Rock Fever

17 décembre 2014

"Miles Ahead" - Miles Davis

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Vires-moi cette pétasse blanche de la couverture ! Telle fut la réaction de Miles Davis en découvrant la pochette de son nouvel album, Miles Ahead, sorti en 1957. Sur cette pochette, celle ci-dessus, on voyait une jeune femme blanche, et un petit garçon aussi blanc qu'elle, sur un voilier, en pleine mer. Miles n'appréciera pas du tout ce visuel et le choix du modèle, et exigera qu'on ressorte le disque avec une autre pochette (celle ci-dessous), laquelle nouvelle pochette est jaune/orange, et le représente, dans un cadre, en train de jouer de la trompette. Ce second visuel, moins joli et moins propice à l'évasion, est le définitif, si vous cherchez à vous procurer l'album en CD (ça ne devrait pas être trop difficile), c'est sous ce visuel qu'il est commercialisé. Quant au premier visuel, c'est pour le vinyle, et encore, les premières éditions, et là, en revanche, ça ne doit pas être évident-évident à dénicher (et je ne parle pas du prix que ça doit coûter, même si, en même temps, je l'avoue : je n'ai pas été vérifier). Miles Ahead, sinon. Disque produit par Teo Macero et arrangé par Gil Evans, c'est un album assez court, 37 minutes (10 titres : les deux parties du medley en face B sont distinctes, sur deux plages audio), sorti sous une appellation étrange : Miles Davis + 19. 19 ? Le nombre de musiciens dans l'orchestre accompagnant le trompettiste, tout simplement, et pardonnez-moi d'avoir la flemme et de ne pas les citer...Bon, allez, j'en cite quand même deux-trois : Taft Jordan (trompette), Paul Chambers (contrebasse), Frank Rehak (trombone)...

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Nouvelle pochette (vinyle et CD)

Sous son titre en jeu de mots, et assez peu original, Miles Ahead ne figure pas parmi les albums cultes, majeurs de Miles, et quand on l'écoute, on compend pourquoi. Non pas que l'album soit mauvais, que non : si vous voulez du mauvais Miles de l'époque, il y à Quiet Nights (1964), éventuellement Someday My Prince Will Come (1961), mais Miles Ahead n'est pas mauvais. Je n'en suis pas fanatique du tout, je le trouve un peu facile, mais cet album, généralement super bien accueilli par la presse (à l'heure actuelle, l'album est très très bien évalué par la presse spécialisée dans le jazz et certains livres de référence), possède de bons moments, comme Springsville, The Meaning Of The Blues/Lament et Blues For Pablo. Le morceau-titre, aussi. Ca fait la moitié de l'album, soit une bonne moyenne, mais par rapport à d'autres opus de Davis où tout ou presque est à citer (et ce n'est pas seulement parce qu'il y à moins de morceaux, même si c'est le cas : certains morceaux, sur les autres albums, sont très longs, et ça ne veut pas forcément dire qu'ils sont géniaux ; ici, on a 10 titres, le plus long fait 5,20 minutes seulement...), Miles Ahead contient quand même quelques passages un peu anodins, comme la version du New Rhumba d'Ahmad Jamal, ou My Ship (par Kurt Weill).

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Du Miles de l'époque (milieu des années 50/entrée des années 60), il faut nettement privilégier les sommets Kind Of Blue, Porgy And Bess, Sketches Of Spain et Milestones (la musique du film Ascenseur Pour L'Echafaud de Louis Malle, aussi) plutôt que ce Miles Ahead qui, en ce qui me concerne, souffre d'un ou deux passages à vide et d'un manque d'originalité. On notera que les morceaux s'enchaînent les uns aux autres, sans pause, comme si c'était un live (ce n'est pourtant pas le cas), à l'exception de Miles Ahead et Blues For Pablo, ce qui est normal, car entre les deux, on a la séparation des faces ! On notera aussi, pour finir, que lorsque l'album fut enregistré, Miles retourna en studio pour un cinquième et ultime session, au cours de laquelle il réenregistrera certains passages personnels qu'il estimait avoir foirés. Ces overdubs ont été faits en mono, comme l'album. Lors du mix stéréo, ils (les overdubs) apparaissent clairement, ce qui peut les rendre quelque peu gênants pour les audiophiles, mélomanes à l'oreille musicale absolue... Ca n'améliore pas l'album, ça ne l'empire pas non plus. Un bon Miles pour moi, pas un grand Miles.

FACE A

Springsville

The Maids Of Cadiz

The Duke

My Ship

Miles Ahead

FACE B

Blues For Pablo

New Rhumba

Medley :

a) The Meaning Of The Blues

b) Lament

I Don't Wanna Be Kissed (By Anyone But You)

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16 décembre 2014

"The Howlin' Wolf Album" - Howlin' Wolf

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Ce disque donne une grande leçon pour tous les producteurs et les maisons de disques : ne jamais, au grand jamais, vous m'entendez bien : ja-mais, dire, sur la pochette, que l'artiste ou le groupe ayant fait le disque en question ne l'aime pas. Ca n'est pas ce que l'on pourrait parler la meilleure tactique commercale au monde que d'afficher noir sur blanc l'opinion désavantageuse d'un artiste sur son oeuvre. Pourtant, c'est ce que Chess Records (en fait, l'album est sorti sur Cadet Concept, qui faisait partie de l'écurie Chess, légende des disques de blues) a fait, en 1969, pour la sortie de ce disque sans vrai titre : The Howlin' Wolf Album. Alias This Is Howlin' Wolf's New Album. La photo ci-dessus est bel et bien la pochette de l'album, on y lit le texte suivant : Voici le nouvel album de Howlin' Wolf. Il ne l'aime pas. Il n'aimait pas sa guitare électrique au début non plus, par ailleurs. Si Chess Records a fait ça, ce n'était pas par rigolade ou par provocation, mais dans un souci de vérité, Howlin' Wolf, légende du blues (surnommé ainsi, 'Loup Hurleur', parce qu'il poussait de ces gueulantes, quand il chantait, sa voix était hallucinante), n'aimait vraiment pas ce disque, il n'a pas aimé du tout le faire, il n'a pas aimé la manière dont se sont déroulées les séances, la manière dont les morceaux évoluaient. Les musiciens étaient dans l'ensemble bien plus jeunes que lui, et ont apporté (notamment le guitariste Pete Cosey, qui fera partie de la bande de Miles Davis vers 1973/74, époque Get Up With It et les lives Agharta, Pangaea et Dark Magus, une période très space pour le jazzman) une touche assez psychédélique et bien plus rock que de coutume. Comme Muddy Waters, Howlin' Wolf s'est mis à l'électrique (Muddy, ce fut en 1968 avec Electric Mud, un excellent opus qui, lui aussi, fut controversé). A lire ce qu'il dira de l'album (dog shit, ce genre), il n'aurait pas du. Moi, je crois que si, parce que cet album est vraiment bon.

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Pas évident à trouver à l'heure actuelle (il a été réédité en vinyle en 2011, je l'ai d'ailleurs, mais en CD, il n'est pas souvent réédité), The Howlin' Wolf Album est un disque qui mérite bien mieux que tout ce que le principal intéressé en a dit ou laissé entendre. Howlin' n'appréciera pas du tout la pédale wah-wah de Cosey, et lui conseillera d'aller jeter toute cette merde de wah-wah dans le lac, et de profiter de l'occasion de sortir pour aller se faire couper les cheveux, ambiance. Mais Cosey et les autres musiciens, comme Louis Satterfield (basse), Morris Jennings (batterie) et Roland Faulkner (guitare), font vraiment du bon boulot. Wolf, sur ce disque, ne joue que de l'harmonica en plus, évidemment, du chant, chant qui est aussi efficace que d'ordinaire, ce n'est pas parce qu'il n'aime pas ce qu'il joue et chante qu'il ne va pas tout donner ! 10 titres, sur cet album, pour un total de 41 minutes. Au début de pas mal de morceaux, Wolf fait des introductions, je n'ai pas totalement saisi ce qu'il dit, il annonce les morceaux en gros. Morceaux qui sont pour beaucoup des classiques du beulouze, des intouchables repris des kilomètres de fois par des bluesmen ou des rockeurs : Spoonful, Back Door Man, Smokestack Lighting, The Red Rooster (alias Little Red Rooster), Built For Comfort... Ces versions sont remarquables, assez hantées par la voix totalement incroyable du Loup, et par ces sonorités à la fois psychédéliques, modernes et très roots, ce n'est pas un disque de rock, au fond, mais un disque de blues électrique, comme le futur Hard Again (1977) de Muddy Waters, lequel lui est cependant amplement supérieur (et plus traditionnel, aussi), sans rien retirer à ce disque du Wolf.

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Bien évidemment, malgré une remarquable interprétation générale et des morceaux tuants (Evil, Tail Dragger...), The Howlin' Wolf Album sera un four commercial, et la pochette no shit et trop sincère n'y sera pas pour rien, au contraire (au dos, un collage de diverses photos de Wolf et des musiciens, notamment une photo d'un Wolf songeur et quelque peu mécontent et/ou ennuyé, qui résume bien, dans un sens, ce qu'il ressentait de son propre album ; à noter, rien à voir, que les durées des morceaux sont indiquées en toutes lettres, chose assez rare !). Ca ne devait pas être facile et agréable, pour Howlin' Wolf, de constater, progressivement, que ce qu'il enregistrait échappait à son contrôle et lui plaisait de moins en moins. Quand la maison de disques a quand même choisi de sortir le disque (ce qu'il ne voulait évidemment pas), il n'a pas vraiment apprécié. J'imagine quand même que le coup de la pochette a du le laisser froid, à ce point-là, il n'en avait rien à foutre que le disque se vende ou pas, sans doute espérait-il un bide, histoire de se conforter dans son opinion sur l'album. Oui, l'album fut un bide, mais malgré cela, et malgré ce qu'en pensait son auteur, ce n'est vraiment pas un ratage. Une curiosité blues psychédélique, une rareté, que j'avoue avoir acheté uniquement pour sa pochette quasiment unique. Je m'attendais à trouver le contenu nul, ou médiocre, quelle ne fut donc pas ma surprise (mon heureuse surprise) de constater que ce n'était vraiment pas le cas ! Reste quand même qu'avec cette pochette, Chess a complètement déconné, mais vu la manière dont ils traitaient leurs artistes (une fois son contrat avec eux achevé, Muddy Waters s'estimera libéré, comme un ancien esclave affranchi), ce n'est pas étonnant...

FACE A

Spoonful

Tail Dragger

Smokestack Lightning

Moanin' At Midnight

Built For Comfort

FACE B

The Red Rooster

Evil

Down In The Bottom

Three Hundred Pounds Of Joy

Back Door Man

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15 décembre 2014

"A Farewell To Kings" - Rush

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Je viens de me rendre compte que je n'avais jusqu'à présent, et ce, depuis la création du blog en 2009, toujours pas abordé le cas Rush. Vous me direz, de plus, et vous aurez raison, que sans être le groupe du siècle ou des années 70 (leur premier opus date de 1974), Rush est quand même un groupe connu et important. De nationalité canadienne, ce qui fait une raison de plus de se souvenir d'eux, ils ont officié dans un hard-rock pur et dur à la Aerosmith. Mais le groupe, mené par le chanteur et bassiste Geddy Lee (à la voix tellement aiguë que lorsque je l'ai entendu pour la première fois, j'étais persuadé que c'était une femme qui chantait !), et constitué aussi du guitariste Alex Lifeson et du batteur Neil Peart (oui, Rush était ce qu'on appelle un power-trio) pour l'album qui nous concerne ici (Peart ne faisait pas partie du groupe aux débuts de celui-ci), a ensuite fait un virage assez progressif. En 1977, il livre son cinquième opus studio, et sixième tout court (le précédent, All The World's A Stage, était un double live), un album intitulé A Farewell To Kings. Avec 37 minutes au compteur, cet album ne possède cependant que six titres en tout, dont deux atteignant et même dépassant vaguement la dizaine de minutes. C'est le premier opus de progressif de Rush, et selon certains fans, il s'agit de leur meilleur album en concurrence avec Fly By Night (1975, le deuxième album) et 2112 (1976, leur quatrième opus, le précédent, donc). Je n'irai pas jusque là, pour une bonne raison : A Farewell To Kings est mon premier Rush. J'ai découvert ce groupe, assez récemment, avec cet album sorti en pleine année punk, à une époque, une année, où le rock progressif et le hard-rock (sauf quand on s'appelait AC/DC ou Scorpions) n'étaient plus trop en odeur de sainteté, surtout le progressif.

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Dos de vinyle

Mais en farfouillant sur le net, je suis tombé sur un site, je ne sais plus lequel (impossible de foutre la main dessus depuis !), anglophone, où un internaute disait qu'il trouvait cet album magnifique, que c'était un de ses albums de l'île déserte, un disque prodigieux et, selon lui, le meilleur de Rush (ce site proposait une sorte de liste des meilleurs albums selon cet internaute, d'autres albums de Rush s'y trouvaient, ça devait être un Rushophile, ce mec). La pochette, de plus, m'intriguait, m'intrigue toujours : un décor en ruines, maison ravagée, démolie par, apparemment, des bombardements. Décor sinistre. On aperçoit, à droite, assis sur un trône, une figure humaine avachie, grand sourire béat, un pantin à taille humaine dont on aperçoit les fils dressés vers le ciel. La symbolique du pantin est aussi au dos de pochette, noire, avec les crédits des morceaux en rouge, et des fils de marionnettes, avec les baguettes. L'homme sur la pochette, est-ce un pantin oublié, ou bien un humain dirigé par une force supérieure, et, cependant, comme oublié par cellle-ci, dans ce décor apocalyptique ? La symbolique de la marionnette me fait penser à la pochette du futur The Number Of The Beast (1982) d'Iron Maiden, sur laquelle un Eddie (mascotte du groupe) géant tient entre ses mains les fils de la marionnette du Diable qui, lui, tient entre ses mains les fils de la marionnette d'un Eddie de taille humaine, le tout, dans un décor infernal, sabbatique. Une influence pour Maiden, la pochette de l'album de Rush ? Je m'avance sans doute un peu trop. Enfin bref, cette pochette (l'album de Rush) est intriguante, et vraiment pas mal.

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Le moustachu : Neil. Le blond : Alex. Le brun assis : Geddy

Musicalement aussi, l'album est vraiment pas mal, je l'ai vraiment beaucoup aimé, alors que, pour tout dire, je m'attendais à m'emmerder un peu, à trouver l'ensemble banal, du hard-rock 70's à la sauce prog', tout à fait le genre de truc qui, tout comme Wishbone Ash (plus anciens que Rush) et leur album Argus, ou Jethro Tull (Aqualung, Heavy Horses), peut sembler bien par moments, mais prend un sacré coup de vieux bien vicelard assez rapidement. En dépit de ma surprise concernant la voix de Geddy Lee (il m'a fallu deux écoutes entières de l'album pour m'y faire, maintenant ça va), A Farewell To Kings m'a branché dès le départ. Bon, OK, Cygnus X-1, Book I : The Voyage, longue pièce de 10 minutes achevant l'album (et une suite à ce morceau sera faite sur l'album suivant, Hemispheres, où le morceau, Cygnus X-1, Book II : Hemispheres, dure 18 minutes et occupe toute une face !), m'a un peu saoûlé par moments, je l'ai trouvé trop long. Mais le reste, franchement, est d'un niveau exceptionnel. Xanadu, morceau le plus long de l'album (11 minutes inspirées par le fameux poème Kubla Khan de Coleridge), qui parle du magnifique et mythique palais de Kubilaï Khan, dans la Chine antique, est assurément le sommet de l'album. Apparemment, Closer To The Heart, magnifique et courte (2,50 minutes) chanson, serait une des plus fameuses du groupe. Le morceau-titre est une féérie, sublimissime (son intro, quand la voix de Geddy déboule, aussi), quasiment 6 minutes de bonheur. Madrigal, morceau le plus court (2,30 minutes), est une splendeur douce comme la pluie estivale. Cinderella Man est moins évident, mais, franchement, pas mal. Au bout du compte, avec ses 6 titres, A Farewell To Kings est une réussite du genre, le dernier titre est un peu too much pour moi par moments, mais il est tout de même très bon. Encore mieux, encore plus fort : cet album me donne envie d'écouter d'autres opus de Rush, de prolonger l'aventure, et ça, c'est quand même la preuve que ce disque est bon, qu'il a réussi son pari (d'autres albums du groupe suivront ici, d'ailleurs, notamment 2112, Hemispheres et Fly By Night). Si vous ne connaissez pas encore, je conseille !

FACE A

A Farewell To Kings

Xanadu

FACE B

Closer To The Heart

Cinderella Man

Madrigal

Cygnus X-1, Book I : The Voyage

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"Porgy And Bess" - Miles Davis

PORGY BESS

George Gershwin, vous connaissez ? Compositeur américain né en 1898, mort au très jeune âge de 38 ans et demi, en 1937, on lui doit des oeuvres telles que Rhapsody In Blue, Un Américain A Paris, plusieurs musiques de films...On lui doit aussi et surtout, en 1935, un opéra-folk sur la vie des Afro-Américains, Porgy And Bess. Cette oeuvre culte sera adaptée à de multiples reprises (cinéma, télévision, musique), on la jouera énormément de fois dans divers pays, à diverses époques... Cet opéra, sorte de Roméo Et Juliette afro-américain contant l'amour d'un Noir estropié du nom de Porgy, vivant à Charleston (Caroline du Sud), pour Bess, qu'il va tenter de soustraire des griffes de son mari le violent Crown et d'un dealer du nom de Sportin' Life. L'oeuvre contient plusieurs grands moments, le plus connu étant indéniablement Summertime, chanson magnifique reprise de nombreuses fois (une des versions les plus connues, si ce n'est la plus connue, celle de Janis Joplin, en 1968, avec son groupe de l'époque Big Brother & The Holding Company, album Cheap Thrills), une berceuse chantée par un des personnages de l'histoire à son enfant pour qu'il s'endorme. Porgy And Bess est une des oeuvres musicales, artistiques, les plus connues, cultes, importantes du XXème siècle. En 1958, Miles Davis va s'approprier l'oeuvre pour en faire un album, 50 minutes basées sur les quasiment quatre heures de l'opéra.

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C'est, bien évidemment, cet album, Porgy And Bess, ou George Gershwin's Porgy And Bess pour son titre complet. Comme il est dit au dos de la réédition CD, cet album est une des plus grosses ventes de tout le répertoire de Miles, aux côtés (ce n'est pas précisé au dos, c'est moi qui le précise ici) de Kind Of Blue, Bitches Brew et On The Corner (lequel, cependant, ne fut pas un succès commercial à sa sortie, ce n'est que plus tard qu'il le sera). 13 morceaux issus de l'opéra, tout n'y est bien évidemment pas, mais les grands moments y sont bel et bien, dans des versions jazzy (orchestrées par Gil Evans, produites par le fidèle Teo Macero et Cal Lampley) de toute beauté. De Buzzard Song à There's A Boat That's Leaving Soon For New York, les 50 minutes de cet album, constituées de morceaux le plus souvent assez courts (le plus long, My Man's Gone Now, fait 6,15 minutes ; le plus court, Here Comes De Honey Man, fait 5 minutes de moins que lui), figurent largement parmi les plus belles prestations davisiennes qui soient. Que dire face à Summertime, It Ain't Necessarily So, My Man's Gone Now, Gone, Prayer (Oh Doctor Jesus) ou Buzzard Song ? Il n'est de plus pas nécessaire de connaître l'oeuvre de Gershwin pour apprécier ce disque qui, en mettant de côté l'intrigue qui n'est de toute façon pas suivable ici (les morceaux ne sont pas forcément placés dans l'ordre du livret de l'opéra, et comme tous sont instrumentaux...), fonctionne parfaitement en tant que pur album de jazz orchestral.

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Citons un peu les musiciens présents ici, outre bien évidemment Miles et sa trompette et son bugle. On a Ernie Royal, Bernie Glow, Johnny Coles et Louis Mucci aux trompettes, Bill Barber au tuba, Paul Chambers à la contrebasse, Jimmy Cobb à la batterie sur quatre titres et Philly Joe Jones à la batterie sur le reste, 'Cannonball' Aderley au saxophone alto, Dick Hixon, Frank Rehak, Jimmy Cleveland et Joe Bennett aux trombones, Danny Bank à la clarinette, flûtes... Tous, sous la houlette de Gil Evans (et de Miles, évidemment), livrent de sublimes prestations. Porgy And Bess est au final un album absolument grandiose, cultissime, une des meilleures productions de ce géant du jazz qu'était Miles Davis. Un de ses meilleurs albums de l'époque, aussi, fait juste avant Kind Of Blue. Si vous aimez le jazz, si vous aimez Miles, et que vous ne connaissez pas encore cet album, je me demande vraiment ce que vous attendez encore à l'heure actuelle. Vous n'avez aucune excuse, d'autant plus qu'on le trouve très facilement, aussi bien en magasin que sur le Net, et le plus souvent, à un prix imbattable (du genre moins de 10 €) !

FACE A

Buzzard Song

Bess, You Is My Woman Now

Gone

Gone, Gone, Gone

Summertime

Oh Bess, Oh Were's My Bess

FACE B

Prayer (Oh Doctor Jesus)

Fishermen, Strawberry And Devil Crab

My Man's Gone Now

It Ain't Necessarily So

Here Comes De Honey Man

I Loves You, Porgy

There's A Boat That's Leaving Soon For New York

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14 décembre 2014

"Quiet Nights" - Miles Davis

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Depuis des années que je vous bassine (probablement) en répétant, ici, à longueur de chroniques, que Miles Davis est un génie, qu'il n'a rien raté à l'exception de ses derniers albums, des années 80, vraiment médiocres (You're Under Arrest, Decoy, ce genre), mais que tout ce qu'il a fait depuis les années 50 jusqu'à Get Up With It en 1974 (dernier vrai album qu'il sortira avant une pause de sept ans, pendant laquelle ne sortiront que des lives et compilations d'inédits) est immense. En fait, non : il y à quand même, pendant cette longue période, un mauvais album de Miles. Je ne le place pas, ici, dans la catégorie redoutée des 'ratages musicaux', bien que j'ai quand même décidé de mettre cette précision infâme dans les tags, parce que j'ai tellement de respect, d'admiration pour Miles que je pense que ça serait vraiment trop infâmant, justement. Mais le fait est que ce disque au demeurant assez peu connu, le dernier des albums que Miles Davis a faits avec l'arrangeur Gil Evans (Sketches Of Spain, Porgy And Bess...), n'est vraiment pas un disque que je conseillerais pour découvrir Miles, ou pour aller plus en avant dans la découverte. Une fois que vous aurez écouté les grands opus de Davis, une fois que vous en aurez écouté, disons, une bonne vingtaine (oui, je sais, ça fait beaucoup) et que vous aurez toujours envie d'en écouter davantage, une fois que vous serez, donc, accro, Miles-addict, alors là, OK, vous pourrez vous pencher sur ce Quiet Nights, car tel est son nom. Il date de 1964, se trouve sandwiché, dans la discographie studio de Miles, entre le très bon (et relativement méconnu lui aussi) Seven Steps To Heaven (1963) et le grandiosissime E.S.P. de 1965.

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Une chose importante, cruciale même pour la bonne compréhension de ce qu'est ce disque, est de savoir que là où une grande partie des albums de Miles Davis sont longs (45/50 minutes, parfois même bien plus que ça), ce disque, dans sa version CD actuelle, ne dure que 39 minutes, pour 8 titres. Mais j'ai bien dit, dans sa version CD (datant de 1997, la plus récente à ce jour). Car la version vinyle, elle, ne contient que 7 titres, pour un total de 27 minutes ! Oui, 27, à peine la durée d'un album de Gainsbourg ou des Beach Boys ! Si certains parmi les premiers-premiers albums de jazz faisaient une durée équivalente, c'était rapport au format vinyle d'époque, le 33-tours de 20 cm de circonférence. Quiet Nights, lui, est de format 33-tours 30 cm de circonférence, le format définitif, quoi, et pour un album de son époque, surtout de jazz, c'est vraiment peu. D'autant plus que le morceau rajouté sur le CD, Time Of The Barracudas, fait quasiment 13 minutes, et est vraiment réussi, plus que pas mal d'autres morceaux de l'album original. L'album aurait apparemment été enregistré en plusieurs sessions, sur quatre mois, mais seulement une vingtaine de minutes furent posées sur bande (précisons au fait que le plus long morceau de l'album original dure 6 minutes, et est le plus long de vraiment beaucoup, le second plus long morceau faisant 4,18 minutes ; et le plus court, 1,40 minute), suffisant pour une face, pas pour un LP entier. Miles et Evans, et leurs musiciens (Bill Barber, Bernie Glow, Ernie Royal, Paul Chambers, Jimmy Cobb...), sentant le projet tout bon pour partir en couilles, ont donc remisé Quiet Nights. Teo Macero, producteur fidèle de Miles, a repris les bandes, et rajouté un morceau issu de sessions de 1963 (le dernier titre, Summer Night, le plus long de l'album, issu des sessions de Seven Steps To Heaven), et a décidé de sortir l'album tel quel, 27 petites minutes, vraiment peu, mais quand même suffisant pour un LP, un petit LP, mais un LP quand même. Il paraît que Miles était furieux en apprenant la sortie de l'album, qu'il n'estimait pas apte à sortir, un projet inachevé. Comme on peut s'en douter, l'album se vendra à peu près aussi bien que des congélateurs sur la banquise. En représailles, Miles ne retravaillera avec Macero que dès 1966 et l'album Miles Smiles. Il ne lui en tiendra pas longtemps rigueur, donc, les deux compères ayant, par la suite, fait, ensemble, tous les grands albums du trompettiste, comme Bitches Brew ou On The Corner.

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Quiet Nights n'est pas à chier, mais il faut bien reconnaître que non seulement le bonus-track CD est meilleur que les sept morceaux originaux, mais que Summer Night, le morceau de 1963 rajouté par Macero aux morceaux enregistrés en 1964, est lui aussi le meilleur des sept titres originaux ! Le reste... Corcovado, Aos Pes Da Cruz (deux morceaux très bossa nova dans l'âme) sont corrects, mais dans l'ensemble, l'album se laisse écouter, certes, mais avec un ennui poli. Même sans le comparer avec les autres albums de Miles de l'époque, même si ça serait le premier opus de Miles qu'on écouterait, difficile de trouver quelque chose de positif à dire dessus. Miles, comme d'habitude, joue bien de sa trompette, mais Quiet Nights, dans l'ensemble, est vraiment une production mineure, médiocre même, du bonhomme. Jusqu'à présent, des albums de la période 1955/1974, le seul que je n'avais pas totalement apprécié était Nefertiti, de 1968, mais Nefertiti est quand même un bon opus, c'est jusque que je le sentais (et le sens toujours) moins abouti que les autres albums faits à la même époque (1967/68), soit Sorcerer et Miles In The Sky. Ca reste (Nefertiti) un album totalement appréciable, écoutable. Quiet Nights, lui, n'apporte qu'un ennui poli, comme je l'ai dit, on l'écoute parce que c'est du Miles, et on essaie de se dire que, compte tenu que c'est Miles, ça ne peut pas être raté. Mais, hélas, si. A réserver, donc, aux vrais fans, pas pour découvrir le bonhomme ou le jazz. Pour finir, finalement, ce n'est peut-être pas si mal que ce disque ne dure que 27 petites minutes...

FACE A

Song N°2

Once Upon A Summertime

Aos Pes Da Cruz

Song N°1

FACE B

Wait Till You See Her

Corcovado

Summer Night

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"Jazz Impressions Of Japan" - The Dave Brubeck Quartet

dave brubeck

On va reparler un peu de jazz sur le blog, ça faisait longtemps. Ce disque ne fait pas partie des légendes du jazz, ce n'est clairement pas un des albums les plus connus, révérés du genre. Même pour son auteur, le fameux Dave Brubeck (pianiste mort en 2012) et son quartet, ce n'est pas un disque comptant parmi ses oeuvres les plus majeures et connues, Time Out, le légendaire Time Out de 1959 (avec Take Five, Blue Rondo A La Turk...) lui étant supérieur, et bien plus connu. Mais cet album, très court (35 minutes, ce qui, pour un disque de jazz, n'est pas rare, mais franchement pas commun non plus, la majeure partie des albums de jazz atteignent quasiment 50 minutes), sorti en 1964, est un de mes préférés du jazz. Il s'appelle Jazz Impressions Of Japan, et fait partie de la série d'albums que Brubeck a faits pour rendre hommage à tel ou tel pays, une sorte de carnet de route musical. Brubeck voyageait beaucoup, il donnait beaucoup de concerts, il en a donné, notamment, au Japon. Cet album n'est pas live, et il a été enregistré aux USA, mais il a été composé, en totalité, suite aux ressentis émotionnels, sensoriels de Brubeck au Japon. D'autres albums ont été faits dans cette série, Jazz Impressions Of New York, Bravo Brubeck ! (un live enregistré au Mexique, assez influencé par les lieux), le premier ayant été, en 1958, Jazz Impressions Of Eurasia.

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Pour ce disque, Brubeck (piano) est entouré de ses musiciens de prédilection, ceux du Quartet (quatre musiciens, dont lui) : Paul Desmond au saxophone, Joe Morello à la batterie, Eugene Wright à la contrebasse. Les mêmes que pour Time Out, notamment, on ne change pas une équipe qui gagne. L'album a été réédité en CD en 2001, 2008 et 2009, mais entre l'année de sortie de l'album vinyle (1964) et 2001, pendant longtemps, il sera difficile à trouver, non réédité, sa faible popularité (comme je l'ai dit, ce n'est pas un album majeur et connu) n'y étant pas pour rien. Pourtant, Jazz Impressions Of Japan est une belle petite réussite dans le genre, 8 titres (dont un, Zen Is When, enregistré en 1960 ; les autres, de 1964) très jolis, sous forte influence nipponne. Koto Song sera en quelque sorte le seul 'classique' de l'album; Brubeck le refera souvent par la suite, mais le reste n'a malgré la réussite de l'album, pas marqué les foules. Toki's Theme fait partie de la bande-son d'une série TV de CBS, Mr. Broadway, pour l'anecdote.

Brubeck-Dave01

De Tokyo's Traffic à Koto Song en passant par les grandioses The City Is Crying et Fujiyama, cet album hélas trop court (le morceau le plus long ne dure que 6 minutes...) est à écouter absolument, c'est un disque vraiment accessible (ce qui ne gâche rien), que l'on trouve généralement à un prix très raisonnable en CD. L'album, sous sa sublime et très évocatrice pochette, semble, de plus, avoir été réhabilité sur le Net, AllMusic, par exemple, lui décerne un 4/5 en avis, et le chroniqueur achève son texte par ces mots : it's truly wonderful ('c'est franchement magnifique'). Je ne peux qu'être totalement d'accord avec eux (ce n'est pas cette chronique qui m'a fait découvrir l'album, je le connaissais déjà), et je ne peux, en final de cette (désolé !) courte chronique, que vous encourager à découvrir cet album méconnu et en tous points (malgré sa durée rikiki) sublime.

FACE A

Tokyo's Traffic

Rising Sun

Toki's Theme (from the CBS TV Series Mr. Broadway)

Fujiyama

FACE B

Zen Is When

The City Is Crying

Osaka Blues

Koto Song

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13 décembre 2014

"Olé" - John Coltrane

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En 1960 sortait Sketches Of Spain, Miles Davis puisait son inspiration dans la musique espagnole. Pour moi, l'essai ne fut pas concluant outre mesure. Néanmoins, on ne pouvait qu'applaudir l'oeuvre de Davis pour sa grande originalité et ses sonorités innovantes. Olé est bien différent de l'oeuvre de Davis car beaucoup plus sombre et bien plus mystique! Quiconque aura entendu le titre éponyme comprendra parfaitement ce que je veux dire. Commençant sur de la contrebasse, le sax ténor de Coltrane vient vite s'imposer. La messe commence... Anecdote amusante, à chaque écoute de ce titre, je ne peux m'empêcher de penser au communisme. Tout simplement parce que chacun des musiciens à une part de jeu égale. Coltrane ouvre la cérémonie et la termine en bon gourou. Les musiciens s'en donnent à coeur joie, Dolphy suit la trace de Coltrane à la flûte en débutant sa partie juste après Coltrane. Olé fait figure d'oeuvre testamentaire dans l'oeuvre de Coltrane... C'est le dernier album qu'il enregistra pour Atlantic avant de se diriger vers Impulse qui sera sa période la plus intéressante mais aussi la plus controversée.

John_Coltrane_coltrane2

Dès le titre d'ouverture (Olé), l'auditeur comprend que c'est la fin du Coltrane qu'il avait connu. Ce titre est en effet bien plus intense que tout ce que Coltrane avait pu faire auparavant. Sa quête spirituelle va s'intensifier, ce titre éponyme en est la preuve. Sorte de messe noire, orgie instrumentale pour atteindre l'inconnu et toucher au divin... L'auditeur n'est pas en reste car la suite est elle aussi de grande facture... Ainsi, l'auditeur ne se sent pas lésé comme il avait pu l'être avec My Favorite Things. Ainsi le titre Dahomey Dance est un titre propice aux interventions des solistes. Interventions toutes plus délicates les unes que les autres. Aisha est le seul titre de ce disque qui n'a pas été composé par Coltrane. Cette petite perle a été écrite par McCoy Tyner et je ne dois pas être le seul à qui ce titre fait penser à Naima sur Giant Steps ! Cette perle me fait pleurer à chaque écoute !

john_coltrane

Olé est un album court (36 minutes pour trois titres) mais est sans nul doute l'album le plus définitif de toute la période Atlantic. Sombre, mystique et mélancolique, cet album ravira les fans du saxophoniste ainsi que les autres ! Chaque album de Coltrane faisait figure d'OVNI (mis à part Coltrane Jazz éventuellement et My Favorite Things), Olé ne déroge pas à la règle. On y trouve le côté mystique qui feront des albums A Love Supreme et Crescent, leurs grandeurs respectives ! Il n'est peut-être pas aussi puissant que le Free Jazz de Coleman, sorti durant la même année, à savoir 1961. Néanmoins, il serait tout de même idiot de passer à côté !

Chronique complémentaire de ClashDoherty :

John Coltrane est un dieu du jazz, et du saxophone. Il a signé, tout du long de sa relativement courte (il est mort en 1967) carrière, des albums essentiels : My Favourite Things, Giant Steps, Interstellar Space, Crescent, Stellar Regions, et l'inoubliable A Love Supreme en 1964, son cadeau pour Dieu. En 1961, 'trane offre un album court (36 minutes, seulement 3 morceaux) mais parfait, un disque sous influence hispanique et arabe, sorti sur le label Atlantic (peu après, il partira de ce label pour rejoindre Impulse) et sous une pochette nettement moins réussie que son contenu. L'album s'appelle Olé. C'est un des trois grands (selon moi, en tout cas) disques de jazz inspirés par l'Espagne, ou les pays hispaniques, avec le Tijuana Moods de Charles Mingus (enregistré en 1957, sorti en 1962, inspiré par la très louche ville-frontière du Mexique, Tijuana) et le Sketches Of Spain (1960) de Miles Davis, le seul de ces trois albums à être vraiment inspiré par l'Espagne (Olé de Coltrane étant plus inspiré par les ambiances mauresques, en fait). Trois albums que j'adore et que je conseille à tout prix. Mais on est là pour parler de Olé, ou Olé Coltrane, c'est selon. Trois morceaux seulement, donc (le CD rajoute un bonus-track, un titre très joli, mais l'album original se suffit à lui-même ; le clip plus bas contient tout l'album plus le bonus-track, soit 45 minutes), dont un de 18 minutes, Olé, occupant toute la première face. Comme KingStalker, dans sa chronique ci-dessus, le dit, ce morceau est une vraie messe, un rituel, une expérience sensorielle qui en dit long sur les futures expérimentations de Coltrane dès son arrivée sur Impulse Records. On notera une particularité, Eric Dolphy (flûte) est crédité sous un autre nom, pour ce morceau (en fait, il n'est crédité sous son nom véritable que pour Aisha, le dernier morceau de l'album), en l'occurrence, George Lane !

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Décortiquer l'album est trop, pour moi ; Dahomey Dance, long de 10 minutes, est probablement mon morceau préféré ici, mais Olé, dans sa globalité, est un album grandiose. Il se dégage de ces trois morceaux une atmosphère assez troublante, sorte de mélange entre influences arabiques, mauresques et espagnoles (le titre de l'album est sans équivoque, pas vrai ?), ambiances qui, par la magie du saxophone de 'trane, font de ce disque un vrai jalon et de la discographie du bonhomme, et du jazz en général. En un mot comme en cent mille deux cent quatorze, c'est un chef d'oeuvre. Highly recommended !

FACE A

Olé

FACE B

Dahomey Dance

Aisha

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"The 1971 Fillmore East Recordings" - The Allman Brothers Band

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Si un jour quelqu'un me pose la question qui tue, quel est, selon toi, le meilleur album live de rock ?, ma réponse serait soit Made In Japan de Deep Purple, soit At Carnegie Hall de Chicago, soit At Fillmore East des Allman Brothers. Pour le premier (1972), parce qu'il est brut de chez brut, rien n'a été modifié en studio, aucun overdub, aucun rajout de public, pas de remontage studio du style on prend une partie de cette version de la chanson et le reste est issu d'une autre version, d'un autre soir, pour la même chanson. Le groupe a enregistré ses concerts nippons, a choisi les meilleurs moments (sans oublier de le préciser sur la pochette, c'est du no shit), les a mis sur album, l'a sorti, point barre. Pour le Chicago (1971), c'est parce qu'il est gigantesque, quatre disques vinyle (et trois CDs, depuis, enfin non, 4, mais le quatrième est constitué de prises bonus, l'album original étant sur trois CDs) proposant une grande partie du catalogue du groupe à l'époque. Le son est parfois un peu fin, mais il respire vraiment le naturel, rien n'a été retouché apparemment en studio (le son des cuivres, primordiaux chez Chicago, posera un problème au groupe, mais n'a pas été boosté en studio pour autant). C'est un concert (ou un mélange de plusieurs soirs au mythique Carnegie Hall, Chicago s'y étant produit une semaine environ) de quasiment 3 heures, mythique, imposant, peut-être pas parfait, mais il en jette. Enfin, le Allman Brothers Band At Fillmore East (1971) pour sa technicité totale, l'entente télépathique des six membres du groupe, la prouesse absolue du son, des solos d'enfer, une ambiance de feu, aucune minute à retirer. Certes, le groupe et le producteur de l'album (Tom Dowd) ont pioché dans plusieurs soirs pour faire l'album, et il y à au moins un morceau pour lequel Dowd a pris une partie issue d'un soir, et le reste issu d'un autre soir, mais il l'a fait sciemment, avec l'accord du groupe, et le résultat est éblouissant. Bien que j'adore ls deux autres lives que je viens de citer (je les adore plus que d'autres lives tels How The West Was Won de Led Zeppelin ou Live And Dangerous de Thin Lizzy), c'est probablement, au bout du compte, ce live du Allman Brothers Band que je citerais en premier, et que j'adore le plus. Le groupe lui-même, enfin ce qu'il en reste, estiment tous que ces concerts donnés en mars 1971 (et juin de la même année pour un autre qui, cependant, ne fut pas représenté sur l'album original) au Fillmore East de New York sont tout simplement le plus grand moment de leur entière carrière de musiciens.

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Sorti il y à quelques mois, ce coffret de 6 CDs, dans un beau boîtier digipack en format paysage, un livre disque d'une petite quarantaine de pages richement illustrées et avec un long texte inédit sur les coulisses des concerts du Fillmore East, ce coffret, donc, que je viens de me payer, propose la quasi-totalité des concerts du Fillmore. 5 shows différents (le quatrième show est sur les CD 4 et 5, les autres shows sont sur un seul CD à chaque fois), le dernier provenant de juin 1971, trois mois après les autres, et il est historique en celà qu'il propose ce qui restera éternellement comme le tout dernier concert donné au Fillmore East, Bill Graham, légendaire organisateur de concerts et producteur, propriétaire des deux Fillmore (le West à San Francisco, le East à New York), ayant décidé de fermer les deux salles, il n'en pouvait plus de passer d'une côte à une autre des USA en fonction de la demande. Pour le dernier concert du Fillmore East, il fit passer notamment Zappa, Lennon (qui, le temps de quelques morceaux, seront ensemble sur scène), et le Allman Brothers Band, qu'il voulait absolument en clôture de show. C'est ce concert qui est sur le dernier disque, des bribes de ce concert étaient déjà disponibles sur diverses éditions collector de l'album At Fillmore East (la DeLuxe). Les autres disques proposent les deux shows des 12 et 13 mars. Le groupe était aussi passé le 11 mars (en faisant, là aussi, deux shows), mais l'ingénieur du son et producteur, sur l'album, Tom Dowd (qui fut rappelé en urgence par un des pontes d'Atlantic Records, Jerry Wexler), trouvera le résultat détestable, l'utilisation d'un petit orchestre de cuivres n'y étant pas pour rien : selon lui, et le groupe se rangera de son avis après avoir écouté les bandes des deux shows, les cuivres ne passent pas bien avec l'ensemble. Pour le lendemain 12 mars, les cuivres dégagent, seul Thom Doucette et son harmonica reste avec le groupe. Et là, la magie opère totalement. Pour les fans de l'album original, ce coffret est un objet indispensable, rempli de morceaux inédits (autrement dit, des versions inédites de morceaux, eux, connus). L'album original est là, bien sûr, mais réparti sur les disques 2 à 4, Dowd et le groupe ayant choisi le meilleur de tous les concerts pour faire le meilleur album possible (mission accomplie au-delà de toutes les espérances les plus folles).

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Duane Allman

You Don't Love Me, qui sur l'album original dure 19 minutes, n'est pas totalement présent ici dans la même version, Dowd ayant, avec l'autorisation du groupe, pris les 7 premières minutes d'une version et les 12 minutes d'une autre, afin d'en faire la version ultime. Ici, vous avez l'intégralité des deux versions, vous avez même plus que deux versions de ce morceau. Stormy Monday (que le groupe n'a joué qu'une fois durant ces shows proposés) dure ici 10 minutes 30, soit 2 minutes de plus que la version de l'album. Les autres morceaux issus de l'abum original sont ici dans les mêmes versions, en revanche. On a des choses absolument inoubliables, les différentes versions de l'instrumental In Memory Of Elizabeth Reed sont toutes tuantes : la version utilisée pour l'album (13 minutes), celle du dernier show de juin (11 minutes), celle du premier show du 12 (quasiment 18 minutes ; à ce sujet, le CD 1, celui du premier show du 12 mars, est intégralement inédit dans le commerce)... Whipping Post est terrible aussi (la fameuse version de 23 minutes de l'album original, à laquelle faisait suite, durant le concert, 33 minutes de Mountain Jam, est la meilleure, mais les autres versions, plus courtes, sont remarquables ; à noter que Mountain Jam, collé immédiatement à Whipping Post au cours du dernier show du 13 mars, est cependant, pour des raisons de taille, séparée de Whipping Post par un changement de disque ; sur la réédition DeLuxe de l'album, on avait les deux longs morceaux à la suite, ce qui était mieux, mais bon, ce n'est pas trop grave non plus, cette séparation... Dans l'ensemble, entre la qualité audio exceptionnelle (tout fut remastérisé) et la prestation éblouissante, durant ces différents soirs, du groupe, ce coffret est une tuerie dans le genre, et je ne regrette pas les 45 € dépensés pour l'obtenir !

CD 1 : 12 mars, premier show

Statsboro Blues

Trouble No More

Don't Keep Me Wonderin'

Done Somebody Wrong

In Memory Of Elizabeth Reed

You Don't Love Me

CD 2 : 12 mars, second show

Statesboro Blues

Trouble No More

Don't Keep Me Wonderin'

Done Somebody Wrong

In Memory Of Elizabeth Reed

You Don't Love Me

Whipping Post

Hot'lanta

CD 3 : 13 mars, premier show

Statesboro Blues

Trouble No More

Dont Keep Me Wonderin'

Dome Somebody Wrong

In Memory Of Elizabeth Reed

You Don't Love Me

Whipping Post

CD 4 : 13 mars, second show

Statesboro Blues

One Way Out

Stormy Monday

Hot'lanta

Whipping Post

CD 5 : 13 mars, second show (suite et fin)

Mountain Jam

Drunken Hearted Boy

CD 6 : 27 juin

Introduction by Bill Graham

Statesboro Blues

Don't Keep Me Wonderin'

Done Somebody Wrong

One Way Out

In Memory Of Elizabeth Reed

Midnight Rider

Hot'lanta

Whipping Post

You Don't Love Me

12 décembre 2014

"Entertainment !" - Gang Of Four

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Si le rock doit servir pour faire passer des messages, alors cet album est un des plus grands représentants du genre, au même titre que le premier Rage Against The Machine. Ce n'est pas un album dont je suis totalement fana, je m'en suis même un peu lassé depuis quelques années, mais ça reste un excellent album dans son genre, la new-wave alors naissante (l'album date de 1979, on disait alors post-punk). C'est le premier album de Gang Of Four, on groupe anglais devenu culte, et plus particulièrement leur album. Il ne s'est pas vendu à des kilotonnes d'exemplaires à sa sortie, cet Entertainment ! au titre bien cynique (vous verrez pourquoi), mais il est devenu le fer de lance d'une future nouvelle génération, des artistes musicaux tels que Michael Stipe (chanteur de R.E.M.), Flea (bassiste des Red Hot Chili Peppers) ou Kurt Cobain (qu'on ne présente plus), se sont tous plus ou moins inspirés, à des degrés divers, de ce groupe qui ne mâchait absolument pas ses mots et ne recherchait pas la compromission. Rien que la pochette donne le ton, rouge sang, agressif, avec ses cases de BD situationnistes (les deux leaders du groupe, Andy Gill - guitariste - et Jon King - chanteur - étudiaient le situationnisme à l'Université de Leeds, là même où le groupe fut crée) dénonçant la mainmise des Blancs sur les Indiens d'Amérique, ou la société de consommation (verso de pochette, plus bas). Le nom du groupe lui-même est sans équivoque, la Bande des Quatre (traduction du nom du groupe, évidemment) était un groupuscule fondé, après la mort de Mao, par la veuve de celui-ci et trois autres fidèles, et qui a tenté de reprendre le pouvoir par un putsch ayant raté son coup (la veuve de Mao est par ailleurs morte en prison).

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Verso de pochette vinyle

Bref, un nom de groupe inspiré d'un groupuscule d'extrême-gauche chinois maoïste, une pochette agressive et sans concessions, ne manquerait plus que les chansons soient, elles aussi, de ce tonneau. Et elles le sont, elles le sont ! Entertainment ! regorge de critiques en tous genres sur la société de l'époque. Notamment. Voir Ether, qui parle notamment des SCS, les Special Category Status, prisonniers politiques en Irlande du Nord (les membres de l'IRA arrêtés par la police du Royaume-Uni) ; 5:45, qui dénonce la manière dont les médias parlent des actes maoïstes et de guerilla urbaine, les faisant passer pour de vulgaires terroristes ; At Home He's A Tourist critique la société prolétarienne, l'Homme n'est plus rien, même chez lui il ne se sent plus chez lui ; I Found That Essence Rare semble critiquer le nucléaire ; Not Great Men dénonce la fameuse (et ancienne, popularisée par Thomas Carlyle vers 1840)  théorie des Grands Hommes (parmi lesquels Napoléon, Mahomet, Shakespeare ou Martin Luther), déjà bien critiquée avant la chanson. D'autres chansons ont des sujets plus classiques, comme les relations amoureuses, mais dans Damaged Goods, qui parle de ça, justement, les paroles bien sournoises transforment l'amour en fiel : Your kiss so sweet/Your sweat so sour/Sometimes I'm thinking that I love you/But I know it's only lust... Une autre chanson, Guns Before Butter, semble tirer son titre d'une citation de Hermann Goering, fameux Nazi : Guns will make us powerful ; butter will only make us fat ("les fusils nous rendent puissants ; le beurre ne fera que nous rendre gros"), mais l'expression ayant donné son titre à la chanson semble plus ancienne que ça...

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Féroce, sans doute un peu trop violemment engagé à la gauche de la gauche, un peu trop agressif, Entertainment ! est mis à part ça un régal de new-wave sans claviers (le groupe n'en avait pas besoin pour sonner comme ils le voulaient, Andy Gill voulait absolument faire sonner sa guitare de la manière la plus criarde possible, sans doute pour montrer aux gens qu'ils n'avaient pas beaucoup de moyens et en étaient fiers ; ils ont quand même été signés chez EMI, fallait le faire), rempli de chansons vraiment bluffantes : Damaged Goods et sa basse tuante, Anthrax (qui s'appelait Love Like Anthrax à la base), At Home He's A Tourist, Return The Gift, Natural's Not In It qui sera utilisé, il y à quelques années, pour une publicité Microsoft pour le Kinect, Not Great Men et sa connection insensée entre la basse et la guitare (Flea, des Red Hot Chili Peppers, assume : rien que ce morceau contient son futur jeu de basse)... Une petite poignée de chansons moins marquantes (Contract, Glass), mais rien de grave. Le seul reproche que je peux faire à ce disque, c'est son trop fort engagement politique, un engagement qui, de plus, leur causera des soucis, car vraiment très à l'extrême-gauche, trop sans doute. Un groupe de rock maoïste et inspiré par le situationnisme, forcément, chez certains, ça peut coincer !

FACE A

Ether

Natural's Not In It

Not Great Men

Damaged Goods

Return The Gift

Guns Before Butter

FACE B

I Found That Essence Rare

Glass

Contract

At Home He's A Tourist

5:45

Anthrax

11 décembre 2014

"Nevermind The Bollocks, Here's The Sex Pistols" - The Sex Pistols

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Bruits de bottes militaires, certains diront même nazies, allez savoir. Coups de batterie en synchro, un bon gros riff bien minimaliste et clarillonnant qui déboule à quatre reprises avant de céder la place à un pur bordel sonore bien trippant et violent. Une voix cynique, nasillarde, narquoise, vulgaire, cockney, qui crache ces mots, A cheap holiday in other people's misery ("des vacances pour pas cher chez la misère des autres")... Holidays In The Sun frappe fort en entrée de jeu. Ce n'est que la première des douze chansons d'un album mythique et incroyablement scandaleux, ayant remué la Terre entière à sa sortie en 1977 : Nevermind The Bollocks, Here's The Sex Pistols, premier et unique album des Sex Pistols, un des groupes les plus cultes au monde, et le fer de lance de la génération punk. Pas le premier groupe punk à avoir sorti un album (pour les Américains, ce fut le premier opus des Ramones, en 1976 ; en Angleterre, ce fut le premier Damned, Damned Damned Damned, en début 1977), mais le plus connu et scandaleux des groupes punks anglais, le plus punk, le plus cinglé, groupe fondé par Malcolm McLaren, copropriétaire (avec Vivienne Westwood) d'une boutique de fringues punk et SM, et ayant fondé le groupe sur le postulat le plus simple possible : n'importe qui, même ceux qui ne savent pas chanter et jour d'un instrument, peuvent le faire. Et puis, ça fera faire des affaires à sa boutique, McLaren n'ayant jamais, jamais au grand jamais oublié le côté pécunier de l'affaire. Il crée donc de toutes pièces les Sex Pistols (sa boutique s'appelle Sex, au fait...) en 1975, avec de vrais tarés : John Lydon au chant, dont la dentition quelque peu affligeante fera qu'il sera surnommé Johnny Rotten, Johnny le Pourri. Steve Jones à la guitare. Glen Matlock à la basse. Paul Cook à la batterie. En 1977, Sid Vicious (de son vrai nom John Ritchie) remplace Matlock. Il ne joue pour ainsi dire pas sur l'album, lequel album sort en octobre 1977, bien longtemps après les divers singles et faits divers incluant le groupe (ils furent signés chez EMI, puis virés, signés ailleurs, refusés ici et là, avant que Virgin Records, de Richard Branson, ne les signe, ils y resteront).

Sex Pistols Lydon and Jones

John Lydon et Steve Jones dans leurs oeuvres

Sa pochette jaune et rose fluo (jaune devant, rose derrière), avec son lettrage en découpages de journaux et son titre choquant ("On s'en bat les couilles, voici les Pistolets Sexe"), Nevermind The Bollocks, Here's The Sex Pistols fera bien parler de lui. Des magasins de disques refusent de le vendre. Les passags TV du groupe sont scandaleux (insultes, gestes déplacés). Les singles sont verboten à la radio (God Save The Queen, une des chansons ultimes du punk-rock, sortira au moment du Jubilé de la Reine, oh so shocking), on les trouve difficilement en rayonnages. Les concerts sont sources d'affrontements, on se bastonne, les membres du groupe se font tabasser des fois (Rotten se prendra des coups de rasoir ou de couteau), les Pistols crachent à la gueule de leurs fans et reçoivent de même, pas mal de concerts seront de fait annulés. A eux seuls, les Pistols font passer les autres groupes punk, pourtant eux aussi assez trashs (Damned, les Américains Dead Boys de Stiv Bators et Heartbreakers de Johnny Thunders, et bien entendu, les Clash), pour des Bisounours sous Valium. Faut dire qu'ils font fort : God Save The Queen qui parle de régime fasciste vous transformant en débile et en potentielle bombe H, Holidays In The Sun dans laquelle Rotten s'imagine partir en vacances en RDA, pour vivre sur la misère des autres, Seventeen dans laquelle un jeune con (I'm a lazy sod) donne des conseils à un vieux con de 29 ans, You're only 29, got a lot to learn...On peut aussi citer New York, dans laquelle le groupe se paie le luxe d'enfoncer les New York Dolls, mythique groupe de proto-punk glam (que Malcolm McLaren produira en fin de carrière, vers 1975), ancien groupe de Johnny Thunders. Les Dolls sont adulés des Pistols et des punks, sans les Dolls, le punk ne serait pas grand chose, ils avaient l'attitude, le son... Mais ils sont, ici, traités de sales tapettes par un Rotten en forme (Thunders répliquera cyniquement avec London Boys). On peut également citer E.M.I. (Unlimited Edition) où le groupe se paie les maisons de disques les ayant soit virés, soit refusés, Goooooodbyyyyye, A & M, avec un bon gros bruit de pet fait avec la bouche, ambiance. Liar, elle, se tape McLaren, le manager, traité de menteur par un Lydon qui ira encore plus loin dans l'antiMclarenisme avec Public Image, en 1978, sur le premier opus éponyme de Public Image Limited (alis PiL), son futur groupe. Mais quand même, traiter son manager de liiiiaaaaaarrrrrrr, faut le faire. Anarchy In The U.K., avc son intro légendaire (Rrrrright ! Nooooooow, ah ah ah ah ah...), est un autre appel au bordel ambiant pour la perfide Albion. Gröss skandal aussi, on s'en doute.

never mind the bollocks back cover

Dos de vinyle. Sub-Mission n'y est pas créditée, ne se trouvant pas sur toutes les éditions à l'époque...

Mais aucune chanson, ici, ne va aussi loin que Bodies. Pour le coup, c'est limite terrifiant. Un Lydon incroyablement concerné, qui livre une chanson sur l'avortement, sujet des plus épineux, tabous même (comptez le nombre de chansons connues sur ce sujet : si vous arrivez à deux, faites moi signe !). La chanson part d'une histoire vraie : un jour, une jeune femme, apparemment du nom de Pauline (dans la chanson, elle s'appelle ainsi, pourquoi Lydon urait-il changé le nom, surtout qu'il parle de la ville de la fille, Birmingham ?), sonne chez Lydon. Elle a un temps été sa copine, ils ont couché ensemble, ne sont plus en couple, c'était même sans aucun doute un coup d'un soir, wham bam thank you ma'am. Lydon lui ouvre, surpris, et se rend compte qu'elle tient à la main un sac de papier, qu'elle lui tend. Il regarde, se demande ce que ce truc informe, peu ragoûtant, visqueux peut bien être. Pendant ce temps-là, elle lui parle, et pendant qu'il l'écoute, il pige : elle est tombée enceinte de lui, a avorté, et est venu lui refiler...enfin, vous avez compris ce qu'il y avait dans le sac, non, depuis le temps ? Cette histoire sordide hantera longtemps Lydon. Sans doute est-ce même pour cela qu'il n'a pas d'enfants biologiques (reconnus, en tout cas). La chanson parle de ça, de cette Pauline venant de se faire avorter. Bodies est-elle une chanson anti-avortement (She was a no-one who killed her baby, she sent a letter from the country, she was an animal, she was a bloody disgrace), ou une chanson le défendant (la terrifiante ligne Fuck this and fuck that, fuck it all and fuck the fuckin' brat, she don't want a baby that looks like that) ? Les deux, mon capitaine ? En tout cas, c'est une chanson féroce, violente, virulente, sanguinaire, elle se répand en vous comme de la gangrène, on ne l'oublie pas de sitôt, Rotten la chantant avec une force, mais une force...hallucinante. Une des rarissimes chansons (avec Seventeen) sur laquelle Sid Vicious jouerait de la basse, si le terme 'jouer' convient vraiment quand on parle de la basse de Sid (un cadavre en jouerait mieux que lui)...Rien que cette chanson rendrait n'importe quel album scandaleux et culte. Si on y rajoute ces Anarchy In The U.K., Pretty Vacant, God Save The Queen (trois singles N°1 des charts d'affilée, premier groupe à réussir ça depuis les Beatles), Liar, Problems, E.M.I. (Unlimited Edition), SeventeenSub-Mission et Holidays In The Sun, on tient ici un disque important, crucial. Certes moyennement (médiocrement, même) joué, chanté avec un peu trop de hargne parfois, et produit très correctement, mais pas extraordinairement non plus. Mais toute la fuck-you attitude du punk est là, pendant 38 minutes le plus souvent magistrales. God save the Queen/Tourists are money/But our figurehead/ Is not what she seems...

Critique complémentaire de KingStalker :

Voilà sûrement une des pires croûtes qui soient.....Mais paradoxalement un des albums les plus connus qui soit.
Tout le monde a déjà vu cette pochette aux couleurs criardes (rose et noir sur fond jaune) et tout le monde à déja entendu Anarchy In The U.K. ...
La raison de ce succès ? Le contexte bien entendu.
Nous sommes en Grande Bretagne durant les années 70. L'écart entre les gens démunis ( certains diront prolétaires) et les gens riches se creusent. Des groupes de jeunes se créerent et avec eux un souffle de rebellion.
Ils créerent un style vestimentaire original consistant à porter tout ce qu'on a sous la main ( vêtement ou non) et un style musical, le punk est naît....
Rappelons quand même que les bases du punk furent crées au States avec des groupes comme le MC5 ou encore les Stooges, ils jouaient ce qu'on appelle du proto-punk.

The Sex Pistols est un des fers-de-lance de la musique punk et n'a pourtant sorti qu'un album, Nevermind The Bollocks, Here's The Sex Pistols.
Le succès est immédiat, de plus leur frasque accentue le phénomène et les médias s'arrachent le groupe et surtout un membre le junkie et incapable bassiste du groupe, Sid Vicious...
Qui décedera, rappelons-le, d'une overdose en 1979 à NY.
Faut dire que tout les jeunes l'adulaient le Sid, toujours shooté et arborant des croix gammées sur ses T-Shirts ( pour bien faire comprendre no future), d'ailleurs il me semble que le détenteur de cet mantra est bel et bien le vicieux (no future in a world like this), moi je dirai plutôt, no future in a band like this....

Parlons aussi un peu de leur passage éclair à EMI, parlons juste de la fin entre les deux clans ( les sp et emi).
La maison de disque avait préparé une tourné au Pays-Bas et des incidents à un aéroport aura eu raison du contrat liant le groupe à son label...Rappelons que les relations entre le label et le groupe n'était pas gégé....
A&M Records ( une autre maison de disque) a elle aussi rompu rapidement son contrat avec le groupe, en effet, Sid Vicious, ivre mort, a dégueuler sur le patron de A&M mettant un terme à leur contrat six jours seulement après la signature....
Sacré Sid...

La légende est basé sur de drôles d'arguments parce que franchement les chansons sont, pour la plupart, un foutoir inintéressant.....
Je ne parlerai pas des croutes, même pas finis que sont Holidays In The Sun ou encore EMI.
Et parlons des deux seules chansons attrayantes de la galette (euh...) que sont God Save The Queen et Anarchy In The U.K.
Tout le monde a déjà entendu le premier, un classique et je ne le nie pas... Un riff connu et reconnu, un refrain génial et nous tenons un titre de qualité...( et qui prouve que les pistols avaient quelques qualités).
Anarchy In The U.K. est un autre classique et possède les mêmes caractéristiques ( et aurait par conséquent les mêmes arguments que god...) que God Save The Queen.
2 classiques indémodables de la musique.
Rappelons que Groland ( qui a été une bonne émission ^^) se sert de God Save The Queen comme générique!

Malheureusement, le reste n'est pas du même acabit, la plupart des chansons ne sont même pas finis et sans compter sur le chant absolument révulsant de Rotten ( qui porte bien son nom)....
Un massacre qui possède quand même une certaine pêche...

Ma critique est dure, je le conçois... Je reconnais deux bons titres à cet album essentiellement composé de compos bâclés et sans intêret.
Certains diront que c'est la définition même du punk, je ne suis pas d'accord... Je pense que l'épo des Clash est bien plus punk que ce ramassis de fientes....
The Sex Pistols, le groupe sur-estimé et sur médiatisé par excellence....J'oublie pas, néanmoins, que la plupart des titres filent la pêche bien qu'ils soient croûteux...

FACE A

Holidays In The Sun

Bodies

No Feelings

Liar

God Save The Queen

Problem

FACE B

Seventeen

Anarchy In The U.K.

Sub-Mission

Pretty Vacant

New York

EMI (Unlimited Edition)



Fin »