Rock Fever

26 avril 2018

"Neu! 2" - Neu!

N4

Leur premier album était sorti, en 1972, sous une pochette blanche avec, recto et verso, un gros nom de groupe écrit en rouge épais, en travers. Leur deuxième album sortira, lui, en 1973, sous une pochette toute blanche avec, en travers, en gris, le nom du groupe, et par-dessus, comme tagué en rose fluo, un 2 gigantesque. Et ce, recto comme verso (et le troisième album reprendra l'artwork du premier, mais en blanc sur fond noir). Je parle de qui ? De Neu!, bien entendu. Voici venu le temps donc de parler du deuxième album de Neu!, ce fameux groupe allemand (constitué de Michael Rother - guitare, basse, chant occasionnel - et Klaus Dinger - batterie, chant occasionnel, guitare occasionnelle) fondé en 1971 après leur départ de Kraftwerk. Toujours produits par Konrad 'Conny' Plank, les deux zigotos de Neu! ont sorti ce Neu! 2 en janvier 1973, un disque qui, pour 42 minutes, offre 11 titres. Dont 7 sur la seconde face, une seconde face qui, à la sortie de l'album, et pendant des années (et ça perdure, dans un sens), entraînera une profonde incompréhension quant aux motivations du groupe. Autant en parler tout de suite : cette face B n'est constituée que de versions alternatives, bidouillées (changements de vitesse, réenregistrement sur un autre support, etc) de deux morceaux, également présents dans leur version initiale, que le groupe avait juste avant sortis en single (l'un en face A et l'autre sur la face B du single) : Super et Neuschnee

N5

Minimaliste, hein ? Cette photo et la suivante ne sont pas des photos perso

Neu! 2 est souvent considéré comme un semi-album. Seule la face A, qui offre 4 titres dont les 11 minutes hallucinantes de Für Immer (un autre bel exemple de motorik, et si vous ne savez pas ce qu'est la motorik, je vous renvoie sans indemnités à ma chronique parue hier, sur Neu!, le premier album du groupe), est vraiment digne d'être qualifiée de face d'album. Avec des morceaux inédits et vraiment réussis (Lila Engel, Spitzenqualität), assez courts mis à part Für Immer. La face B n'est pas mauvaise, mais vraiment trop cheloue, cette version à la vitesse 16-tours de Super (qui, anecdote, finira dans la bande originale du Kill Bill de Tarantino !) intitulée logiquement Super 16... Neuschnee présent en tant que Neuschnee 78 car passé à la vitesse 78-tours (Super 78 est une autre version de Super, à la même vitesse)... Des morceaux courts la plupart du temps (la face B dure 20 minutes, soit presque autant que la A), deux d'entre eux ne durent pas 2 minutes, le plus long en fait seulement 4...  On est en droit de se demander pourquoi Neu! a agi de la sorte et choisi de 'flinguer' une face entière de son deuxième album. Ils ne l'ont pas fait par choix : ils étaient à court d'argent pour achever l'album et ont donc décidé, quasiment la mort dans l'âme (et sans se douter que, par la suite, l'album n'en deviendrait que plus culte), de faire ces bidouillages studio de leur single précédemment sorti (et replacé également tel quel sur l'album) afin de grapiller de l'espace sur le disque. C'était ça ou ils sortaient les 4 morceaux de la face A en un EP. 

N6

Bref, voilà pourquoi Neu! 2 n'est pas vraiment un album, mais une moitié d'album. Incontestablement le maillon faible de leurs trois albums, ce n'est pas mauvais, mais il faut l'écouter souvent, avec patience, pour l'apprécier. Si sa face A est remarquable, dans la droite lignée du premier album (le troisième album, mon préféré et probablement le meilleur, ira dans une autre direction, j'en parle demain en seconde chronique après celle que Buckley92 en avait fait ici il y à quelques années, republiée pour l'occasion), sa face B semble la plupart du temps être un total gâchis de vinyle, malgré la réussite des deux morceaux initiaux, Super et Neuschnee. Et Super 16, assez culte dans son genre. Mais face à des morceaux tels que Super 78, Cassetto ou Hallo Excentrico !, que dire d'autre que : gâchis de vinyle ? Non, je ne suis pas méchant, ni trop sévère, mais réaliste. Bien que culte, ce deuxième album de Neu! est à moitié raté, le groupe n'y est pour rien car c'est par la force des choses (contraintes budgétaires) qu'ils ont agi de la sorte avec cette seconde face, mais tout de même, c'est pour le moins inégal et frustrant. Bien qu'aimant ce deuxième opus, c'est clairement celui que j'aime le moins, et que j'écoute le moins. 

FACE A

Für Immer

Spitzenqualität

Gedenkminute (Für A + K)

Lila Engel

FACE B

Neuschnee 78

Super 16

Neuschnee

Cassetto

Super 78

Hallo Excentrico !

Super

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"Wide Awake In America" - U2

U9

Cet article sera plus court que les autres sur U2, mais en même temps, cet album aussi est bien plus court que les autres. Ce n'est, d'ailleurs, pas un album, mais un EP, ceci explique cela. Wide Awake In America ne contient que quatre titres, deux par face, pour une durée de 20 minutes (presque 21). Sorti en 1985 alors que le groupe est en tournée de The Unforgettable Fire, il n'est sorti qu'aux USA et au Japon, mais il a fini par entrer dans les charts britanniques en raison du très grand nombre d'imports arrivés dans ce pays. Il existe en CD, commercialisé dans le monde entier, assez facile à trouver, et souvent à bas prix. Heureusement, car même si le contenu musical de cet EP est remarquable, qui aurait envie de dépenser 20 € pour un CD de 20 minutes ? Un euro la minute, c'est assez cher, pas vrai ? Ce disque, en vinyle, n'est pas super difficile à trouver ici, on parle de U2, après tout, mais n'escomptez pas le trouver, sous ce format, à 5 € par tête de pipe, là, il faut faire des concessions. L'album est sorti sous une pochette photographique en noir & blanc montrant Bono, sur scène, bras levés, micro en pogne. Au dos, quatre photos individuelles des membres. Le disque est produit par Eno, Daniel Lanois et Tony Visconti (T-Rex, Bowie, Thin Lizzy).

U10

Le contenu musical de cet EP dont le titre est en partie issu des paroles de Bad est constitué de deux titres live sur la face A, et de deux inédits studio des sessions de The Unforgettable Fire sur la face B. Les titres live sont Bad et A Sort Of Homecoming, deux extraits de The Unforgettable Fire. La première, ici longue de 8 minutes, est dans une version absolument époustouflante, captée au National Exhibition Centre de Birmingham (Angleterre) le 12 novembre 1984. Bono y est dans une forme imposante, The Edge et Clayton se livrent à une sorte de duel guitare/basse assez réjouissant... Sublime. A Sort Of Homecoming, longue de 4 minutes, est elle enregistrée à la Wembley Arena de Londres, au cours d'un soundcheck (répétition scénique) auquel du public a assisté, le 14 novembre 1984. Plus sobre que la version studio, moins immédiate, elle n'en est pas moins belle au final. Une autre façon d'écouter cette sublimissime chanson. La face B, elle, contient donc deux inédits studio. On a Three Sunrises (parfois créditée The Three Sunrises), un bel exemple de big music, du rock héroïque de très bonne volée, un morceau long de presque 4 minutes. Et en final, on a surtout les 4,45 minutes intenses et inoubliables de Love Comes Tumbling, une ballade touchante, aérienne, une de mes chansons préférées du groupe. Bono y est remarquable, la mélodie est parfaite. Une façon idéale de finir ce court mais très sympathique et réussi EP. Pour collectionneurs et fans essentiellement, même si les morceaux sont si réussis qu'il serait dommage de les réserver aux seuls fans et collectionneurs. Si Love Comes Tumbling était sortie en face A de single, elle aurait très certainement cassé la baraque !

FACE A

Bad

A Sort Of Homecoming

FACE B

Three Sunrises

Love Comes Tumbling

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25 avril 2018

"Neu!" - Neu!

N1

Comment ai-je pu m'y prendre pour, jusqu'à présent, ne pas avoir abordé Neu! sur le blog (Neu! 75 était sur le blog depuis quelques années, mais c'est Buckley92 qui l'avait abordé ; je l'aborde en seconde chronique dans deux jours, la chronique de Buckley92 est donc temporairement en attente de publication, patience) ? Il était temps que je rattrape cette erreur, surtout que le groupe n'a sorti que trois albums...et que je les possède tous trois en vinyle, et que je les écoute assez souvent. Neu! est un groupe allemand, le nom vous aurait mis la puce à l'oreille sans que je ne précise d'emblée leur nationalité ('neu', en allemand, signifie 'nouveau', et se prononce 'noyeu'). Le groupe a été formé à Düsseldorf en 1971, année de l'enregistrement (en décembre) de leur premier album, éponyme, cet album-ci, qui est sorti sous une pochette des plus minimalistes : blanc virginal recto comme verso, et un gros Neu! rouge en travers, comme écrit au gros feutre. Mon exemplaire vinyle est une réédition récente en pochette ouvrante, mais je ne suis pas sûr que l'original était en pochette ouvrante, mais avec une pochette simple et une sous-pochette indiquant les crédits (photo plus bas). Le groupe est constitué de Klaus Dinger (batterie) et Michael Rother (guitare), deux des membres fondateurs de Kraftwerk (Dinger a joué sur le premier album de la Centrale Electrique), qu'ils ont quitté en 1971 justement. Le groupe est produit par celui qui a aussi produit les premières oeuvres de Kraftwerk (et a aussi bossé avec Cluster, autre groupe de krautrock de l'époque), Conny Plank.

N3

Neu! premier du nom dure quasiment 46 minutes, pour seulement 6 titres. Les trois titres de la face B sont crédités comme les trois parties d'une suite du nom de Jahresübersicht ("survol d'une année") mais sont, en vinyle comme en CD, séparés. Groupe séminal, Neu! a influencé pas mal de monde par la suite, notamment David Bowie, qui écoutait souvent, très souvent leurs trois albums et s'en inspirera fortement pour sa trilogie berlinoise de 1977/79. Le groupe a quasiment inventé un style assez particulier au sein du krautrock, la motorik musik. Et là, vous êtes en train de vous dire : kékeussé, ce genre musical ? Il vous suffit d'écouter Negativland (9,45 minutes au centre de la face B) pour le savoir, mais en gros, la motorik, c'est un rythme musical martial, répétitif, comme industriel. Un rythme hypnotique, lancinant, répétitif, à base de percussions et de basse, et censé rappeler la répétitivité de la conduite à vive allure sur une autoroute, le nom de ce rythme signifie 'activité du moteur'. Neu! n'était pas le seul groupe de krautrock a faire de la motorik (Faust et Can aussi en faisaient) mais ils l'ont bien popularisé. Sur Neu!, le morceau que j'ai cité, Negativland, est un parfait exemple. Basse inoubliable et monolithique, batterie lancinante, aucun changement ou presque, totalement instrumental, ce morceau vous fout dans une sorte de transe. Pour moi, c'est le sommet de ce premier album.

N2

Mais le reste de l'album est cependant remarquable. Par exemple, prenez le premier titre, Hallogallo, qui dure la petite et mignonne bagatelle de 10 minutes (aucun titre ne dure moins que 5 minutes), et qui est aussi un parfait exemple de motorik. Là aussi, un rythme lancinant et qui ne change quasiment pas, totalement instrumental, et qui semblera des plus cons, inutiles, vains, stupides à quiconque l'écoutera pour la première fois (il faut généralement quelques écoutes pour apprécier l'oeuvre de Neu!) ou n'appréciant pas particulièrement le rock expérimental ou le krautrock. Si vous connaissez déjà les deux premiers albums de Cluster (qui, dans le genre krautrock bien expérimental, se posent vraiment là) et que vous les aimez, aucun problème, vous adorerez Neu!, mais si vous préférez un peu plus de variété, de mélodies, bref, des chansons, vous risquerez de déchanter un peu. Tout l'album est remarquable (Weissensee, Im Glück, Lieber Honig) en plus d'être totalement culte (de sa pochette à ses morceaux), mais ce n'est vraiment pas du commercial. L'année suivante, en 1973 donc, le groupe se paiera le luxe d'un deuxième album (Neu! 2, évidemment) qui, quelque part, ira encore plus loin dans l'abstraction, mais ça, j'en reparle demain !

FACE A

Hallogallo

Sonderangebot

Weissensee

FACE B

Jahresübersicht : 

Im Glück

Negativland

Lieber Honig

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"The Unforgettable Fire" - U2

U6

Regardez-moi cette pochette. Non mais, regardez-là, enfin, bande de fainéants, vous n'avez qu'à légèrement lever les yeux pour le faire...merci. Elle est pas belle, celle-là ? Ces teintes dorées (lettrage, bordures) et mauve, cette sublime photo aux teintes sépia prise au château de Moydrum en Irlande (Eire) pour le recto, et au château de Carrigogunnel (Irlande aussi) pour le verso... De plus, la pochette vinyle était imprimée sur du carton aux apparences légèrement laquées, brillantes. Rien à dire, visuellement, The Unforgettable Fire, quatrième album studio (et cinquième tout court) de U2, est une belle oeuvre. Et musicalement ? Ah, sachez que je ne suis pas loin de dire la même chose à son sujet. Ce disque semble être, toujours, un des préférés des membres du groupe, Bono notamment, dans une interview accordée à Rock'n'Folk il y à presque 20 ans, dire que mis à part la pochette et sa position sur celle-ci, il aime toujours l'album. Dans cette même interview datant de 2000, Bono révèlera que Miles Davis avait placé cet album dans ses dix préférés. Sans doute pour les atmosphères qui se dégagent de l'ensemble (notons qu'aucune trompette n'y est audible). Après trois albums produits par Steve Lilywhite, la bande à Bono, ici, a trouvé un nouveau producteur, disons un duo de producteurs : Daniel Lanois (un Canadien) et le Britannique Brian Eno, que l'on ne présente plus. Ce dernier aurait apparemment un peu hésité avant de produire U2, n'étant pas particulièrement convaincu qu'il pourrait bosser avec eux, mais on lui conseillera de tenter l'expérience, et il ne regrettera pas. Il va devenir leur maître du son pendant une dizaine d'années, et produira aussi leurs All That You Can't Leave Behind (2000) et No Line On The Horizon de 2009. Si Eno a un peu hésité avant d'accepter de les coproduire avec Lanois, U2 aussi a un peu hésité avant de lui demander de les produire : à la base, ils envisageaient Conny Plank, un Allemand ayant bossé avec Can, Kraftwerk, Guru Guru et Cluster (notamment deux albums de Cluster faits avec Eno), bref, du krautrock et de l'ambient.

U7

 Direct, on sent que les Irlandais voulaient du changement dans leur musique. Mission accomplie, car bien que rempli de hits (il y en à trois, dont un qui passe encore très très fréquemment à la radio), The Unforgettable Fire est clairement sur un autre niveau que le précédent, War. C'est toujours de la big music (en cette même année 1984, les Waterboys, compatriotes de U2, vont sortir le chef d'oeuvre absolu de ce style héroïque de pop-rock, A Pagan Place ; si vous ne connaissez pas encore cet album, foncez, c'est immense), mais en version plus mûre, adulte. Clairement, l'influence des producteurs, bénéfique, se fait sentir, dès le premier morcau, le seul pour lequel le groupe a daigné mettre les paroles (au dos de pochette, voir photo ci-dessus), A Sort Of Homecoming. Je vais être clair, ce morceau est mon préféré de U2, mais alors vraiment, si je ne devais conserver qu'une seule chanson de U2 et virer toutes les autres, ça serait celle-là que je choisirais. Ca impliquerait de foutre au feu des joyaux tels que Love Comes Tumbling, One, All I Want Is You, Gloria, An Cat Dubh, With Or Without You, Red Hill Mining Town, Bad ou Every Breaking Wave, c'est vrai, mais A Sort Of Homecoming, dont les paroles s'inspirent de l'oeuvre d'un poète roumain, Paul Celan, est tellement belle... En fait, plus que belle : une authentique splendeur qui à elle seule pourrait servir de preuve pour une éventuelle réhabilitation de l'oeuvre de U2 dans le coeur des rockeurs. On a coutume de chier sur la tronche de ce groupe, des vendus au dieu du commerce, des guignols, etc, de la soupe pop(ulaire), mais écoutez cette chanson, et on en reparle. Giclures de guitare atmosphérique, basse subliminale, chant héroïque. Le souffle de l'épopée en 5,30 minutes, on borderland we run/I'll be there, I'll be there tonight/A high road, a high road out from here... A noter que sur la première édition CD de l'album, moyenne, le son est épouvantable sur ce premier titre (ça s'améliore sur la suite de l'album). 

U8

Cette chanson immense n'est même pas un des hits de l'album. Un gros classique, c'est clair, mais il y à eu deux singles issus de l'album, et celle chanson n'en est pas un. Il s'agit de Pride (In The Name Of Love), qui la suit directement, chanson immense (intro gigantesque) dédiée à Martin Luther King, sur laquelle, dans le final, on entend la voix de Chrissie Hynde (chanteuse des Pretenders), créditée Christine Kerr car elle était alors mariée avec Jim Kerr, chanteur des Simple Minds, et de The Unforgettable Fire, chanson atmosphérique aux paroles cryptiques, d'une beauté irréelle. Le titre de la chanson est une allusion au feu nucléaire. Les paroles semblent, elle, parler d'une conversation entre le narrateur et une entité supérieure, Dieu pour ne pas le nommer. Une chanson assez mystique, intense, sur laquelle Bono semble chanter comme s'il devait définitivement perdre sa voix une fois la chanson couchée sur bande. Inoubliable. De même que Bad, un classique absolu, chanson sur la drogue et ses séquelles. I'm wide awake, wide awake, I'm not sleeping. Voilà pour les classiques. Le reste de l'album est soit électrisant (Wire qui mérite bien son titre, Indian Summer Sky, deux morceaux tout bonnement excellents, sur lesquels The Edge semble jouer des notes littéralement électrifiantes), soit touchant et apaisant (Promenade, 4th Of July, la complainte finale MLK dédiée à Martin Luther King comme son titre l'indique). Seule ombre au tableau, Elvis Presley And America, morceau assez long (6,25 minutes), le plus long de l'album (qui dure 42 minutes) et franchement raté. Fasciné par les USA, Bono a raté le coche ici, il fera nettement mieux par la suite sur le même sujet. Cette chanson est incontestablement (d'autant plus qu'elle est trop longue) le seul défaut de la cuirasse de ce The Unforgettable Fire qui, sinon, est probablement un des meilleurs opus de U2. Il marchera très bien, d'ailleurs, même si la nouvelle orientation musicale ne fera pas toujours l'unanimité, on jugera le disque moins évident que les précédents albums. La tournée marchera bien, mais le groupe semblera en bout de course. La preuve ? Leur nouvel album (entre temps, en 1985, il y aura un EP, que j'aborde demain) ne verra le jour, dans les bacs, que trois ans plus tard. Mais quel album, aussi...

FACE A

A Sort Of Homecoming

Pride (In The Name Of Love)

Wire

The Unforgettable Fire

Promenade

FACE B

4th Of July

Bad

Indian Summer Sky

Elvis Presley And America

MLK

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24 avril 2018

"Hollywood Town Hall" - The Jayhawks

J1

 

La pochette de ce disque est une référence à un gros classique de la folk-rock. Avez-vous deviné ? Oui, bravo, en effet, le premier album de Crosby, Stills & Nash, de 1969. Sur la pochette de cet album majeur (que j'ai réabordé récemment), on voyait le trio assis, devant une maison, sur un canapé. Nul doute que les Jayhawks ont souvent écouté cet album (notamment) et que la référence leur a sauté aux yeux au moment de faire la photo de pochette de cet album. Album qui, sorti en 1992, reste encore aujourd'hui, quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse, un des piliers du rock des années 90 à maintenant. Hollwyood Town Hall, produit par George Drakoulias (le même producteur que le The Southern Harmony And Musical Companion des géniaux Black Crowes, album de hard-rock sudiste sorti la même année, et sur le même label, American Records), est le troisième opus des Jayhawks, un groupe de country-rock originaire du Minnesota (c'est là que la photo a été prise : au Town Hall de la ville d'Hollywood Township, dans le comté de Carver, dans le Minnesota). Un groupe-phare du mouvement americana. Le groupe est constitué, au moment de l'enregistrement de ce disque, de Mark Olson (guitare acoustique et électrique, harmonica, chant), Gary Louris (guitare électrique, chant), Mark Perlman (basse) et Ken Callahan (batterie). Se rajoutent trois invités de poids : le batteur Charley Drayton sur quelques titres, le pianiste et organiste Benmont Tench (Tom Petty & The Heartbreakers), et le pianiste Nicky Hopkins, légendaire, sur trois titres : Martin's Song, Two Angels et Take Me With You (When You Go).

J2

10 titres (la version CD européenne en rajoute un onzième, Leave No Gold) parsèment, tout du long de 42 minutes, cet album magistral. Hollywood Town Hall est un classique qui, cependant, ne me semble pas particulièrement ultra connu de nos jours ; le disque a connu une belle heure de gloire à sa sortie, et est considéré comme le magnum opus du groupe (qui, toujours en activité car leur dernier opus remonte à 2016, n'a cependant jamais réussi à récidiver pareil exploit ; je ne dis pas que leurs autres albums soient raté, loin de là, mais ce disque de 1992 est clairement leur sommet et leur meilleure vente). Sa production, qui rappellent les meilleurs moments des albums de Neil Young et Gram Parsons, n'a absolument pas vieilli, et les voix de Louris et Olson sont parfaites, douces-amères, en totale harmonie. Les chansons se suivent, et peuvent, parfois, quand on n'est pas encore familier à l'album (au cours de la première écoute, quoi), sembler similaires. La même ambiance de grosse mélancolie de l'Amérique profonde plane tout du long. Mais au fur et à mesure qu'on écoute Hollywood Town Hall, on est saisi par cette ambiance et par la diversité, en fait, des morceaux. Guitares carillonnantes à la Byrds (Two Angels, Wichita), claviers tintinnabulants (Waiting For The Sun, Settled Down Like Rain), final semi-acoustique de toute beauté (Martin's Song, inoubliable)...

J3

Tout, sur ce disque, respire son Amérique rurale profonde à la Fargo, similaire à la magnifique photo de pochette. Assez loin des productions rock de l'époque (1992 : Dirt d'Alice In Chains, le premier Rage Against The Machine éponyme, Vs de Pearl Jam, Angel Dust de Faith No More...), ce disque touchant et délicat, qui sonne vraiment authentique et aurait très bien pu être enregistré dans les années 70 et ressorti du placard 20 ans après, est un des plus atypiques best-sellers (il ne s'est cependant pas aussi immensément vendu que Pearl Jam ou RATM, cependant) de son époque. De tous ceux que je viens de citer, c'est incontestablement celui qui vieillit le mieux, en fait il ne vieillit pas, il se bonifie comme un grand cru. Aucune mauvaise chanson, aucune chanson moyenne aussi, que du lourd dans le genre country-rock électrique. Pour amateurs du genre, et pour amateurs de bonne musique tout simplement, Hollywood Town Hall est tout simplement un essentiel absolu. Je l'adore tellement que je me le suis payé en vinyle en plus du CD, même si le vinyle n'offre que les 10 titres de la version ricaine, par rapport au CD. 

FACE A

Waiting For The Sun

Crowded In The Wings

Clouds

Two Angels

Take Me With You (When You Go)

FACE B

Sister Cry

Settled Down Like Rain

Wichita

Nevada, California

Martin's Song

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"Under A Blood Red Sky" - U2

U3

Ca peut sembler totalement fou, mais c'est pourtant le cas : cet album est le seul live officiel et de longue durée (en 1985, un EP contiendra deux titres live, et deux titres studio, j'en reparle dans quelques jours) de U2. Je ne compte pas les DVD, donc. Et je sais qu'il existe un Live In Paris de la tournée 1987, mais je ne suis pas sûr qu'il soit à 100% officiel (je ne l'aborderai pas, au passage, du moins, pas tout de suite). Et s'il l'est (c'est possible, après tout), il est sorti tardivement, très tardivement ; donc pendant des années, ce live que j'aborde aujourd'hui sera le seul de U2. Il date de 1983 (fin d'année), année de War, et a été enregistré en trois lieux différents, au cours de trois concerts de 1983 : Boston le 6 mai (un titre) ; Red Rocks Amphitheatre dans le Colorado (5 juin, deux titres) et, pour le reste, soit cinq titres, à Sankt Goarshausen, en Allemagne (de l'Ouest, évidemment) le 20 août. 8 titres seulement (pour 34 très courtes minutes, du foutage de gueule, même si U2 en parlera comme d'un mini-LP) pour la version album de ce live, Under A Blood Red Sky, dont le titre est issu des paroles de New Year's Day. Il existe aussi une version vidéo, plus longue (17 titres en tout), et entièrement filmée à Red Rocks. Les 8 titres du live y sont, dans d'autres versions à l'exception de Gloria et Party Girl qui, sur l'album, viennent du concert du Colorado.

U4

La pochette, rouge comme il se doit, et les différentes photos, furent prises au cours de ce concert. Avis aux amateurs : ne prenez pas la première version CD de ce live : le son y est épouvantablement écrasé, il faut mettre le volume à fond pour entendre correctement, aucune remastérisation. Le disque a été correctement remastérisé il y à quelques années en CD. Aucun bonus-track, cependant, ce qui fait tout de même foutage de gueule. Ce live est définitivement trop court, putain, trop court. Car mis à part ça, strictement rien à dire. Under A Blood Red Sky est une petite tuerie, un des meilleurs albums live de son époque. On n'a pas le temps de s'ennuyer, et la setlist, bien qu'ici réduite à son minimum (sur la version vidéo, on a Surrender, Twilight, An Cat Dubh/Into The Heart, I Threw A Brick Through A Window, October, Seconds...il y avait de quoi faire un double live !), offre quelques unes des meilleures chansons du groupe, et parmi elles, trois sont issues de War : Sunday Bloody Sunday, New Year's Day et le final obligé "40". Gloria, qui ouvre le bal (magistrale section centrale, avec un petit solo de basse d'Adam Clayton au moment où Bono le présente), est géniale, I Will Follow et The Electric Co. sont définitivement immenses, et on a deux titres sortis en singles, mais absents des albums studio : Party Girl (sortie en face B d'un single dont la face A est elle aussi absente des albums, A Celebration en 1982), chanson réjouissante, et le plus maîtrisé 11 O'Clock Tick Tock, sorti en single (face A) en 1980. Parfaite chanson avec une guitare inoubliable.

U5

Le groupe est en forme tout du long de ces 8 titres (même remarque pour la version filmée dont l'illustration ci-dessus est la jaquette d'une des éditions DVD) et vraiment, le seul reproche à faire ici concerne la durée rikiki de l'ensemble, même si certains diront qu'il vaut mieux 34 minutes parfaites que 80 minutes inégales. Pourquoi une telle durée, je ne sais pas. Peut-être que le groupe ne pouvait pas sortir un double album car ils manquaient de morceaux en bonne qualité audio (mais comme le concert de Red Rocks a été filmé, il a aussi été enregistré d'un point de vue audio, non ?), ou alors leur management ne voulait pas, ou la maison de disques (Island) car ça coûtait plus cher qu'un live simple. Peu importe, c'est bien le seul reproche à faire à Under A Blood Red Sky : ce côté terriblement frustrant. On en veut plus ! Dans ce cas, il faut se tourner vers le DVD, visuellement daté évidemment (image granuleuse), mais musicalement aussi bon, et même meilleur car plus long, que cet album qui, quelque part, marque la fin d'une période pour U2. Dès l'année suivante, par le biais de nouveaux producteurs, le groupe trouvera une autre voie. J'en reparle demain !

FACE A

Gloria

11 O'Clock Tick Tock

 I Will Follow

Party Girl

FACE B

Sunday Bloody Sunday

The Electric Co.

New Year's Day

"40"

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23 avril 2018

"I Am The Cosmos" - Chris Bell

CB1

Récemment, j'ai réabordé les trois albums de Big Star (trois albums grandioses sortis de 1972 à 1978, mais le dernier sorti a été enregistré en 1974), et j'ai même, récemment aussi, abordé leur quatrième, In Space, fait très tardivement, en 2005. Il y à longtemps, j'avais aussi abordé ce disque, que je réaborde aujourd'hui, I Am The Cosmos. Sorti en 1992 sur le label Rykodisc, cet album est le premier, et unique, album solo de Chris Bell, membre fondateur de Big Star, qui avait quitté le groupe après la sortie du premier album #1 Record, totalement échaudé par l'insuccès commercial de l'album (dû en majeure partie, quasi exclusivement en fait, à de gros soucis de distribution de l'album, la maison de disques du groupe, Ardent, faisait partie du groupe musical Stax, et des soucis internes ont empêché que les albums distribués par Ardent/Stax se retrouvent en magasins)... Un tel souci de logistique, doublé d'une crise d'ego interne, arrivera aussi au moment de la sortie de Radio City, en 1974, le deuxième Big Star. Et quand le groupe s'attelera au troisième album, les sessions seront tellement chaotiques que le disque, Third/Sister Lovers, mettra quatre ans à sortir ! Big Star, groupe culte, mais groupe maudit, aussi : mis à part le batteur Jody Stephens, ils sont tous morts. Alex Chilton (chant, guitare, claviers) et Andy Hummel (basse) mourront tous deux (maladie) en 2010, à quelques mois d'écart.

CB2

Chris Bell, quant à lui, a été précurseur : il est mort en 1978 dans un accident de voiture. Son album solo fut, lui, enregistré (en très très grande partie en France, au Château d'Hérouville, dans le 95, et trois titres à Memphis, aux studios Ardent et Shoe) en 1974 et 1975. I Am The Cosmos, sur lequel on entend Chilton poser des choeurs sur un titre (You And Your Sister) et sur lequel joue aussi, notamment, Jim Dickinson (qui oeuvrera à sauver les meubles du troisième Big Star et produira le premier Chilton solo, le dévasté Like Flies On Sherbert), a donc été enregistré quelques 17/18 ans avant sa sortie. En 2009, l'album a été réédité, par un autre label, Rhino, en une édition double CD comprenant pas mal de bonus-tracks. Et en 2017, un autre label, Omnivore Recordings, a publié une autre édition double CD comprenant 35 morceaux. L'album en lui-même offre 12 titres, plus 3 bonus-tracks dès la première version CD, qui totalise 53 minutes (quelque chose comme 44 minutes pour l'album en lui-même). Sa pochette, sublime, montre Bell posant en Suisse, non loin de Nendaz, avec, en arrière-plan, le massif des Diablerets et la ville d'Ardon (en tout petit). Le livret offre un long texte narrant le contexte d'enregistrement de l'album et résumant rapidement la vie et l'oeuvre de Bell, texte signé de son propre frère David. Le texte s'achève sur le dramatique accident du 27 décembre 1978 ayant coûté la vie à Chris.

CB3

Musicalement, I Am The Cosmos est une splendeur de power-pop. Je ne dis pas ça parce que l'artiste ayant enregistré cet album est mort trois ans après avoir couché ces titres sur bande et n'a pas eu l'occasion de connaître le succès de son vivant (Big Star ne deviendra culte qu'à partir des années 80, en réalité, ayant influencé nombre de groupes), ce qui en fait un artiste maudit (notons que la chanson-titre de son album sera jouée live par la Grosse Etoile). Certes, un tel album, posthume et unique, est difficile à chroniquer, on a du mal à lui trouver des défauts, ou disons plutôt qu'on ne veut pas en trouver, histoire de ne pas critiquer un artiste ne pouvant plus se défendre. A chaque fois qu'un album posthume sort, c'est difficile. Celui-ci, c'est d'autant plus difficile que l'album mettra du temps à sortir et que son auteur possédait déjà un statut maudit avant. Musicalement, comme je l'ai dit, l'album est donc une splendeur, qui offre de sublimes chansons, comme I Am The Cosmos qui sera reprise par, notamment, Beck, les Posies, Big Star, les Jayhawks, This Mortal Coil (qui l'avait associée à une autre reprise de Bell, You And Your Sister), et elle sera même reprise par Scarlett Johansson et Pete Yorn, putain de nom de Dieu. Speed Of Sound, I Got Kinda Lost, Get Away, Fight At The Table sont également remarquables, la voix et la guitare de Bell sont sublimes. Parmi les différents musiciens ayant oeuvré sur ce disque, notons, outre Chilton (sur un titre) et Dickinson (piano sur Fight At The Table), Jody Stephens, Richard Rosenbrough (batterie, tous deux) et Ken Woodley (basse, orgue). Des musiciens pas forcément connus (outre Dickinson et les 2/3 de Big Star) mais hautement talentueux, au service d'un album tout bonnement essentiel. 

I Am The Cosmos

Better Save Yourself

Speed Of Sound

Get Away

You And Your Sister

Make A Scene

Look Up

I Got Kinda Lost

There Was A Light

Fight At The Table

I Don't Know

Though I Know She Lies

Bonus-tracks : 

I Am The Cosmos (slow version)

You And Your Sister (country version)

You And Your Sister (acoustic version)

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"War" - U2

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Le deuxième album est toujours difficile à faire : il fut surpasser le premier, ce qui n'est pas chose aisée, sauf si le premier opus est une merde absolue (ça arrive ; mais il faut reconnaître que, souvent, les premiers albums tiennent remarquablement la route), et en tout cas, quel que soit le niveau du premier album, il faut, avec le deuxième, à tout prix réussir à ne pas faire moins bien. Avec October en 1981, U2 a réussi, clairement, à atteindre le niveau de Boy (1980), et a même fait mieux selon moi. Mais comme je l'ai dit hier en réabordant October, il ne fait pas l'unanimité chez les fans. L'unanimité est en revanche nettement atteinte avec le troisième album du groupe, dernier de leurs albums à être produit par Steve Lilywhite (ils passeront à un niveau supérieur dès le disque studio suivant), dernier volet d'une sorte de trilogie, et comme pour bien marquer le fait que c'est une trilogie, non seulement les trois albums ont des titres en un seul mot, mais le petit garçon de la pochette de Boy refait son apparition ici, plus vieux de deux/trois ans. Ce troisième album est sorti en 1983 et, bien évidemment, il s'agit de War. Un disque qui, de sa pochette marquante à ses titres, est on ne peut plus connu, culte. Un des albums les plus évidents de U2 pour à peu près tout le monde. Un de ceux auxquels on pense en priorité quand on pense au groupe de Bono. 

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Pochette culte représentant ce petit garçon, toujours en noir & blanc, toujours torse-nu, toujours les mains derrière la nuque. Mais ça a un peu changé. Cheveux en pagaille, lèvre tuméfiée et surtout, surtout, un regard de malade, toute la rebellion, la colère (et la peur, aussi) en deux globes oculaires qui fixent intensément le possesseur de la pochette. En vinyle (je ne l'ai qu'en CD, cependant), ça a de la gueule, vous pouvez me croire. Tout comme le contenu musical (10 titres, 42 minutes, bien formaté) de cet album enregistré aux Windmill Studios de Dublin, par un groupe qui, clairement, sait qu'il joue toute sa (future) carrière ici. Comme je l'ai dit, October n'a pas fait l'unanimité, peu de hits (Gloria), U2, en 1982, au moment d'entrer en studio pour faire War, n'est pas encore immense. Une fois War dans les bacs, en 1983, il le sera. 1983 est une des années-phares de la bande à Bono. Deux des chansons vont littéralement casser la baraque et monopoliser les charts, ondes radio, TV (via les clips), sono des magasins, du mon dentier. New Year's Day, avec son clip enneigé, son piano sublime, son solo de guitare inoubliable, et le final cyclique de sa version single (la version album, plus longue, se termine différemment ; personnellement, j'ai toujours préféré la version 45-tours). Et Sunday Bloody Sunday, qui partage son titre (à la lettre près) et son sujet avec une chanson de Lennon et Yoko de 1972 (album Some Time In New York City), chanson qui parle de la violente répression policière (il y à eu des morts) d'une manifestation pacifiste à Londonderry, Irlande du Nord, en 1972. Même McCartney, en 1972, jugera utile de faire une chanson politique (une de ses rares) sur le sujet, Give Ireland Back To The Irish. U2 arrive près la bataille, évidemment, mais on se souvient de ce drame au parfum de scandale grâce à leur chanson. Ruade de batterie, chant habité, paroles fortes (Broken bottles under children's feet/Bodies strewn across a dead-end street)...

U2

Le reste de l'album ? Globalement immense. Je ne suis vraiment pas fan de Two Hearts Beat As One, mais le reste est parfait. Seconds (en partie chanté par The Edge : le début) est génial, Like A Song... et Red Light, à défaut d'être de grandes chansons (perso j'adore l'intro de la seconde citée), sont toujours agréables à écouter, Drowning Man possède une ambiance aquatique (un peu logique) et irréelle, très irlandaise aussi, The Refugee, avec ses rythmes percussifs, ouvre idéalement la face B, et les deux dernières chansons achèvent de faire de War un classique du rock des années 80. Surrender (avec son intro géniale et son Bono en grande forme) est probablement ma préférée ici, depuis ma première écoute, il y à plus de 25 ans (et l'album en a 35), de l'album ; et "40", qui tire son nom du Psaume 40 de la Bible et en cite le texte, est une conclusion douce, idéale, un peu étrange aussi, un peu mystique, et n'aurait évidemment pas dépareillé sur October. Une chanson qui, en concert, sera rapidement un passage obligé. How long to sing this song ? Voilà donc un disque sublime, culte, essentiel à tout amateur de rock et de pop/rock des années 80 à maintenant, et un des meilleurs albums (mais pas le meilleur) de U2. Le seul reproche ici est non-musical : pourquoi ne pas avoir mis les paroles de toutes les chansons dans l'intérieur de pochette ? Il manque celles de quatre chansons (je ne sais plus lesquelles). Si on n'a pas la place de tout mettre, autant ne rien mettre ! Mais c'est un détail, du chipotage. Pour moi, le seul défaut réside dans Two Hearts Beat As One, vraiment pas terrible, un peu forcée, mais pas nulle pour autant.

FACE A

Sunday Bloody Sunday

Seconds

New Year's Day

Like A Song...

Drowning Man

FACE B

The Refugee

Two Hearts Beat As One

Red Light

Surrender

"40"

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22 avril 2018

"Feedback" - Spirit

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Un groupe peut-il continuer si son leader est parti ? Les Rolling Stones pourraient-ils faire un disque sans Mick Jagger ou Keith Richards ? Led Zeppelin pourrait-il se reformer pour des concerts ou un album malgré que Robert Plant ne veuille plus en entendre parler, autrement dit, pourrait-il se reformer sans Plant ? On ne le saura probablement jamais. Pour Spirit, en revanche, on l'a su. En 1971, Randy California, chanteur principal, guitariste et principal compositeur du groupe, est parti, pour se lancer en solo. Leur Twelve Dreams Of Dr. Sardonicus, en 1970, bien qu'immense, ne sera pas un gros succès (loin de là, même), ce qui l'échaudera quelque peu. Spirit a cependant continué sans lui, en sortant, en 1972, un album du nom de Feedback. Cet album-ci. Un album qui ne sera vraiment pas un succès commercial, et restera la seule incartade sans California du groupe. California reviendra en 1974, pour ne plus quitter l'aventure, jusqu'à sa mort par noyade en 1997. Mais retour à 1972. Non seulement California n'est plus là, mais Jay Ferguson et Mark Andes non plus. Ne restent plus que le batteur (et beau-père par alliance de California !) Ed Cassidy et le claviériste John Locke. Les autres musiciens sur ce disque sont Al Staehely (basse, chant principal) et son frangin J. Christian (guitare, chant). L'album, produit par David Briggs (déjà aux commandes du précédent) et Spirit, est donc sorti en 1972 sous une pochette qui n'est pas sans rappeler, en version bleutée, les photos déformées, façon galerie des glaces de fête foraine, de la pochette de Twelve Dreams Of Dr. Sardonicus

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Verso de pochette vinyle

Court (34 minutes, 10 titres), Feedback, à sa sortie, sera un échec commercial, donc. Ce n'est cependant pas un mauvais album, loin de là, même. Certes, il est étrange d'écouter un album de Spirit sans entendre la si distincte voix et guitare (fortement influencée par Hendrix ; il a, après tout, joué avec lui en clubs, vers 1966) de Randy California. Un peu comme si on écoutait du Scorpions avec un autre chanteur que Klaus Meine. Mais passé cette petite étape (entre nous, ce n'est vraiment pas un frein, car Al Staehely chante très très bien), on se retrouve face à un disque au sujet duquel le seul reproche à faire est sa durée, qui passe vraiment trop vite. Sinon, Feedback est clairement un de mes préférés du groupe avec Twelve Dreams Of Dr. Sardonicus, Son Of Spirit et Future Games (A Magical Kahauna Dream), rien que ça. Un disque bien rock de son époque, avec quelques petites touches soul (les choeurs féminins : Darkness, notamment), des chansons qui, à défaut d'être des classiques du rock (aucun tube ici ; en même temps, Spirit, mis à part Nature's Way, n'a pas eu de tube), n'en sont pas moins des plus réussies : Right On Time, Chelsea Girls, Darkness, Ripe And Ready, Earth Shaker, Witch... Plus de la moitié de l'album au moins est remarquable. Production éclatante de Briggs (ami producteur de Neil Young), musiciens en grande forme...

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Sans doute une photo issue du livret CD ; je possède un pressage vinyle original américain, la pochette est simple, avec un simple feuillet non photographique...

Oui, Feedback est une réussite, vraiment, comme quoi, malgré l'absence de son principal compositeur (et de son leader), un groupe peut, s'il le veut, se sortir les doigts et accoucher d'un bon, voire d'un excellent album. Unique tentative dans la carrière du groupe car California reviendra deux ans plus tard (en 1973, lui et Cassidy enregistreront les bases d'un album qui ne sortira, sous l'intitulé Spirit, qu'en 1981 ; et Cassidy fit partie des musiciens ayant joué sur le premier album solo de California, sorti en 1972), Feedback est aujourd'hui vraiment peu connu, car il sera un gros bide commercial. Sans doute l'absence de California y était-elle pour quelque chose, même si le précédent album avait lui aussi été un four malgré son niveau. Peut-être pas aussi grandiose que le précédent (vraiment pas, en fait, mais il faut dire que Twelve Dreams... est parfait et inusable), Feedback n'en demeure pas moins un des meilleurs albums du groupe, un des 5 meilleurs, un disque ultra agréable à l'écoute, qu'il faut absolument (re)découvrir !

FACE A

Chelsea Girls

Cadillac Cowboys

Puesta Del Scam

Ripe And Ready

Darkness

FACE B

Earth Shaker

Mellow Morning

Right On Time

Trancas Fog-Out

Witch

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"October" - U2

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Cet album, dans la discographie de U2, possède une place particulière. Il n'est pas rare d'en lire du mal, en tout cas de lire ou d'entendre comme quoi il serait mineur, secondaire, vraiment pas un de leurs meilleurs opus. Chose amusante qui, quelque part, instaure mon statut de non-fan (disons plutôt de mec qui aime vraiment bien écouter du U2 de temps en temps, et possède tous leurs albums dont certains en deux formats, mais ne fera jamais partie de leur fan-club pour autant et ne cite jamais ce groupe parmi ses premières références musicales), j'ai toujours, mais vraiment toujours adoré cet album, leur deuxième, October. Vraiment, ce deuxième U2, sorti en 1981 sous une pochette photographique, est un de mes grands préférés du groupe. Et même de 1981, année qui, à défaut d'être un grand cru, a quand même offert Fire Of Love (Gun Club), Tattoo You (Rolling Stones), 4 (Foreigner), Discipline (King Crimson), Sons And Fascination et Sister Feelings Call (Simple Minds pour les deux), Dare (Human League), Ghost In The Machine (The Police), Killers (Iron Maiden), Bulles (Michel Polnareff)... et cet October, donc. Un disque qui reprend la formule rock à tendance big music du premier opus Boy (et est à nouveau sous la houlette de Steve Lilywhite), mais avec, ici, tout de même, une dimension toute autre. Une grande partie des chansons (il y en à 11, pour 41 minutes) de l'album sont assez mystiques, religieuses dans l'âme, suffisamment pour que l'on puisse, avec October, parler de rock chrétien.

U2

Un cas à part dans la discographie de ce groupe. Ce n'est pas pour cette raison que l'album est un de mes grands préférés, car je ne suis franchement pas orienté sur la religion, quelle qu'elle soit, mais parce que les chansons sont, dans l'ensemble, malgré une production qui a un peu vieilli (et les premières éditions CD des albums de U2 des années 80 sont épouvantables, sans remastérisation, le son est plat, écrasé), époustouflantes. On y trouve un souffle quasi épique, le chant de Bono est puissant, les guitares sont acérées... Le fait que les chansons ne soient pas des roucoulades sur la lune en juin ou le bonheur de sortir avec sa petite amie y est aussi pour beaucoup. I Threw A Brick Through A Window parle de rebellion, mais aussi de quelqu'un qui cherche un guide pour éviter de partir en couilles dans sa vie (et accessoirement de lancer des briques sur des fenêtres ?) ; le groupe, rappel totalement inutile, est irlandais, de l'Irlande indépendante (Eire), mais ne peut pas ne pas parler des tensions en Ulster, de l'IRA, du Sinn Feinn, ce genre de choses. Je ne dis pas que la chanson parle de ça, son message est plus flou, mais il est difficile de ne pas y penser ; même si on ne peut pas qualifier U2 de groupe politique, clairement, avec cette chanson, on sent un message. Ca sera évidemment encore plus fort avec Sunday Bloody Sunday, chanson qui partage son titre et son sujet avec celle de Lennon (1972) et qui parle de...mais si je m'étends là-dessus ici, qu'est-ce que je dirai quand viendra le temps, demain, de parler de War, sur lequel on trouve cette chanson ? 

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Photo prise le jour de la prise de la photo ornant la pochette

Assez imprégnées de religion et de mysticisme dans l'ensemble, les chansons d'October, vibrantes ou calmes (il y à les deux), ne sont pas des tubes, hormis la première chanson, Gloria, une petite tuerie de big music avec quelques paroles en...latin (Gloria in te domine, Gloria, exultate), clairement le message est clair, la chanson parle de Dieu, de religion. D'autres chansons possèdent des titres sans équivoque : With A Shout (Jerusalem), Rejoice, Stranger In A Strange Land... Souvent, le chant de Bono est totalement habité, comme s'il était illuminé (Rejoice, I Fall Down). Les morceaux les plus rythmés possèdent, grâce à la guitare de The Edge, une sorte de sauvagerie contenue, c'est du boucan joué par un groupe encore juvénile, pas encore assuré d'avoir une longue carrière (on ne peut pas dire qu'October soit un disque facile, surtout en tant que deuxième album, celui qui doit faire mieux que le premier, et en tout cas, surtout pas moins bien que lui) et qui semble, ici, parfois, tout balancer, au risque de paraître cacophonique (With A Shout (Jerusalem) avec ses giclées de guitare qui sonnent comme des décharges électriques, Rejoice et Is That All ? qui, elles aussi, explosent parfois). A côté de ça, on a aussi de belles ballades, des complaintes, douces, amères, tristes, mélancoliques, contemplatives. Il y en à peu, mais elles comptent totalement : Scarlet (qui semble au bord d'un nuage tant elle sonne irréelle), Tomorrow (qui, cependant, se finit en rock) et surtout, surtout, la chanson-titre, magnificence tristounette qui vous confirmera sans doute dans votre opinion comme quoi octobre est à la fois un des plus beaux mois de l'année, et un des plus déprimants, aussi. Une des plus belles chansons du répertoire entier de U2. Et quant à l'album, qui mérite amplement qu'on l'écoute plusieurs fois, c'est selon moi un pas en avant par rapport à Boy, et une très belle réussite. 

FACE A

Gloria

I Fall Down

I Threw A Brick Through A Window

Rejoice

Fire

FACE B

Tomorrow

October

With A Shout (Jerusalem)

Stranger In A Strange Land

Scarlet

Is That All ?

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