Rock Fever

21 juillet 2014

"Hey Jude"- Wilson Pickett

Magnifique reprise des beatles par Wilson Pickett avec le grand duane allman à la guitare.

Posté par buckley92 à 12:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,


20 juillet 2014

"Live At The Mar Y Sol Festival : Puerto Rico '72" - Emerson, Lake & Palmer

ELP1

Emerson, Lake & Palmer, alias ELP... Les anti-rock progressif, en entendant ces trois noms, généralement, tremblent, ou ressentent une violente douleur anale, ou ont envie d'éclater de rire, ou font un pfff méprisant, ou parfois même, les quatre à la fois. Et les amateurs de rock progressif (dont me, myself, I), généralement, se garent en deux catégorie : les pro- et les anti- ELP. Pas de milieu. Même chez les progueux, ce groupe, ou supergroupe plutôt (chacun de ses membres est, dans sa partie, un virtuose et était connu avant la formation d'ELP), est controversé ! Alors chez les anti-prog, pas la peine de dire que même Yes, Genesis, Jethro Tull et Ange sont plus appréciés (tout en étant dénigrés) qu'eux. Faut dire qu'Emerson, Lake & Palmer ont rarement fait dans la mesure : après un premier opus (éponyme) qui ne se distingue pas tant que ça du commun des albums de prog, ils ont livré un album constitué en partie d'un morceau de 20 minutes occupant toute une face (Tarkus et son morceau-titre) ; puis d'un live (sorti après, mais enregistré avant) proposant une relecture prog de la suite du compositeur russe Modeste (ce que ne sont pas ELP) Moussorgski Tableaux D'Une Exposition (Pictures At An Exhibition), ce qu'il fallait oser faire ; puis, Trilogy ; puis Brain Salad Surgery, et sa suite Karn Evil 9, tellement longue (29 minutes !) qu'elle est sur deux faces, dont la totalité de la seconde ; puis un triple live au titre interminable (Welcome Back My Friends, To The Show That Never Ends...Ladies And Gentlemen, Emerson, Lake & Palmer) qui non seulement propose Karn Evil 9 dans une version de 35 minutes occupant TOUT le dernier disque vinyle, mais aussi une version, en deux faces (dont une entière), et de 27 minutes, de Tarkus, plus un Take A Pebble en deux parties (sur deux faces) dont une de 11 minutes et une de 3, plus, entre les deux parties de Take A Pebble, un solo de piano de 11 minutes... Pour les anti-ELP, ceci représente l'Enfer sur Terre, d'autant plus que la production est un peu moyenne. Ensuite, le groupe sort un double album hautement prétentieux du nom de Works, Vol. 1, proposant une face de compositions solo par chaque membre et une face collective, et, peu après, Works, Vol. 2 (qui, lui, est simple, à pochette blanche alors que le volume 1 est à pochette noire), qui propose une sorte de suite, des morceaux supplémentaires des sessions du premier volume. La suite de leur carrière (arrivé à là, on est à 1978) est totalement sans aucun petit intérêt, même le second opus de Works l'est, d'ailleurs.

ELP2

Les trois coupables, dans l'ordre de leur appellation

Constitué donc de trois pointures du genre (le pianiste Keith Emerson, ancien des Nice ; le bassiste, guitariste et chanteur Greg Lake, ancien de King Crimson ; le batteur Carl Palmer, ancien d'Atomic Rooster), ELP est un groupe assez caricatural, morceaux longs et encore plus longs en live qu'en studio, etc... Trois poseurs assez antipathiques par moments, car se prenant vraiment pour la plus belle invention depuis le pain de mie tranché (faut lire les interview d'époque, c'est du style on est vraiment trop bons pour le commun des mortels, je ne suis pas sûr que vous nous méritez ; putain j'suis vraiment trop beau et fort ; notre version des Tableaux D'Une Exposition est, je pense, aussi bonne que celle de Moussorgski (bande de connards...ils l'ont vraiment dit, ça. Non, en fait, ils ont dit pire, ils ont dit : si les gens aiment notre version, c'est aussi bien que s'ils aimaient celle de Moussorgski) ; vous nous avez trouvés super bons hier soir, mais on n'était pas en forme, entre nous, bla bla bla). Après avoir assisté, en 1974, à un de leurs shows, Lester Bangs, ce fameux rock-critic culte, dira : s'il y à bel et bien une crise de l'énergie, ces types sont des criminels de guerre, allusion à la débauche d'effets soniques, de lasers, de matos que le groupe utilise sur scène - à eux trois ! - et, donc, à l'électricité utilisée par eux au cours de leurs shows (et rappelons qu'il y à eu une crise énergétique en 1973/74). La citation du groupe, au sujet de Moussorgski, provient du même article de Lester Bangs que celui dans lequel je le cite ci-dessus. Vous allez me dire : mais je croyais que tu aimais ELP ! (au vu des autres articles, sur le blog, les concernant), et en effet, j'aime ELP, entre leur premier opus et le triple live de 1974 inclus (après, je ne réponds plus de rien si on me confie un de leurs albums ; pas sûr que je le restitue en bon état, j'aurais trop envie de casser le disque et/ou - et plus probablement 'et' que 'ou' - de déchirer la pochette), mais je sais aussi reconnaître que l'on trouvera difficilement plus caricatural, prétentieux, arrogant, suffisant et pompier que ce trio de progueux qui a sans doute réussi à faire détester le prog à des personnes qui, avant, aimaient ce courant musical.

ELP3

Ce live, sorti en 2011, est officiel, malgré sa pochette très bootleg, sa qualité de son très 70's et un peu moyenne (mais il y à bien pire, aussi) et le fait qu'il soit distribué sur un label méconnu (Shout ! Factory). Il fait partie des quelques lives d'ELP qui ont été, il y à deux-trois ans, édités, au grand bonheur des fans, et sont issus soit de bootlegs, soit des bandes conservées par les membres du groupe. Au choix, il y à eu un live de 1977, un de 1978, un de 1974, un de 1970... celui-ci, long de 79 minutes pour seulement 7 titres (pas des bluettes de 2,30 minutes, donc), date de 1972, et a été enregistré à Porto Rico, au cours d'un festival du nom de Mar Y Sol. Le 2 avril (les dates du festival étaient les 1, 2 et 3 avril, précisément). Il faisait apparemment très chaud, selon les commentaires des trois membres du groupe dans le fin livret du CD. La performance est chaude, aussi ; disons plutôt que ce Live At The Mar Y Sol Festival offre vraiment un condensé du meilleur d'Emerson, Lake & Palmer durant leur meilleure période (1971/1974). 1972 est l'année de sortie de Trilogy, album vraiment remarquable contenant notamment la reprise du Hoedown d'Aaron Copland, un instrumental réjouissant qui, ici, ouvre le bal (4 minutes). Suivi par 23 minutes (ce n'est pas trop long, encore, compte tenu que la version studio dure 20 minutes) de Tarkus, puis un trio de morceaux qui forment Take A Pebble : le morceau en lui-même (un peu moins de 5 minutes), Lucky Man (magnifique ballade de 3 minutes issue, tout comme Take A Pebble, du premier opus) et 10 minutes de Piano Improvisations. On a ensuite une version d'un quart d'heure de Pictures An An Exhibition, version considérablement raccourcie par rapport à celle formant le live du même nom de 1971, longue de 33 minutes (l'album dure 37 minutes, mais il y à un titre qui ne fait pas partie de la suite dessus), qui est certes un peu expédiée par rapport à la complète, mais vaut le coup. Enfin, le live se termine sur Rondo, une relecture à la sauce ELP, de 18, 30 minutes, du Blue Rondo A La Turk de Dave Brubeck, morceau de jazz légendaire. En tout, on a donc 79 minutes de live de rock progressif made in 70's, et, croyez-moi, c'est vraiment du bon boulot, malgré le son parfois un peu rocailleux. Mais ça a quand même été nettoyé, et c'est très honorable. Pour fans d'ELP, c'est une belle acquisition en perspective. En revanche, quel visuel de merde pour la pochette, ça ne donne pas envie d'acheter le bordel...

Hoedown

Tarkus

Take A Pebble

Lucky Man

Piano Improvisations

Pictures At An Exhibition

Rondo

"Live In Boston" - The Doors

the doors

Selon la légende - laquelle est vérifiée par les commentaires des trois autres membres des Doors et de l'ingénieur du son Bruce Botnick, dans le livret du boîtier de ce live -, James Douglas Jim Morrison était totalement dé-chi- le soir de ce concert, le 10 avril 1970, au Boston Arena de... Boston, Massachussets. Ce live est sorti en album en 2007 sous la forme d'un triple CD (le dernier disque est considérablement plus court que les deux autres : il fait dans les 36 minutes, contre plus de 70 minutes par tête de pipe pour les deux autres disques ; total du live, à peu près 3 heures de musique), et comme on pouvait s'y attendre d'un album live enregistré à Boston, il porte le nom sadiquement banal de Live In Boston. La pochette de l'album aussi est banale, et fait très bootleg (or, ce live est tout ce qu'il y à de plus officiel) : une reproduction d'une affiche promotionnelle du soir du concert, soir au cours duquel les Portes ont donné deux shows au Boston Arena. Le premier show est sur le premier disque, et le second, plus long (en tout cas, on a plus de choses le concernant), sur les deux autres disques. Le premier show était-t-il vraiment plus court que l'autre, ou bien tout n'a pas été enregistré (ou des morceaux n'étaient pas convaincants sur bande, ou les bandes avaient morflé) ? Je ne sais pas. Toujours est-il que ce live est triple, et que, des deux shows, le plus long est le second, et de loin : quasiment deux heures. Pendant les trois heures (en deux shows, donc ; OK, j'arrête), on ne peut qu'admirer les trois membres du groupe derrière Morrison : le guitariste Robbie Krieger, le claviériste Ray Manzarek (mort il y à un an et demi) et le batteur John Densmore. Vu l'état d'ébriété avancé de leur frontman, qui passe assez rapidement du coq à l'âne, d'une chanson à l'autre, qui les interrompt, harangue la foule et, d'une manière générale, défonce les classiques doorsiens, le simple fait de tout simplement parvenir à maintenir la cadence est un exploit. D'autant qu'ils devaient être un peu high, eux aussi.

Inside 4

Rempli à la pelleteuse de petits morceaux non-musicaux de quelques petites secondes et sans intérêt, comme les deux Start, Adolf Hitler, More, More, More ! (et les trois qui suivent) ou Wait A Minute !, Live In Boston n'offre, en réalité, tout compte fait, sur les 46 titres qu'il contient, que 24 vraies chansons (Wake Up ! est incluse dedans, mais ni Away In India, ni les bribes de morceaux présentes dans le medley du troisième disque, medley centré autour de Light My Fire, et constitué de six plages audio). Mais aucun vrai remplissage ici, sauf Power Turned Off, 9 minutes de bruit de foule avec un peu de la voix de Morrison ; ce dernier morceau du live est le moment où le courant fut coupé, dans l'Arena, manière, sans doute, de dire que le spectacle était fini... Musicalement, comme je l'ai dit, les Doors tentent le plus souvent (et ils y parviennent admirablement) de suivre un Morrison totalement torché, et qui devait probablement continuer de se biturer sur scène entre deux chansons. Malgré l'état de leur chanteur et l'ambiance quelque peu alcoolique de l'ensemble, Live In Boston, tout du long de ses trois disques, offre de grands moments : Roadhouse Blues (surtout la seconde version, mais la première, précédée d'une intro du nom de Roadhouse Moan, vaut le coup aussi dans son genre), Light My Fire, Break On Through (To The Other Side) (bien destroy, celle-là !), Ship Of Fools, The Spy (rarement jouées, je crois), deux versions totalement monstrueuses de Five To One, et deux versions étendues (14 minutes chacune) de When The Music's Over, la seconde est la plus réussie, la plus maîtrisée (sur la première, Morrison s'interrompt parfois pour parler à la foule, etc...et semble sur Mars plutôt qu'à Boston). D'une manière générale, le second show semble plus abouti, malgré un Morrison plus imbibé que sur le premier (logique, il a eu le temps de boire un peu plus d'alcool entre temps).

hqdefault

On trouve quelques reprises ici, comme Crossroads, Mystery Train, des bribes (rapides !) de Summertime et Fever au milieu du medley Light My Fire (deuxième show), plus les reprises issues des albums (toutes deux du premier, The Doors, 1967), ces Back Door Man et Alabama Song (Whiskey Bar). On trouve même une curiosité, en fin de concert : Been Down So Long, morceau que le groupe n'enregistrera, en studio, que pour l'album suivant (et dernier avec Morrison), L.A. Woman en 1970 (au moment de faire ces concerts bostoniens, le groupe est en promotion de leur album de 1970 Morrison Hotel). Longue de 6 minutes, située juste avant les interminables 9 minutes de Power Turned Off qui achèvent le dernier disque, cette version de Been Down So Long est embryonnaire, on note des différences avec la future version studio (pas les mêmes arrangements ; la version live est plus rock). Surtout, comme Morrison le dit juste avant, il y à une particularité : Robbie Krieger, le guitariste, y tient la basse, et Ray Manzarek, le claviériste, y tient la guitare électrique ! En revanche, contrairement à ce que dit Morrison en riant, il ne chante pas avec son cul, mais bien avec sa bouche (les détracteurs diront que la différence ne se serait pas faite sentir, le cas échéant) ! Un des meilleurs moments d'un triple live assez chaotique, mais qui, quand il est bon, l'est vraiment. Mine de rien, en live des Doors, je préfère celui du Hollywood Bowl de 1968...

CD 1

Start

All Right, All Right, All Right

Roadhouse Moan

Roadhouse Blues

Ship Of Fools

Alabama Song (Whiskey Bar)

Back Door Man

Five To One

When The Music's Over

Rock Me

Mystery Train

Away In India

Crossroads

Prelude To "Wake Up !"

Wake Up !

Light My Fire

CD 2

Start

Break On Through (To The Other Side)

I Believe In Democracy

When The Music's Over

Roadhouse Blues

The Spy

Alabama Song (Whiskey Bar)

Back Door Man

Five To One

Astrology Rap

Build Me A Woman

You Make Me Real

Wait A Minute !

Mystery Train

Away In India

Crossroads

CD 3

Band Intro's

Adolf Hitler

Light My Fire

Fever

Summertime

St. James Infirmary Blues

Graveyard Poem

Light My Fire (Reprise)

More, More, More !

Ladies & Gentlemen

We Can't Instigate

They Want More

Been Down So Long

Power Turned Off

Posté par ClashDoherty à 09:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , ,

19 juillet 2014

"Meat Is Murder"- The Smiths

meat-is-murder

Jusqu'à il y a quelques mois, je ne connaissais presque rien des smiths. En fait je ne connaissais d'eux que l'album The Queen Is Dead de 1986, leur troisième album, ainsi que la chanson This Charming Man datant de 1984. Malgré le fait que j'aimais beaucoup le peu que je connaissais de la discographie du groupe, je n'avais jamais vraiment cherché à connaître les autres albums. J'ai réparé cette erreur, il y a peu, grâce à ma copine, grande fan du groupe qui m'a prêté les autres albums du groupe. Après les avoir tous écouté, je dois dire avant toute chose que je ne regrette absolument pas la découverte, et je pense désormais que les smiths méritent leur statut: le groupe est l'un des plus culte, si ce n'est le plus culte de sa génération! Ensuite, si je n'ai trouvé aucun de leurs albums mauvais, ou même moyen, il y en a un qui m'a plu plus que les autres, c'est Meat Is Murder, leur deuxième album sorti en 1985. À l'époque, les smiths, formé en 1982, était déjà des stars en grande bretagne: leur premier album, sobrement intitulé The Smiths, s'était vendu à 300 000 exemplaires dans leur pays et ils avaient également sorti de nombreux singles à succès, tel que How Soon Is Now? ou This Charming Man, au point d'être élu en 1984 "meilleur groupe de l'année".

Morrissey-Johnny

L'album est sorti sous une pochette qui était à la base une photo de 1967. Le groupe l'a légèrement modifié en inscrivant sur le casque du soldat représenté, la phrase "Meat Is Murder", au lieu de "Make War Not Love". C'est donc un album engagé que nous livre le groupe. Ainsi, la chanson titre est une chanson dénonçant la consommationde viande et sans doute la maltraitance des animaux.  Mais au delà de ça c'est surtout un album rempli de sublime chansons pop et/ou rock, d'une durée de seulement 40 petites minutes, et qui je crois est moins cité que le premier abum ou que The Queen Is Dead. C'est vraiment dommage car on trouve de vraies merveilles sur cet album. Outre la chanson titre, on peut également cité le très rock  What She Said ou encore I Want The One I Can't Have, dont le refrain est assez triste. D'ailleurs, l'album dans sa globalité est plutôt sombre. Après ne vous y trompez pas: ça n'est pas de la cold wave à la the cure ou joy division! C'est juste un peu tristounet par moment. Un seul single sera tiré de l'album, une ballade, That Joke Isn't Funny Anymore. Une chanson magnifique, mais pas préférée de l'album qui est The Headmaster Ritual, qui ouvre l'album sur une note pop rock absolument parfaite, entre la guitare de Johnny Marr, et la voix superbe de Morrissey, assez précieuse par moment.

smcover

L'album est de ceux qui se révèle au fil des écoutes. Sans être difficile d'accès, il est moins évident que les deux albums qui le sandwichent dans la discographie du groupe. Une discographie assez courte par ailleurs: seulement quatre albums, un live et une compilation de single et face b. Mais une discographie exemplaire: pas un seul ratage parmi les albums. Parmis les chansons c'est une autre histoire... Encore que je n'en compte pas de véritablement ratée sur Meat Is Murder, tout au plus peut on dire que je ne suis pas trop fan de Well I Wonder mais cette chanson reste très sympa. Au final, je ne sais pas si cet album est le sommet du groupe (cet honneur revient généralement à the Queen Is Dead), mais en tout cas je recommande son écoute à tout ceux qui ne connaîtrai pas encore ce groupe. Un groupe qui, je le redit, est culte et a influencé un grand nombre de musiciens en angleterre, et certains d'entre eux seront des acteurs principaux de la vague britpop des années 90. Un grand groupe!

The Headmaster Ritual

Rusholme Ruffians

I Want The One I Can't Have

What She Said

That Joke Isn't Funny Anymore

Nowhere Fast

Well I Wonder

Barbarism begins At Home

Meat Is Murder

"Nadir's Big Chance" - Peter Hammill

PH1

Peter Hammill n'avait sans doute pas en tête l'idée de faire un chef d'oeuvre quand il est entré en studio, en fin d'année 1974, pour accoucher de cet album, mais au final, c'est bel et bien ce qu'il a fait. Et attention, je n'exagère pas : ce disque est bel et bien un chef d'oeuvre. Considéré par Hammill lui-même comme un de ses deux albums de chansons pop avec Fool's Mate (qui fut son premier opus solo, après avoir mis en pause son groupe Van Der Graaf Generator, qui reprendra du service en 1975 avec Godbluff), cet album, qui s'appelle Nadir's Big Chance, est, paradoxalement à cela, et malgré qu'il contienne des chansons plutôt courtes (les plus longues font 5 et 6,20 minutes), un disque peu facile d'accès, assez peu consensuel, assez recherché. C'est aussi et surtout une sorte de concept-album dans lequel Hammill (chant, guitare, basse, claviers) se renomme Rikki Nadir. Ce Rikki Nadir est une rock-star en pleine ascension et chute, un jeunot sous influence probable du Ziggy Stardust de Bowie (personnage et album cultes ayant déjà quelque peu inspiré T-Rex en 1974 via leur album Zinc Alloy And The Hidden Riders Of Tomorrow). Nadir ne tiendra que le temps de cet album culte sorti en 1975, mais quelques années plus tard, Hammill sortira un single, The Polaroid, qu'il publiera sous le nom de Rikki Nadir. Nadir's Big Chance, sous sa pochette photographique qui n'est pas sans rappeler celle du Exile On Main St. des Rolling Stones (décidément, les plus belles influences rôdent !), est, aussi et surtout, un disque qualifié de fer de lance de la future génération punk. John Lydon (alias Johnny Rotten), chanteur des Sex Pistols puis de Public Image Limited, ne tarira pas d'éloges sur l'album et Peter Hammill, et interprètera deux des titres de l'album en live au cours d'une émission de radio en 1977, pour Capitol (les deuxième et troisième titres de l'album). Le son même de l'album est assez punk avant l'heure, et, en tout cas, plus rock que de coutume.

PH2

Oui, cet album est le disque furax et sans concessions d'un artiste ayant cependant déjà livré des albums radicaux comme le monumental (ça reste, selon moi, son meilleur album, Nadir's Big Chance venant tout juste derrière) The Silent Corner And The Empty Stage de 1974. Ou Pawn Hearts et Godbluff par Van Der Graaf Generator. Ou Over (1976). Ou The Future Now (1978) et sa pochette représentant un Hammill à moiti barbu et à moitié glabre. Le son est parfois tellement rock, tellement jusquauboutiste (et il faut rajouter à cela les saxophones de David Jackson, de Van Der Graaf Generator, car, de même que pas mal d'autres albums solo de Hammill de l'époque, le disque a été enregistré avec VDGG au complet ; les deux autres sont le batteur Guy Evans et le claviériste Hugh Banton), que la voix en est sous-mixée dans les chansons nerveuses et rock : Nadir's Big Chance, le très punk Birthday Special ou Two Or Three Spectres, morceau composé à partir de la basse (ce qui se ressent). A côté, sachant varier les plaisirs, l'album offre aussi de beaux moments de calme : Been Alone So Long est à pleurer tellement c'est beau, Pompeii est sublime aussi... En tout et pour tout, Nadir's Big Chance dure la bagatelle de 47 minutes, soit une durée assez généreuse, plus longue que la moyenne des durées des albums de l'époque (qui était de 37/42 minutes, et comme je l'ai dit plus haut, le morceau le plus long, Two Or Three Spectres, dure à peine 6 minutes, ce qui change des morceaux très longs (pour 50 minutes, il n'y en avait que 7 sur l'album !) de The Silent Corner And The Empty Stage.

PH3

Album féroce et rock sur une pop-star en devenir, sorte de récréation pour un Peter Hammill qui laisse ici de côté, le temps d'un disque, les climats progressifs et art-rock de ses précédents opus et de Van Der Graaf Generator, et album punk avant l'heure (le terme 'punk' se trouve dans les notes de pochette de l'époque ; dans le Oxford English Dictionary, la première utilisation, en Angleterre, de ce terme est créditée à janvier 1976 - pour les USA, ça remonte à plus loin, 1971 -, mais l'album de Peter Hammill est sorti en février 1975, inutile de dire que Hammill revendique le fait d'avoir été le premier musicien britannique à faire allusion à ce terme sur un de ses albums). Nadir's Big Chance, sorte d'album conceptuel proto-punk, est une bombe atomique, à peine surpassé, dans la discographie, solo et avec VDGG, de Hammill, par The Silent Corner And The Empty Stage, mais vraiment à peine surpassé par lui ; en fait, pour faire large, les deux albums sont du même niveau, ils sont juste très différents : si ce n'est la voix très identifiable du Hendrix vocal, difficile de se dire que c'est le même artiste, et dans un laps de temps proche, qui a signé les deux albums !

FACE A

Nadir's Big Chance

The Institute Of Mental Health, Burning

Open Your Eyes

Nobody's Business

Been Alone So Long

Pompeii

FACE B

Shingle Song

Airport

People You Were Going To

Birthday Special

Two Or Three Spectres



15 juillet 2014

"Live At The Bowl '68" - The Doors

D1

Pendant un bon moment, le seul live officiel des Doors, c'était Absolutely Live, un double album sorti en 1970, et proposant des morceaux issus de plusieurs concerts entre 1969 et 1970. Un live qui fit la farce pendant quelques années, mais qui, malgré qu'il contienne l'intégralité de la mythique suite The Celebration Of The Lizard dont seul un titre (Not To Touch The Earth) se retrouvera sur un album studio officiel, n'est pas extraordinaire du tout. Après la mort de Morrison, d'autres lives surgirent : Alive, She Cried en 1983 (court, mais efficace), et Live At The Hollywood Bowl en 1987, un live qui, dans sa version d'époque, ne contenait que 7 titres, pour un total stupidement court de 22 minutes ! En 1991, le double CD In Concert proposera, sur son premier disque, Absolutely Live, et sur son second, Alive, She Cried plus des titres du concert du Hollywood Bowl (qui date de 1968). En 2000 sortira le double live In Detroit (concert de 1970), en 2001 : Bright Midnight : Live In America, en 2002 : Live In Hollywood, en 2005 : Live In Philadelphia, en 2007 : le triple CD Live In Boston, en 2008 : Live In Pittsburgh Civic Arena... Et il y en à d'autres. Dernier en date, la réédition, en CD et DVD (car le show fut filmé à l'époque), de l'intégralité du concert donné le 5 juillet 1968 au Hollywood Bowl. Celui sorti en CD en 1987 dans la version considérablement raccourcie que j'ai cité plus haut. Cette nouvelle version, que j'aborde aujourd'hui, s'appelle Live At The Bowl '68, et propose 20 titres (et, parmi eux, 16 sont des chansons, le reste est non-musical ou presque) pour 62 minutes. Si c'est l'intégralité du show, il fut bien court, mais pour l'époque, ce n'est pas étonnant (rappelons que les concerts des Beatles ou Stones, de l'époque 1962/64, faisaient rarement plus d'une demi-heure).

D3

Oublions totalement la version courte de 1987, qui non seulement ne proposait que 7 titres, mais parmi eux, on avait deux versions de Light My Fire (une de 8,45 minutes, soit une minute de moins que la version intégrale de 2012, et une de 3,25 minutes, issue de la première !), un Spanish Caravan coupé de moitié (et qui, sur la version 2012, dure 3 minutes, ce qui, déjà, est court) et mis à part ça, quasiment que des titres courts tels Wake Up ! ou A Little Game. Cette nouvelle version du live, la complète probablement, et la définitive tout aussi probablement, est sans doute un des meilleurs lives du groupe, lequel, à l'époque, avait sorti son troisième opus (Waiting For The Sun, 1968, album inégal qui, à la base, devait s'appeler The Celebration Of The Lizard et contenir la suite du même nom, mais comme je l'ai dit plus haut, seul Not To Touch The Earth, absent ici, se retrouvera sur l'album, qui sera donc renommé aussi), lequel est probablement son moins bon (de l'ère Morrison), mais recèle de bons moments. Quatre sont ici : Spanish Caravan, The Unknown Soldier, Hello, I Love You et Five To One, lequel est imbriqué entre les deux parties d'un Back Door Man endiablé (et la version live de Five To One est certes courte - 2,20 minutes au lieu des 4 de la version studio ! -, mais d'une puissance folle). D'une grande puissance aussi est The Unknown Soldier, avec cette fausse exécution de Morrison à la guitare électrique par Robbie Krieger, moment culte du morceau. Le live propose, mis à part ça, trois extraits de la suite The Celebration Of The Lizard : A Little Game, The Hill Dwellers et Wake Up !, courts et efficaces (surtout le dernier : quand Morrison glapit Wake Up !, ça fait toujours son effet). Et on a aussi les inévitables moments de poésie beat de Morrison (Horse Latitudes, toujours aussi glauque ; The W.A.S.P. (Texas Radio & The Big Beat), dont le groupe fera une version studio en 1971, assez tardivement, donc), et, surtout, trois grands moments, Light My Fire (quasiment 10 minutes assez époustouflantes), The End (qui, logiquement, se situe en final) de plus d'un quart d'heure, et quasiment 13 minutes, en ouverture, de When The Music's Over avec, en intro, un plutôt longuet solo d'orgue de Ray connard de service Manzarek (quand je dis connard de service, lire le livre - Les Portes Claquent - de John Densmore, batteur du groupe, qui parle du procès qu'il a intenté contre Manzarek après la reformation partielle, en 2003, et sans l'accord de Densmore, des Doors, pour avoir l'étendue de la pensée de Manzarekonnard, totalement irrespectueux de la mémoire de Morrison et du groupe), et un Jim survolté (We want the world, and we want it...NOW !!!!).

D2

Le seul reproche à faire à Live At The Bowl '68, c'est sa courte durée, 62 minutes, ça passe très vite, surtout qu'hormis les trois longs titres cités à l'instant, les morceaux sont, dans l'ensemble, courts (Alabama Song (Whiskey Bar), Five To One, Hello, I Love You...). 20 titres (en comptant l'intro de 12 secondes, et les trois courts morceaux de moins d'une minute, entre certains titres, comme "Hey, What You Would Guys Like To Hear ?"), en à peine une heure, c'est rapide. Trop rapide. On aurait aimé, aussi, Not To Touch The Earth, Soul Kitchen, Love Me Two Times, Break On Through (To The Other Side), bref, d'autres titres. Mais quand même, en tant que tel, ce live des Doors est une réussite, un disque conseillé à tous les fans du groupe ne l'ayant pas encore chez eux.

Show Start/Intro

When The Music's Over

Alabama Song (Whiskey Bar)

Back Door Man

Five To One

Back Door Man (Reprise)

The W.A.S.P. (Texas Radio & The Big Beat)

Hello, I Love You

Moonlight Drive

Horse Latitudes

A Little Game

The Hill Dwellers

Spanish Caravan

"Hey, What You Would Guys Like To Hear ?"

Wake Up !

Light My Fire

Light My Fire (Segue)

The Unknown Soldier

The End (Segue)

The End

14 juillet 2014

"(Music Inspired By) The Snow Goose" - Camel

C1

Ca faisait longtemps que Camel n'avait pas eu les honneurs du blog. Camel ? Pas la marque de clopes, hein (malgré que le logo du groupe, leur lettrage plutôt, soit similaire, voire identique, à celui de la fameuse marque au chameau, marque dont le visuel fut plagié par Camel pour leur album Mirage de 1974), mais le groupe de rock progressif anglais. Un groupe à l'ancienne, c'est à dire, pas du rock progressif métallique ou expérimental à la King Crimson/Van Der Graaf Generator. Camel, dont la discographie n'est pas parfaite (trois grands albums dont celui que je viens de citer et celui que je vais aborder aujourd'hui, qui le suit dans leur discographie, plus l'album encore suivant, Moonmadness), n'est pas un groupe des plus connus, sauf des amateurs de rock progressif, et ce n'est sans doute pas le groupe à découvrir en priorité. Mais de 1974 à 1976, ils étaient vraiment excellentissimes, dans leur Âge d'Or. Le seul reproche qu'on peut leur faire, c'est que les parties vocales ne sont pas toujours des plus parfaites, le chant (quasiment chaque membre du groupe chantait, selon les chansons) n'étant pas leur force principale. Concernant l'album que je vais aborder maintenant, sorti en 1975, ce n'est pas grave, car mis à part quelques vocalises sans paroles, les morceaux, tous très courts (l'album dure 43 minutes, il y à 16 titres !), sont instrumentaux. Ce disque s'appelle The Snow Goose, alias Music Inspired By The Snow Goose (selon les versions).

C3

Ce disque est conceptuel, et s'inspire de L'Oie Des Neiges, un roman pour la jeunesse écrit par Paul Gallico. Ce dernier, apparemment un anti-tabagisme notoire (en même temps, cet argument est contesté, apparemment, il fumait, en réalité...), n'appréciera que très modérément, voire pas du tout, qu'un groupe du nom de Camel (allusion plus qu'évidente, surtout au vu du lettrage de leur logo, aux cigarettes) adapte une de ses oeuvres en album de rock progressif. La raison de son mécontentement serait plus une histoire de copyright qu'autre chose ! Bon, toujours est-il que cet album, sorti donc en 1975 (mais le groupe, sur scène, interprétera, dès 1974, des extraits du concept-album en live), et qui sera un très gros succès commercial - leur plus important, je crois -, est inspiré par le roman de Gallico. A la base, le groupe voulait adapter le Siddharta d'Hermann Hesse (l'auteur du mythique Le Loup Des Steppes, que le groupe envisagera aussi d'adapter), mais finalement, on a vu vers quel livre ils se sont tournés. Les morceaux, aux titres très évocateurs (surtout, j'imagine, si on connait le roman, ce qui n'est pas mon cas), comme FrithaDunkirk, Rhayader, The Great Marsh (en deux versions, une au début, l'autre à la fin) ou Flight Of The Snow Goose, les morceaux, donc, sont dans l'ensemble, courts, et sans paroles. Certains d'entre eux sont de pures merveilles, comme La Princesse Perdue (marrant, ce titre en français, surtout que le morceau est, comme les autres, sans paroles !), le doublé Preparation/Dunkirk, Rhayader Goes To Town ou le morceau-titre. On peut en revanche trouver quelque peu superflus des titres très courts comme Friendship, Sanctuary ou Fritha Alone.

C2

Mais ce qu'il faut savoir, concernant The Snow Goose, c'est que ce disque est en fait un gigantesque morceau de 43 minutes (divisé, certes, en 16 titres, et, pour le vinyle, aussi en deux faces, mais quand même), et qu'il est difficile, voire impossible, d'apprécier ses 16 titres séparément de l'ensemble. On écoute ce disque d'une traite, de même qu'on le fait pour The Lamb Lies Down On Broadway de Genesis ou le plus compliqué à apprécier (en raison de la longueur de ses morceaux : quatre titres de 20 minutes) Tales From Topographic Oceans de Yes. L'album de Camel est à la fois plus facile à pénétrer (car il est simple, contrairement aux deux autres cités) et plus compliqué, car l'absence de paroles rend l'intégration du concept, de l'histoire, difficile (d'autant plus qu'il n'y à pas de texte explicatif dans la pochette, contrairement, là aussi, aux deux autres albums cités). Musicalement, le groupe est en forme et livre une prestation éblouissante, cet album est très riche, passionnant, et si vous aimez le rock progressif, nul doute que vous aimerez The Snow Goose. Après, je préfère encore plus Moonmadness, l'album suivant (1976), mais cet album de 1975 est sans doute le deuxième meilleur du groupe. Et leur plus ambitieux. Recommandé !

FACE A

The Great Marsh

Rhayader

Rhayader Goes To Town

Sanctuary

Fritha

The Snow Goose

Friendship

Migration

Rhayader Alone

FACE B

Flight Of The Snow Goose

Preparation

Dunkirk

Epitaph

Fritha Alone

La Princesse Perdue

The Great Marsh

Posté par ClashDoherty à 13:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

"Lazaretto" - Jack White

Lazaretto600

Leader chanteur/guitariste/pianiste/compositeur des White Stripes, cofondatteur du super-groupe The Raconteurs, Jack White a lancé sa carrière solo en 2012 avec un album à la pochette bleutée (compte tenu que le rouge et le blanc étaient les couleurs dogmatiques des White Stripes, ça avait, quelque part, de quoi marquer), Blunderbuss. Deux ans plus tard, il sort un nouvel album, encore une fois sous une pochette aux teintes froides et bleutées. Son nom ? Lazaretto. Le titre de l'album est assez étrange, et signifie 'Lazaret', un endroit dans lequel on mettait en quarantaine les marins et passagers (et marchandises) en provenance de ports où sévissait la peste. En russe et en allemand, ce mot, sous un orthographe sans doute différent, signifie 'hôpital militaire'. Pourquoi White a-t-il choisi un tel titre (aussi celui de la seconde chanson de l'album) ? De plus, couplé à une pochette certes belle, mais assez étonnante, le montrant, tout de bleu vêtu, assis au milieu de statues d'anges, dans un petit cimetière (on aperçoit une stèle ou deux, et la grille d'enceinte), ambiance gothique assurée. Au dos du boîtier, une photo noir & blanc représente un enfant d'une douzaine d'années, qui semble éploré, fatigué, habillé dans la plus pure tradition du petit pauvre, le visage sale, une expression indéfinissable dans le regard... une photo prise, autrefois, dans un lazaret ? Quoi qu'il en soit, je pense (mais je peux me tromper) qu'il s'agit d'une ancienne photo réutilisée pour l'occasion et pas d'une photo prise pour l'album et virtuellement vieillie comme on sait le faire de nos jours.

jack-white-lazaretto

Revenons à l'album. Il offre 11 titres, dont un instrumental, et est, il faut le dire, assez court : à peine 40 minutes. Lazaretto est étonnant à plus d'un titre (sa courte durée ne fait pas partie des éléments étonnants, je le précise) : on sent que White a abandonné les teintes rouge et blanc de son groupe les White Stripes pour du bleu froid, comme s'il voulait s'affranchir de son passé (comme je l'ai dit, Blunderbuss, son premier opus solo, avait aussi une pochette aux teintes bleutées), et musicalement, avec sa quasi-absence de guitare électrique (sauf sur quelques titres comme le très bluesy Three Women, That Black Bat Licorice qui fait très White Stripes ou l'instrumental High Ball Stepper), il sonne plus comme un disque de folk/country/blues-rock que comme un disque de rock un peu garage, style musical qui était celui des Stripes. Vous me direz que Blunderbuss aussi était dans ce registre un peu roots, et on y trouvait déjà certains musiciens oeuvrant sur Lazaretto, comme Brooke Waggoner (claviers), Bryn Davies (upright bass) ou Carla Azar (batterie, percussions sur certains titres), mais on pouvait prendre Blunderbuss comme une sorte d'exercice de style, derécréation, alors que Lazaretto, lui, sonne plus comme une confirmation : Jack White veut changer d'air, de style, de musique.

jw-1-800-1396374033

Les gros fans des White Stripes (soit dit en passant, tout en appréciant ce groupe et aimant vraiment beaucoup leurs albums White Blood Cells, De Stijl et Elephant, je ne suis pas ce qu'on appelle un fan des Stripes ; dans le même registre garage/blues-rock minimaliste, je préfère les Black Keys, de loin, et les Kills) seront sans doute déçus, écoeurés même, devant Lazaretto, album assez déprimé (j'ai pas dit 'déprimant', hein), mais musicalement, on y trouve de vraies merveilles : Lazaretto (et son solo, officiellement crédité dans les paroles de la chanson), Three Women, Alone In My Home, High Ball Stepper, I Think I Found The Culprit, Entitlement... Si vous aimez le croisement entre musique roots et rock, avec plus de piano que de guitare électrique, cet album devrait vous plaire. Je ne dis pas que c'est le sommet de 2014, ni le sommet de Jack White (entre nous, je me fiche un peu de la carrière solo de White, j'ai acheté Lazaretto en grande partie sur un coup de tête - je ne le regrette pas du tout - et pas parce que je suis fan du bonhomme ; ceci dit, je respecte le mec et sa carrière), mais c'est un très bon album, ça, vous pouvez en être sûrs. Bref, sans exiger de vous que vous vous ruiez dans les magasins (surtout un week-end de fête nationale...) pour l'acheter séance tenante, je conseille, au moins, son écoute. Lazaretto est un très bon album.

Three Women

Lazaretto

Temporary Ground

Would You Fight For My Love ?

High Ball Stepper

Just One Drink

Alone In My Home

Entitlement

That Black Bat Licorice

I Think I Found The Culprit

Want And Able

Posté par ClashDoherty à 09:00 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

13 juillet 2014

"Scheherazade And Other Stories" - Renaissance

Renaissance - Scheherzade And Other Stories - Front

Vous aimez le rock progressif ? Le vrai ? Le pur et dur ? Dans le style du premier opus de King Crimson, des meilleurs opus de Genesis et Yes ? Dans le style des albums d'Ange (mais pas dans la langue de Molière) ? Alors cet album de Renaissance, sorti en 1975, est fait pour vous. Mais avant d'en parler, parlons un peu du groupe. Renaissance, vous connaissez ? Les fans de prog doivent, à mon avis, avoir déjà (au moins) entendu parler d'eux, mais sinon, dans l'ensemble, Renaissance ne fait pas partie des groupes les plus réputés, connus, du rock, et c'est bien dommage. Ce groupe a eu plusieurs vies, il a subi plusieurs (ah que c'est drôle, fin, spirituel) renaissances. A la base, le groupe a été fondé en 1969 par deux anciens membres des Yardbirds : Keith Relf (qui en était le chanteur, il est mort par électrocution en 1976) et Jim McCarty (batteur), avec aussi un ancien des Nashville Teens (le pianiste John Hawken), mais aussi la soeur de Relf, Jane, au chant, et le bassiste Louis Cennamo. Renaissance première mouture (deux albums, en 1969 et 1971 : Renaissance et Illusion) était un croisement entre folk-rock et classique/symphonique, une sorte de croisement entre Fairport Convention et les Moody Blues. En 1972, le troisième album, Prologue, sort, et avec lui commence la deuxième mouture du groupe, celle qui est la plus connue, la classique (celle ayant fait le disque dont je vais parler ici dans quelques lignes), avec la chanteuse Annie Haslam, le chanteur et bassiste John Camp, le claviériste John Tout... Ashes Are Burning en 1973, Turn Of The Cards en 1974 seront d'assez beaux succès. Et en 1975, le groupe publie, toutes périodes confondues, son sixième opus, cet album donc, intitulé Scheherazade And Other Stories. Un disque qui n'offre que quatre morceaux, pour 45 minutes. On se doute bien que les chansons sont longues, et surtout la dernière, qui occupe la totalité de la seconde face, avec pas moins de 24 minutes au compteur !

4009910508022

Verso de pochette

Heureusement, cette longue chanson, Song Of Scheherazade, est le sommet de l'album. Imaginez un peu si ce morceau-fleuve, conceptuel et en neuf parties (tout tient sur une seule plage audio), vraie viande de l'album, en était le maillon faible ! Sur ce morceau (qui, en live, voir le double live de 1976 au Carnegie Hall, atteindra quasiment la demi-heure), le chant est alterné entre la magnifique voix d'Annie Haslam et celle de Camp, mais on a aussi des passages purement instrumentaux. L'histoire ? Elle est résumée sur la pochette, il s'agit tout simplement du postulat de base des 1001 Nuits : le sultan qui, suite à une profonde déception amoureuse, multiplie les épouses d'un soir, qu'il fait éxécuter le lendemain matin, jusqu'à ce qu'il épouse la jeune Schéhérazade, qui, pour éviter la mort, raconte, le soir, à son sultan de mari, une histoire qu'elle interrompt avant la fin ; le sultan, désireux de connaître la suite, l'épargne, et elle récidive, de soir en soir, pendant 1001 nuits, jusqu'à ce que le sultan ne décide de la laisser en vie pour de bon et de reprendre confiance en l'amour. L'alternance de chant est excellente, les passages instrumentaux sont sublimes, ce morceau peut faire penser, parfois, de part son atmosphère, au Lizard de King Crimson (1970, sur l'album du même nom). La pochette en enluminure aussi peut y faire penser (celle de Lizard étant, dans son genre, un vrai modèle, indépassable). Autant le dire tout de suite, Scheherazade And Other Stories mérite l'achat rien que pour ce long et quasi morceau-titre, un fleuron du rock progressif et de la chanson-fleuve. Rarement un morceau aussi long, occupant une face entière de vinyle, n'aura été aussi passionnant (en concurrence avec Lizard, mais aussi le Echoes de Pink Floyd, sur Meddle en 1971) !

renaissance-scheherazade-other-stories-1508075

Et l'autre face, la A ? Rassurez-vous, elle est sublime. Intégralement chantée par Annie Haslam, elle contient donc trois titres, pour environ 20 minutes, et ces trois titres sont autant de pures petites merveilles, chacune dans une ambiance distincte. Trip To The Fair, quasiment 11 minutes (le second morceau le plus long de l'album et, de surcroît, le plus long de la face A), possède une atmosphère digne du Cirkus de King Crimson (aussi sur Lizard, comme le long morceau-titre cité plus haut), c'est à dire une atmosphère à la fois agréable, enchanteresse et quelque peu oppressante, pleine de mélodies un peu eerie (comme on le dit en anglais), louches...et le chant d'Haslam, sa voix angélique, est à tomber par terre, littéralement. Quand le chant déboule après quelques minutes instrumentales, c'est, aucun autre mot ne convient, enchanteur. La voix d'Annie Haslam possède vraiment quelque chose qui vous touche au plus profond, une émotion, une mélancolie, c'est juste...beau. The Vultures Fly High, 3 petites minutes seulement, est, lui, un morceau plus mouvementé, énergique, pas vraiment rock, mais on n'en est pas loin. Très sympa et efficace, tout en étant le morceau le moins époustouflant du lot. Enfin, les 7 minutes d'Ocean Gypsy sont à tomber par terre, encore une fois, mélodiques au possible. Les 21 minutes de la face A sont vraiment époustouflantes, et dire que la face B, qui suit, et dont j'ai parlé en premier, enfonce totalement le clou ! Voilà de quoi faire de ce Scheherazade And Other Stories non seulement le meilleur opus du groupe (je ne les connais pas tous, mais j'en connais quand même quelques uns, et s'ils sont dans l'ensemble très bons, celui-ci est vraiment le meilleur), mais aussi et surtout un des joyaux du rock progressif 70's et tout court. Essentiel si vous aimez le rock progressif !

FACE A

Trip To The Fair

The Vultures Fly High

Ocean Gypsy

FACE B

Song Of Scheherazade

a) Fanfare

b) The Betrayal

c) The Sultan

d) Love Theme

e) The Young Prince And Princess (As Told By Scheherazade)

f) Festival Preparations

g) Fugue For The Sultan

h) The Festival

i) Finale

Posté par ClashDoherty à 09:30 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

12 juillet 2014

"The Silent Corner And The Empty Stage" - Peter Hammill

0094637051122

Oui, je sais, ça fait un petit moment que je n'ai pas écrit sur ce blog et sur mes autres. Mais, en même temps, depuis le début de mon nouveau travail (au milieu du mois de mai dernier), boulot assez physique parfois (plus que mon ancien, en tout cas !), assez varié et vraiment passionnant, je dois dire que je n'ai plus : a) la motivation, et b) l'énergie de continuer à écrire, régulièrement (autrefois, quasi quotidiennement, puis de manière hebdomadaire), sur Rock Fever. Je rentre chez moi le soir, pas forcément très tard, mais, en tout cas, assez fatigué (surtout vers la fin de semaine), et parfois totalement crevé, et je n'ai vraiment, dans ces conditions, pas trop l'envie de passer une demi-heure ou une heure à écrire sur mon blog, et puis, écrire sur quoi ? Si ce n'est refaire des chroniques pour des albums déjà abordés ici... Mais, quand même, l'autre jour, je me suis dit qu'il y avait quand même au moins un album que j'avais envie d'aborder ici, un album qui, de plus, n'avait pas encore eu droit à son article ici (aucun album de l'artiste concerné n'a été abordé ici, d'ailleurs, sauf certains faits avec son groupe). L'artiste en question s'appelle Peter Hammill, leader du groupe de rock progressif britannique Van Der Graaf Generator. L'album, c'est son troisième opus solo, sorti en 1974, et baptisé The Silent Corner And The Empty Stage.

Peter%20Hammill

Difficile de parler d'album solo quand on parle de ceux de Peter Hammill. Son groupe a provisoirement mis la clé sous la porte en 1971 (après le chef d'oeuvre Pawn Hearts et son long A Plague Of Lighthouse Keepers), année de publication du premier opus solo de celui qu'on a surnommé "le Hendrix de la voix" (faut dire que vocalement, Hammill est une divinité vivante), Fool's Mate. Or, peut-on vraiment parler de carrière solo quand, sur un ou plusieurs (quasiment tous, en fait) des albums solo du membre d'un groupe en stand-by jouent, aussi, l'ensemble des membres du même groupe ? En l'occurrence, le batteur Guy Evans, le saxophoniste David Jackson (alias Jaxon) et le claviériste et bassiste occasionnel Hugh Banton. Si on rajoute le fait que, musicalement parlant, il y à peu de différences entre les chansons de VDGG (ça fait chier de réécrire Van Der Graaf Generator en entier encore une fois, même si je viens de le faire, alors pourquoi avoir mis l'abréviation avant, hein, je me le demande) et celles de Hammill solo, et qu'en live, dès la reformation (fin 1974) du groupe, VDGG ne jouera quasiment que des titres de la carrière solo de Hammill en plus des nouveaux titres (issus du grandiose Godbluff, sorti en 1975, et qui sera suivi du tout aussi immense Still Life en 1976, et du médiocre World Record de la même année), si on comptabilise tout ça, on se demande vraiment s'il ne serait pas logique de considérer les albums solo de Peter Hammill comme de virtuels albums de VDGG, et on pourrait même virer le mot 'virtuels' de ma phrase.

L39193_2_enl

Verso de pochette

Bref. Fool's Mate fut le premier opus solo du mec, un très bon album (dont le titre et la pochette sont sans doute une allusion à Pawn Hearts), et Hammill poursuivra sa carrière solo en 1973 avec Chameleon In The Shadow Of The Night, un album au titre imbitable, mais musicalement, sublime. Puis, il y aura l'album que je vais aborder right now, et ensuite, il y aura d'autres grands albums (en fait, jusqu'à pH7 en 1979, lequel n'est pas son septième mais son huitième album solo - et son dernier chez Charisma Records, compagnie ayant signé VDGG, mais aussi Genesis -, tout est recommandé chez Hammill en solo), comme le proto-punk Nadir's Big Chance en 1975 ou The Future Now en 1978. Mais si on cherche le meilleur album d'Hammill en solo, bien que Nadir's Big Chance soit immense et me vienne en second lieu à l'esprit, c'est bel et bien du côté de The Silent Corner And The Empty Stage ("Le coin silencieux et la scène vide") qu'il faut chercher. Sous sa pochette étrange (et encore, l'intérieur de pochette est encore plus étrange, voir plus bas !) se cache un disque enregistré en 1973, avec les trois autres membres de Van Der Graaf Generator, donc (plus Randy California, guitariste et chanteur/leader de Spirit, qui collabore sur un titre), et sorti en 1974. Très généreux, l'album aligne 50 minutes, en seulement 7 titres, traduction : ce ne sont pas de petitrs chansonnettes de 2,30 minutes qu'on a là, le morceau le plus court, Rubicon, faisant 4,40 minutes. Et 12,10 minutes pour le plus long, lequel est un des titres les plus anthologiques de la carrière de Hammill, solo et VDGG inclus : A Louse Is Not A Home. Mais en fait, chercher le sommet absolu de l'album ne vous fera pas forcément vous tourner vers ce dernier titre, qui achève par ailleurs l'album. Je pense, personnellement, que c'est The Lie (Bernini's Saint Theresa), situé en troisième position, long de 5,40 minutes, qui mérite la Palme du titre le plus incroyable de l'album. Une sculpture musicale (je n'ai pas choisi le mot 'sculpture' par hasard, le morceau ayant puisé son inspiration dans l'oeuvre du Bernin, l'Extase de Sainte-Thérèse, oeuvre polémique - l'expression assez orgasmique du visage de Sainte-Thérèse... - située à Rome) totalement puissante (la voix ! la voix ! LA VOIX !), démarrant direct par un blasphème : Genuflexion/Erection un church... Le CD (édition 2006) en propose, en bonus-track, une version live (de qualité sonore médiocre, malheureusement) issue d'un concert donné dans une...église de Kansas City en 1978 (on a aussi deux titres de l'album joués live à la BBC en 1974, Rubicon et Red Shift).

i06_07

Intérieur de pochette

Comment définir The Silent Corner And The Empty Stage ? Disque enregistré alors que Van Der Graaf Generator est en pause, et publié alors que le groupe envisageait de cesser ladite pause, le disque a été enregistré en grande partie chez Hammill. J'ai rangé le disque dans la catégorie du rock progressif, car après tout, ça en est, mais j'ai hésité avec 'rock dépressif', car, franchement, l'album, très introspectif (il a été dit une fois, je ne sais plus où, que les albums solo de Hammill parlent de lui, et notamment de son divorce, de sa vie privée difficile, plutôt que de choisir des thèmes plus passe-partout et anodins, moins sensibles...), n'est pas joyeux. Au même titre que Berlin de Lou Reed, No Other de Gene Clark, On The Beach de Neil Young et John Lennon/Plastic Ono Band de John Lennon (coïncidence : deux de ces albums datent aussi de 1974 : le Neil Young et le Gene Clark, et celui de Lou Reed date de 1973, soit un an avant), on a affaire ici à un disque sombre comme un tunnel non éclairé et dans la nuit, sombre comme c'est pas permis. Et au même titre que les très dépressifs, suicidaires même, albums cités ci-dessus, The Silent Corner And The Empty Stage est un chef d'oeuvre qui vous laissera K.O. débout dès la première écoute (l'alternance dans la voix de Hammill, entre montées en puissance et moments de répit, y est pour beaucoup, et les textes introspectifs sur la religion, le sexe, la folie, l'enfance, l'humain, la solitude ou la modernité y sont aussi pour beaucoup), et qui continuera de vous mettre dans cet état au bout de plusieurs écoutes. Moments calmes, comme Wilhelmina (morceau apparemment dédié à la fille de Guy Evans - batteur de VDGG -, Tamra), ou le quasiment folk (mais pas que) Rubicon, lequel semble faussement être le morceau le moins grandiose de l'album, ce qui ne l'empêche pas d'être sublime. Forsaken Gardens, que VDGG immortalisera bien souvent en live (sur la réédition la plus récente de Godbluff, on a une version live de ce titre, et de A Louse Is Not A Home, qui, malgré le son un peu rocailleux, casse des noix de coco avec son cul, vous pouvez me croire), est une splendeur qui met à genoux. Et comment ne pas parler des deux ouvertures de face, Modern et Red Shift (ce dernier, qui sortira en single en Italie, pays ayant le plus voué un culte à Hammill et son groupe, est le morceau de l'album bénéficiant de la participation guitaristique de Randy California), deux décollages progressifs, expérimentaux, introspectifs et arty de quasiment (Modern) ou d'un peu plus de (Red Shift) 8 minutes ? Comment ne pas parler de cette production qui, 40 ans après la sortie de l'album (ça a fait 40 ans le 8 février dernier, en fait), sonne toujours aussi bien ? Cet album est une tuerie, je vous le dis. Une tuerie.

FACE A

Modern

Wilhelmina

The Lie (Bernini's Saint Theresa)

Forsaken Gardens

FACE B

Red Shift

Rubicon

A Louse Is Not A Home



Fin »