Rock Fever

17 janvier 2018

"Love You" - The Beach Boys

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Ce disque mérite amplement son titre : c'est en effet la déclaration d'amour d'un groupe non seulement à ses fans ne les ayant pas laissés sur le bas-côté (car à l'époque de la sortie de cet album, c'était pas gagné), mais aussi et surtout à un de ses membres, Brian Wilson, frangin de deux autres membres (Carl et Dennis) et cousin des autres (Mike Love, Al Jardine, quoi que, concernant Jardine, je ne suis pas sûr qu'il y ait en fait un lien familial). Hé oui, je parle des Beach Boys. Cet album s'appelle Love You, ou The Beach Boys Love You, et est sorti en 1977, année de la sortie, aussi, du premier et unique album solo de Dennis Wilson, Pacific Ocean Blue, auquel certaines chansons peuvent évidemment faire penser (celles chantées par Dennis, mais pas seulement, car les arrangements, la production, sont parfois similaires). En 1977, les Garçons de la Plage ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes. Les années 70 furent aussi durailles que la bataille du même nom (et si vous avez pas pigé, c'est pas grave), malgré l'excellence de Sunflower (1970), Surf's Up (1971, un chef d'oeuvre) et Holland (1973, autre chef d'oeuvre). Le groupe en est quand même réduit, la plupart du temps, à délivrer l'ancienne marchandise (la fameuse pop surf en chansons de 2,15 minutes) des débuts quand ils font des concerts, le public n'ayant pas forcément envie d'entendre Sail On, Sailor ou Till I Die, malgré l'ébouriffante réussite de ces deux chansons.

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En 1976, le groupe publie 15 Big Ones, dans lequel ils revisitent, sans gloire mais sans honte non plus, le passé. Mais 1977 sera l'année du chef d'oeuvre ultime du groupe, ce Love You à la pochette chamarrée, produit par un Brian Wilson à moitié en déliquescence (il pétait totalement les plombs, les premiers signes ayant eu lieu une dizaine d'années plus tôt avec les sessions chaotiques et avortées de Smile) mais ayant réussi, grâce à l'amour de ses compères et proches, à se surpasser avec ce disque qu'il estime être son préféré de tous ceux qu'il a usinés. Déjà sous la coupe du Dr Eugene Landy, un psychiatre qui a certes, pour le coup, réussi à le faire enregistrer ce disque mais deviendra rapidement, et durablement, un contrôleur total de la vie et de la carrière de Wilson, Brian Wilson, il suffit de regarder la photo présente sur la sous-pochette (je n'ai pas réussi à en trouver une image sur le Net, désolé) pour s'en rendre compte, était vraiment pas en bon état. Cette photo de Brian barbu, en train de sourire comme un taré avec le regard un peu perdu, fait mal. En revanche, le texte, signé Carl, Dennis, Al et Mike (bref, les quatre autres), fait du bien, ils expliquent à quel point ils aiment leur frère/cousin/ami et à quel point ils le remercient pour ces nouvelles chansons (il y en à 14, pour environ 34 minutes) et pour s'être à ce point impliqué dans l'enregistrement de l'album. Un album qui a du étonner, et pas en bien, la maison de disques ayant, en 1972, signé les Biche Bois et leur propre label Brother Records : Reprise Records.

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En effet, Love You est assez futuriste, électro dans l'âme et pour son époque, beaucoup de synthétiseurs et de programmations des plus étonnantes, aussi bien pour l'époque que pour le groupe en question. Les paroles (absentes de la pochette) sont parfois des plus simplistes, comme sur le très court (57 secondes) Ding Dang ou Johnny Carson (ode à l'animateur TV du même nom), mais musicalement, c'est vraiment original. Encensé par une partie de la presse rock de l'époque (Patti Smith, déjà chanteuse mais rock-critic à la base, et qui continuait de temps en temps à publier des textes apparemment, louera les mérites de l'album), Love You sera cependant un bide commercial absolu, et ce n'est que bien des années plus tard que l'on commencera à parler de chef d'oeuvre - ce qu'il est incontestablement - à son sujet. Des chansons comme Love Is A Woman, Let Us Go On This Way, The Night Was So Young, Solar System, Roller Skating Child, Mona (chantée par Dennis), Airplane, Johnny Carson sont pourtant immenses, il y à réellement très très peu de choses négatives à dire au sujet de ce disque osé, ambitieux, courageux et essentiellement chanté par celui qui, en plus, joue d'à peu près tout, ici, Brian Wilson. Sa voix a cependant un peu perdu de sa splendeur, ses abus divers (drogue, alcool) sont évidemment à mettre en cause, mais son talent pour la pop, lui, est...intact ! Love You, album étonnant, à la fois du Beach Boys pur jus de fruits pressé à la main et tentative d'innovation musicale (suivie d'un Adult/Child qui, lui, restera au stade du projet, inachevé et jamais sorti, sauf en version bootleg) avec ses claviers omniprésents (mais on entend quand même des instruments 'classiques' ici), est clairement le dernier chef d'oeuvre du groupe, leur dernier grand, grand album. Et bien entendu, un de leurs grands meilleurs avec Pet Sounds, Surf's Up et Holland. Quant à la suite de la discographie du groupe, sincèrement, mieux vaut la passer à la trappe. Ces L.A. (Light Album), Summer Paradise, The Beach Boys ou That's Why God Made The Radio, entre autres, sont de vraies raclures, et Love You les renvoie bien loin aux oubliettes ! 

FACE A

Let Us Go On This Way

Roller Skating Child

Mona

Johnny Carson

Good Time

Honkin' Down The Highway

Ding Dang

FACE B

Solar System

The Night Was So Young

I'll Bet He's Nice

Let's Put Our Hearts Together

I Wanna Pick You Up

Airplane

Love Is A Woman


16 janvier 2018

"A Collection Of Great Dance Songs" - Pink Floyd

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Ce disque a été un de mes premiers Pink Floyd, avec The Dark Side Of The Moon (acheté en CD par mon père, fan du groupe et de l'album, dans les années 90) et Wish You Were Here (acheté par mes soins, peu après, sur conseil paternel ; disons plutôt qu'on me l'a acheté, en fait, j'avais, quoi, 11 ou 12 ans). Peu de temps après, la pochette et le nom du groupe m'attirant, j'achète (pour le coup, je crois l'avoir acheté avec mon propre argent) ce disque, sans savoir que j'allais me faire copieusement avoir. J'aurais du regarder au dos du CD, la (courte : 6 morceaux) liste des titres : deux d'entre eux viennent de Wish You Were Here et un autre, de The Dark Side Of The Moon. Merde, troisième album du Floyd en ma possession (auxquels il fallait rajouter Wish You Were Here, More et Ummagumma en vinyles appartenant à mon père, mais que je ne pouvais pas écouter, on n'avait plus de platine à l'époque), et déjà des doublons ! Cet album, sorti en 1981 sans un vrai accord du groupe (du moins, il me semble), est en effet une compilation, et s'appelle A Collection Of Great Dance Songs. Elle a été mise en place par EMI afin de surfer sur le gigantesque succès que le groupe ne cessait de connaître depuis quelques années, succès encore plus amplifié par The Wall en 1979, double album conceptuel imposant, pas immense mais totalement culte, ayant donné lieu à des concerts-spectacles pharaoniques et qui sera adapté, en 1982, en film par Alan Parker. The Wall, qui a marqué la fin du groupe (Richard Wright sera viré à la fin de la tournée, et les relations entre Waters et Gilmour cesseront pour de bon d'être cordiales), est représenté ici via la version single (c'est à dire, avec intro guitaristique) de Another Brick In The Wall, Pt 2, en final. Pour finir de parler de quel morceau est sur l'album, on a aussi One Of These Days (de Meddle, 1971) et Sheep (d'Animals, 1977).

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Sous sa pochette il est vrai très belle et floydienne représentant un couple de danseurs reliés au sol par des fils, dans un champ au crépuscule, A Collection Of Great Dance Songs est (comme le sera l'autre compilation officieuse sortie par EMI, en 1983, Works), une aberration. Mais là où Works aura quand même l'avantage de proposer Embryo (morceau de 1970 absent de tout album studio ou live du groupe, jamais sorti en single, joué innombrablement en live à l'époque 1970/1971, et qui ne se trouvera sur une compilation officielle qu'en 2016 avec Cr/eation : The Early Years 1966/1972), cette autre compilation, plus ancienne de deux ans, est vraiment la totale aberration. Le sous-entendu du titre est de proposer des chansons du Floyd sur lesquelles, à l'instar du couple de la pochette, on puisse danser. Sincèrement, vous avez déjà dansé sur Sheep, One Of These Days ou Shine On, You Crazy Diamond (ici une sorte de remontage proposant un mashed-up des deux parties, sur environ 11 minutes) ? Vous avez déjà roulé un patin en dansant un slow sur Wish You Were Here, chanson certes lente, mais quand même pas cataloguée slow ? Vous avez déjà dit, en écoutant Sheep (qui dure 11 minutes), putain, ce groove, ce rythme, faut que je danse, c'est trop disco, ce truc ! et foncé comme un malade sur le dancefloor  (feignant de ne pas entendre votre pote décrocher le téléphone et appeler une ambulance psychiatrique pour vous) ? Non, en grande partie parce que dans les boums et les night-clubs, Sheep ne devait très certainement jamais être programmé. Trop long, trop complexe, trop floydien, pas dansable. A la rigueur, Money (remixé pour l'occasion) a du faire danser à l'époque, le morceau a été un tube et est clairement du genre à faire danser. Et à la rigueur, l'aspect tubesque de Another Brick In The Wall, Pt. 2 aussi peut faire la farce, c'est du disco floydien. Mais tout de même, vous vous imagineriez danser et transpirer sur We don't need no education, we don't need no thought control ? Tant mieux, parce que moi, non.

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Quel est l'intérêt de cette compilation qui, hérésie, a cependant été rééditée en vinyle récemment malgré son statut à moitié officieux et tout le bien (c'est à dire le mal) qu'en pense le groupe et ses fans ? Nul. Intérêt totalement nul, sauf pour le fan complétiste qui aura ainsi un disque de plus dans sa collection. Mais un disque batard et qu'il n'écoutera qu'une fois avant de le laisser gentiment prendre sur la lui toute la poussière qui ne touchera jamais ses exemplaires de Wish You Were Here, Animals et The Dark Side Of The Moon, si souvent écoutés qu'ils en sont récurremment dépoussiérés. Cette quarantaine de minutes déjà trouvable (dans des version parfois plus longues, et donc meilleures) sur les albums studio du groupe est donc un gâchis de vinyle, de CD, de temps et d'argent. Reste la pochette, assez iconique, il est vrai. 

FACE A

One Of These Days

Money

Sheep

FACE B

Shine On, You Crazy Diamond

Wish You Were Here

Another Brick In The Wall, Pt 2

"On The Corner" - Miles Davis

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On a un peu peine à le croire, devant l'aspect résolument culte et séminal du projet, mais cet album de Miles Davis, à sa sortie en 1972, a été : a) un bide commercial retentissant, et b) un échec critique, s'étant fait allumer comme un pétard du 14 juillet par à peu près tout le monde (presse spécialisée, fans de la première heure). Ce n'est que bien des années plus tard qu'On The Corner a acquis sa réputation désormais définitive, celle de classique absolu de la fusion jazz-rock, et de chef d'oeuvre (enfin, un des chefs d'oeuvre, avec Kind Of Blue, In A Silent Way et Bitches Brew) de Miles Davis. Un disque sorti sous une pochette clinquante et cartoonesque de Corky McCoy (un dessinateur spécialisé dans le comic-strip) où l'on voit, sur fond jaune (recto) et rose (verso, avec un gros 'OFF' inscrit en aussi gros que le 'ON' du recto), une galerie de personnages stéréotypés, tous de couleur : un mec bien fringué en costard, un peu paumé, un autre fringué à la cool, façon pimp, une gonzesse court vêtue, des jeunes cons divers...et un mec à l'allure pas tibulaire mais presque (merci Coluche), au premier plan, avec un sticker 'free me' ('lbiérez-moi') sur les cheveux. Un des personnages porte, lui, un sweater ou pull avec la mention 'vote for Miles', titre d'un des morceaux de l'album. Corky McCoy récidivera à trois reprises pour les albums de Miles Davis : le double live In Concert en 1973 (plusieurs des personnages sur la pochette s'y retrouveront, du moins, des cousins proches), le double Big Fun (là aussi, on retrouvera, quasiment les mêmes, deux ou trois des personnages de la pochette d'On The Corner) en 1974, et Water Babies en 1976. A l'intérieur de la pochette, d'un côté, une photo noir & blanc d'un Miles à l'air pas commode, l'air de dire si ça te plaît pas, va te faire foutre, et de l'autre, des dessins de McCoy, des personnages faisant des allusions à d'autres albums de Miles, tels que Kind Of Blue et Live-Evil.

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Intérieur de pochette, avec les allusions, dans les textes, à d'autres albums de Miles

Aucune mention de qui joue quoi n'étant sur la pochette (Miles n'a pas voulu préciser les crédits, pour garder, probablement, un côté étrange à la musique, difficile de dire qui joue quoi quand on n'a même pas la liste des instruments, qui pour certains sont assez exotiques), je me dévoue et le fait ici (je précise que pour la réédition CD, il y à la liste des musiciens, tout de même) : Miles à la trompette (évidemment), Bennie Maupin à la clarinette basse, Chick Corea au synthétiseur, Herbie Hancock et Lonnie Liston Smith à l'orgue, John McLaughlin à la guitare électrique (ainsi que David Creamer, Reggie Lucas, ), Jack DeJohnette, Al Foster et Jabali Billy Hart à la batterie, Don Alias, James 'Mtume' Foreman aux percussions, Collin Walcott au sitar, Dave Liebman au saxophone ténor, Carlos Garnett au saxophone ténor et alto, Michael Henderson à la basse électrique Paul Buckmaster au violoncelle, Khalil Balakrishna au sitar électrique, Harold Ivory Williams aux claviers, et Badal Roy au tablâ (instrument de percussions indien). L'album a été produit par le fidèle Teo Macero, et enregistré en quelques jours (mais entre juin et juillet) en 1972. Sa longueur est assez épuisante au premier abord : bien que ne comprenant que 4 morceaux (ou 8 ; mais je vais y revenir), On The Corner dure la petite bagatelle de 54 minutes. C'est rien du tout, voyez. Il y à soit 4, soit 8 titres, car le premier titre est scindé en quatre parties qui, créditées séparément sur le vinyle, sont toutefois, souvent, regroupées sur une seule plage audio de 20 minutes. Et les deux derniers titres, pareil, ils sont crédités séparément sur le vinyle (avec précision de leurs durées), mais sont regroupés, en CD, souvent, sur une seule plage audio de 23 minutes. Ah oui, et il y à aussi un titre de 5 minutes en final de la face A, et un de 6 minutes en ouverture de la B. 

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Verso de pochette

Le plus fort dans tout ça est que l'album ne contient que peu de mélodies. Un fan de jazz à l'ancienne chiera probablement sur l'album, estimant que ce ne sont que des grooves (ceci dit, des grooves haletants et donnant envie de danser, difficile d'écouter ce disque le cul calé dans un fauteuil, sans bouger pendant une heure). Les trois premières minutes de l'album (qui représentent la première partie du long morceau-titre, et cette première partie porte d'ailleurs le nom de l'album) est irrésistible. Etrange, limite cacophonique quand on l'écoute pour la première fois, mais irrésistible. En fait, tout le long morceau-titre est ahurissant, et assez différent du reste de l'album qui, de Black Satin à la première (et longue) partie de Helen Butte/Mr. Freedom X, ne propose, grosso modo, que le même rythme riche en basse et percussions. One And One, le premier morceau de la face B, démarre là où Black Satin se finissait, et Helen Butte/Mr. Freedom X poursuit One And One quasiment sans pause. Au premier abord, on a l'impression de tourner en rond (les tablâs et sitar sur Mr. Freedom X viennent aérer un peu l'atmosphère 7 minutes avant la fin, mais le fameux rythme monolithique reprend quand même rapidement ses droits), l'impression d'un foutage de gueule aussi, et il est facile de comprendre, finalement, pourquoi On The Corner a été aussi mal accueilli (Lester Bangs, grand fan de Jazz et de Miles - mais aussi des Ramones ! - en parlait, à l'époque, comme de son pire album) par la presse, et pourquoi les fans de la première heure ont autant déchanté. En revanche, l'album a reçu les honneurs d'une nouvelle légion de fans, plus jeunes, avides de grooves, de funk, de rock aussi, et est devenu un classique pour eux, avant de devenir un classique tout court. Sur scène (voir In Concert, que j'ai abordé récemment), Miles prendra un malin plaisir à ramoner aux foules ce nouveau concept de jazz, fusionnel avec le rock et les musiques indiennes. Les sessions de On The Corner ressurgiront sur Get Up With It, notamment (1974), on se rend compte que Miles aurait très bien pu placer, sur son album, à l'époque, des morceaux aussi dévastateurs que Rated X ou Mtume. Ce qui aurait rendu l'album tout autre, encore plus monstrueux, pour les oreilles de l'époque qui, malgré Bitches Brew et Jack Johnson, ne s'étaient pas préparées au choc de On The Corner. Un monument ? Clairement, oui. Pas à mettre dans toutes les oreilles : si votre truc, c'est la pop sans danger, fuyez. Si vous n'aimez que le jazz classique à la Miles Davis des années 50/60, ou bien à la Thelonious Monk, Charles Mingus ou Coltrane, fuyez, ou en tout cas, réfléchissez, car ce truc pourrait bien vous faire sauter les oreilles. Mais si vous aimez la grande musique avec des cojones bien placées, alors On The Corner est pour vous. A noter, un coffret sorti en 2007 (désormais hors de prix, car difficile à trouver, et c'est un gros coffret) proposant l'intégralité des sessions plus l'album original, coffret de 6 CDs, est un complément indispensable, malgré les doublons si vous possédez déjà l'album ainsi que Get Up With It et Big Fun, qui comprenaient tous deux des chutes de studio des sessions. 

FACE A

On The Corner/New York Girl/Thinkin' One Thing And Doin' Another/Vote For Miles

Black Satin

FACE B

One And One

Helen Butte/Mr Freedom X

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15 janvier 2018

"Queen" - Queen

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Qu'est-ce que ça fait longtemps qu'on n'a pas parlé de Queen ici ! La dernière fois, c'était quand j'avais (enfin) décidé de rajouter ma petite couche à la chronique dévastatrice de drôlerie (un long poème en prose dont la première lettre de chaque vers formait, au final, un avis définitif sur le disque) que Leslie Barsonsec avait fait de Flash Gordon Soundtrack. Autrement dit, Queen et le blog ne s'étaient pas vraiment séparés sous les meilleurs auspices. Dire que j'ai découvert le rock avec ce groupe, en plus ! Donc, logiquement, la Reine devrait être tenue en assez haute estime par ma petite personne, non ? Hé bien, oui, c'est le cas, même si je dois avouer que mis à part A Night At The Opera (chef d'oeuvre du groupe), je n'écoute plus Queen du tout depuis des lustres. Déjà, en 2015, année où j'ai rajouté ma chronique (comment ça, quelle chronique ? Si vous ne vous souvenez plus de ce que je raconte ici, allez consulter un neurologue, ou relisez le tout début de ce paragraphe !), je n'écoutais plus des masses ce groupe. Et si j'ai eu envie de réaborder ce groupe mythique ici, ce n'est pas parce que je me suis remis à les écouter, car ce n'est pas le cas. Mais j'ai tellement écouté leurs albums, tous leurs albums, même les moins bons (et il y en à quelques uns !), que je les connais tous par coeur, donc je n'ai pas besoin de lees réécouter. Un jour, qui sait, s'en ressentira le besoin, mais pas encore. Ce qui n'empêche pas que, tagada tsoin tsoin, voici ma nouvelle chronique (l'ancienne datait de 2010...) concernant leur premier album, Queen. Sous sa pochette rose conçue en partie par Freddie Mercury, ce disque est sorti en 1973 et, à sa sortie, marchera correctement, mais rien de renversant. Il faudra que le groupe attende son deuxième album (Queen II, en 1974) pour vraiment commencer à connaître le succès, via une chanson du nom de Seven Seas Of Rhye, chanson dont une version instrumentale courte est déjà présente ici, sur le premier opus.

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Verso de pochette vinyle

Queen s'est fondé en 1971 sur les ruines de Smile, un groupe de rock fondé à la fin des années 60 par Tim Staffell (chant, basse), Brian May (guitare) et Roger Taylor (batterie). Un certain Farrokh Bulsara, qui se fait surnommer Freddie, ami et camarade de chambrée de Staffell quand ils étaient au Ealing Art College, les suit de près, et fait partie, durant cette même époque, de quelques groupes, dans lesquels il chante : Sour Milk Sea, notamment. Mercury, car c'est évidemment lui, a très envie d'intégrer Smile, dont Staffell vient de partir pour rejoindre un autre groupe qui ne marquera pas les esprits (Humpy Bong), et il parvient à convaincre May et Taylor à continuer. Il leur propose même un nouveau nom, simple, irrévérencieux, à double sens : Queen (double sens, car si ça veut dire 'reine', c'est aussi de l'argot pour 'homosexuel', ce que Mercury était assurément). Un certain John Deacon, bassiste, arrive et intègre le groupe, dont Mercury devient le chanteur et claviériste. Le bassiste est crédité Deacon John (dès le deuxième album, il permutera pour son nom dans le bon sens) et Roger Taylor est crédité Roger Meddows-Taylor (ça sera encore le cas pour Queen II, puis il virera la première moitié de son nom). Les sessions d'enregistrement du futur premier album démarrent en décembre 1971 et se poursuivront durant quasiment toute l'année suivante (le disque sortira en juillet 1973), entre les studios Trident et De Lane Lea, tous deux à Londres, sous la houlette de John Anthony et, déjà, de Roy Thomas Baker (je dis 'déjà' car il récidivera avec Queen). L'album sera plutôt bien accueilli par la presse, il faut dire que le style musical du groupe (du rock à la fois glam et heavy, décadent et précieux à la fois, à la Mott The Hoople, et avec quelques petits côtés progressifs parfois) était pile poil dans l'air du temps. Mais niveau ventes, ce ne fut pas aussi immense que d'autres albums sortis en cette même grande année, ces The Dark Side Of The Moon, Houses Of The Holy, Goodbye Yellow Brick Road, Aladdin Sane, Band On The Run, Living In The Material World et autres Goats Head Soup. Oui, la concurrence était comme l'hiver sibérien : rude.

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Oui, je sais...

En 39 petites minutes (et 10 titres), Queen est-il un bon album, un album moyen, ou une merde ? Sincèrement, quand j'ai découvert ce disque il y à longtemps (j'ai découvert Queen à l'âge de 12 ans, soit vers 1994, et si ce premier opus du groupe n'a pas été un des premiers que j'ai écoutés, j'ai du à peu près tous les écouter en l'espace d'une année, donc c'était au pire vers 1995), je ne l'ai pas vraiment aimé. Je ne m'attendais pas à l'adorer, en même temps, mais il m'a tout de même déçu au départ. Je n'avais déjà pas aimé des masses Sheer Heart Attack  (sorti en fin d'année 1974, c'est le troisième opus du groupe, et un de leurs meilleurs, mais il m'a fallu du temps pour m'en rendre compte !), et je ne connaissais pas encore Queen II. Si j'avais connu ce dernier, j'aurais sans doute encore moins bien aimé le premier opus du groupe, malgré qu'il renferme d'excellents moments. Sincèrement, j'ai toujours aimé le délicat et enlevé My Fairy King, Son And Daughter (très heavy) et leur premier 'tube', sorti en single, Keep Yourself Alive. Et j'ai toujours ultra-méga-terra-détesté Jesus, chanson sur devinez qui (ah, en même temps, c'est pas dur), très énervante et répétitive, pompeuse aussi, ainsi que le plus doucereux, calme, sobre The Night Comes Down. Et je sais que ça peut paraître étrange, mais Modern Times Rock'n'Roll, chanson de même pas 2 minutes interprétée à toute berzingue par Roger Taylor (le batteur, et sa voix à la Rod Stewart) m'a toujours énormément plu, alors que, oui, je sais, ce n'est vraiment pas du grand art. Le reste ? Doing All Right (composée par May et Staffell à l'époque de Smile), Great King Rat sont deux excellentes chansons (d'une manière générale, la face A de l'album est géniale), Liar est très très bonne avec son passage gospel central, mais tout de même un peu longue (6,30 minutes), Seven Seas Of Rhye (1,10 minute) est un instrumental, et une sorte d'ébauche, de prélude à la fameuse chanson du même nom que le groupe publiera sur le deuxième album (et qui cartonnera), à la même place, soit en final. De quoi causer quelques questions sur quel album contient la chanson définitive, quand on ne s'y connaît pas du tout, qu'on n'a jamais entendu ni Queen ni Queen II, mais heureusement, le minutage, qui laisse peu de place au doute (ici, ça dure 1 minute !), est indiqué au dos du CD, du moins, dans l'édition, des années 90, que je possède. Ce premier album du groupe possède déjà pas mal du son glam/heavy que Queen peaufinera jusqu'à 1976 (après, ils vireront le côté glam, deviendront plus rock pur et dur, avant de passer à du rock pop dans les années 80), et quelques chansons vraiment remarquables. Comme je l'ai dit, sa première face, en intégralité, est bluffante. Si tout n'est pas parfait non plus (la face B offre de la médiocrité au milieu de la réussite : Jesus et The Night Comes Down, plus l'instrumental final, ne valent pas grand chose), le bilan est globalement satisfaisant. Mais il est clair que ce coup d'essai n'est pas un des meilleurs albums du groupe, et rien que Queen II sera cent fois meilleur. Bref, pas un disque idéal pour découvrir le groupe, mais si vous aimez Queen et que vous ne le connaissez pas encore, laissez-vous tenter.

FACE A

Keep Yourself Alive

Doing All Right

Great King Rat

My Fairy King

FACE B

Liar

The Night Comes Down

Modern Times Rock'n'Roll

Son And Daughter

Jesus

Seven Seas Of Rhye

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14 janvier 2018

"Brothers In Arms" - Dire Straits

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 Aaah, Dire Straits, l'archétype (enfin, un des archétypes) du son pop-rock 80's. La machine à tubes qui passent encore à la radio, ces Sultans Of Swing (une semaine sans qu'elle ne passe sur RTL2 est une mauvaise semaine, du moins ça semble le credo de la station), Romeo And Juliet, Lady Writer (qui ne fut pas un si gros succès que ça à sa sortie en 1979), Walk Of Life, Money For Nothing... Deux de ces tubes sont sur l'album que je réaborde aujourd'hui, un album sorti en 1985 et qui a l'insigne honneur d'être sorti à peu près en même temps que le CD (je parle de la sortie mondiale du CD, car sinon, ce format existait déjà, au Japon, vers 1983 ou 84, et 52nd Street de Billy Joel y fut le premier album à avoir été commercialisé en CD, quelques années après sa première sortie). Il a aussi un autre honneur : celui d'avoir été, pendant 7 ans, le dernier album studio du groupe (Dire Straits s'arrêtera en effet après la tournée mondiale achevée en 1986, et ne reviendra qu'en 1992, le temps de l'album On Every Street et d'une tournée mondiale immortalisée par le live On The Night, puis absolutely curtains, comme on dirait chez les Pink Floyd, et si vous n'avez pas pigé celle-là, c'est que vous n'êtes pas un fan des Pink Floyd, mais passons). Je veux bien entendu parler de Brothers In Arms, 55 minutes (47 en vinyle, des morceaux ont été raccourcis) qui, en 1985, ravagèrent les ondes FM et les charts mondiaux, meilleure vente d'albums en Angleterre et un peu partout dans le monde civilisé (pour la Corée du Nord, je n'ai pas les chiffres, mais je peux les imaginer), USA inclus, malgré que c'était Reagan à l'époque. Cet album à la pochette magnifique (une guitare National hissée dans un ciel nuageux, le tout dans un cadre sur fond bleu clair) est incontestablement un des meilleurs opus du groupe, à ranger aux côtés de Communiqué (1979) et Love Over Gold (1982). C'est aussi un des meilleurs albums de pop-rock des années 80, et je ne dis pas ça en l'air, c'est vraiment un des albums les plus parfaits de cette décennie capable du meilleur comme du pire (et je n'ai pas le coeur à citer quelques uns des pires albums des années 80). C'est, enfin, un des albums les plus tristes, presque dépressifs, qui soient, ce qui est parfaitement mis en exergue dans le texte inclus dans le livret de la réédition CD de l'album.

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L'album contient neuf titres, et parmi eux, cinq sont assez lents, mélancoliques ou tristes ; et parmi les neuf titres de l'album, trois font allusion à la guerre. Le groupe est alors constitué de Mark Knopfler (chant, guitare), John Illsley (basse, choeurs), Alan Clark et Guy Fletcher (claviers), et des batteurs Omar Hakim et Terry Williams. Plus le guitariste Jack Sonni. Précisons cependant que Hakim et Sonni ne sont pas membres du groupe, mais membres d'appoint. Précisons aussi que des musiciens de studio invités participent à l'album, comme le bassiste Tony Levin, les frangins Michael et Randy Brecker (respectivement axophone et trompette) et le saxophoniste Malcolm Duncan. Retour aux chansons de l'album. Comme je l'ai dit plus haut, deux des plus gros tubes de Dire Straits sont ici, Money For Nothing (sur lequel Sting se fait entendre en seconde voix) et Walk Of Life. Deux tubes qui passent encore à la radio et qui sont certes excellents (enfin, Walk Of Life est tout de même le morceau le moins bon de l'album, il est limite énervant à la longue avec ses claviers entêtants et ses whoo-hoo répétitifs), mais vraiment pas représentatifs de Brothers In Arms. Trop joyeux par rapport au reste de l'album (One Wold excepté), trop tubesques. Money For Nothing, long de 8,25 minutes en CD et de 7 minutes sur le vinyle (et considérablement  raccourci en single et passages radio, évidemment) est une jubilatoire chanson qui démonte allègrement MTV (citée, carrément, dans le texte) et qui se passe dans un magasin d'électroménager, il n'y à que Dire Straits pour faire ça. L'intro, planante, suivie de ce riff monumental qui parsème le reste du morceau, est absolument grandiose. 

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Mais le coeur de Brothers In Arms réside dans le reste de son tracklisting. L'album, produit à la perfection (de même que The Dark Side Of The Moon de Pink Floyd, cet album a longtemps servi de disque-test pour les vendeurs en hi-fi, pour montrer la technicité des lecteurs CD, à l'époque où ils déboulaient sur le marché), prend son temps pour installer une atmosphère de mélancolie, de spleen. So Far Away, qui ouvre le feu, est une merveille contant la tristesse d'un homme esseulé, attendant près du téléphone que celle qui l'a quitté rappelle pour dire qu'elle revient, mais il n'ose y croire vraiment. Why Worry (plus de 8 minutes en CD, et seulement 5,30 minutes en vinyle) est une douceur aux claviers magnifiques et à la guitare bluesy et imparable, sur un homme consolant sa petite amie (du moins, il me semble). Your Latest Trick, avec ses cuivres sublimes, est une merveille jazzy au parfum de fin de nuit. Ride Across The River, le premier morceau de la seconde face (une seconde face sur laquelle aucun titre, sur le vinyle, n'a été raboté par rapport au CD, contrairement à la face A sur laquelle seul Walk Of Life dure aussi longtemps, quel que soit le support), parle d'une unité de soldats évoluant en territoire ennemi, dans un pays inconnu, au cours d'une guerre (ou guerilla) inconnue, fictive ou réelle. Ambiance un peu latino, avec flûte à l'appui, ce morceau de 7 minutes ouvrira certains des concerts de la tournée, si pas tous d'ailleurs, et y durait, souvent, 10 minutes absolument sublimes. The Man's Too Strong parle d'un homme accusé d'être un criminel de guerre, et se défendant comme il peut. Les refrains sont, guitaristiquement, tapageurs. One World est une récréation pop-rock assez incongrue, un des morceaux les moins bons de l'album, mais c'est du Dire Straits, ça reste du bon boulot. Enfin, Brothers In Arms, 7 minutes incroyables, est une splendeur absolue sur la guerre et ses atrocités, via un soldat mortellement blessé, en train de succomber, dans un pays étranger où il est venu pour se battre pour des raisons qui lui échappent. La chanson, écrite en 1982 alors que l'Angleterre et l'Argentine s'écharpaient pendant cette conne de guerre des Malouines, est une diatribe virulente mais douce-amère contre la guerre, son solo de guitare final, encore plus sublimé en live, est un modèle du genre. Une conclusion d'album parfaite, aussi bien par rapport au climat général de Brothers In Arms qu'en tant que final d'album en général, rares sont les albums à se terminer sur une chanson aussi mémorable que celle-là. Et en ces temps reculés de MTV, de new-wave (cependant, en 1985, ça commençait à battre de l'aile) et de hair-metal, un album comme celui-ci est un vrai miracle, pas isolé (So de Peter Gabriel, Hounds Of Love de Kate Bush, les deux premiers Sting solo, sont du même acabit), mais quand même relativement rare. Brothers In Arms a considérablement bien supporté le test du temps, comme les autres albums que je viens de citer à l'instant. Ultra recommandé !

FACE A

So Far Away

Money For Nothing

Walk Of Life

Your Latest Trick

Why Worry

FACE B

Ride Across The River

The Man's Too Strong

One World

Brothers In Arms

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13 janvier 2018

"Long, Long Chemin"/"Manset 1972" - Gérard Manset

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Enfin !! ENFIN, PUTAIN DE NOM DE DIEU !! Cet album existe enfin en CD ! Gââââââââââhhhhhh !!! (mode [en train de baver] off). Récemment (en fin d'année dernière, vers novembre), les albums de Gérard Manset ont enfin été réédités en CD, même si, Manset restant Manset, ils ne le furent pas tous tels qu'ils auraient du l'être : le premier opus de 1968 reste aux abonnés absent, Rien A Raconter de 1976 aussi à l'exception de quelques titres dispatchés sur deux autres albums, et d'une manière générale, Manset a, pour ses albums allant de 1976 à 1982, réédité ses anciennes éditions CD qui proposaient des melting-pots insensés de chansons des divers albums, mais jamais un album complet tel qu'il sortit en vinyle à l'époque (je suis heureux de posséder tous les Manset en vinyle, de La Mort D'Orion - son deuxième album - à Matrice inclus). Bref, cette série de rééditions, basée sur le coffret Mansetlandia (il s'agit juste des CDs du coffret vendus séparément), est un rendez-vous à moitié manqué. Sauf que ça faisait longtemps que certains de ses albums étaient difficiles à trouver en CD, même parmi ses plus récents (Jadis Et Naguère, La Vallée De La Paix). Sauf que certaines chansons ont enfin été mises en CD. Sauf que, surtout, Manset a fait sortir un disque collector limité, que j'ai acheté comme un malade au moment de sa sortie histoire de ne pas le louper (un jour, il sera épuisé, et les revendeurs le vendront cher), un disque qui, comme indiqué au dos du digipack, n'est disponible ni en téléchargement payant, ni en streaming, ni en vinyle (il n'a été réédité qu'une fois en vinyle, en 1978), juste dans ce CD à tirage limité proposant l'album entier, remastérisé en HD d'après les bandes 1/4 de pouce d'origine (tel qu'il est indiqué au dos). 

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Verso de pochette

Je veux bien entendu parler de cet album de 1972, ce troisième album de Manset, intitulé Long, Long Chemin, alias Manset 1972, alias l'album blanc. Un album majeur non seulement du chanteur (son meilleur album, très certainement), mais de la chanson francaouise, carrément. Un album qui sortira en 1972, sera réédité en 1978 (je le possède dans cette réédition dont le contenu est strictement identique à l'original), et ensuite, rien. Quand Manset, qui possède le contrôle total de son oeuvre, se décida enfin, dans les années 90, à sortir son oeuvre en CD, il choisira de mettre de côté ce disque, dont il fera, dit-on, détruire les matrices afin d'éviter la future tentation de finalement le sortir en CD. Le con. On a donc cru cet album perdu pour le compte, et les possesseurs du vinyle ont du très certainement le mettre sous cage de verre pare-balles et le faire assurer contre tous les risques de la vie... Dès l'arrivée du téléchargement, du peer to peer, du sharing, et du gravage, on a vu défiler les fichiers MP3 ou WAV de cet album, c'est d'ailleurs ainsi que je l'ai découvert, me faisant mon propre CD gravé à partir de fichiers gentiment passés via le Net, j'ai pas peur de le dire. J'ai même dû le passer à quelques reprises. Après tout, où était le mal ? Cet album n'existait PAS en CD, et n'était pas réédité en vinyle, les quelques exemplaires vendus, d'occasion, aussi bien sur le Net qu'en convention, étaient à des prix assez rébarbatifs. J'ai eu le mien a 60 €, en excellent état, mais et de un, c'est la réédition 78 et pas le pressage original de 72, et, de deux, j'ai eu du bol de tomber sur un prix aussi bas (par rapport à la rareté du truc). Bref, en passant les MP3 du disque, je ne faisait pas grand mal. Autant le dire, désormais que ce disque existe en CD, je ne le ferai plus : ceux qui veulent ce disque ont déjà du se le payer, et pour les autres, soit ils ne sont pas intéressés, soit ils s'y prendront trop tard, et tant pis pour eux.

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Le Graal mansetien : le CD de l'album

Le son est excellent, sur ce CD, j'avais peur d'un son boueux ou pleurant, mais non, l'album a été remastérisé en HD comme indiqué, et s'il ne sonne pas aussi génial qu'un album enregistré en 2017, c'est tout de même du bon boulot. Le tracklisting est complet (l'Introduction est dans la même plage audio que Long, Long Chemin), les paroles sont dans le livret, la pochette a été reproduite recto comme verso (avec Manset au recto, et Gérard au verso), avec même le cadre du tracklisting. Le contenu de cet album, assez lyrique comme ce que faisait Manset de son premier album de 1968 à cet album de 1972 justement, est à tomber à genoux nus sur des lames de rasoir rouillées et à en redemander en pleurant de joie. Rien que Jeanne, long (10 minutes) morceau final parlant de Jeanne d'Arc, suffit à faire de Long, Long Chemin un chef d'oeuvre absolu à ranger aux côtés d'Histoire De Melody Nelson et de J'Arrive (album de Brel). L'Oiseau De Paradis est une petite merveille ensoleillée, presque pop (on parle de Manset, et du Manset du début des 70's, là, donc c'est relatif), Celui Qu'il Sera Demain et Celui Qui Marche Devant (certains transferts MP3 regroupaient les deux morceaux en un seul, le CD, comme le vinyle, les sépare) sont inoubliables, de même que Donne-Moi, Ne Change Pas et le morceau-titre. Oui, je sais, je fais le fainéant, mais tout l'album, car j'ai tout cité, est parfait. Arrangements lyriques, chant habité (parfois sous-mixé par rapport à l'accompagnement, mais c'est une 'tare' présente sur l'album vinyle, pas un problème du transfert CD), paroles incroyables... Le seul reproche serait la durée de l'album, 34 minutes. Vu la qualité totale de l'album, on aurait aimé plus, c'est évident. Mais on se console : après tout, Histoire De Melody Nelson ne dure que 28 minutes, lui ! Pour finir, voici enfin en CD, pour combien de temps encore je ne sais pas mais au moins ai-je acheté le bidule à temps, l'album mythique et majeur de Manset et un des albums les plus fantasbuleux de la chanson française, ce Long, Long Chemin inoubliable et parfait. Dire que j'étais heureux en réceptionnant le colis contenant le CD est être encore loin de la vérité. Ceci dit, j'étais encore plus heureux que ça lorsque, plusieurs mois plus tôt, je réceptionnais le colis contenant le vinyle ! Que je conserve plus précieusement encore que s'il était fabriqué avec des billets de 500 € en état de valabilité. Quel disque !

FACE A

Introduction

Long, Long Chemin

Ne Change Pas

Celui Qu'il Sera Demain

Celui Qui Marche Devant

FACE B

L'Oiseau De Paradis

Donne-Moi

Jeanne

"Joe's Garage" - Frank Zappa

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Hier, j'ai réabordé Siren de Roxy Music en étant nettement moins dithyrambique, à son sujet, qu'autrefois, lors de mon ancienne chronique (qui datait d'il y à 8 ou 9 ans, tout comme l'ancienne concernant cet album, ça remonte), car entre temps, mon avis sur l'album avait un peu évolué, et pas en bien, et je ne me reconnaissais plus dans l'ancienne chronique. Pour cet album de Frank Zappa, c'est absolument pareil...mais dans le sens inverse ! L'ancienne chronique était carrément classée dans les 'ratages musicaux', et tout du long de mon ancienne chronique, moyennement longue, j'étais du genre 'cassage de Q intégral'. Car, autrefois, je n'aimais vraiment pas cet album, à l'exception de deux-trois morceaux, généralement les instrumentaux (peu nombreux ici). Mais désormais, cet album, sans aller jusqu'à dire que je le surkiffe sa race de pute en slip de nylon vert pomme, je dois dire que je l'aime vraiment beaucoup, au point de m'être payé le vinyle (réédité, triple album) récemment. Cet album, un triple mais qui n'est pas sorti tel quel à l'époque, c'est Joe's Garage, un album de Zappa, donc, qui date de 1979 et que j'estime être probablement l'ultime grand, grand opus du Moustachu à l'humour frappadingue. Comme je l'ai dit, cet album, un album conceptuel qui est en réalité, au même titre que le Tommy des Who et The Wall de Pink Floyd, un vrai opéra rock, est un triple album (et double CD), d'une longueur totale d'à peu près 115 minutes (grosso merdo, une quarantaine de minutes, ou un petit peu moins, par disque vinyle).

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Mais cet album, à sa sortie en 1979, a été publié en deux temps. Tout d'abord, il y à eu un disque simple intitulé Joe's Garage - Act I (pochette identique à celle de l'intégralité, hormis, évidemment, la précision qu'il n'y à que l'Act I dessus), sorti en septembre 1979. Puis, en novembre de la même année, un double album (pochette ci-dessus, le visuel sert désormais de verso au triple album et double CD) intitulé Joe's Garage - Acts II & III, est sorti. Pourquoi cette livraison en deux temps ? Sans doute que Zappa ne voulait pas tout sortir d'un coup en triple album car le coût (de production, mais surtout de vente en magasin) aurait été trop élevé ; sans doute aussi est-ce pour faire durer le suspense sur la conclusion de l'histoire racontée tout du long de cet opéra-rock bien délirant, rempli de personnages interprétés par les musiciens, choristes et Zappa lui-même (certains, comme Zappa, jouent plusieurs rôles). En tout cas, ce n'est pas parce que sa maison de disques refusait de tout sortir d'un coup : cet album a en effet été publié sur le propre label de Zappa, Zappa Records, qui venait d'être crée (Sheik Yerbouti, double album de 1979, fut, il me semble, le premier album publié sur son propre label, puis il y eut Joe's Garage), Zappa n'avait donc très certainement pas de freins pour le sortir en intégralité d'un coup, s'il l'avait voulu. Précisons que généralement, le triple vinyle, réédité récemment, vaut dans les 40 €, alors j'imagine le coût des pressages originaux des deux albums distincts sortis à l'époque...

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Publicité d'époque, pour le premier volume

Sorte de version musicale (dans tous les sens du terme) du Fahrenheit 451 de Bradbury et du 1984 d'Orwell, Joe's Garage se passe dans une époque futuriste (mais aux USA). L'histoire est décrite dans un long texte situé dans l'album, mais les paroles, également dans l'album, sont cependant suffisamment explicites. Dans ce futur, la musique est devenue illégale. L'album démarre par une voix robotisée (c'est Zappa qui la joue), celle du Central Scrutinizer, une sorte de Big Brother, qui nous dit d'emblée que l'album que nous allons écouter est un disque de propagande cherchant à prouver par A + B que si on veut braver les interdits et faire de la musique, il nous arrivera des bricoles, celles qui arrivent à Joe (joué par Ike Willis, un chanteur et guitariste, mais seulement chanteur ici), le héros de l'histoire. Joe possède un groupe de musique qui répète dans son garage (d'où le titre de l'album ?, me demandez-vous ? Pourquoi poser cette question ?), mais compte tenu du bruit qu'ils font, ils sont dénoncés par leurs voisins, et la police, donnant un avertissement, conseille à Joe et ses amis de se tourner vers autre chose, comme par exemple la religion. Catholic Girls (sorte de réponse à son Jewish Princess polémique de Sheik Yerbouti) : alors qu'il assiste à une assemblée dirigée par le Père Riley (Zappa, encore), il y rencontre Mary (jouée par Dale Bozzio, femme du batteur Terry Bozzio, lequel joue aussi sur l'album), une vraie nympho qui aime assister aux concerts pour se taper les musiciens (Crew Slut). Suit un concours de T-shirts mouillés (renommé, sur le CD, Fembot In A Wet T-Shirt), et une virée en bus. Joe tombe dans les bras d'une certaine Lucille qui, après lui avoir refilé une belle chaude-pisse (le très léger, subtil, aérien, zappaïen quoi, Why Does It Hurt When I Pee ?), le laisse en plan (Lucille Has Messed My Mind Up), désespéré, et tandis que le Scrutinizer nous laisse lui aussi en plan, le premier acte se finit sur une annonce : Joe va se rendre dans une curieuse secte venant d'être crée, la First Church Of Appliantology.

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Un des visuels de la pochette

L'acte 2 démarre par A Token Of My Extreme ("un échantillon de mes extrêmismes"), dans lequel Joe découvre cette Eglise d'Appliantologie, créée par un certain L. Ron Hoover (joué par Zappa). La parodie est trop évidente pour l'expliquer ici, mais je le fais quand même, on ne sait jamais : ici, Zappa se moque allègrement, et méchamment, de la Scientologie, imaginée par l'écrivain de SF L. Ron Hubbard. Hoover essaie d'explique à Joe ce qui déconne dans sa vie, et Joe, qui apprend ainsi qu'apparemment, il ne pourrait trouver le bonheur sexuel qu'avec des machines, de fil en aiguille, se rend dans un night-club étrange où il danse avec des robots (Stick It Out) et fait la rencontre de Sy Borg (joué par Ed Mann et Warren Cucurullo), un robot, mais qui se trouve être le fils de Mme Borg, sa voisine délatrice du début d'histoire (vous suivez ?) Entre Joe et Sy Borg, le contact se fait...assez bien, les branchements sont effectués, etc, etc... Les ébats, dans l'appartement de Sy Borg, sont tellement torrides que Joe en casse le robot. La police arrive, il est envoyé en prison, y participe à des partouzes homosexuelles organisées par l'aumônier de la prison (Dong Work For Yuda, Keep It Greasey, aux paroles délicieusement obscènes : garde-le graisseux, il rentrera facilement), finit par être libéré (Outside Now). Fin de l'acte 2. Au début du 3 (He Used To Cut The Grass), Joe, libre, souffre de ne plus pouvoir jouer de la musique, et se met à imaginer, dans sa tête, de fulgurants soli de guitare et bascule progressivement dans la folie, s'imaginant une star et, le temps d'une chanson (Packard Goose), s'imagine répondre vertement aux critiques. Mais une voix dans sa tête, celle de Mary, lui disant que l'information n'est pas le savoir, le savoir n'est pas la sagesse, la sagesse n'est pas la vérité, la vérité n'est pas la beauté, la beauté n'est pas l'amour, l'amour n'est pas la musique et la musique est ce qu'il y à de mieux dans la vie le déprime encore plus, et après avoir imaginé, dans sa tête, un ultime solo de guitare ébouriffant (Watermelon In Easter Hay, que Dweezil Zappa, fils de Frank, estime être le sommet guitaristique de son papounet, et que Zappa lui-même disait être le sommet de l'album ; un solo de guitare magistral et xénochrone, comme Zappa le faisait parfois), plaque définitivement tout, rentrant dans le rang, et se fait engager dans une usine de fabrication de muffins (A Little Green Rosetta, morceau final, plus une Grande Finale délirante et indépendante qu'une vraie conclusion de l'histoire). Et voilà pour ce résumé certes chabraque (pas évident, même en se basant sur internet et l'écoute de l'album, de résumer Joe's Garage) mais à peu près complet, de l'intrigue de ce concept-album.

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Autre visuel issu de la pochette interne

Musicalement ? C'est du Zappa, mais ce n'est pas du Zappa complexe et bien tarabiscoté comme on peut l'entendre sur des albums tels que Waka/Jawaka, Chunga's Revenge, 200 Motels ou Uncle Meat (fait avec les Mothers Of Invention de la première époque). Avec ses passages xénochrones (c'est à dire que Zappa, qui utilisait pas mal cette technique qu'il a quasiment inventée, mélangeait des passages musicaux déjà existants qu'il mixait dans sa musique, intercalant un solo de guitare issu d'un morceau joué live au milieu d'un nouveau morceau), ses paroles délirantes et souvent osées (Keep It Greasey, Stick It Out, Crew Slut, Catholic Girls, Dong Work For Yuda...), ses vocaux bien barrés, son histoire frappadingue, ses personnages délirants (Sy Borg, L. Ron Hoover, Father Riley...), ses soli de guitare à tomber, ses mélodies invraisemblables et très variées, sa durée parfois épuisante de presque deux heures et son imagerie complètement cintrée, Joe's Garage est un des albums les plus cultes de Zappa. Son meilleur, probablement pas, sauf de cette période précise du début des années 80. Mais je suis quand même nettement plus fan de Hot Rats, The Grand Wazoo, Uncle Meat, Waka/Jawaka, Apostrophe (') et Over-Nite Sensation. N'empêche, mea culpa, moi qui avait conchié ce disque il y à longtemps ; sans doute étais-je trop jeune (en même temps, ce fut mon premier Zappa, et c'est peut-être pas la meilleure porte d'entrée, mieux vaut prendre Apostrophe (') ou Hot Rats), sans doute l'ai-je trop souvent écouté au début et m'en suis-je lassé (j'ai mis des années avant de le réécouter), sans doute faut-il vraiment laisser à l'album le temps d'infuser. Au final, c'est clairement un excellent opus que celui-ci ! Bourratif, mais généreux !

Act I

FACE A

The Central Scrutinizer

Joe's Garage

Catholic Girls

Crew Slut

FACE B

Wet T-Shirt Nite (Fembot In A Wet T-Shirt)

Toad-O-Line (On The Bus)

Why Does It Hurt When I Pee ?

Lucille Has Messed My Mind Up/Scrutinizer Postlude

Act II

FACE C

A Token Of My Extreme

Stick It Out

Sy Borg

FACE D

Dong Work For Yuda

Keep It Greasey

Outside Now

Act III

FACE E

He Used To Cut The Grass

Packard Goose

FACE F

Watermelon In Easter Hay

A Little Green Rosetta

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12 janvier 2018

"InFinite" - Deep Purple

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On ne les attendait plus. Depuis plusieurs années, Deep Purple publie, à intervalles irréguliers, des albums dans l'ensemble bien formatés et des plus écoutables, mais là, ça faisait quatre ans, depuis le remarquable Now What ?! de 2013, et on était sans nouvelles des Anglais. Vers la fin d'année 2016, la nouvelle filtre : 2017 sera l'année de sortie du 20ème album studio du groupe. Il sort en effet le 7 avril 2017, sous une très belle pochette représentant un brise-glace ayant tracé, dans une mer de glace, le long de son parcours, le symbole de l'infini, fameux huit couché. Mais ce symbole, qui est aussi le nom de l'album (InFinite) possède, comme le titre de l'album, un double sens : on y distingue un d et un p, en minuscules, initiales du groupe. Et le F majuscule dans le titre de l'album signifie peut-être qu'on est ici en présence du dernier, de l'ultime album de Deep Purple. InFinite. Soit, en latin, si on fait un espace à l'endroit adéquat, in finite, 'en final'. L'intérieur de pochette montre le groupe gravé dans un gigantesque iceberg, allusion plus qu'évidente à la pochette très mégalo de leur In Rock de 1970, parodie du Mont Rushmore. Le groupe est ici constitué du chanteur historique du groupe, Ian Gillan, de leur batteur historique Ian Paice, de leur bassiste historique Roger Glover, et de deux membres plus récents, mais n'en étant tout de même pas du tout à leur coup d'essai deepien : Steve Morse (guitares, présent depuis 1994) et Don Airey (claviers, présent depuis 2002). Produit, comme le précédent opus, par Bob Ezrin (The Wall, Berlin, The Division Bell, Billion Dollar Babies, Dure Limite...), l'album est plutôt court, 45 minutes pour 10 titres.

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Glover, Gillan, Airey, Paice, Morse

Malgré cela, l'édition vinyle est double (et propose aussi un DVD d'une heure et demi, sur l'album, intitulé "From Here To Infinite", DVD probablement présent aussi dans l'édition CD, que je ne possède pas), mais les deux disques sont au format 45-tours. Je le précise, car ça ne l'est pas sur la pochette, rien ne dit que c'est à la vitesse 45-tours, et la première fois que j'ai mis le disque, j'ai trouvé le son un peu bizarre, lent, étiré, avant de changer la vitesse et...oh, miracle, le son est normal ! C'est cependant un petit coup de gueule que je veux pousser ici, car rien n'obligeait le groupe à sortir ce disque court en double maxi-45-tours, mis à part sans aucun doute la volonté d'avoir un son des plus parfaits. Mais comme les vinyles, maintenant, sont gravés numériquement, le son aurait été excellent en simple 33 tours. Non, c'était probablement pour le vendre plus cher, et si c'est l'unique vraie raison, c'est méprisable (pour leur ...Like Clockwork de 2013, les Queens Of The Stone Age ont fait pareil, et il y à d'autres exemples). Bon, on retourne à l'album ? Apparemment, ça serait leur dernier album, et d'ailleurs, leur tournée promotionnelle s'appelle "The Long Goodbye Tour", tout un programme. InFinite n'est pas leur meilleur album, autant le dire. Je ne le trouve pas aussi réussi que Now What ?! et il sonne même un peu forcé par moments. Morse se démerde comme un chef dans son rôle de gratteux, qu'il tient depuis 24 ans, mais Airey essaie vraiment trop de jouer comme le regretté Jon Lord dont il avait pris la place. 

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A fond dans le concept visuel grand nord, les mecs !

L'album contient de très bonnes chansons : The Surprising, Time For Bedlam, On Top Of The World et All I Got Is You assurent vraiment. Une reprise du Roadhouse Blues des Doors, en final, envoie bien le bois durant 6 minutes (le morceau le plus long, avec The Surprising qui fait la même durée, et Birds Of Prey qui dure 15 secondes de moins), mais on ne peut vraiment pas qualifier le Pourpre Profond d'originalité pour le coup, ils ne sont pas les premiers à reprendre ce classique des Doors (avant eux, Status Quo et Blue Öyster Cult, notamment, l'ont fait ; le BÖC l'a même fait live avec le guitariste des Portes, Robbie Krieger, en invité de luxe !). Et puis, placer une reprise sur un album aussi court et aussi, finalement, peu original, ça fait un peu idiot, je trouve, comme si le groupe n'avait pas réussi à aligner 10 chansons inédites (surtout que l'édition collector contient quelques bonus-tracks et parmi eux, un inédit du nom de Paradise Bar). Musicalement, c'est du hard-rock sans surprises donc, rien de honteux, aucune chanson n'est mauvaise, mais ne cherchez pas le futur classique à la Smoke On The Water ou Burn ici, il n'y en à pas. Ian Gillan chante aussi bien, la batterie de Paice est toujours aussi percutante, ainsi que la basse de Glover, la production d'Ezrin est du pur Ezrin hard-rock, ça sonne bien. On prend du plaisir à écouter l'album, mais on ne sursaute jamais d'excitation non plus. En gros, vite écouté, vite mis de côté, InFinite est du niveau de Bananas, Rapture Of The Deep ou Abandon, des albums corrects mais sans surprise. Si c'est bel et bien leur dernier opus, c'est un peu dommage, car ils n'auront, dans ce cas, pas vraiment réussi leur sortie... Mais, encore une fois, rien de honteux non plus, les fans apprécieront.

FACE A

Time For Bedlam

Hip Boots

All I Got Is You

FACE B

One Night In Vegas

Get Me Outta Here

The Surprising

FACE C

Johnny's Band

On Top Of The World

FACE D

Birds Of Prey

Roadhouse Blues

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"Siren" - Roxy Music

Roxy Music - Siren

Bon, je suis un tantinet emmerdaillé, là.. Je m'explique. Autrefois (en 2010), j'avais écrit une chronique pour le moins dithyrambique sur cet album, et au fur et à mesure que les années se sont écoulées, je dois dire que mon avis sur ledit album a pas mal évolué. Et, vous vous en doutez, pas vraiment en bien. Cet album, j'avais donc envie de le réaborder en disant vraiment, sincèrement, ce que j'en pense, et j'espère que je ne vais pas être trop méchant pour rien non plus, car, paradoxal, je ne le déteste pas pour autant, ce disque. Il s'agit du cinquième album studio de Roxy Music (ce qui est fièrement indiqué au dos de pochette : dès le deuxième album, le groupe indiquait, au dos où à l'intérieur de leurs pochettes, 'The second...', 'The third...', 'The fourth...', 'The fifth Roxy Music album'), il date de 1975, et il s'appelle Siren. Sa pochette est aussi glamour que celle des précédents opus (une constante chez le groupe : des pochettes classe, glamour, sexy, qui frappent le regard) et montre Jerry Hall, future ex-Mme Jagger et à l'époque petite amie de Bryan Ferry (chanteur du groupe), à moitié dénudée, en sirène sur les rochers couverts de mousse, apparemment la photo fut prise par une température polaire et la belle se les pelait grave. Ce qui se ressent un peu à voir la photo (teintes bleues de la photo, décor froid, on sent qu'effectivement, la photo n'a pas été prise en été), mais pas en regardant Jerry Hall. Par rapport à la pochette de Country Life (1974), le précédent opus, qui montrait deux jeunes femmes quasi nues, devant des lauriers, posant en aguicheuses avec les mains hélas trop bien placées, c'est moins percutant, mais c'est plus classe (Country Life eut droit à de nombreux problèmes de censure). C'est la dernière pochette d'album studio aussi classe pour le groupe, dans un sens.

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Dos de pochette

Et le dernier opus studio du groupe pour une période de quatre ans. Après la tournée de Siren, qui s'achèvera en 1976 et sera illustrée par le live Viva ! (court mais génial), le groupe se mettra en hiatus, et ça durera jusqu'à 1979. Ils reviendront pour Manifesto, puis Flesh + Blood (deux albums moyens), puis Avalon (1982) qui sera remarquable, et ensuite, rideau, après un single à succès (une reprise du Jealous Guy de Lennon que je trouve limite meilleure que l'original, désolé pour le blasphème, d'autant plus que j'adore Lennon). A sa sortie, ce disque très formaté (43 minutes, 9 titres, pochette simple sans artifices, pas de sous-pochette particulière) sera un beau succès, boosté par le single Love Is The Drug qui ouvre le bal et est, effectivement, une putain de grande chanson. Siren a été qualifié, aussi, à sa sortie, de meilleur album du groupe, l'épitomé du son roxymusicien, une perfection de glam arty et pop. Jamais Bryan Ferry n'aurait aussi bien chanté, jamais Phil Manzanera (guitariste) n'aurait aussi bien joué, toussa, bla bla bla... J'ai longtemps été de cet avis, et je continue de penser qu'effectivement, les différents membres de Roxy Music (citons aussi Paul Thompson à la batterie, Andy Mackay au saxophone et hautbois, car il y à un hautbois dans Roxy Music, et Eddie Jobson au violon et claviers, plus le bassiste John Gustafson, pas officiellement membre du groupe) sont en état de grâce (de Monaco) ici, ils jouent effectivement super bien, et Ferry (claviériste à ses heures perdues, aussi) chante super bien. Mais, mais, mais...

Mais.

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Pub américaine (en témoigne le label, ATCO, alors qu'en Europe, le groupe était pressé chez Island) d'époque

Mais je pense quand même que Siren n'est pas aussi quintessentiel qu'on voudrait nous le faire croire. J'ai en fait l'impression d'une stase, ici, le groupe est presque au niveau du précédent opus, lequel était déjà vraiment supérieur au précédent (Stranded, 1973, premier opus sans Eno), lequel n'était pas supérieur aux précédents, lui, en revanche (mais valait quand même le coup). Siren est un putain de très bon album de glam-pop à tendance arty, mais pas un album aussi exceptionnel qu'on le pense. Le groupe n'a pas réussi, selon moi, à surpasser l'album de 1974. Sincèrement, sur les neuf chansons, trois deviennent progressivement assez usantes à force, et toutes sont sur la face B (laquelle est nettement plus longue que la A) : She Sells, Could It Happen To Me ? et Nightingale. Ces trois chansons, qui totalisent, allez, 11 minutes, ne sont pas mauvaises, mais un peu mineures, presque insipides à la longue, surtout le très nerveux (en tant qu'ouverture de seconde face, il remplit, ainsi, parfaitement son office de 'relanceur d'action') She Sells. La mélodie répétitive et cyclique de Nightingale lasse un peu. Could It Happen To Me ?, c'est pire, je ne me souviens quasiment jamais de sa mélodie avant de le réécouter, ce qui n'arrive que quand je me réécoute l'album en entier. D'ailleurs, à ce sujet, autant il m'arrive souvent d'écouter des chansons éparses issues des différents albums du groupe, autant, mis à part Love Is The Drug, je n'écoute jamais une chanson de Siren séparément de l'album entier. Jamais je ne me suis dit tiens, si je me réécoutais End Of The Line ou Both Ends Burning (malgré que cette chanson soit extraordinaire) aujourd'hui ?, et Siren n'est pas l'album du groupe que je réécoute le plus souvent, cet insigne honneur revient à Country Life. Et même le groupe semblait avoir négligé ce disque : sur Viva ! il n'y à qu'un seul titre de Siren de joué (alors que c'était le plus récent de leurs albums), Both Ends Burning. Et sur l'autre live, Heart Still Beating (tournée de 1982, mais live sorti, il me semble, en 1990), il y en à deux : Both Ends Burning et Love Is The Drug

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Regardez-moi c'que mon filet a ram'né, aujourd'hui !

Comme si les autres morceaux étaient de la merde couchée sur vinyle. Alors que non. Siren, musicalement, offre du grandiose, et du très bon, rien de mauvais. C'est juste qu'on est un peu déçu, en l'écoutant, devant la légère inertie de l'ensemble, on aurait aimé plus de folie, Country Life avait son morceau en partie chanté en allemand, il en avait un qui cacophonisait à donf' et avec jubilation (All I Want Is You), un autre qui faisait très médiéval, un autre assez country... Ici ? De la pop glamour, point barre. Difficile de se dire qu'Eno a un temps fait partie du groupe, difficile de se dire que le guitariste du groupe, Manzanera, la même année, fera son incroyable (faut que je l'aborde ici, d'ailleurs) Diamond Head sur lequel Eno et quasiment tout Roxy (Ferry excepté) joue... Love Is The Drug, avec sa basse de folie, est une tuerie totale, Both Ends Burning est grandiose mais le sera encore plus en live, Just Another High, bien qu'un peu long, est un final qui accroche l'auditeur, Sentimental Fool, bien que lui aussi assez long, est original, Whirlwind et End Of The Line sont excellentes. Le este est très très correct. Mais seulement deux chansons sont du niveau de celles des deux premiers opus ou de Country Life, le reste est du niveau de Stranded, c'est à dire un bon niveau mais qui laisse quand même un peu de place pour l'amélioration. On se console en se disant que les deux albums studio suivants (malgré un morceau-titre infernalement génial sur Manifesto et deux excellents morceaux sur Flesh + Blood : Same Old Scene et My Only Love) seront nettement inférieurs (mais alors, nettement !), mais en revanche, je pense qu'Avalon est meilleur que Siren, oui, je sais, désolé mais je le pense sincèrement. Un album que les fans ne doivent pas négliger, et les néophytes aussi, mais le meilleur ? C'est subjectif, je sais, mais...pas pour moi. Plus pour moi. 

FACE  A

Love Is The Drug

End Of The Line

Sentimental Fool

Whirlwind

FACE B

She Sells

Could It Happen To Me ?

Both Ends Burning

Nightingale

Just Another High

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11 janvier 2018

"De L'Amour" - Johnny Hallyday

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On va reparler un peu de Johnny Hallyday, non pas qu'on en n'a pas parlé récemment, au contraire, mais j'ai récemment abordé son avant-dernier opus, Rester Vivant, sorti en 2014, et je me suis dit que, tant qu'à faire, autant aborder aussi celui qui, désormais, restera ad vitan aeternam son ultime album studio (sorti de son vivant). Il date de 2015, a été enregistré relativement rapidement après Rester Vivant et s'appelle De L'Amour. Si le précédent opus avait été produit par Don Was (fameux producteur, notamment, des Rolling Stones depuis plus de 20 ans), celui-ci a été produit par celui qui avait déjà signé des chansons (et jouait) sur Rester Vivant, j'ai nommé Yodelice. L'album, sous sa sobre pochette noire, a été enregistré en 10 jours à peine entre Los Angeles, Santa Monica et Paris, et Yodelice signe la musique de 10 des 11 (en comptant un morceau caché situé en final de la dernière piste) chansons de l'album, la musique de celle restante ayant été signée Hallyday lui-même. Concernant les textes, ils sont signés Miossec, Pierre Jouishomme, Jeanne Cherhal, Vincent Delerm, Aurélie Saada et Pierre-Dominique Burgaud. Les musiciens sur cet opus sont Yodelice (guitare acoustique et électrique, slide, choeurs), Blake Mills (guitare), Charley Drayton (batterie), Laurent Vernerey (basse), Greg Zlap (harmonica), Greig Leisz (pedal steel, mandoline et dobro), Mitchell Froom (claviers) et, aux choeurs, Amy Keys et Christine Miller. L'album est court : 43 minutes en incluant le titre caché et les quelques minutes (deux environ) de silence qui le séparent du dernier morceau officiellement crédité. La dernière plage audio, en intégralité, doit faire dans les 8,30 minutes. 

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Autant Rester Vivant m'a vraiment bluffé (je ne m'attendais pas à ce qu'Hallyday refasse un jour un album de la trempe de Rock'n'Roll Attitude ou Gang, et pourtant, c'est bien ce qu'est l'album de 2014) en dépit de deux-trois chansons un peu moins bonnes que le reste, autant De L'Amour a vraiment fait retomber l'enthousiasme. Pourtant, le morceau-titre, lancé en single promotionnel de ce cinquantième opus studio enregistré dans la confidentialité la plus totale, est vraiment pas mal du tout dans son genre, une sorte de rockabilly à l'ancienne, pas révolutionnaire pour un rond mais quand même sacrément efficace. Mon Coeur Qui Bat, qui sortira en second single, est une autre petite réussite bien sympathique à défaut d'être originale, un morceau countrysant au refrain enlevé malgré des paroles un peu moyennes (Je ne t'en veux pas, je ne t'en veux plus, je t'en voudrai toujours). Album dont Johnny annoncera la sortie prochaine au cours d'un de ses concerts en octobre 2015 (l'album est sorti un mois plus tard), il est considéré par l'artiste comme un de ses plus intimes, ce qui est clairement le cas. Certaines chansons, comme Tu Es Là et L'Amour Me Fusille sont encore une fois des chansons un peu sirupeuses sur les amours de la vie de Johnny : sa femme, ses enfants, ses proches. Mais le rockeur préféré des Français se permet quand même des critiques sociales : Dans La Peau De Mike Brown, comme le 41 Shots (American Skin) de Springsteen (mais pas sur le même faits divers, juste un faits divers identique), parle de ce sordide fait divers ayant eu lieu à Ferguson, USA, un jeune Noir abattu par la police, ce qui entraînera des émeutes raciales. Voyageur Clandestin (le morceau caché, crédité uniquement dans le livret mais pas sur la pochette), parle du drame des migrants, Valise Ou Cercueil parle des migrants fuyant la Syrie en pleine guerre civile...

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Et il y à une coïncidence troublante me faisant penser au Des Visages Des Figures de Noir Désir (sorti le 11 septembre 2001, et comprenant parmi ses morceaux une chanson intitulée Le Grand Incendie, qui cite, parmi plusieurs villes, New York) : la dernière chanson créditée, Un Dimanche De Janvier, parle de la fameuse Marche pour la paix des 10 et 11 janvier, suite aux attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher. Normal que Johnny fasse une chanson là-dessus, rien à dire, surtout que la chanson est vraiment émouvante. Mais ce qui est troublant et totalement involontaire (autrement dit, comme pour le Noir Désir de 2001), c'est que De L'Amour est sorti le 13 novembre 2015, jour des sinistres attentats du Stade de France et du Bataclan (notamment). Un album avec une chanson en hommage aux victimes des précédents horribles attentats de cette horrible année 2015 sort le jour des deuxièmes attentats ayant endeuillé l'année, attentats encore plus sanglants que ceux de janvier. Coïncidence des plus troublantes qui n'a pas entaché l'album, évidemment, mais écouter la chanson Un Dimanche De Janvier, le lendemain de la sortie de l'album et, aussi, des attentats, devait faire une sale impression de déjà-vu. Pour finir, De L'Amour n'est pas un mauvais album, mais il est clairement inférieur à Rester Vivant. Tout en étant nettement meilleur que la majeure partie des albums sortis par Hallyday entre 1990 et 2013. En tant qu'ultime album, même s'il ne fut évidemment pas envisagé comme tel, c'est tout sauf honteux. 

FACE A

De L'Amour

Une Vie A L'Envers

Dans La Peau De Mike Brown

Tu Es Là

Valise Ou Cercueil

L'Amour Me Fusille

FACE B

Mon Coeur Qui Bat

Avant De Frapper

Des Raisons D'Espérer

Un Dimanche De Janvier

Voyageur Clandestin (morceau caché en fin de la dernière piste)