désormais définitive, celle de classique absolu de la fusion jazz-rock, et de chef d'oeuvre (enfin, un des chefs d'oeuvre, avec Kind Of Blue, In A Silent Way et Bitches Brew) de Miles Davis. Un disque sorti sous une pochette clinquante et cartoonesque de Corky McCoy (un dessinateur spécialisé dans le comic-strip) où l'on voit, sur fond jaune (recto) et rose (verso, avec un gros 'OFF' inscrit en aussi gros que le 'ON' du recto), une galerie de personnages stéréotypés, tous de couleur : un mec bien fringué en costard, un peu paumé, un autre fringué à la cool, façon pimp, une gonzesse court vêtue, des jeunes cons divers...et un mec à l'allure pas tibulaire mais presque (merci Coluche), au premier plan, avec un sticker 'free me' ('lbiérez-moi') sur les cheveux. Un des personnages porte, lui, un sweater ou pull avec la mention 'vote for Miles', titre d'un des morceaux de l'album. Corky McCoy récidivera à trois reprises pour les albums de Miles Davis : le double live In Concert en 1973 (plusieurs des personnages sur la pochette s'y retrouveront, du moins, des cousins proches), le double Big Fun (là aussi, on retrouvera, quasiment les mêmes, deux ou trois des personnages de la pochette d'On The Corner) en 1974, et Water Babies en 1976. A l'intérieur de la pochette, d'un côté, une photo noir & blanc d'un Miles à l'air pas commode, l'air de dire si ça te plaît pas, va te faire foutre, et de l'autre, des dessins de McCoy, des personnages faisant des allusions à d'autres albums de Miles, tels que Kind Of Blue et Live-Evil.

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Intérieur de pochette, avec les allusions, dans les textes, à d'autres albums de Miles

Aucune mention de qui joue quoi n'étant sur la pochette (Miles n'a pas voulu préciser les crédits, pour garder, probablement, un côté étrange à la musique, difficile de dire qui joue quoi quand on n'a même pas la liste des instruments, qui pour certains sont assez exotiques), je me dévoue et le fait ici (je précise que pour la réédition CD, il y à la liste des musiciens, tout de même) : Miles à la trompette (évidemment), Bennie Maupin à la clarinette basse, Chick Corea au synthétiseur, Herbie Hancock et Lonnie Liston Smith à l'orgue, John McLaughlin à la guitare électrique (ainsi que David Creamer, Reggie Lucas, ), Jack DeJohnette, Al Foster et Jabali Billy Hart à la batterie, Don Alias, James 'Mtume' Foreman aux percussions, Collin Walcott au sitar, Dave Liebman au saxophone ténor, Carlos Garnett au saxophone ténor et alto, Michael Henderson à la basse électrique Paul Buckmaster au violoncelle, Khalil Balakrishna au sitar électrique, Harold Ivory Williams aux claviers, et Badal Roy au tablâ (instrument de percussions indien). L'album a été produit par le fidèle Teo Macero, et enregistré en quelques jours (mais entre juin et juillet) en 1972. Sa longueur est assez épuisante au premier abord : bien que ne comprenant que 4 morceaux (ou 8 ; mais je vais y revenir), On The Corner dure la petite bagatelle de 54 minutes. C'est rien du tout, voyez. Il y à soit 4, soit 8 titres, car le premier titre est scindé en quatre parties qui, créditées séparément sur le vinyle, sont toutefois, souvent, regroupées sur une seule plage audio de 20 minutes. Et les deux derniers titres, pareil, ils sont crédités séparément sur le vinyle (avec précision de leurs durées), mais sont regroupés, en CD, souvent, sur une seule plage audio de 23 minutes. Ah oui, et il y à aussi un titre de 5 minutes en final de la face A, et un de 6 minutes en ouverture de la B. 

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Verso de pochette

Le plus fort dans tout ça est que l'album ne contient que peu de mélodies. Un fan de jazz à l'ancienne chiera probablement sur l'album, estimant que ce ne sont que des grooves (ceci dit, des grooves haletants et donnant envie de danser, difficile d'écouter ce disque le cul calé dans un fauteuil, sans bouger pendant une heure). Les trois premières minutes de l'album (qui représentent la première partie du long morceau-titre, et cette première partie porte d'ailleurs le nom de l'album) est irrésistible. Etrange, limite cacophonique quand on l'écoute pour la première fois, mais irrésistible. En fait, tout le long morceau-titre est ahurissant, et assez différent du reste de l'album qui, de Black Satin à la première (et longue) partie de Helen Butte/Mr. Freedom X, ne propose, grosso modo, que le même rythme riche en basse et percussions. One And One, le premier morceau de la face B, démarre là où Black Satin se finissait, et Helen Butte/Mr. Freedom X poursuit One And One quasiment sans pause. Au premier abord, on a l'impression de tourner en rond (les tablâs et sitar sur Mr. Freedom X viennent aérer un peu l'atmosphère 7 minutes avant la fin, mais le fameux rythme monolithique reprend quand même rapidement ses droits), l'impression d'un foutage de gueule aussi, et il est facile de comprendre, finalement, pourquoi On The Corner a été aussi mal accueilli (Lester Bangs, grand fan de Jazz et de Miles - mais aussi des Ramones ! - en parlait, à l'époque, comme de son pire album) par la presse, et pourquoi les fans de la première heure ont autant déchanté. En revanche, l'album a reçu les honneurs d'une nouvelle légion de fans, plus jeunes, avides de grooves, de funk, de rock aussi, et est devenu un classique pour eux, avant de devenir un classique tout court. Sur scène (voir In Concert, que j'ai abordé récemment), Miles prendra un malin plaisir à ramoner aux foules ce nouveau concept de jazz, fusionnel avec le rock et les musiques indiennes. Les sessions de On The Corner ressurgiront sur Get Up With It, notamment (1974), on se rend compte que Miles aurait très bien pu placer, sur son album, à l'époque, des morceaux aussi dévastateurs que Rated X ou Mtume. Ce qui aurait rendu l'album tout autre, encore plus monstrueux, pour les oreilles de l'époque qui, malgré Bitches Brew et Jack Johnson, ne s'étaient pas préparées au choc de On The Corner. Un monument ? Clairement, oui. Pas à mettre dans toutes les oreilles : si votre truc, c'est la pop sans danger, fuyez. Si vous n'aimez que le jazz classique à la Miles Davis des années 50/60, ou bien à la Thelonious Monk, Charles Mingus ou Coltrane, fuyez, ou en tout cas, réfléchissez, car ce truc pourrait bien vous faire sauter les oreilles. Mais si vous aimez la grande musique avec des cojones bien placées, alors On The Corner est pour vous. A noter, un coffret sorti en 2007 (désormais hors de prix, car difficile à trouver, et c'est un gros coffret) proposant l'intégralité des sessions plus l'album original, coffret de 6 CDs, est un complément indispensable, malgré les doublons si vous possédez déjà l'album ainsi que Get Up With It et Big Fun, qui comprenaient tous deux des chutes de studio des sessions. 

FACE A

On The Corner/New York Girl/Thinkin' One Thing And Doin' Another/Vote For Miles

Black Satin

FACE B

One And One

Helen Butte/Mr Freedom X

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15 janvier 2018

"Queen" - Queen

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Qu'est-ce que ça fait longtemps qu'on n'a pas parlé de Queen ici ! La dernière fois, c'était quand j'avais (enfin) décidé de rajouter ma petite couche à la chronique dévastatrice de drôlerie (un long poème en prose dont la première lettre de chaque vers formait, au final, un avis définitif sur le disque) que Leslie Barsonsec avait fait de Flash Gordon Soundtrack. Autrement dit, Queen et le blog ne s'étaient pas vraiment séparés sous les meilleurs auspices. Dire que j'ai découvert le rock avec ce groupe, en plus ! Donc, logiquement, la Reine devrait être tenue en assez haute estime par ma petite personne, non ? Hé bien, oui, c'est le cas, même si je dois avouer que mis à part A Night At The Opera (chef d'oeuvre du groupe), je n'écoute plus Queen du tout depuis des lustres. Déjà, en 2015, année où j'ai rajouté ma chronique (comment ça, quelle chronique ? Si vous ne vous souvenez plus de ce que je raconte ici, allez consulter un neurologue, ou relisez le tout début de ce paragraphe !), je n'écoutais plus des masses ce groupe. Et si j'ai eu envie de réaborder ce groupe mythique ici, ce n'est pas parce que je me suis remis à les écouter, car ce n'est pas le cas. Mais j'ai tellement écouté leurs albums, tous leurs albums, même les moins bons (et il y en à quelques uns !), que je les connais tous par coeur, donc je n'ai pas besoin de lees réécouter. Un jour, qui sait, s'en ressentira le besoin, mais pas encore. Ce qui n'empêche pas que, tagada tsoin tsoin, voici ma nouvelle chronique (l'ancienne datait de 2010...) concernant leur premier album, Queen. Sous sa pochette rose conçue en partie par Freddie Mercury, ce disque est sorti en 1973 et, à sa sortie, marchera correctement, mais rien de renversant. Il faudra que le groupe attende son deuxième album (Queen II, en 1974) pour vraiment commencer à connaître le succès, via une chanson du nom de Seven Seas Of Rhye, chanson dont une version instrumentale courte est déjà présente ici, sur le premier opus.

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Verso de pochette vinyle

Queen s'est fondé en 1971 sur les ruines de Smile, un groupe de rock fondé à la fin des années 60 par Tim Staffell (chant, basse), Brian May (guitare) et Roger Taylor (batterie). Un certain Farrokh Bulsara, qui se fait surnommer Freddie, ami et camarade de chambrée de Staffell quand ils étaient au Ealing Art College, les suit de près, et fait partie, durant cette même époque, de quelques groupes, dans lesquels il chante : Sour Milk Sea, notamment. Mercury, car c'est évidemment lui, a très envie d'intégrer Smile, dont Staffell vient de partir pour rejoindre un autre groupe qui ne marquera pas les esprits (Humpy Bong), et il parvient à convaincre May et Taylor à continuer. Il leur propose même un nouveau nom, simple, irrévérencieux, à double sens : Queen (double sens, car si ça veut dire 'reine', c'est aussi de l'argot pour 'homosexuel', ce que Mercury était assurément). Un certain John Deacon, bassiste, arrive et intègre le groupe, dont Mercury devient le chanteur et claviériste. Le bassiste est crédité Deacon John (dès le deuxième album, il permutera pour son nom dans le bon sens) et Roger Taylor est crédité Roger Meddows-Taylor (ça sera encore le cas pour Queen II, puis il virera la première moitié de son nom). Les sessions d'enregistrement du futur premier album démarrent en décembre 1971 et se poursuivront durant quasiment toute l'année suivante (le disque sortira en juillet 1973), entre les studios Trident et De Lane Lea, tous deux à Londres, sous la houlette de John Anthony et, déjà, de Roy Thomas Baker (je dis 'déjà' car il récidivera avec Queen). L'album sera plutôt bien accueilli par la presse, il faut dire que le style musical du groupe (du rock à la fois glam et heavy, décadent et précieux à la fois, à la Mott The Hoople, et avec quelques petits côtés progressifs parfois) était pile poil dans l'air du temps. Mais niveau ventes, ce ne fut pas aussi immense que d'autres albums sortis en cette même grande année, ces The Dark Side Of The Moon, Houses Of The Holy, Goodbye Yellow Brick Road, Aladdin Sane, Band On The Run, Living In The Material World et autres Goats Head Soup. Oui, la concurrence était comme l'hiver sibérien : rude.

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Oui, je sais...

En 39 petites minutes (et 10 titres), Queen est-il un bon album, un album moyen, ou une merde ? Sincèrement, quand j'ai découvert ce disque il y à longtemps (j'ai découvert Queen à l'âge de 12 ans, soit vers 1994, et si ce premier opus du groupe n'a pas été un des premiers que j'ai écoutés, j'ai du à peu près tous les écouter en l'espace d'une année, donc c'était au pire vers 1995), je ne l'ai pas vraiment aimé. Je ne m'attendais pas à l'adorer, en même temps, mais il m'a tout de même déçu au départ. Je n'avais déjà pas aimé des masses Sheer Heart Attack  (sorti en fin d'année 1974, c'est le troisième opus du groupe, et un de leurs meilleurs, mais il m'a fallu du temps pour m'en rendre compte !), et je ne connaissais pas encore Queen II. Si j'avais connu ce dernier, j'aurais sans doute encore moins bien aimé le premier opus du groupe, malgré qu'il renferme d'excellents moments. Sincèrement, j'ai toujours aimé le délicat et enlevé My Fairy King, Son And Daughter (très heavy) et leur premier 'tube', sorti en single, Keep Yourself Alive. Et j'ai toujours ultra-méga-terra-détesté Jesus, chanson sur devinez qui (ah, en même temps, c'est pas dur), très énervante et répétitive, pompeuse aussi, ainsi que le plus doucereux, calme, sobre The Night Comes Down. Et je sais que ça peut paraître étrange, mais Modern Times Rock'n'Roll, chanson de même pas 2 minutes interprétée à toute berzingue par Roger Taylor (le batteur, et sa voix à la Rod Stewart) m'a toujours énormément plu, alors que, oui, je sais, ce n'est vraiment pas du grand art. Le reste ? Doing All Right (composée par May et Staffell à l'époque de Smile), Great King Rat sont deux excellentes chansons (d'une manière générale, la face A de l'album est géniale), Liar est très très bonne avec son passage gospel central, mais tout de même un peu longue (6,30 minutes), Seven Seas Of Rhye (1,10 minute) est un instrumental, et une sorte d'ébauche, de prélude à la fameuse chanson du même nom que le groupe publiera sur le deuxième album (et qui cartonnera), à la même place, soit en final. De quoi causer quelques questions sur quel album contient la chanson définitive, quand on ne s'y connaît pas du tout, qu'on n'a jamais entendu ni Queen ni Queen II, mais heureusement, le minutage, qui laisse peu de place au doute (ici, ça dure 1 minute !), est indiqué au dos du CD, du moins, dans l'édition, des années 90, que je possède. Ce premier album du groupe possède déjà pas mal du son glam/heavy que Queen peaufinera jusqu'à 1976 (après, ils vireront le côté glam, deviendront plus rock pur et dur, avant de passer à du rock pop dans les années 80), et quelques chansons vraiment remarquables. Comme je l'ai dit, sa première face, en intégralité, est bluffante. Si tout n'est pas parfait non plus (la face B offre de la médiocrité au milieu de la réussite : Jesus et The Night Comes Down, plus l'instrumental final, ne valent pas grand chose), le bilan est globalement satisfaisant. Mais il est clair que ce coup d'essai n'est pas un des meilleurs albums du groupe, et rien que Queen II sera cent fois meilleur. Bref, pas un disque idéal pour découvrir le groupe, mais si vous aimez Queen et que vous ne le connaissez pas encore, laissez-vous tenter.

FACE A

Keep Yourself Alive

Doing All Right

Great King Rat

My Fairy King

FACE B

Liar

The Night Comes Down

Modern Times Rock'n'Roll

Son And Daughter

Jesus

Seven Seas Of Rhye

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14 janvier 2018

"Brothers In Arms" - Dire Straits

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 Aaah, Dire Straits, l'archétype (enfin, un des archétypes) du son pop-rock 80's. La machine à tubes qui passent encore à la radio, ces Sultans Of Swing (une semaine sans qu'elle ne passe sur RTL2 est une mauvaise semaine, du moins ça semble le credo de la station), Romeo And Juliet, Lady Writer (qui ne fut pas un si gros succès que ça à sa sortie en 1979), Walk Of Life, Money For Nothing... Deux de ces tubes sont sur l'album que je réaborde aujourd'hui, un album sorti en 1985 et qui a l'insigne honneur d'être sorti à peu près en même temps que le CD (je parle de la sortie mondiale du CD, car sinon, ce format existait déjà, au Japon, vers 1983 ou 84, et 52nd Street de Billy Joel y fut le premier album à avoir été commercialisé en CD, quelques années après sa première sortie). Il a aussi un autre honneur : celui d'avoir été, pendant 7 ans, le dernier album studio du groupe (Dire Straits s'arrêtera en effet après la tournée mondiale achevée en 1986, et ne reviendra qu'en 1992, le temps de l'album On Every Street et d'une tournée mondiale immortalisée par le live On The Night, puis absolutely curtains, comme on dirait chez les Pink Floyd, et si vous n'avez pas pigé celle-là, c'est que vous n'êtes pas un fan des Pink Floyd, mais passons). Je veux bien entendu parler de Brothers In Arms, 55 minutes (47 en vinyle, des morceaux ont été raccourcis) qui, en 1985, ravagèrent les ondes FM et les charts mondiaux, meilleure vente d'albums en Angleterre et un peu partout dans le monde civilisé (pour la Corée du Nord, je n'ai pas les chiffres, mais je peux les imaginer), USA inclus, malgré que c'était Reagan à l'époque. Cet album à la pochette magnifique (une guitare National hissée dans un ciel nuageux, le tout dans un cadre sur fond bleu clair) est incontestablement un des meilleurs opus du groupe, à ranger aux côtés de Communiqué (1979) et Love Over Gold (1982). C'est aussi un des meilleurs albums de pop-rock des années 80, et je ne dis pas ça en l'air, c'est vraiment un des albums les plus parfaits de cette décennie capable du meilleur comme du pire (et je n'ai pas le coeur à citer quelques uns des pires albums des années 80). C'est, enfin, un des albums les plus tristes, presque dépressifs, qui soient, ce qui est parfaitement mis en exergue dans le texte inclus dans le livret de la réédition CD de l'album.

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L'album contient neuf titres, et parmi eux, cinq sont assez lents, mélancoliques ou tristes ; et parmi les neuf titres de l'album, trois font allusion à la guerre. Le groupe est alors constitué de Mark Knopfler (chant, guitare), John Illsley (basse, choeurs), Alan Clark et Guy Fletcher (claviers), et des batteurs Omar Hakim et Terry Williams. Plus le guitariste Jack Sonni. Précisons cependant que Hakim et Sonni ne sont pas membres du groupe, mais membres d'appoint. Précisons aussi que des musiciens de studio invités participent à l'album, comme le bassiste Tony Levin, les frangins Michael et Randy Brecker (respectivement axophone et trompette) et le saxophoniste Malcolm Duncan. Retour aux chansons de l'album. Comme je l'ai dit plus haut, deux des plus gros tubes de Dire Straits sont ici, Money For Nothing (sur lequel Sting se fait entendre en seconde voix) et Walk Of Life. Deux tubes qui passent encore à la radio et qui sont certes excellents (enfin, Walk Of Life est tout de même le morceau le moins bon de l'album, il est limite énervant à la longue avec ses claviers entêtants et ses whoo-hoo répétitifs), mais vraiment pas représentatifs de Brothers In Arms. Trop joyeux par rapport au reste de l'album (One Wold excepté), trop tubesques. Money For Nothing, long de 8,25 minutes en CD et de 7 minutes sur le vinyle (et considérablement  raccourci en single et passages radio, évidemment) est une jubilatoire chanson qui démonte allègrement MTV (citée, carrément, dans le texte) et qui se passe dans un magasin d'électroménager, il n'y à que Dire Straits pour faire ça. L'intro, planante, suivie de ce riff monumental qui parsème le reste du morceau, est absolument grandiose. 

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Mais le coeur de Brothers In Arms réside dans le reste de son tracklisting. L'album, produit à la perfection (de même que The Dark Side Of The Moon de Pink Floyd, cet album a longtemps servi de disque-test pour les vendeurs en hi-fi, pour montrer la technicité des lecteurs CD, à l'époque où ils déboulaient sur le marché), prend son temps pour installer une atmosphère de mélancolie, de spleen. So Far Away, qui ouvre le feu, est une merveille contant la tristesse d'un homme esseulé, attendant près du téléphone que celle qui l'a quitté rappelle pour dire qu'elle revient, mais il n'ose y croire vraiment. Why Worry (plus de 8 minutes en CD, et seulement 5,30 minutes en vinyle) est une douceur aux claviers magnifiques et à la guitare bluesy et imparable, sur un homme consolant sa petite amie (du moins, il me semble). Your Latest Trick, avec ses cuivres sublimes, est une merveille jazzy au parfum de fin de nuit. Ride Across The River, le premier morceau de la seconde face (une seconde face sur laquelle aucun titre, sur le vinyle, n'a été raboté par rapport au CD, contrairement à la face A sur laquelle seul Walk Of Life dure aussi longtemps, quel que soit le support), parle d'une unité de soldats évoluant en territoire ennemi, dans un pays inconnu, au cours d'une guerre (ou guerilla) inconnue, fictive ou réelle. Ambiance un peu latino, avec flûte à l'appui, ce morceau de 7 minutes ouvrira certains des concerts de la tournée, si pas tous d'ailleurs, et y durait, souvent, 10 minutes absolument sublimes. The Man's Too Strong parle d'un homme accusé d'être un criminel de guerre, et se défendant comme il peut. Les refrains sont, guitaristiquement, tapageurs. One World est une récréation pop-rock assez incongrue, un des morceaux les moins bons de l'album, mais c'est du Dire Straits, ça reste du bon boulot. Enfin, Brothers In Arms, 7 minutes incroyables, est une splendeur absolue sur la guerre et ses atrocités, via un soldat mortellement blessé, en train de succomber, dans un pays étranger où il est venu pour se battre pour des raisons qui lui échappent. La chanson, écrite en 1982 alors que l'Angleterre et l'Argentine s'écharpaient pendant cette conne de guerre des Malouines, est une diatribe virulente mais douce-amère contre la guerre, son solo de guitare final, encore plus sublimé en live, est un modèle du genre. Une conclusion d'album parfaite, aussi bien par rapport au climat général de Brothers In Arms qu'en tant que final d'album en général, rares sont les albums à se terminer sur une chanson aussi mémorable que celle-là. Et en ces temps reculés de MTV, de new-wave (cependant, en 1985, ça commençait à battre de l'aile) et de hair-metal, un album comme celui-ci est un vrai miracle, pas isolé (So de Peter Gabriel, Hounds Of Love de Kate Bush, les deux premiers Sting solo, sont du même acabit), mais quand même relativement rare. Brothers In Arms a considérablement bien supporté le test du temps, comme les autres albums que je viens de citer à l'instant. Ultra recommandé !

FACE A

So Far Away

Money For Nothing

Walk Of Life

Your Latest Trick

Why Worry

FACE B

Ride Across The River

The Man's Too Strong

One World

Brothers In Arms

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13 janvier 2018

"Long, Long Chemin"/"Manset 1972" - Gérard Manset

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Enfin !! ENFIN, PUTAIN DE NOM DE DIEU !! Cet album existe enfin en CD ! Gââââââââââhhhhhh !!! (mode [en train de baver] off). Récemment (en fin d'année dernière, vers novembre), les albums de Gérard Manset ont enfin été réédités en CD, même si, Manset restant Manset, ils ne le furent pas tous tels qu'ils auraient du l'être : le premier opus de 1968 reste aux abonnés absent, Rien A Raconter de 1976 aussi à l'exception de quelques titres dispatchés sur deux autres albums, et d'une manière générale, Manset a, pour ses albums allant de 1976 à 1982, réédité ses anciennes éditions CD qui proposaient des melting-pots insensés de chansons des divers albums, mais jamais un album complet tel qu'il sortit en vinyle à l'époque (je suis heureux de posséder tous les Manset en vinyle, de La Mort D'Orion - son deuxième album - à Matrice inclus). Bref, cette série de rééditions, basée sur le coffret Mansetlandia (il s'agit juste des CDs du coffret vendus séparément), est un rendez-vous à moitié manqué. Sauf que ça faisait longtemps que certains de ses albums étaient difficiles à trouver en CD, même parmi ses plus récents (Jadis Et Naguère, La Vallée De La Paix). Sauf que certaines chansons ont enfin été mises en CD. Sauf que, surtout, Manset a fait sortir un disque collector limité, que j'ai acheté comme un malade au moment de sa sortie histoire de ne pas le louper (un jour, il sera épuisé, et les revendeurs le vendront cher), un disque qui, comme indiqué au dos du digipack, n'est disponible ni en téléchargement payant, ni en streaming, ni en vinyle (il n'a été réédité qu'une fois en vinyle, en 1978), juste dans ce CD à tirage limité proposant l'album entier, remastérisé en HD d'après les bandes 1/4 de pouce d'origine (tel qu'il est indiqué au dos). 

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Verso de pochette

Je veux bien entendu parler de cet album de 1972, ce troisième album de Manset, intitulé Long, Long Chemin, alias Manset 1972, alias l'album blanc. Un album majeur non seulement du chanteur (son meilleur album, très certainement), mais de la chanson francaouise, carrément. Un album qui sortira en 1972, sera réédité en 1978 (je le possède dans cette réédition dont le contenu est strictement identique à l'original), et ensuite, rien. Quand Manset, qui possède le contrôle total de son oeuvre, se décida enfin, dans les années 90, à sortir son oeuvre en CD, il choisira de mettre de côté ce disque, dont il fera, dit-on, détruire les matrices afin d'éviter la future tentation de finalement le sortir en CD. Le con. On a donc cru cet album perdu pour le compte, et les possesseurs du vinyle ont du très certainement le mettre sous cage de verre pare-balles et le faire assurer contre tous les risques de la vie... Dès l'arrivée du téléchargement, du peer to peer, du sharing, et du gravage, on a vu défiler les fichiers MP3 ou WAV de cet album, c'est d'ailleurs ainsi que je l'ai découvert, me faisant mon propre CD gravé à partir de fichiers gentiment passés via le Net, j'ai pas peur de le dire. J'ai même dû le passer à quelques reprises. Après tout, où était le mal ? Cet album n'existait PAS en CD, et n'était pas réédité en vinyle, les quelques exemplaires vendus, d'occasion, aussi bien sur le Net qu'en convention, étaient à des prix assez rébarbatifs. J'ai eu le mien a 60 €, en excellent état, mais et de un, c'est la réédition 78 et pas le pressage original de 72, et, de deux, j'ai eu du bol de tomber sur un prix aussi bas (par rapport à la rareté du truc). Bref, en passant les MP3 du disque, je ne faisait pas grand mal. Autant le dire, désormais que ce disque existe en CD, je ne le ferai plus : ceux qui veulent ce disque ont déjà du se le payer, et pour les autres, soit ils ne sont pas intéressés, soit ils s'y prendront trop tard, et tant pis pour eux.

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Le Graal mansetien : le CD de l'album

Le son est excellent, sur ce CD, j'avais peur d'un son boueux ou pleurant, mais non, l'album a été remastérisé en HD comme indiqué, et s'il ne sonne pas aussi génial qu'un album enregistré en 2017, c'est tout de même du bon boulot. Le tracklisting est complet (l'Introduction est dans la même plage audio que Long, Long Chemin), les paroles sont dans le livret, la pochette a été reproduite recto comme verso (avec Manset au recto, et Gérard au verso), avec même le cadre du tracklisting. Le contenu de cet album, assez lyrique comme ce que faisait Manset de son premier album de 1968 à cet album de 1972 justement, est à tomber à genoux nus sur des lames de rasoir rouillées et à en redemander en pleurant de joie. Rien que Jeanne, long (10 minutes) morceau final parlant de Jeanne d'Arc, suffit à faire de Long, Long Chemin un chef d'oeuvre absolu à ranger aux côtés d'Histoire De Melody Nelson et de J'Arrive (album de Brel). L'Oiseau De Paradis est une petite merveille ensoleillée, presque pop (on parle de Manset, et du Manset du début des 70's, là, donc c'est relatif), Celui Qu'il Sera Demain et Celui Qui Marche Devant (certains transferts MP3 regroupaient les deux morceaux en un seul, le CD, comme le vinyle, les sépare) sont inoubliables, de même que Donne-Moi, Ne Change Pas et le morceau-titre. Oui, je sais, je fais le fainéant, mais tout l'album, car j'ai tout cité, est parfait. Arrangements lyriques, chant habité (parfois sous-mixé par rapport à l'accompagnement, mais c'est une 'tare' présente sur l'album vinyle, pas un problème du transfert CD), paroles incroyables... Le seul reproche serait la durée de l'album, 34 minutes. Vu la qualité totale de l'album, on aurait aimé plus, c'est évident. Mais on se console : après tout, Histoire De Melody Nelson ne dure que 28 minutes, lui ! Pour finir, voici enfin en CD, pour combien de temps encore je ne sais pas mais au moins ai-je acheté le bidule à temps, l'album mythique et majeur de Manset et un des albums les plus fantasbuleux de la chanson française, ce Long, Long Chemin inoubliable et parfait. Dire que j'étais heureux en réceptionnant le colis contenant le CD est être encore loin de la vérité. Ceci dit, j'étais encore plus heureux que ça lorsque, plusieurs mois plus tôt, je réceptionnais le colis contenant le vinyle ! Que je conserve plus précieusement encore que s'il était fabriqué avec des billets de 500 € en état de valabilité. Quel disque !

FACE A

Introduction

Long, Long Chemin

Ne Change Pas

Celui Qu'il Sera Demain

Celui Qui Marche Devant

FACE B

L'Oiseau De Paradis

Donne-Moi

Jeanne

"Joe's Garage" - Frank Zappa

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Hier, j'ai réabordé Siren de Roxy Music en étant nettement moins dithyrambique, à son sujet, qu'autrefois, lors de mon ancienne chronique (qui datait d'il y à 8 ou 9 ans, tout comme l'ancienne concernant cet album, ça remonte), car entre temps, mon avis sur l'album avait un peu évolué, et pas en bien, et je ne me reconnaissais plus dans l'ancienne chronique. Pour cet album de Frank Zappa, c'est absolument pareil...mais dans le sens inverse ! L'ancienne chronique était carrément classée dans les 'ratages musicaux', et tout du long de mon ancienne chronique, moyennement longue, j'étais du genre 'cassage de Q intégral'. Car, autrefois, je n'aimais vraiment pas cet album, à l'exception de deux-trois morceaux, généralement les instrumentaux (peu nombreux ici). Mais désormais, cet album, sans aller jusqu'à dire que je le surkiffe sa race de pute en slip de nylon vert pomme, je dois dire que je l'aime vraiment beaucoup, au point de m'être payé le vinyle (réédité, triple album) récemment. Cet album, un triple mais qui n'est pas sorti tel quel à l'époque, c'est Joe's Garage, un album de Zappa, donc, qui date de 1979 et que j'estime être probablement l'ultime grand, grand opus du Moustachu à l'humour frappadingue. Comme je l'ai dit, cet album, un album conceptuel qui est en réalité, au même titre que le Tommy des Who et The Wall de Pink Floyd, un vrai opéra rock, est un triple album (et double CD), d'une longueur totale d'à peu près 115 minutes (grosso merdo, une quarantaine de minutes, ou un petit peu moins, par disque vinyle).

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Mais cet album, à sa sortie en 1979, a été publié en deux temps. Tout d'abord, il y à eu un disque simple intitulé Joe's Garage - Act I (pochette identique à celle de l'intégralité, hormis, évidemment, la précision qu'il n'y à que l'Act I dessus), sorti en septembre 1979. Puis, en novembre de la même année, un double album (pochette ci-dessus, le visuel sert désormais de verso au triple album et double CD) intitulé Joe's Garage - Acts II & III, est sorti. Pourquoi cette livraison en deux temps ? Sans doute que Zappa ne voulait pas tout sortir d'un coup en triple album car le coût (de production, mais surtout de vente en magasin) aurait été trop élevé ; sans doute aussi est-ce pour faire durer le suspense sur la conclusion de l'histoire racontée tout du long de cet opéra-rock bien délirant, rempli de personnages interprétés par les musiciens, choristes et Zappa lui-même (certains, comme Zappa, jouent plusieurs rôles). En tout cas, ce n'est pas parce que sa maison de disques refusait de tout sortir d'un coup : cet album a en effet été publié sur le propre label de Zappa, Zappa Records, qui venait d'être crée (Sheik Yerbouti, double album de 1979, fut, il me semble, le premier album publié sur son propre label, puis il y eut Joe's Garage), Zappa n'avait donc très certainement pas de freins pour le sortir en intégralité d'un coup, s'il l'avait voulu. Précisons que généralement, le triple vinyle, réédité récemment, vaut dans les 40 €, alors j'imagine le coût des pressages originaux des deux albums distincts sortis à l'époque...

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Publicité d'époque, pour le premier volume

Sorte de version musicale (dans tous les sens du terme) du Fahrenheit 451 de Bradbury et du 1984 d'Orwell, Joe's Garage se passe dans une époque futuriste (mais aux USA). L'histoire est décrite dans un long texte situé dans l'album, mais les paroles, également dans l'album, sont cependant suffisamment explicites. Dans ce futur, la musique est devenue illégale. L'album démarre par une voix robotisée (c'est Zappa qui la joue), celle du Central Scrutinizer, une sorte de Big Brother, qui nous dit d'emblée que l'album que nous allons écouter est un disque de propagande cherchant à prouver par A + B que si on veut braver les interdits et faire de la musique, il nous arrivera des bricoles, celles qui arrivent à Joe (joué par Ike Willis, un chanteur et guitariste, mais seulement chanteur ici), le héros de l'histoire. Joe possède un groupe de musique qui répète dans son garage (d'où le titre de l'album ?, me demandez-vous ? Pourquoi poser cette question ?), mais compte tenu du bruit qu'ils font, ils sont dénoncés par leurs voisins, et la police, donnant un avertissement, conseille à Joe et ses amis de se tourner vers autre chose, comme par exemple la religion. Catholic Girls (sorte de réponse à son Jewish Princess polémique de Sheik Yerbouti) : alors qu'il assiste à une assemblée dirigée par le Père Riley (Zappa, encore), il y rencontre Mary (jouée par Dale Bozzio, femme du batteur Terry Bozzio, lequel joue aussi sur l'album), une vraie nympho qui aime assister aux concerts pour se taper les musiciens (Crew Slut). Suit un concours de T-shirts mouillés (renommé, sur le CD, Fembot In A Wet T-Shirt), et une virée en bus. Joe tombe dans les bras d'une certaine Lucille qui, après lui avoir refilé une belle chaude-pisse (le très léger, subtil, aérien, zappaïen quoi, Why Does It Hurt When I Pee ?), le laisse en plan (Lucille Has Messed My Mind Up), désespéré, et tandis que le Scrutinizer nous laisse lui aussi en plan, le premier acte se finit sur une annonce : Joe va se rendre dans une curieuse secte venant d'être crée, la First Church Of Appliantology.

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Un des visuels de la pochette

L'acte 2 démarre par A Token Of My Extreme ("un échantillon de mes extrêmismes"), dans lequel Joe découvre cette Eglise d'Appliantologie, créée par un certain L. Ron Hoover (joué par Zappa). La parodie est trop évidente pour l'expliquer ici, mais je le fais quand même, on ne sait jamais : ici, Zappa se moque allègrement, et méchamment, de la Scientologie, imaginée par l'écrivain de SF L. Ron Hubbard. Hoover essaie d'explique à Joe ce qui déconne dans sa vie, et Joe, qui apprend ainsi qu'apparemment, il ne pourrait trouver le bonheur sexuel qu'avec des machines, de fil en aiguille, se rend dans un night-club étrange où il danse avec des robots (Stick It Out) et fait la rencontre de Sy Borg (joué par Ed Mann et Warren Cucurullo), un robot, mais qui se trouve être le fils de Mme Borg, sa voisine délatrice du début d'histoire (vous suivez ?) Entre Joe et Sy Borg, le contact se fait...assez bien, les branchements sont effectués, etc, etc... Les ébats, dans l'appartement de Sy Borg, sont tellement torrides que Joe en casse le robot. La police arrive, il est envoyé en prison, y participe à des partouzes homosexuelles organisées par l'aumônier de la prison (Dong Work For Yuda, Keep It Greasey, aux paroles délicieusement obscènes : garde-le graisseux, il rentrera facilement), finit par être libéré (Outside Now). Fin de l'acte 2. Au début du 3 (He Used To Cut The Grass), Joe, libre, souffre de ne plus pouvoir jouer de la musique, et se met à imaginer, dans sa tête, de fulgurants soli de guitare et bascule progressivement dans la folie, s'imaginant une star et, le temps d'une chanson (Packard Goose), s'imagine répondre vertement aux critiques. Mais une voix dans sa tête, celle de Mary, lui disant que l'information n'est pas le savoir, le savoir n'est pas la sagesse, la sagesse n'est pas la vérité, la vérité n'est pas la beauté, la beauté n'est pas l'amour, l'amour n'est pas la musique et la musique est ce qu'il y à de mieux dans la vie le déprime encore plus, et après avoir imaginé, dans sa tête, un ultime solo de guitare ébouriffant (Watermelon In Easter Hay, que Dweezil Zappa, fils de Frank, estime être le sommet guitaristique de son papounet, et que Zappa lui-même disait être le sommet de l'album ; un solo de guitare magistral et xénochrone, comme Zappa le faisait parfois), plaque définitivement tout, rentrant dans le rang, et se fait engager dans une usine de fabrication de muffins (A Little Green Rosetta, morceau final, plus une Grande Finale délirante et indépendante qu'une vraie conclusion de l'histoire). Et voilà pour ce résumé certes chabraque (pas évident, même en se basant sur internet et l'écoute de l'album, de résumer Joe's Garage) mais à peu près complet, de l'intrigue de ce concept-album.

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Autre visuel issu de la pochette interne

Musicalement ? C'est du Zappa, mais ce n'est pas du Zappa complexe et bien tarabiscoté comme on peut l'entendre sur des albums tels que Waka/Jawaka, Chunga's Revenge, 200 Motels ou Uncle Meat (fait avec les Mothers Of Invention de la première époque). Avec ses passages xénochrones (c'est à dire que Zappa, qui utilisait pas mal cette technique qu'il a quasiment inventée, mélangeait des passages musicaux déjà existants qu'il mixait dans sa musique, intercalant un solo de guitare issu d'un morceau joué live au milieu d'un nouveau morceau), ses paroles délirantes et souvent osées (Keep It Greasey, Stick It Out, Crew Slut, Catholic Girls, Dong Work For Yuda...), ses vocaux bien barrés, son histoire frappadingue, ses personnages délirants (Sy Borg, L. Ron Hoover, Father Riley...), ses soli de guitare à tomber, ses mélodies invraisemblables et très variées, sa durée parfois épuisante de presque deux heures et son imagerie complètement cintrée, Joe's Garage est un des albums les plus cultes de Zappa. Son meilleur, probablement pas, sauf de cette période précise du début des années 80. Mais je suis quand même nettement plus fan de Hot Rats, The Grand Wazoo, Uncle Meat, Waka/Jawaka, Apostrophe (') et Over-Nite Sensation. N'empêche, mea culpa, moi qui avait conchié ce disque il y à longtemps ; sans doute étais-je trop jeune (en même temps, ce fut mon premier Zappa, et c'est peut-être pas la meilleure porte d'entrée, mieux vaut prendre Apostrophe (') ou Hot Rats), sans doute l'ai-je trop souvent écouté au début et m'en suis-je lassé (j'ai mis des années avant de le réécouter), sans doute faut-il vraiment laisser à l'album le temps d'infuser. Au final, c'est clairement un excellent opus que celui-ci ! Bourratif, mais généreux !

Act I

FACE A

The Central Scrutinizer

Joe's Garage

Catholic Girls

Crew Slut

FACE B

Wet T-Shirt Nite (Fembot In A Wet T-Shirt)

Toad-O-Line (On The Bus)

Why Does It Hurt When I Pee ?

Lucille Has Messed My Mind Up/Scrutinizer Postlude

Act II

FACE C

A Token Of My Extreme

Stick It Out

Sy Borg

FACE D

Dong Work For Yuda

Keep It Greasey

Outside Now

Act III

FACE E

He Used To Cut The Grass

Packard Goose

FACE F

Watermelon In Easter Hay

A Little Green Rosetta

Posté par ClashDoherty à 08:40 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
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