Rock Fever

22 juin 2018

"Plastic Beach" - Gorillaz

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Le 8 mars 2010 sortait le nouveau Gorillaz... Chaque album du groupe est une petite révolution et ce Plastic Beach ne déroge pas à la règle. D'une part, le groupe change complètement son univers visuel et d'autre part, il révolutionne sa musique. Les refontes ou plutôt la refonte est nette, le groupe est bien plus hip-hop que sur le géantissime Demon Days. Le nouveau Gorillaz divise, d'un côté la musique est bien plus hermétique et bien plus squelettique que chez son grand frère et les ambiances sont encore plus sombres et étouffantes (le merveilleux Rhinestone Eyes en est le plus bel exemple). Mais ce n'est pas tout, les sons sont aussi bien plus ronds et fumants. Ceux qui ont déjà fumé une chicha comprendront, la fumée est opaque et épaisse une fois soufflée. On retrouve un peu de ça aussi et jusqu'à alors on ne retrouvait cette ambiance fumante que chez Cypress Hill. En tant qu'admirateur et de Gorillaz et de Cypress Hill, je ne pouvais qu'être aux anges devant ce changement d'orientation.

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Plastic Beach propose un florilège de guests ( Bruce Willis pour le clip du fumant et sombre Stylo, Lou Reed pour la décalé et amusante Some Kind Of Nature, Little Dragon pour la lunaire et faussement apaisante Empire Ants ou encore Mick Jones et Paul Simonon pour le fabuleux et torturé titre éponyme). Pas de la gnognotte tout ça, c'est la marque de fabrique de Gorillaz. Presque tous les titres possèdent son guest, ce qui n'est pas pour me déplaire.

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Le nouveau Gorillaz est hermétique, ça c'est clair. Son côté dépouillé le rend encore plus difficile, sans côté sur le côté sombre de la plupart des morceaux... Mais Plastic Beach regorge de grands moments qui ne se révèlent qu'au bout de plusieurs écoutes attentives comme l'hypnotisme d'un titre comme Sweepstakes ou encore la beauté d'un To Binge. Pourtant, c'est évident mais l'auditeur peut se sentir broyé par l'ennui au point d'oublier les choses simples comme la belle voix d'une femme. Puis, l'auditeur finit par apprécier le côté ultra-kitsch des mélodies orientalisantes d'un White Flag ou le début un brin kitsch lui aussi d'un On Melancholy Hill. Plastic Beach est sombre et glauque, il requiert plusieurs écoutes attentives avant d'être bien digéré... Il finira par apparaître comme une évidence, une nouvelle réussite pour Gorillaz qui a à son actif un triplé gagnant.

Chronique complémentaire de ClashDoherty

Ayant récemment (re)découvert Gorillaz après des années pendant lesquelles je ne voulais pas en entendre parler, j'ai abordé, le mois dernier, en seconde chronique, leur deuxième album, Demon Days, de 2005. C'est, comme je le disais dans ma chronique qui suivait celle de Kingstalker (tout comme pour cet article, où la chronique de cet ancien membre du blog est placée en premier, plus haut), grâce à la station RTL2 que j'ai redécouvert le groupe fictif imaginé par Damon Albarn (Blur) et Jamie Hewlett (concepteur graphique et dessinateur de BD). En mai dernier, ne me demandez pas quel jour, la station a passé Feel Good Inc., tube de l'album Demon Days, et, n'ayant pas entendu ce morceau pour une période de presque 10 ans, je me suis surpris à adorer ce que j'écoutais, au point d'avoir envie de me faire plus de Gorillaz. Comme je ne possédais alors strictement rien d'eux, c'était difficile, à moins d'aller sur Dix Heures (ah ah ah) ou Spotify, mais je n'aime pas les sites de streaming, j'aime avoir ma musique bien à moi, et pas être obligé d'aller sur un site pour l'écouter, et de devoir rester sur le site pour ça. Bref. Sur Internet, sur un fameux site de vente en ligne dont le nom est aussi celui d'une guerrière antique (ça va, vous avez deviné, où il faut que je balance le nom ?), le CD était, et est toujours à l'heure où je mets sous presse, vendu à moins de 10 €, même à moins de 7 €, même à 6,99 €. Bref, je l'ai acheté. Reçu le lendemain par la magie des services postaux. Ecouté. Et j'ai vraiment aimé ce que j'écoutais, et de plus en plus apprécié au fil des écoutes. 

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J'ai logiquement eu envie de poursuivre, et c'est avec ce Plastic Beach de 2010, leur troisième opus, que j'ai orienté mon choix. La (très bonne) chronique que Kingstalker en avait fait, au moment de la sortie de l'opus, et qu'il avait classé dans le rap (j'ai personnellement pris sur moi de modifier ça et de ranger le disque dans le rock expérimental) ne m'avait, à l'époque, pas donné envie d'écouter le disque ; moi et le rap, hein, ça fait 14217. Et puis à l'époque, le rock bordélique à la Gorillaz, mélange de genres sur à peu près tous les morceaux (rock, pop, électro, punk, rap/hip-hop, world, reggae, dub...), ne me plaisait pas, je préférais des trucs plus charpentés (du rock brut à la Stones/Led Zep/Who, que j'adore toujours), de la pop classique (Beatles) ou du bon gros hard/heavy metal (Iron Maiden, AC/DC, Black Sabbath, ce genre). Gorillaz, à l'époque, je n'étais pas leur cible. Et le côté groupe virtuel derrière lequel se cachent des musiciens (et il faut voir les guests de ce Plastic Beach, j'y reviens plus bas, et Kingstalker les avait déjà cités d'ailleurs, c'est du lourd) m'avait semblé très hype, à l'époque. J'apprécie nettement mieux ce genre de fantaisies tant musicales qu'artistiques, désormais. Demon Days, avec sa pochette reprenant celle de Let It Be, m'a énormément plu. Plastic Beach m'a terrassé.

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Que dire ? Cet album est un chef d'oeuvre barré. S'ouvrant sur une Orchestral Intro très...orchestrale (tiens donc !), il se poursuit sur un Welcome To The World Of The Plastic Beach à moitié composé et interprété par le rappeur Snoop Dogg, se poursuit ensuite avec un White Flag associant rock, musique balinaise et rap, et la suite, qui fait intervenir, selon les morceaux, Mark E. Smith (récemment décédé, leader de The Fall), Bobby Womack (l'immense, le grandiose Stylo, au clip très violent, mais aussi très fun, avec Bruce Willis), Lou Reed (Some Kind Of Nature, rigolo), Mick Jones et Paul Simonon des Clash (Plastic Beach), Little Dragon, Mos Def ou De La Soul, est un régal hétéroclite de tous les instants. Claviers vaporeux (On Melancholy Hill), ambiance totalement techno/trance, rock barré, pop suave, reggae, rap, Plastic Beach touche à tout pire qu'un chiard face à un tableau de bord de BMW, et l'éclate est totale tout du long de la bonne cinquantaine de minutes (56 minutes pour 16 titres, precisely) de l'ensemble. Décidément, ce side-project de Damon Albarn est probablement une des meilleures choses arrivées à la musique dans les années 2000, avec Arcade Fire dans un autre registre (et Albarn est clairement un des meilleurs musiciens britanniques de sa génération). Plastic Beach est probablement le sommet de la carrière de Gorillaz, qui s'est apparemment un peu vautré dans la suite de sa carrière (The Fall, sorti plus tard dans la même année 2010). Un album complexe, riche, extrêmement varié, et que je trouve quasiment parfait, de bout en bout, un disque que je prends énormément de plaisir à écouter (plus que Demon Days) et que je conseille. Comme on dit, il n'y à que les cons qui ne changent pas d'avis ! Pour finir, on notera le génial artwork, avec notamment ce dessin d'un des membres du groupe (2D ?) assis dans une barque, entouré de divers objets tels qu'un mélodica, le roman de Hemingway Le Vieil Homme Et La Mer,  une bouteille de rhum, un tuba et masque de plongée et un cadre contenant la pochette du Hunky Dory de David Bowie ! Une référence d'Albarn, assurément, mais qui ne transpire cependant pas sur cet album. C'est sans doute pour dire que c'est un album de l'île déserte ?

Orchestral Intro
Welcome To The World Of The Plastic Beach
White Flag
Rhinestone Eyes
Stylo
Superfast Jellyfish
Empire Ants
Glitter Freeze
Some Kind Of Nature
On Melancholy Hill
Broken
Sweepstake
Plastic Beach
To Binge
Cloud Of Unknowing
Pirate Jet


"Then Play On" - Fleetwood Mac

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Il va te falloir écrire la moitié de l'album, Danny, parce que j'ai pas que ça à foutre. Voilà en gros ce que Danny Kirwan a entendu sortir de la bouche de Peter Green, peu de temps après son arrivée dans le groupe, en 1969, alors qu'ils préparaient le troisième album. Quel album ? Then Play On. Et surtout, quel groupe ? Le groupe, c'est Fleetwood Mac, évidemment, groupe de blues-rock anglais (désormais, depuis le mitan des années 70, groupe de pop-rock FM anglo-américain) dont le premier album, Peter Green's Fleetwood Mac, avait fait sensation en 1967 (et le deuxième, Mr Wonderful, en 1968, déjà avec une pochette iconique représentant leur batteur Mick Fleetwood, a confirmé les espoirs, tout en étant un peu moins grandiose). Le groupe est un agglomérat de nouveaux bluesmen de grand talent : le bassiste John McVie (le Mac du nom du groupe vient de son nom), ancien de John Mayall ; le batteur Mick Fleetwood (pas besoin de dire que l'autre partie du nom du groupe vient de lui) ; le guitariste et chanteur Peter Green, ancien de John Mayall aussi ; et le guitariste et chanteur (et claviériste) Jeremy Spencer. Une certaine Christine Perfect, bientôt Christine McVie suite à son mariage avec le bassiste (divorcés depuis des dizaines d'années, elle a conservé son nom marital pour sa carrière, au sein du groupe ou en solo), fait son apparition, en invitée, aux claviers, sur Mr Wonderful, et sera membre officiel dès Kiln House en 1970. Et Danny Kirwan, un blondinet effacé, fait son apparition (guitare et chant) en 1969 via Then Play On. Bien qu'apparaissant sur la photo ornant l'intérieur de la pochette ouvrante (dernière photo de l'article), Jeremy Spencer ne joue pour ainsi dire pas sur l'album. Il partira après Kiln House, le disque suivant. 

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Peter Green, lui, qui commençait à péter doucettement les plombs (la drogue dure aura pendant des années raison de sa santé mentale), partira rejoindre une secte d'adorateurs du soleil peu après la sortie de ce Then Play On au titre en référence à La Nuit Des Rois de Shakespeare, et à la sublime pochette représentant un cavalier nu sur un blanc destrier, dans un décor champêtre et fantaisiste. Pour ne rien cacher des aléas ayant poursuivi le groupe, Kirwan partira en 1972, pétant lui aussi lentement les plombs, il serait devenu, après une courte et infructueuse carrière, SDF. Et Spencer, toujours en vie, toujours actif, est depuis le début des années 70 membre d'une secte chrétienne extrêmement douteuse, Les Enfants De Dieu. Mais retour à 1969. Kirwan arrive dans le groupe, et on lui dit qu'il lui faudra composer pas mal de morceaux pour l'album. La moitié environ de l'album est en effet de sa main, l'autre est de Green. Les deux moitiés sont supérieures à la somme des deux parties, faisant de ce Then Play On un pur sommet, un des meilleurs albums du groupe et de 1969 (malgré son côté deux albums en un, et Kirwan et Green n'ont pas vraiment le même style), et le meilleur album de leur première ére (blues-rock). Il existe deux versions de l'album : l'originale britannique dure 53 minutes, pour 14 titres (la plus récente édition CD la propose, la réédition vinyle aussi) et l'édition américaine de la même époque, 54 minutes et 13 titres, deux titres de la version britannique manquent, mais un titre aussi long qu'eux deux a été rajouté, sorti en single en Angleterre : Oh Well, 9 minutes de blues fortement teinté de flamenco. L'ancienne édition CD proposait cette version américaine, qui est celle avec laquelle j'ai découvert Then Play On

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Intérieur de pochette : Kirwan, Fleetwood, Green, McVie, Spencer

Aussi, quand j'ai découvert l'album dans sa version originale britannique bien des années plus tard (non seulement Oh Well manque et est remplacé par One Sunny Day et Without You, mais l'ordre de la majeure partie des morceaux est différent, voir les deux tracklistings en bas d'article), j'ai eu l'impression d'écouter un nouvel album, ça m'a fait bizarre. L'impression de redécouvrir quelque chose qu'on pensait avoir définitivement gravé sur son disque dur personnel. Ce disque est un pur chef d'oeuvre. Les morceaux de Kirwan (Coming Your Way, le délicat Although The Sun Is Shining, When You Say, l'instrumental My Dream) sont aériens, ils annoncent le futur Fleetwood Mac, celui de 1971/1972, où Kirwan a cotoyé (avant de partir) le nouveau-venu Bob Welch (1971/1975). Celui du chef d'oeuvre Bare Trees. Les morceaux de Green sont du pur blues-rock (Show-Biz Blues, les instrumentaux jammesques Searching For Madge et Fighting For Madge, Underway - autre instrumental) ou du rock déchirant, tels Closing My Eyes, Before The Beginning ou la seconde partie, flamenco et instrumentale, de Oh Well. Sans oublier ce grand moment (qui, en live, durera 20 minutes) truculent, Rattlesnake Shake, qui parle de masturbation et cite, à un moment donné, un certain Mick (Fleetwood) ! Morceau qui fera scandale, mais le groupe n'en était pas à une polémique près (prestations scéniques parfois obscènes avec une bite gonflable dressée sur la grosse caisse de la batterie, gigotant à chaque ruade)... C'est un fait, le Mac de 1969 n'est pas du tout le Mac de la période Rumours/Tusk/Mirage/Tango In The Night (1977/1987) ! J'aime toutes les époques du groupe, personnellement, mais ce Then Play On long mais grandiose entre dans mon Top 5, et pas en dernier !

Version originale britannique : 

FACE A

Coming Your Way

Closing My Eyes

Fighting For Madge

When You Say

Show-Biz Blues

Underway

One Sunny Day

FACE B

Although The Sun Is Shining

Rattlesnake Shake

Without You

Searching For Madge

My Dream

Like Crying

Before The Beginning

Version Américaine : 

FACE A

Coming Your Way

Closing My Eyes

Show-Biz Blues

My Dream

Underway

Oh Well

FACE B

Although The Sun Is Shining

Rattlesnake Shake

Searching For Madge

Fighting For Madge

When You Say

Like Crying

Before The Beginning

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21 juin 2018

"Black & White 050505" - Simple Minds

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J'ai toujours été fan des Simple Minds, que j'ai découverts, comme pas mal de monde, avec leur tube Don't You (Forget About Me) de 1984, issu de la bande originale du film Breakfast Club. Une chanson qui fait partie des hits de la période new-wave, chanson que j'ai découvert alors que j'avais environ 10 ans, soit vers 1992, mais que j'avais sans doute du entendre très jeune sans m'en rendre compte, elle n'a jamais cessé (c'est toujours le cas) de passer à la radio. C'est d'ailleurs une des trois chansons des Minds, avec Mandela Day et Alive And Kicking, à toujours passer en radio. Comme si le groupe de Jim Kerr (chant) et Charlie Burchill (guitare) n'avait jamais rien fait d'autre. Grosse, colossale, éléphantesque erreur. Le groupe, actif depuis 1977 (premier album en 1978), et dont le dernier album est sorti en février dernier et a été abordé ici il y à quelques mois, n'a jamais cessé son activité. Il y à eu plusieurs périodes bien distinctes. La première, de 1978 à 1980, trois albums très arty, parfois complexes, pas commerciaux (mais remarquables). A partir de 1981, les tubes commencent à arriver (Love Song, The American, Glittering Prize), cette période new-wave et big music, au cours de laquelle le fameux tube de 1984 est inclus, va jusqu'au double live sorti en 1987 (Live In The City Of Light), qui est d'enfer dans son genre. Puis le groupe semé par ses rivaux U2 qui ont bien explosé à la face du monde en 1983/1987, entame une période plus pop heartland, humaniste, entre 1989 et 1995, trois albums remarquables (Street Fighting Years avec Mandela Day, Real Life, le méconnu et moins cartonneur, très sous-estimé Good News From The Next World). La suite sera moins glorieuse : Néapolis et Cry ne se vendent pas, l'album de reprises Neon Lights est vraiment moyen (pour ne pas dire pire)... Le groupe, qui a vécu pas mal de changements de personnel, est encore là, mais il vivote, c'est compliqué.

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En 2005, les Minds reviennent. Le 5 mai 2005, précisément, comme l'indique fièrement le sous-titre de l'album, le groupe achève d'enregistrer Black & White 050505, disque sorti quelques mois plus tard, en septembre, sous une belle pochette montrant deux mains, une blanche et une noire (mais avec des teintes grises qui atténuent le contraste), ligotées mais rapprochées pour former deux moitiés d'un coeur. Symbole de paix et d'amour évident. Autre symbole, de violence et de guerre : une balle de pistolet au verso du boîtier. Long de 41 minutes (oui, c'est un disque court pour son époque) pour 9 titres, Black & White 050505 est un des meilleurs albums du groupe. Et quand je dis ça, c'est vraiment sincère, un des 5 meilleurs albums, et pas en cinquième position. Un disque tout simplement parfait, aucune des 9 chansons n'est moyenne, encore moins mauvaise, ni en trop. L'album est court, mais se suffit à lui-même, même si, devant la réussite totale de l'ensemble, on aurait aimé quelques morceaux en plus, ou un rallongement de la durée de certains morceaux (le plus long, Dolphins, dure 6 minutes). Parlons tout de suite de ce morceau, Dolphins, qui achève le disque. C'est une splendeur mélancolique ahurissante, un morceau envoûtant qui vous emmène au fond de l'eau, entouré de dauphins, un mélange très adroit entre tristesse et plénitude, Jim Kerr, de plus, interprète ce morceau avec une énorme retenue, voix basse, profonde, étouffée, au contraire de son style habituel très enlevé. On ressort difficilement de ce morceau, on a envie de le réécouter, les yeux piquent, les poils se dressent, de l'émotion brute et pure. Rien que pour ce morceau, chapeau bas aux Simple Minds : Dolphins, une de leurs plus belles chansons, mériterait de passer fréquemment à la radio ! Elle fut cependant un temps diffusée sur les ondes à l'époque, il me semble.

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Le reste de l'album est plus enlevé et rythmé (Stay Visible, The Jeweller, Part 2 - ce morceau est une nouvelle version d'un titre de l'album Our Secrets Are The Same, enregistré en 1999 mais sorti en 2004 en bonus d'un coffret, et qui n'a, depuis, pas été réédité, une rareté, Stranger), Underneath The Ice est une bien belle chanson, Different World (Taormina. Me.) est sublime (Jim Kerr vit, il me semble, en Sicile, à Taormina, depuis quelques années, d'où le sous-titre de la chanson), et Home, qui sortira en single, est une splendeur inoubliable. Aucune mauvaise chanson ici, que des merveilles que l'on écoutera encore et encore sans lassitude, faisant de ce Black & White 050505 (ou simplement Black & White) un des jalons de la carrière du groupe écossais. La suite sera très belle aussi : Graffiti Soul, Big Music et le récent Walk Between Worlds, sans oublier l'album Acoustic, son pendant live, et les quelques lives sortis depuis quelques années (mention spéciale au double live 5X5 Live de la tournée mondiale au cours de laquelle le groupe n'interpréta que des titres de leurs cinq premiers opus). Pour un fan du groupe, pour un amateur de bonne pop/rock, cet album de 2005 est tout simplement indispensable. 

Stay Visible

Home

Stranger

Different World (Taormina. Me.)

Underneath The Ice

The Jeweller, Part 2

A Life Shot In Black And White

Kiss The Ground

Dolphins

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"You All Look The Same To Me" - Archive

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Encore un groupe qui n'avait jamais été abordé sur le blog et qui, franchement, commençait, enfin je trouve, à manquer. Archive, vous connaissez ? Non ? Alors filez écouter quelques uns de leurs albums (le Live Au Zénith, Noise, et celui-ci, pour commencer) avant de poursuivre la lecture. Non, je déconne, continuez de lire, mais allez écouter ces disques après. Archive est un groupe anglais fondé en 1994, leur premier album, Londinium, date de 1996. C'est un groupe de trip-hop à la Portishead ou Massive Attack, fondé par Darius Keeler et Danny Griffiths, avec la chanteuse libanaise Roya Arab. En 2002, le groupe (qui est en réalité plus une sorte de collectif au sein duquel le personnel évolue souvent qu'un groupe) sort son troisième album, You All Look The Same To Me. Pour l'occasion, un nouveau chanteur fait son apparition, il restera jusqu'en 2004 au sein d'Archive : Craig Walker. Les deux albums (l'autre est Noise) faits durant sa présence au sein du groupe sont très certainement les meilleurs d'Archive. You All Look The Same To Me est sorti sous une pochette montrant plusieurs photos en noir & blanc (recto, verso et intérieur de livret) de jeunes gens, très certainement des photos d'albums d'université ou de lycée comme ça se faisait alors (et se fait probablement encore dans certains pays comme les USA). Le titre de l'album ('vous vous ressemblez tous pour moi') cadre parfaitement avec le visuel.

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Offrant 10 titres pour 67 minutes, You All Look The Same To Me, qui se vendra assez bien, marque une sorte de changement dans le style musical du groupe. Les deux premiers albums étaient très trip-hop/électro, celui-ci, tout en étant fortement trip-hop, part assez dans le psychédélique et le progressif. Sur les 10 titres, deux dépassent le quart d'heure : Again (qui ouvre le disque) en dure 16,20 et Finding It So Hard dure une minute de moins. Après, on a aussi deux titres (consécutifs : Now And Then et Seamless) qui n'atteignent pas les 2 minutes par tête de pipe, trois titres de presque 6 minutes, un autre qui dépasse les 8 minutes... Malgré la durée éreintante de deux de ces titres (et l'album s'ouvre sur le plus long morceau) et de l'album, You All Look The Same To Me passe parfaitement la rampe d'accès. A la fois minimaliste et recherché, obsessionnel et sombre (Again est une claque monumentale ; malgré la durée, on pourrait l'écouter en boucle), cet album est ahurissant, la voix de Craig Walker (à la base issu d'un groupe de rock du nom de Power Of Dreams, il a tellement marqué Archive de son empreinte que 14 ans après son départ du groupe, on en parle encore) est juste parfaite. 

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On pourra juste critiquer un peu l'album en disant qu'Again en est le sommet absolu et que, placé en ouverture, et long comme il est (16 minutes), il rend forcément le reste de l'album un petit peu secondaire. Et encore : Numb, Goodbye, Finding It So Hard et Hate sont remarquables. Mais il est vrai que l'album suivant, Noise (presque aussi long, pour 11 titres, j'en reparle prochainement) est mieux agencé, structuré, et un peu plus accessible aussi. Il n'empêche, You All Look The Same To Me (que j'ai découvert, et le groupe par la même occasion, il y à une dizaine d'années, par hasard, en farfouillant dans des bacs de promo à la FNAC ; j'avais entendu parler du groupe, mais comme ça) est un des meilleurs albums du groupe et de son époque, un petit classique de rock expérimental et de trip-hop qui, malgré sa durée, est passionnant de bout en bout. Et Again, mon Dieu...

Again

Numb

Meon

Goodbye

Now And Then

Seamless

Finding It So Hard

Fool

Hate

Need

20 juin 2018

"The Seeds Of Love" - Tears For Fears

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Petit plaisir coupable pour moi : j'adore la new-wave. Aussi bien la new-wave arty, genre les Simple Minds du début de carrière (mais les Simple Minds pour la totalité de leur discographie, en fait), Gang Of Four, Magazine, Public Image Limited ou Wire, que la new-wave un peu putassière, les gros tubes qui squattaient les ondes radio et les TV du monde entier dans les années 80 : Duran Duran, Soft Cell, Alphaville, etc, etc... Parmi les groupes cultes des années 80, certains, comme Duran Duran ou Frankie Goes To Hollywood, sont aujourd'hui difficilement défendables (notons que le premier album de FGTH, double, est un des meilleurs albums des années 80 malgré son côté très surchargé et débridé). Et je ne parle même pas de Sigue Sigue Sputnik. Mais d'autres groupes sont toujours très respectés, et peut-être même encore plus maintenant qu'à l'époque : Talk Talk (qui n'a jamais entendu leurs albums The Colour Of Spring, Spirit Of Eden et Laughing Stock ne savent pas ce qu'ils perdent), New Order (Low-Life est un chef d'oeuvre, Technique n'est pas loin derrière), les Simple Minds (tout, du premier opus à Good News From The Next World en 1995, soit une période de 17 ans, est ultra recommandé), et Tears For Fears, duo pop/rock fondé par Curt Smith (chant, basse) et Roland Orzabal (chant, guitare) au tout début de la décennie et qui a, sous sa forme de duo, sorti trois excellents albums : The Hurting (avec Change, Mad World) en 1983, Songs From The Big Chair (avec Shout et Everybody Wants To Rule The World) en 1984 et The Seeds Of Love en 1989, bref, ce disque. Après cet album, Smith se barre, Orzabal continuera sous le nom du groupe et sortira quelques albums ma foi très bons (Elemental, Raoul And The Kings Of Spain, j'aborderai ce dernier dans un futur relativement proche ; en fait, grosse annonce, j'aborderai ici, dans un futur relativement proche, tous les autres albums studio du groupe, leur tout dernier mis à part, mais ces articles seront dans le désordre) mais qui se vendront aussi bien qu'une VHS hispanophone des Charlots sur un marché du XVIème arrondissement de Paris. 

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Le nom du groupe ('des pleurs pour des peurs'...c'est pas si fréquent qu'une traduction d'un nom de groupe rime aussi bien que dans sa langue originelle !) est basé sur la théorie du cri primal de Janov (tout comme le groupe Primal Scream de Gillespie et Innes), et la chanson Shout aussi, il me semble, s'en inspire. On pourrait croire, au vu des albums du groupe et de leurs sujets assez adultes (la pochette de The Hurting montre un enfant accroupi, tête dans les mains, en détresse, et le nom de l'album signifie 'la meurtrissure'), que Tears For Fears, ou TFF pour les ceusses qui ne veulent pas se faire chier la bite à écrire le nom du groupe en entier, est un groupe qui se la pète. Non. Pas du tout. En revanche, au même titre que Talk Talk, c'est un groupe qui ne cherche pas à faire de la pop FM destinée à envahir les ondes radio et à faire se remuer le cul sur des synthés et des boîtes à rythmes. Sur Shout, on a un solo de guitare (et un bon !), pas des claviers qui font pouet-pouet et sentent, en 2018, à peu près aussi bon qu'une sardine oubliée pendant des heures sur une plage arrière de voiture garée sur une plage en été sur la Riviera. Troisième opus du groupe, sorti en 1989 alors que la new-wave est déjà un lointain et douloureux souvenir, The Seeds Of Love, avec sa pochette bien chamarrée qui sent bon son influence Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, est au même titre que The Colour Of Spring (1986) de Talk Talk et Hounds Of Love (1985) de Kate Bush, un disque qui surpasse son milieu, son genre, et surtout son époque. Richement produit, rempli de guests (Phil Collins, Manu Katché, Pino Palladino, Robbie McIntosh, Tessa Niles, Simon Philips...), produit par le groupe et David Bascombe, long de 50 minutes pour seulement 8 titres, The Seeds Of Love marchera assez correctement, sans pour autant péter la baraque, mais c'est surtout le single Sowing The Seeds Of Love qui cartonnera et reste aujourd'hui, du moins dans un premier temps, la raison pour écouter le disque. 

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Smith et Orzabal

A l'époque, on critiquera vertement le groupe d'en faire trop : un disque très riche, de sa pochette à ses arrangements, un album qui semble sous influence beatlesienne (très difficile de ne pas penser à Magical Mystery Tour en écoutant Sowing The Seeds Of Love) et essaierait presque, selon certains, de faire mieux que les Fab de Liverpool. Un disque qui semble vouloir faire une somme de toute une époque, avec ses bons et ses mauvais côtés, et qui serait, au final, indigeste et pompeux. Indigeste ? Et mon cul, il joue de la samba en braille ? The Seeds Of Love est, qu'on se le dise, un des meilleurs albums d'une décennie alors en fin de race (1989, je le rappelle), ainsi que, probablement, le meilleur album de 1989 avec Flowers In The Dirt de McCartney. C'est un album certes assez produit (mis mis à part un titre ou deux, les Beatles ne transpirent pas vraiment sur le son de l'album), le groupe et ses invités ont passé du temps à le faire et ça s'entend, mais son écoute est tout aussi agréable en 2018 qu'elle ne l'était, probablement, en 1989. J'ai personnellement découvert ce disque à la fin des années 90, soit une dizaine d'années après sa sortie, et depuis ma première écoute, je dois dire que je n'ai jamais cessé d'adorer cet album admirable, pas de la new-wave, mais de la simple pop bien charpentée, un album rempli de grandes chansons (Year Of The Knife, Advice For The Young At Heart, Woman In Chains, Badman's Song, et évidemment, le très beatlesien et tubesque Sowing The Seeds Of Love qui est une très belle vitrine pour l'ensemble de l'album, bien que d'autres chansons soient moins chargées en effets qu'elle sur le disque). Réédité récemment avec des bonus-tracks pas dégueulasses (mais les 8 titres de l'album original se suffisent amplement, l'album se finissant magnifiquement sur Famous Last Words au titre sans équivoque), The Seeds Of Love est une pure petite merveille de pop britannique colorée et envoûtante, un album rarement cité dans les classements et listes du genre 'meilleurs albums' mais qui vous accompagnera pour tout le reste de votre vie si vous avez le bonheur, un jour, de l'écouter, ce qui est foutralement conseillé. Et dans ce cas, n'attendez pas d'avoir 80 ans pour le faire, hein... 

FACE A

Woman In Chains

Badman's Song

Sowing The Seeds Of Love

Advice For The Young At Heart

FACE B

Standing On The Corner Of The Third World

Swords And Knives

Year Of The Knife

Famous Last Words

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"Down By The Jetty" - Dr Feelgood

DF1

Sorti en 1975 (en janvier), ce disque donne le ton dès sa pochette : en ces temps de rock progressif, de hard-rock couillu, de glam-rock et de jazz-rock, en ces temps de pochettes chamarrées, Dr Feelgood, petit groupe de Canvey Island (petite île de l'estuaire de la Tamise, dans le comté de l'Essex), nous offre un radical retour en arrière : pochette sobrissime en noir & blanc, lettrage des plus lambda, aucune recherche artistique, pas de pochette ouvrante, pas de sous-pochette (enfin, si, mais en papier classique et vierge), aucune couleur, nulle part, sauf sur le label... En plus, l'album est en mono (ce qui, selon certains membres du groupe, est une erreur, mais participe en fait au concept). Dr Feelgood est un groupe culte, crée en 1971, constitué à l'époque du chanteur Lee Brilleaux (de son vrai nom Lee Green Collinson, né en Afrique du Sud, et mort deux jours après Kurt Cobain, ce qui fait que sa mort est passée à l'as), également à l'harmonica ; du guitariste Wilko Johnson (John Wilkinson de son vrai nom), du bassiste John B. Sparks et du batteur The Big Figure. De gauche à droite sur la pochette (recto comme verso) : Wilko, Sparks, The Big Figure, Brilleaux. Leur look est totalement basique, pas de recherche du tout, on dirait des employés de bureau. Leur nom vient d'un terme d'argo anglophone désignant un médecin peu regardant sur ses ordonnances (genre le Dr Robert des Beatles). 

DF2

Down By The Jetty, produit par Vic Maile, est donc sorti en début d'année 1975, boosté par un single immense (mais la chanson ne sera un succès que par la suite) : Roxette (accompagné sur sa face B d'une remarquable reprise de Route 66 de Bobby Troup, que le groupe ne mettra pas sur l'album parce qu'une reprise de cette chanson se trouvait déjà sur le premier album des Rolling Stones et qu'ils ne voulaient pas qu'on fasse des comparaisons inutiles). Cette chanson est une tuerie totale qui m'a réconcilié avec Dr  Feelgood, groupe que j'ai découvert via leur album de 1977 Be Seeing You (Wilko Johnson, principal artisan - avec le timbre de voix revenu de tout de Brilleaux - du son du groupe, n'en faisait alors plus partie), album que j'avais détesté, et c'est toujours le cas. Par la suite, après avoir entendu cette chanson, Roxette, je ne sais plus où, j'ai adoré et je me suis payé les trois premiers albums (celui-ci, Malpractice sorti plus tard en 1975 aussi, et le live Stupidity de 1976), que j'ai adoré. Puis Sneakin' Suspicion de 1976, que j'ai trouvé très bien. Mais je me suis arrêté là, et je n'ai jamais pu réussir à apprécier Be Seeing You. Pour en revenir au premier album, c'est un disque parfait, constitué essentiellement de morceaux originaux, mais avec tout de même des reprises : Boom Boom de John Lee Hooker, Cheque Book de Legend, Bonie Moronie de Larry Williams couplé au Tequila des Champs, et Oyeh ! de Mick Green des Pirates. Ces reprises sont remarquables, mais les morceaux originaux sont des tueries.

DF3

Notamment Roxette donc, cette chanson sur un homme suspectant fortement sa petite amie de ne pas être totalement franche avec lui et lui faisant une scène : I saw you walk the other night/I saw somebody hold you tight/Roxette/I wonder who it should be/It was so dark I couldn't see, but I know it wasn't me/And when I told you it ain't right, you know you gotta agree. Basse géniale et inoubliable, guitare acérée (et jeu de scène hallucinatoire de Wilko, minimaliste, un pas en avant, un pas en arrière, un pas en avant, un pas en arrière, un coup de tête à gauche, un coup à droite, un coup à gauche, un coup à droite, le tout avec les mâchoires bloquées au speed et un regard totalement allumé)... All Through The City, She Does It Right, That Ain't The Way To Behave (que Wilko chante), Keep It Out Of Sight, The More I Give sont autant de chansons mémorables, du pub-rock d'enfer qu'on ne se lasse absolument pas d'écouter. Production minimaliste (mais ça sonne divinement bien) sans artifices, pur back to mono, aussi sobre que la pochette, mais c'est exactement ce qu'il fallait. 1975 est l'année de Wish You Were Here, Another Green World et Warrior On The Edge Of Time (trois grands disques). C'est aussi l'année de ce magistral disque de rock pur et dur, qui vieillit admirablement bien et qu'il faut à tout prix écouter !

FACE A

She Does It Right

Boom Boom

The More I Give

Roxette

One Weekend

That Ain't The Way To Behave

I Don't Mind

FACE B

Twenty Yards Behind

Keep It Out Of Sight

All Through The City

Cheque Book

Oyeh !

Bonie Maronie/Tequila

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19 juin 2018

"The River" - Bruce Springsteen

BS1

Cet album fut un de mes premiers de Bruce Springsteen ; juste après Born In The U.S.A., et acheté le même jour que Born To Run. Certains diront que je n'ai pas découvert le Boss par la petite porte, et ils auront raison. Dans un sens, c'est pas terrible de commencer par les meilleurs albums, car forcément, quand on découvre, par la suite, le reste de la discographie, on tombe sur les vilains petits canards, les albums secondaires voire tertiaires, les rogatons, les merdes. Pour le Boss, par exemple, Tunnel Of Love (l'album a ses fans, mais je n'en ferai jamais partie, et c'est pas faute d'avoir essayé), la paire Human Touch/Lucky Town (et le live MTV UnPlugged) et, dans une moindre mesure, Magic (même remarque que pour Tunnel Of Love, mais je préfère quand même nettement Magic à ce dernier). Après, il y à le cas des deux premiers opus du Boss, que j'ai réabordé tous deux récemment, que j'adore, mais qui ne sont pas les plus, disons, accessibles de sa carrière. En tout cas, tous les fans sont unanimes : la meilleure période de la carrière du Boss, c'est la période 1975/1985, dix ans dorés comme un surfeur hawaïen, et au cours desquels Bruce a sorti cinq albums studio rigoureusement indispensables. The River, sorti en 1980, double album (toujours en CD, chaque disque durant plus de 40 minutes), fait incontestablement partie du haut du panier de cette période. Si je pense que Darkness Of The Edge Of Town (1978), sorte  de version écrémée de Born To Run (un grand album, mais tout de même surproduit) est le meilleur de Bruce, toute sa carrière confondue, The River, selon moi, vient juste derrière, avec Nebraska (1982) au même niveau que lui.

BS2

Comme je viens de le dire, ce disque est double. Il est sorti sous une belle pochette photographique noir & blanc montrant, dans une chemise de type bûcheron, et en gros plan, un Bruce Springsteen à l'expression des plus neutres. Difficile de se dire à quoi il pensait quand la photo a été prise : à l'ordre dans lequel il faudra mettre les chansons sur l'album, au futur contrôle technique de sa voiture, à son enfance, au dernier film qu'il a vu en salles, à l'endroit où il aurait rangé sa collection de timbres du Venezuela, à sa femme, je ne sais pas. Mais il y pense, en tout cas. Pas très engageant, le Brucie, sur la pochette (au verso, un rayonnage de drugstore avec images représentant des mariés et l'aigle américain), on a l'impression d'un album introspectif, intimiste, ce que sera l'acoustique Nebraska deux ans plus tard. The River est, lui, un pur disque de rock à tendance heartland, un savant mélange de genres. Certaines chansons (il y en à 20 : 11 sur le premier disque, 9 sur le second) sont du pur rock qui secoue, d'autres sont des ballades ou complaintes tristes comme un jour sans Q, certaines font rockabilly... Avec son E-Street Band désormais bien formé (Bittan, Van Zant, Clemons, Federici, Tallent, Weinberg), Bruce livre un album majeur que l'on ne se lasse pas d'écouter, un disque pouvant rivaliser avec le Double Blanc des Beatles, Physical Graffiti de Led Zeppelin, Blonde On Blonde de Bob Dylan, Songs In The Key Of Life de Stevie Wonder, Goodbye Yellow Brick Road d'Elton John et Exile On Main St. des Rolling Stones dans la catégorie des plus grands double albums de tous les temps. Probablement le dernier chef d'oeuvre double de l'histoire (certains citeraient le Mellon Collie And The Infinite Sadness des Smashing Pumpkins ou la paire Use Your Illusion des Guns'n'Roses, mais je ne suis pas d'accord, ils sont trop long et contiennent des déchets ; ils n'en demeurent pas moins époustouflants).

BS3

Que dire ? Il faut peut-être un certain temps pour totalement accrocher à ce disque ; comme tout double album, il est long et rempli de chansons, difficile de toutes les aimer au départ, et même à l'arrivée. Je n'ai jamais été plus fan que ça de la triplette Crush On You, You Can Look (But You Better Not Touch) et I Wanna Marry You sur le disque 1, par exemple, et sur le second disque, I'm A Rocker sent un petit peu son remplissage facile en 3 minutes peu originales. Mais le reste... S'ouvrant ultra efficacement sur un The Ties That Bind d'enfer et jubilatoire, l'album aligne les perles : Independence Day sur laquelle le Boss semble régler encore une fois (voir Adam Raised A Cain sur Darkness On The Edge Of Town) des comptes avec son paternel qui ne lui a pas vraiment fait apprécier son enfance ; Hungry Heart et Two Hearts, deux tubes mineurs pop enlevés ; Point Blank, sombre comme la nuit ; Drive All Night, 8 minutes crépusculaires au cours desquelles il est impossible de ne pas s'imaginer le chanteur au volant d'une voiture, la nuit, sous une route pluvieuse, seul dans sa caisse, en pleine déprime ; Stolen Car, qui aurait pu se trouver deux ans plus tard sur Nebraska ; Fade Away, touchante (je note que le second disque semble, et est, plus sombre que le premier, plus intérieur, alors que le premier disque renferme les titres les plus accessibles et pop de l'album) ; et évidemment, achevant idéalement le premier disque, The River, morceau magnifique, intense, touchant, triste, sombre et mélancolique, qui parle des souvenirs d'enfance, d'adolescence, de vie de jeune adulte d'un Américain moyen. Le couplet sur le mariage forcé (sa petite amie Mary tombe enceinte de lui, les deux jeunes gens se marient sur ordre de leurs parents pour effacer la faute, un mariage strict et sobre) est déchirant de vérité, de réalisme. La voix du Boss, l'harmonica, la guitare sèche, la dureté des paroles (pas de lyrisme, c'est du brut, la vie d'un jeune Américain désoeuvré dans un coin paumé et rigoureux où on ne fait pas ce que l'on veut), la montée en puissance de l'émotion en font un authentique chef d'oeuvre de musique américaine, et probablement la plus belle chanson de Springsteen. Bien entendu, le sommet d'un album mis à part ça franchement remarquable, essentiel et que l'on écoute toujours avec le plus grand plaisir. 

FACE A
The Ties That Bind
Sherry Darling
Jackson Cage
Two Hearts
Independence Day
FACE B
Hungry Heart
Out In The Street
Crush On You
You Can Look (But You Better Not Touch)
I Wanna Marry You
The River
FACE C
Point Blank
Cadillac Ranch
I'm A Rocker
Fade Away
Stolen Car
FACE D
Ramrod
The Price You Pay
Drive All Night
Wreck On The Highway

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"Parklife" - Blur

B1

La fameuse guéguerre commerciale, médiatique (et, pour ce qui est des deux leaders, quasiment personnelle, à coups de vannes méchantes et de déclarations-choc) entre Oasis et Blur a eu lieu entre 1994 et 1997. Soit, pendant l'existence du mouvement britpop, dont ils étaient deux des plus illustres représentants (avec Pulp, The Verve et Suede). La pochette de ce troisième album de Blur, sorti en 1994 justement (l'année de sortie du premier Oasis), serait une des pièces du dossier : le chien noir serait un Oasis hargneux et essayant à tout prix de dépasser le plus sémillant, sympathique (et selon toute vraisemblance, vainqueur de la course) chien marron. sous lequel apparait d'ailleurs le nom du groupe, et pas sous le chien noir. En 1994, Oasis a peut-être gagné la bataille des singles, Supersonic ayant, je crois, été plus vendu que Girls & Boys de Blur, c'est cependant Blur qui a gagné la guerre des albums. Peut-être pas en terme de ventes, mais en terme de réussite. Definitely Maybe, le premier Oasis, est un très bon album (je ne me lasse absolument pas de Columbia), mais Parklife, de Blur, le dépasse à tous niveaux. Oasis devra attendre une année pour enfin parvenir à dépasser Blur, aussi bien au niveau des singles que de l'album : leur (What's The Story) Morning Glory ? de 1995 enfonce six pieds sous terre le The Great Escape (même année) de la bande à Albarn et Coxon, un album totalement raté malgré The Universal et Country House. Mais alors, il l'enfonce vraiment, et se permet même de rajouter du ciment à prise rapide entre deux pelletées, et une plaque de marbre par dessus ! 1997 verra Oasis sombrer dans la mégalomanie (mais Be Here Now est cependant excellent, bien que ne faisant vraiment pas dans la demi-mesure), tandis que Blur revient à du rock plus direct (album éponyme, avec Song 2). Ensuite, autant Oasis, jusqu'à la fin, se laissera complètement aller à faire de la merde commerciale totalement insipide (j'ai même pas envie de citer les albums) qui ne passe même plus à la radio, autant Blur, jusqu'à la fin, étonnera son monde (un 13 expérimental - Tender, Caramel -, un Think Tank très rock - et sans Graham Coxon il me semble), et se permettra même de revenir il y à quelques années, alors qu'Oasis, séparés dans la colère suite à une énième brouille des deux frangins Gallagher, n'est probablement pas près de revenir.

B2

Qui c'est qu'a gagné, connards ? Semble dire Damon Albarn. Surtout que son side-project Gorillaz (que j'aime beaucoup, mais ça n'a franchement pas toujours été le cas) a à lui seul vendu plus de disques que les derniers Oasis et projets personnels des deux frangins (High Flyin' Birds de Noel, Beady Eye de Liam). Mais le grand oeuvre de Damon Albarn (Plastic Beach de Gorillaz mis à part, probablement...) reste incontestablement le troisième opus de Blur, Parklife, sorti en 1994 donc, et qui leur a apporté la consécration apès un premier opus moyen (Leisure) et un second opus très très bon, mais ayant moyennement marché (Modern Life Is Rubbish). Parklife, lui, est indéniablement un des 5 plus grands albums de britpop qui soient avec Different Class de Pulp, (What's The Story) Morning Glory ? d'Oasis, Dog Man Star de Suede et From A To B d'Octopus (groupe n'ayant sorti qu'un seul disque, au moment de la fin du mouvement britpop en 1996, album génial mais ayant été un bide commercial, à découvrir absolument). Il faudrait aussi rajouter Urban Hymns de The Verve, leur A Northern Soul aussi, le premier Oasis, le Blur de Blur et This Is Hardcore de Pulp pour un Top 10. Mas retour à Parklife, album qui aligne 16 titres (dont deux instrumentaux courts et chelous, The Debt Collector et Lot 105) pour 52 minutes bien tassées et magnifiquement produites par le groupe, Stephen Street, Stephen Hague et John Smith. L'album s'ouvre sur le tube Girls & Boys, emblématique à donf' de Blur et de la britpop, une chanson dont on ne se lasse pas, et laisse ensuite la place à une collection de titres dont beaucoup font partie de ce que le groupe a fait de mieux : End Of A Century ; Parklife en grande partie constituée d'un spoken-word de l'acteur britannique Phil Daniels (qui avait joué le rôle principal dans l'adaptation cinéma par Franc Roddam de l'album Quadrophenia des Who, en 1979) ; To The End avec sa chanteuse française (Laetitia Sadier ; un an plus tard, le groupe réenregistrera la chanson avec Françoise Hardy) et son atmosphère très Henry Mancini ; London Loves, tubesque mais pas sorti en single malgré cela ; Trouble In The Message Centre, que j'adore ; Magic America, là aussi qui aurait pu être un hit si c'était sorti en single ; et le définitif et sublime This Is A Low

B3

Le reste de l'album (Badhead, Tracy Jacks, Jubilee) est très bien aussi, même si des morceaux aussi courts que Bank Holiday, Far Out, Lot 105 et The Debt Collector (entre 1 et 2 minutes) font quand même plus remplissage qu'autre chose. De fait, il peut sembler exagéré d'avoir pressé cet album en deux vinyles alors qu'il dure 52 minutes et que tout tiendrait sur deux faces (j'ai des albums plus longs ou aussi longs que Parklife mais qui tiennent sur un seul vinyle). Mais c'est un détail. Parklife est un régal de pop-rock, un disque comme je les aime, chaque morceau est différent des autres, on passe d'un tube à l'ambiance électro/dance à du rock pur et dur, une ballade lyrique, un petit délire instrumental, un autre morceau assez électro/expérimental, une chanson à l'ambiance lounge, de la pop façon 80's, une complainte lyrique...Le seul reproche à faire, c'est d'avoir placé Lot 105 (1,15 minute instrumentale amusante, délirante) en final, juste après This Is A Low, car bien qu'amusant, Lot 105 vient un peu foutre en l'air l'atmosphère de fin totale que This Is A Low avait apporté. Le morceau idéal pour finir un album, mais hélas, Blur rajoute ensuite un petit délire qui fait finir l'album en queue de poisson. Dommage. C'est un petit reproche, ce n'est pas grave, après tout cet ultime morceau ne dure qu'une minute, ça ne va pas gâcher tout l'album. Mais Blur aurait pu mettre cet instrumental ailleurs. Juste avant This Is A Low, par exemple. A titre de comparaison, sur leur album de 1995, Oasis a placé deux morceaux sans titres et instrumentaux, mais le dernier des deux est avant le final Champagne Supernova, pas après. Enfin, je chipote ; Parklife, tel qu'il est, est un des meilleurs albums des années 90, tous genres confondus, et il n'a absolument pas vieilli depuis le temps de sa sortie. Et ça, c'est déjà énorme ! 

FACE A

Girls & Boys

Tracy Jacks

End Of A Century

FACE B

Parklife

Bank Holiday

Badhead

The Debt Collector

Far Out

FACE C

To The End

London Loves

Trouble In The Message Centre

Clover Over Dover

FACE D

Magic America

Jubilee

This Is A Low

Lot 105

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18 juin 2018

"Species Deceases" - Midnight Oil

MO1

En 1980, Midnight Oil sort un EP du nom de Bird Noises. Un disque, forcément, très court, vu que c'est un EP, ou Extended Play. On y trouvait 4 titres (dont un instrumental façon surf music) pour 15 minutes de musique. Le résultat, coincé dans la discographie des Oils entre un Head Injuries excellent et un Place Without A Postcard un peu frustrant, mais tout de même correct, était vraiment du bon boulot. Un disque court mais parfait (No Time For Games, I'm The Cure), on ne s'ennuie pas du tout, du rock engagé et virulent tel que le groupe de Peter Garrett en usinait alors. Sous une production brute de décoffrage (bon son, mais pas de recherche) et une pochette marquante représentant un petit zoziau totalement déplumé et en train de piailler. Cet EP ne sera pas le seul dans la discographie du groupe : 5 ans plus tard, en 1985 donc, les Oils remettent le couvert. Encore une fois, quatre chansons (cette fois-ci, aucun instrumental), pour 16 minutes bien tassées, deux faces de 33-tours à larges sillons, et encore un fois, c'est totalement sans compromis. Le titre de cet EP est d'ailleurs sans équivoque : Species Deceases ('espèces qui meurent'), et sa pochette représente une salle de vestiaires, avec un kangourou que j'imagine empaillé (le regard de feu de l'animal, presque humain), un squelette d'humanoïde, un crâne humain en haut d'une armoire, un fossile de tortue suspendu au plafond, divers autres vestiges d'espèces... Le message est clair : si on ne fait rien pour notre planète, voilà ce qu'il nous arrivera.

MO2

Inutile donc de dire que Species Deceases n'est pas un recueil de chansonnettes pop insouciantes, Midnight Oil n'en a jamais fait, de toute façon. Cet EP, qui fut le premier single (car considéré comme tel) du groupe à se classer N°1 dans son pays, et le premier single/Ep à se classer N°1 en Australie quel que soit l'artiste ou groupe concerné, cet EP donc, est une totale réussite aux paroles faisant parfois froid dans le dos, et à l'interprétation au cordeau. On pourrait presque dire que cet EP ne contient que des classiques : Hercules est une tuerie, Progress (Some say that's progress/I say that's cruel) est génial, Blossom And Blood verra une de ses lignes de texte (You talks of time and peace for all, and then prepare for war) citée par un pirate informatique russe-australien via le virus WANK en 1989, Pictures est une excellente chanson... Rien à jeter ici, la production est parfaite, le groupe assure, les chansons (les textes sont proposés sur la sous-pochette) sont parmi les meilleures du groupe. Situé, dans la discographie du groupe, entre le très très bon Red Sails In The Sunset et le mémorable et tubesque Diesel And Dust (après avoir sorti cet EP et fait des concerts, le groupe partira vivre pendant un an ou presque auprès des Aborigènes du Bush, faisant des concerts pour et avec eux, et Diesel And Dust sera l'album-témoin, conceptuel et activiste pro-Aborigènes, de cette période), Species Deceases est tout simplement indispensable. 

FACE A

Progress

Hercules

FACE B

Blossom And Blood

Pictures

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"Easter" - Patti Smith Group

PS1

Ce disque est magnifique, magique, hors du temps. Il ne vieillit pas, ou alors très bien, il se bonifie. Je dis ça, parce que cet album, Easter, le troisième de Patti Smith, date de 1978, ce qui signifie qu'il fête cette année ses 40 ans d'existence (il les a fêtés le 3 mars dernier précisément). Ces 11 titres, ces 41 minutes, sonnent aussi majestueusement en 2018 qu'en 1978. C'est à mes humbles yeux et surtout oreilles le sommet de la carrière pourtant loin d'être négligeable (tout le monde n'a pas eu la chance de démarrer sa carrière avec un single tel que Hey Joe/Piss Factory et un album tel que Horses, croyez-moi) d'une des plus grandes artistes rock de tous les temps. Patti Smith, poétesse, rock-critic (ayant collaboré à Rolling Stone, Creem), auteure de chansons pour d'autres (Blue Öyster Cult notamment, dont elle aurait trouvé carrément le nom du groupe ; elle sortira un temps avec un des membres du groupe, Allen Lanier), écrivaine tout simplement (je vous recommande son livre de souvenirs Just Kids, qui parle essentiellement de sa relation avec le photographe Robert Mapplethorpe, ils ont vécu au Chelsea Hotel pendant un moment, cotoyant toute une faune d'intellectuels et de rockers, qui feront assez rapidement (et Mapplethorpe la poussera fortement dans cette direction) qu'elle déclamera ses poèmes en public, avant de, carrément, passer au rock. Son groupe de base, c'était Lenny Kaye (un autre rock-critic) à la guitare, Ivan Kral (un réfugié tchécoslovaque) à la guitare et la basse, Richard Sohl au piano et Jay Dee Daugherty à la batterie. Autoproduit, son premier single sort en 1974. Son premier album, Horses, produit par John Cale, sortira en 1975 sous une pochette signée Mapplethorpe, mythique. On en parle comme d'un des albums ayant préparé au mouvement punk. Musicalement, ce n'est pas du tout punk, mais il y à un côté do it yourself indéniable. Surtout, c'est un disque fortement intellectuel, Patti cite Rimbaud, Huey Smith, Peter Reich, elle cotoie Sam Shepard, Tom Verlaine (de Television), Allen Ginsberg... L'album est adulé à sa sortie. Un an plus tard, Radio Ethiopia, quasiment aussi bon (Pissing In A River), est, lui, démoli par la presse. Blessée sur scène à la nuque, Patti se repose. Et prépare son retour.

PS2

Ivan Kral, Bruce Brody, Lenny Kaye, Jay Dee Daugherty

Ca sera ce disque au titre sans équivoque ('Pâques', la fête religieuse de la résurrection du Christ) enregistré avec les mêmes musiciens, sauf Richard Sohl, malade et remplacé, pour cet album, par Bruce Brody. Produit par Jimmy Iovine, Easter sera un immense succès, le plus grand de la carrière de Patti il me semble, et ce, grâce à une chanson qu'elle a co-écrite avec Bruce Springsteen (qui, en live, la chantera souvent, comme elle ; prenez son quintuple album Live 1975/1985 et vous en aurez une version absolument excellente), mais qu'elle chante, sur la version studio, seule (Bruce le Boss brille par son absence sur Easter, tout comme sur les autres albums de Patti) : Because The Night. Une des meilleures et des plus connues de Patti, une chanson absolument tubesque et qui résume assez bien cet album : rock, mais très accessible. Horses était remarquable, mais des morceaux comme Birdland ou Land, longs de 9 minutes et très verbeux, il faut s'accrocher parfois. Sur Radio Ethiopia, le morceau-titre, long de 10 minutes, était assez abrasif. Easter est quasiment pop en comparaison, très formaté grand public, mais la qualité est totale. Ca démarre en fanfare avec un morceau héroïque, Till Victory, sur lequel Patti chante comme si elle était en train de mener un bataillon vers un combat qui s'annonce victorieux. Sa voix sonne comme un hérault de la volonté humaine. Space Monkey (sur lequel Sohl fait sa seule apparition sur l'album) est un morceau plus sombre, se terminant sur des cris de singes (imités par un des membres du groupe, vraisemblablement). Because The Night suit, puis le sublime et lent Ghost Dance, morceau assez folk et proche de la native american music. Un petit passage de poème déclamé live, Babelogue (Patti y est comme en transe, elle semble à la fois terrifiée d'être sur scène, bafouillant un peu, et totalement habitée par son propre texte) est suivi d'un Rock'n'Roll Nigger féroce (Outside of society, that's where I wanna be) où elle laisse, sur le second couplet, le chant à Lenny Kaye, son fidèle partenaire musical. 

PS4

La face B s'ouvre sur Privilege (Set Me Free), morceau hypnotique aux paroles librement adaptées du Psaume 23 de la Bible, (l'album possède d'ailleurs, jusqu'à son titre comme je l'ai dit plus haut, pas mal de références à la religion) et également inspiré du film Privilège de Peter Watkins (1967). Une sublime chanson, mais la suivante est encore plus belle : We Three. Chanson sur un triangle amoureux (une femme amoureuse de deux frères, ne voulant pas choisir), elle est peut-être, ou peut-être pas, inspirée par la vie de Patti, mais même si ça serait totalement inventé, elle chante cette chanson avec une force de conviction et une émotion telle que le doute est permis. Splendeur absolue, douce et amère, c'est pour moi le sommet du disque, et c'est dommage qu'elle ne soit pas plus connue. Puis arrive un doublé de chansons (aucune pause entre les deux, c'est comme si on avait découpé une seule chanson en deux plages audio, en fait, plutôt que deux chansons) : 25th Floor et High On Rebellion, sa conclusion totalement anarchique. Le morceau, ou doublé de morceaux c'est comme vous voulez, est le passage le plus rock (avec Rock'n'Roll Nigger) de l'album, Patti et son groupe y sont totalement déchaînés. Ce n'est pas très subtil musicalement parlant, mis ça fait du bien par où ça passe, et la dernière partie est totalement destroy, Patti braille plus qu'autre chose. En tout, 6 minutes hallucinantes. 6 minutes, c'est aussi la durée de Easter, le dernier titre, une splendeur hypnotique qui vous fout dans une transe lumineuse, le final est à tomber par terre, impossible de ne pas avoir envie de réécouter tout le disque après. C'est la conclusion parfaite, un peu mystique, langoureuse, étrange, d'un album parfait, le meilleur de Patti, malgré l'extraordinaire Horses. Majeur et culte, totalement essentiel. 

FACE A
Till Victory
Space Monkey
Because The Night
Ghost Dance
Babelogue
Rock'n'roll Nigger
FACE B
Privilege (Set Me Free)
We Three
25th Floor
High On Rebellion
Easter

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