Rock Fever

02 avril 2020

"Yoko Ono/Plastic Ono Band" - Yoko Ono

YO1

Hier, j'ai refait le cas du Metal Machine Music de Lou Reed. Avouez que ça vous a bien fait vous marrer, hein ? Surtout qu'on était le 1er avril, c'était trop tentant. Mais en revanche, là, on est le 2 avril, c'est plus le jour des blagues, donc prière de prendre à la lettre cette chronique, elle aussi une refonte (l'ancienne, qui était classée dans les ratages, datait de 2010 ou 2011). Oui, je sais, il s'agit de Yoko Ono. Mais franchement, si vous pensez que Yoko, une des personnalités les plus viscéralement détestées et méprisées du rock, n'a fait que de la merde, vous pouvez vous carrer le doigt dans votre oeil, et ce jusqu'au trou du Q de votre voisin de gauche. Car entre 1973 et 1981 (avec une période, longue, de silence radio entre 1974 et 1980), Yoko a sorti trois albums exemplaires en solo (et contribué au Double Fantasy de son Lennon de mari en 1980, et sa contribution, la moitié de l'album, est loin d'être mauvaise, et même souvent remarquable), qui sont Approximately Infinite Universe (double album, 1973), Feeling The Space (1973) et Season Of Glass (1981, sorti donc après la mort de son mari, et rempli de deuil). En l'occurrence ses troisième, quatrième et cinquième albums solo. Et ses deux premiers ? Le second qu'elle a fait, en 1971, c'est le double Fly, qui est très difficile d'accès, on y trouve de très bonnes choses, mais aussi des trucs difficiles et peu écoutables (23 minutes d'insupportables miauleries sur le morceau-titre). Et le premier album, sorti en 1970 en même temps que le premier opus solo de Lennon, c'est celui-ci, Yoko Ono/Plastic Ono Band. Le titre est, hormis son nom à elle, le même que celui de Lennon. La pochette est quasiment la même, hormis la position du couple (ici, c'est Yoko dans les bras de Lennon ; sur son album à lui, c'est inversé), et au verso, on a une photo d'elle enfant, au lieu de lui enfant (notons que sa photo à elle est moins agrandie, plus nette que celle de baby John ; celle de Lennon, on ne la voit bien qu'en s'écartant un peu de la pochette). Les deux albums sont sortis en même temps, le même jour. On imagine la confusion dans les bacs de disques, il fallait retourner le disque et voir la photo de verso pour comprendre de quel disque il s'agissait !

YO2

Le premier Lennon solo était considéré à l'époque comme trop abrasif pour être vraiment apprécié (une collection de chansons sobres, intimistes, sombres souvent, peu arrangées par un Spector étonnamment sobre). Celui de Yoko ferait passer le Lennon accompagnateur pour du Keen'V sous ecstasy. Environ aussi long que lui (40 minutes), il n'offre que 6 titres (3 par face) et a été enregistré début octobre 1970, en une seule journée, à Abbey Road, durant les sessions du Lennon, avec les musiciens de l'album (Lennon à la guitare, Ringo à la batterie, Klaus Voormann à la basse). C'est le couple qui produit. Un titre, cependant, AOS, qui ouvre la face B, a été enregistré en 1968, en février, avant que Lennon et Yoko ne se mette en couple (mais ils se connaissaient déjà). Ce morceau particulier a été enregistré en répétitions scéniques au Royal Albert Hall avec, excusez du peu, le clarinettiste Ornette Coleman, le contrebassiste Charlie Haden (David Izendon, au même instrument, aussi) et le batteur Ed Blackwell, des musiciens de jazz. De jazz assez free, expérimental. L'album est, comme je l'ai dit, expérimental, difficile d'accès. Je l'avais autrefois classé dans les ratages car c'était le seul que je connaissais d'elle et, comment dire, je l'avais découvert assez jeune (bien avant de l'aborder), et je n'étais pas mûr, sans doute, pour ce genre de musique. Et puis, Yoko...et puis, c'était trop tentant de la classer dans les ratages. Si ce premier cru n'est pas son meilleur album (ce n'est pas son moins bon ; j'aime bien Fly malgré ses défauts, mais sa longueur de 90 minutes et le fait que la moitié de l'album soit constitué de trucs vraiment pas écoutables font que je le considère comme, de ceux que je connais, le moins réussi), il est tout de même intéressant.

YO3

Sous-pochette vinyle

Abrasif, difficile, très expérimental, vraiment pas commercial et accessible, mais pas merdique du tout. Sauf à la rigueur Paper Shoes, le dernier titre. Là, je suis d'accord avec vous (y compris avec toi, là-bas, au fond de la salle), c'est vraiment pas bon du tout. Mais le reste, l'avez-vous écouté ? Greenfield Morning I Pushed An Empty Baby Carriage All Over The City, avec son titre à rallonge (le morceau, quant à lui, avec son sample d'une bande d'enregistrement un peu 'voilée' de George Harrison jouant du sitar, dure 5,38 minutes), parle d'une fausse couche. Yoko en a, hélas pour elle, fait une, en 1969, son premier enfant avec John. Elle en avait fait un témoignage glaçant (5 minutes de bruit d'échographie captant le coeur du béné in utero, et 2 minutes de total silence endeuillé) sur Unfinished Music #2 : Life With The Lions. C'est encore douloureux pour elle, dans cette chanson qui parle d'une femme promenant un landau vide à travers la ville... Why (qui dure aussi longtemps) est sorti en face B de single (celui du Mother de Lennon, une des chansons-phares de son album à lui), est un peu la version Yoko de Mother, justement, un morceau qui entremêle (et c'est aussi le cas de Why Not, qui suit, et dure quasiment 10 minutes) chant hurlé à la cri primal et chant hetai (un style vocal japonais issu du théâtre kabuki), avec un accompagnement musical des plus agressifs et violents (contrairement, là, au morceau de Lennon). C'est radical. Dans l'ensemble, ce premier album solo de Yoko Ono, difficile d'accès, abrasif comme du papier de verre, violent pour les sens, n'est pas recommandé pour découvrir son oeuvre (prenez Approximately Infinite Universe), mais à condition d'aimer les expériences un peu radicales, il faut écouter ça. C'est meilleur que le suivant, Fly, parce qu'ici, ça ne dure que 40 minutes. C'est un album séminal qui inspirera des artistes tels que Courtney Love, les L7, Björk. A noter, anecdote finale, que la photo de pochette de l'album (et de celui de Lennon) a été prise, dans le jardin de la propriété du couple à Tittenhurst Park, par l'acteur Daniel Richter (qui était à l'époque assistant du couple LennOno), qui joua, dans 2001 : L'Odyssée De L'Espace de Kubrick, le rôle du Moonwatcher, c'est à dire le singe qui, dans le prologue, apprend à se servir d'un os comme d'une arme et prend la tête du groupe de singes. Je sais, vous vous en foutez sans doute, mais c'est tout de même sympa à savoir, non ?

FACE A

Why

Why Not

Greenfield Morning I Pushed An Empty Baby Carriage All Over The City

FACE B

AOS

Touch Me

Paper Shoes


"Adrenalize" - Def Leppard

DL1

On va reparler un peu (j'avais réabordé leur best-seller Hysteria ici il y à quelques semaines) de Def Leppard le temps de cet album, et après, franchement, je pense que je laisserai ce groupe tomber dans l'oubli du blog, lentement, doucement, mais fermement. Le groupe a donc connu le succès, un succès prodigieux (plusieurs millions d'exemplaires vendus à travers le monde, plus de la moitié de l'album est sorti en single, voire même tout le disque si on compte aussi les faces B), avec Hysteria, en 1987, album surproduit, gigantesque, éléphantesque même (une bonne heure de musique), qui semble avoir été enregistré au sein de la station spatiale internationale tellement il sonne futuriste et venu d'ailleurs. Produit par Robert John ''Mutt'' Lange, l'album était le premier du groupe en l'espace de 4 ans (depuis Pyromania en 1983, très très bon), et pendant ce temps, le groupe ne s'est pas rentré et sorti les doigts du derche en glapissant que ça faisait du bien, mais a patiemment attendu que leur batteur, victime d'un accident de la route ayant entraîné la perte d'un de ses bras, se remette (et qu'on lui fabrique un kit de batterie mi-électronique adapté à son handicap), sympa, les mecs. D'autres auraient pu lui dire on t'aime bien, mais tu ne peux plus jouer, on va te remplacer par quelqu'un d'autre (ou auraient pu le remplacer par...personne, juste une boîte à rythmes), ce qui aurait été dégueulasse mais c'est sûrement déjà vu, vous inquiétez pas pour ça. Le groupe a attendu, et enregistré, lentement mais sûrement, ce qui à l'arrivée est un exploit, un triomphe de la volonté, du sur-hard-FM calibré à mort, certes, un peu caricatural, certes, un peu longuet, certes (comme je l'avais dit, au moins deux chansons ne sont pas bonnes et l'album serait mieux sans elles), mais ultra jouissif, si. En tout cas, pour moi, ça l'est !

DL2

On attendra, dès lors, le successeur avec une impatience d'une force prodigieuse. Il se fera attendre pendant...5 ans. C'est en effet en 1992 que sortira Adrenalize, le disque suivant du groupe. Coproduit par le groupe et Mike Shipley, il a été précédé d'un drame : Steve Clark, guitariste principal du groupe, décède, d'une overdose de médocs et d'alcool, en 1991. Il a cependant participé à l'écriture des morceaux, et doit jouer sur certains titres (la conception et l'enregistrement se fait entre 1988 et 1992), mais en majeure, très majeure partie, l'album a été fait par le groupe réduit à quatre membres, ils n'ont pas voulu recruter un remplaçant, par respect pour leur pote. Ah, les Léopards Sourds, ils ne sont pas des salopiauds, quoi qu'on en dise. Il n'en demeure pas moins que malgré ça, Adrenalize est une sombre merde. Heureusement, le supplice de l'écoute est court : 45 minutes seulement. Une durée qui, d'ailleurs, à de quoi étonner après les 62 minutes d'Hysteria. On se serait attendu à un album au moins aussi long, surtout que le principe de ce successeur est, justement, de faire aussi bien, voire mieux, dans le même genre hard-FM en surmultipliée. Pour tout dire : pendant longtemps, au moins 7 ou 8 ans, je n'ai pas écouté ce disque (que j'avais abordé ici en 2009 à la base), je n'en ressentais vraiment pas le besoin ni l'envie, tellement j'avais été douché quand je l'avais écouté, peu de temps après Hysteria (né en 1982, je n'ai évidemment pas découvert Hysteria à sa sortie, et j'avais 10 ans quand Adrenalize est sorti ; j'ai dû découvrir ces deux albums vers 1996 environ). Un jour, je l'ai fait (l'an dernier), et quelle ne fut pas ma surprise de constater la durée de l'album ! Pour une raison idiote, je pensais, car je ne m'en souvenais plus du tout, de son contenu, que l'album dépassait l'heure de musique. L'époque le voulait (l'année d'avant, les Guns'n'Roses faisaient les deux volumes, de 76 minutes chacun, de Use Your Illusion), le style du groupe aussi... En le mettant, avant de le lancer, je vois le minutage 45 minutes, bordel à cul de castor endimanché...qui m'a volé la moitié du disque ?

DL3

Pub d'époque

Ben non, c'est la durée de l'album (certaines éditions offrent deux bonus-tracks, faisant passer le tout à 54 minutes ; l'édition japonaise, précisément), 45 minutes pour 10 titres. Vendu à 7 millions d'exemplaires à l'époque, Adrenalize (je ne m'explique pas ce colossal, mais tout de même moins que le précédent opus, succès), sera l'écrin de 7 singles, bordel à queue d'ornithorynque mauve à pois verts. La production est éreintante, les chansons se suivent, se ressemblent, Let's Get Rocked, Make Love Like A Man, Tonight, I Wanna Touch U... Autant le précédent album, malgré deux chansons (Excitable et Run Riot), était excellent et jubilatoire, autant, ici, c'est ennuyant, raté, fadasse, caricatural à mort. C'est clairement l'exemple, aussi, du groupe qui a voulu récidiver un coup d'éclat quasiment impossible à refaire, et qui se vautre aussi lamentablement que prévu (et ici on rajoute une touche de drame avec le décès d'un des membres avant la sortie de l'album). Bref, à oublier totalement ! D'ailleurs, on parlait de quoi, là ? M'en souviens plus...

Let's Get Rocked

Heaven Is

Make Love Like A Man

Tonight

White Lightning

Stand Up (Kick Love Into Motion)

Personal Property

Have You Ever Needed Someone So Bad

I Wanna Touch U

Tear It Down

"Clear" - Spirit

S7

Après un premier album éponyme vraiment remarquable et un deuxième album (The Family That Plays Together) encore meilleur, dire que les gens, à l'époque, attendaient avec impatience le troisième album de Spirit serait peut-être un petit peu exagéré (les deux albums n'ont pas été des best-sellers à la Dylan/Beatles/Stones), mais ceux qui avaient entendu ces deux premiers albums, eux, ont certainement dû se sentir un peu fébriles en tenant, enfin, dans les mains, en septembre 1969, la pochette noire de ce disque portant le nom de Clear. Ce disque a été conçu, par le groupe, dans des conditions un peu à part, ils venait de faire la musique du film Model Shop (1968) de Jacques Demy (film américain malgré la nationalité française du réalisateur), film dans lequel le groupe fait une petite apparition musicale (à noter que la bande-son du film ne sortira en album qu'en 2005, pourquoi, je ne sais pas, soucis de droits, peut-être ?) et entre les concerts que le groupe donnaient à l'époque et le boulot que la bande-son du film leur a pris, ils n'ont, selon plusieurs membres du groupe, pas eu suffisamment de temps pour faire Clear. Qui, au passage, ne se vendra vraiment pas aussi bien que les deux précédents opus, et a sans doute eu des critiques un petit peu moins dithyrambiques (Spirit était assez aimé de la presse, leur côté un peu expérimental et intello plaisait assez), sans toutefois crier au massacre et au bide commercial. On parle de Spirit, c'est donc relatif. 

S9

A l'époque, Robert Christgau, fameux rock-critic, dans le Village Voice, dira de ce disque que sa face A est la meilleure, et que la B montre à quel point, quand ils le veulent, Spirit peut sembler vide de sens. Pourtant New Dope In Town, qui achève le disque, est assurément une des meilleures chansons du groupe. Le groupe de Randy California et de son beau-père Ed Cassidy (aucun changement de personnel depuis le premier album), encore une fois produit par Lou Adler (sur son label Ode Records) mais pour la dernière fois, ils seront produits, sur Epic, par David Briggs sur l'album suivant, le chef d'oeuvre Twelve Dreams Of Dr Sardonicus, livre un album vraiment réussi. Dark Eyed Woman, Ice (un instrumental, l'album en contient trois en tout, les deux autres, très bons aussi, sont Clear et Caught), So Little Time To Fly et Policeman's Ball sont vraiment excellentes. L'album dure 42 minutes, durée plus généreuse que le précédent opus. Encore une fois, le chant et en alternance entre Jay Ferguson et Randy California (qui, sur l'album suivant, le dernier avec lui pendant 6 ans, sera le seul chanteur principal), et c'est excellent, l'un comme l'autre, même si je préfère la voix assez cool de California.

AA

Clear n'est, il est vrai, pas aussi quintessentiel que Spirit et The Family That Plays Together, et l'album suivant, que je viens de citer, est clairement le meilleur du groupe. Si on se penche sur la suite de la discographie de ce groupe remarquable mais au final assez peu connu des masses populaires, on le trouvera meilleur que Feedback (1972, unique album fait sans California, qui est parti s'essayer en solo mais reviendra en 1975) et que Son Of Spirit et Farther Along (1975 et 1976 respectivement), mais moins bien que les très farfelus mais exemplaires Spirit Of '76 (sorti en 1975 malgré son titre) et Future Games (A Magical Kahauna Dream) (1977). Bref, c'est laborieux je sais, mais ça signifie que ce troisième opus de Spirit est dans une très très bonne moyenne, un album vraiment très bon et très appréciable, très agréable, qui ne détonne pas après les deux précédents. Pourquoi ne pas vous laisser tenter ?

FACE A

Dark Eyed Woman

Apple Orchard

So Little Time To Fly

Ground Hog

Cold Wind

Policeman's Ball

FACE B

Ice

Give A Life, Take A Life

I'm Truckin'

Clear

Caught

New Dope In Town

Posté par ClashDoherty à 08:00 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

01 avril 2020

"Metal Machine Music" - Lou Reed

LouReed_MetalMachineMusic

Lou Reed, artiste hors-normes, décédé en 2013, a démarré sa carrière de la manière la moins commerciale qui soit : chanteur/guitariste au sein du Velvet Underground, petit groupe de rock psychédélique et expérimental camé crée de toute pièces par Andy Warhol, qui leur imposera un mannequin allemand à la personnalité compliquée, Nico, comme chanteuse (en français dans le texte dans les crédits du mythique premier album du groupe, celui à la banane warholienne, sorti en 1967, qui ne se vendra vraiment pas mais dont on a dit que chaque premier acheteur du disque a un jour fondé un groupe de rock, belle légende urbaine). Le Velvet n'était clairement pas un groupe à tubes (une de leurs chansons les plus connues parle d'un homme qui, fébrile, dans un bas-quartier mal famé, attend la venue de son dealer... une autre parle de la prise d'héroïne...autant de sujets que Lou Reed maîtrisait à la perfection, en parlait en connaisseur qualifié). Nico se barre ou se fait virer après le premier disque, John Cale part après le deuxième, Lou se barre après le quatrième, en 1970, et se lance en solo en 1972. Un premier album éponyme pas terrible et qui se vend aussi bien que des photos décicacées d'Hitler sur un stand au Mur des Lamentations. Transformer, le second, même année, produit par Bowie, cartonne. Lou Reed semble ne pas apprécier cette soudaine hypitude et sort Berlin, qui va le faire redescendre dans l'estime de la presse rock (mais reste son meilleur album). La suite sera une alternance entre tentatives de sonner commercial (Sally Can't Dance) et radicalité absolue (les lives Rock'n'Roll Animal et Lou Reed Live proposent des versions métallisées de ses chansons, y compris de l'époque Velvet). En 1975, à peu près en même temps que Lou Reed Live (sorti sans son accord par RCA), Lou sort ce qui restera à vie son chef d'oeuvre absolu, j'ai nommé Metal Machine Music.

LR1

Ce disque, c'est la Mecque louridienne, 64 minutes de rock trippant comme on en aura rarement entendu dans sa vie, et qui renvoie clairement les classiques du genre, comme le définitivement surfait (comparé à l'album de Lou) Exile On Main St. des Stones ou le quatrième opus (sans titre) de Led Zeppelin aller cueillir des pâquerettes dans un terrain vague à moitié inondé. Metal Machine Music, comment le qualifier, c'est du rock pur et dur, qui ne s'embarrasse pas de chichis, Lou est allé s'entourer de putain de tueurs, des mecs de dingue, Earl Slick et Dick Wagner (ce dernier n'est pas pas à son coup d'essai avec Lou, et le premier cité jouera l'année suivante avec Bowie) aux guitares, Lou en joue aussi un peu, on l'entend notamment sur le troisième long morceau (car ce disque n'offre que quatre morceaux, des épopées presque progressives si ce n'étaient les mélodies incisives, les paroles violentes sur la vie dans les bas-fonds, ce demi-monde peuplé de marginaux de tous bords : Out here in the city mud, come see us, don't bring your needle, just bring you all along, chante-t-il sur le deuxième morceau, dévastateur). La basse est de Tony Levin, un habitué de Lou (Berlin), la batterie signée Michael Suchorsky, qui poursuivra sa collaboration avec Lou par la suite. Pas de claviers, pas besoin. Si l'album, avec sa pochette montrant un Lou protopunk à la chevelure péroxydée et courte, façon petit nazillon, peut interloquer, ce n'est rien comparé au contenu. The sirens are singing for me, they're waiting patiently, but I'm sticked on this fuckin' pole, hey, could you give me a hand, asshole ? Des paroles comme ça, franchement, Dylan peut aller se rhabiller. 

Lou_Reed_1975

Clairement, ce disque, qui se vendra comme des petits pains, fera de Lou une mégastar (Transformer définitivement oublié, et le reste de la production 1975 reléguée aux oubliettes et aux bacs à soldes avant l'heure) et sera par la suite source de reprises par des artistes aussi divers, variés et talentueux que Paul McCartney (qui s'amusera à reprendre des bribes de cet incroyable quatrième morceau, le meilleur du lot, sur McCartney II), Patti Smith (qui, en cette même année, aura bien du mal à imposer son Horses, face à Lou, que faire ?), le très punk Johnny Mathis et Iggy Pop, ce disque qui a fait regretter à Lennon de mettre sa carrière en pause parce qu'il aurait eu, apparemment, sérieusement envie de tenter de contrer l'attaque louridienne et de faire mieux que lui (mais mission impossible : Keith Richards des Rolling Stones n'a-il pas déclaré, en 1975, à la sortie de ce disque, que tout le monde pouvait bien, désormais, se reconvertir en agents d'assurances, tricoteurs, vendeurs de cheddar Galloway ou ouvriers du bâtiment, vu que personne d'autre que Lou Reed, et sans doute même pas Lou Reed lui-même, ne pourrait faire au moins aussi bien que Metal Machine Music ? On imagine sans peine la tronche de Lou quand, en 1976, il a reçu le Grammy Award de l'album de l'année, et de l'artiste de l'année, ainsi que le Grand Prix du disque de l'Académie Charles-Cros, en France, où il fera d'ailleurs des concerts prodigieux à l'Olympia et aux Abattoirs de Paris, ainsi qu'à la Halle Tony-Garnier de Lyon (livrant une prestation nucléaire, en ce soir du 5 juillet, avec un Kill Your Sons de 18 minutes, un Heroin de presque une demi-heure applaudi longuement - on a certainement vu, le lendemain, dans les cours de récréation lyonnaises, des enfants s'amusant à faire comme Lou, sans la seringue pour les moins fortunés d'entre  eux-, et évidemment, la quasi-totalité de Metal Machine Music, dans des versions à tomber par terre). Bref, on tient ici un sommet absolu, un chef d'oeuvre total, intégral, que l'on écoutera et réécoutera, inlassablement, avec le même sentiment : l'admiration. 

Et joyeux Premier avril à tout le monde, bah oui, vous croyiez quoi ?

FACE A
Metal Machine Music 1
FACE B
Metal Machine Music 2
FACE C
Metal Machine Music 3
FACE D
Metal Machine Music 4

Posté par ClashDoherty à 13:00 - - Commentaires [38] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

"In The Flesh : Live" - Roger Waters

RW1

Hé oui, Roger Waters. C'est bien de lui qu'il va être question ici, et non pas de son fameux ancien groupe, Pink Floyd. Et pourtant, du Floyd, il en sera vraiment question aussi ici, impossible de faire autrement. Car cet album de Waters, sorti en 2000, est un live (double live, durée très généreuse de 147 minutes, deux disques bien remplis), et compte tenu que Waters n'a pas fait beaucoup d'albums studio (à l'époque, il n'en avait fait que trois, plus deux albums un peu à part, bandes originales de films (Music From The Body en 1970, fait avec Ron Geesin, et When The Wind Blows - OST en 1986, ce dernier avec la participation d'autres artistes comme Bowie et Genesis), il est évident que le bassiste a été piocher dans le répertoire floydien pour agrémenter son show. Personne ne le lui reprochera, aussi bien ses fans que les autres membres du groupe (dont il sera viré en 1984). Pourquoi ? Parce que les morceaux qu'il a choisi de reprendre sont essentiellement des morceaux qu'il a signés seul, tout simplement. De toute façon, pour ses concerts solo, David Gilmour reprendra bien des morceaux du groupe, aussi. C'est ainsi que sur les 24 morceaux de ce In The Flesh : Live sorti en décembre 2000, et enregistré entre les 16 et 27 juin de la même année (à Portland (Oregon), Las Vegas (Nevada), Irvine (Californie) et Phoenix (Arizona), sans plus de précisions), on trouvera 18 morceaux issus du répertoire de son ancien groupe, et donc 6 morceaux issus de son répertoire solo, donc un morceau inédit interprété en final et inspiré par une histoire vraie survenue pendant la guerre du Kosovo (un soldat serbe, apeçevant une femme albanaise blessée, rompera les rangs sans autorisation pour lui venir en aide), Each Small Candle, 9 magnifiques minutes. 

RW2

Doté d'une qualité audio parfaite, In The Flesh : Live (dont la pochette reprend des éléments basés sur des albums solo de Waters, mais surtout du Floyd, les fans les retrouveront sans soucis, les non-fans aussi) a été enregistré au cours de concerts remarquables (la version DVD, car il existe aussi en version filmée, propose le show de Portand). Waters est entouré de ses musiciens habituels : Doyle Bramhall II (guitare), Andy Fairweather-Low (guitare, basse), Jon Carin (claviers), Andy Wallace (claviers), Snowy White (guitare, qui joua avec le Floyd durant la tournée de Animals, tournée qui portait le même nom que ce live de Waters), Graham road (batterie), et entouré des choristes P.P. Arnold, Katie Nissoon et Susannah Melvoin (qui joua avec Prince). Lui-même joue de la basse et/ou de la guitare, selon le morceau. On a aussi un certain Norbert Stachel au saxophone. Ce live plaira aux fans du bonhomme, et sutout aux fans de Pink FLoyd, vu le nombre de morceaux interprétés ici, tous issus de la période 1973/1983, à l'exception de Set The Controls For The Heart Of The Sun (1968). Il est évident que cette période est la plus watersienne du groupe, et c'est donc logique que Waters reprenne des morceaux de The Dark Side Of The Moon, Wish You Were Here, The Wall (dont celui qui, inspiré par le nom de la tournée 1977, a donné son nom au live : In The Flesh), de The Final Cut et d'Animals. Notamment un Dogs de 16,25 minutes, un Shine On, You Crazy Diamond de presque un quart d'heure, ou bien encore Southampton Dock (la section The Final Cut est courte, mais intense). Ces versions watersiennes de certains classiques du Floyd, morceaux que l'on ne retrouve sur aucun live officiel du groupe pour certains (Pigs On The Wings 1, Dogs, Get Your Filthy Hands Off My Desert, Southampton Dock, Welcome To The Machine), sont excellentes. 

RW3

Niveau carrière solo, Waters pioche surtout dans Amused To Death (1992), son plus récent alors, et son meilleur, via The Bravery Of Being Out Of Range, Perfect Sense 1 & 2, It's A Miracle et le morceau-titre, qui représentent environ 30 minutes d'affilée sur le second disque. The Pros And Cons Of Hitch-Hiking, son premier album solo (1984), n'est représenté que via un seul titre, tandis que Radio K.A.O.S. (1987), son deuxième opus (sans doute son moins bon, mais je l'aime bien quand même) est royalement ignoré. Dommage pour The Powers That Be...En même temps, Waters ne tarira pas de reproches envers ce disque de 1987 qu'il dira même regretté d'avoir enregistré, donc ce n'est pas étonnant. Ce qui est plus étonnant, c'est que son premier opus solo, celui de 84 (pas son meilleur, un peu monotone, difficile d'entrer dedans malgré le nombre important d'écoutes qu'on peut en faire), n'est représenté que via Part 11 : 5:06 (Every Strangers's Eyes), certes un des meilleurs morceaux, mais c'est tout de même limité. Après, c'est peut-être un reproche à faire à ce double live : se baser un peu trop sur le répertoire du Floyd et pas assez sur celui de Waters en solo, alors que ce live, tout de même, est un de Waters en solo (si encore c'était un live de sa tournée The Wall, passe encore, même si ça aurait fait férocement doublon avec le live Is There Anybody Out There ? The Wall Live du Floyd), et même si c'est toujours super d'entendre du Floyd en live (ou même, tout court), on aurait aimé un peu plus de matériel solo, ici. Quitte, pourquoi pas, à jouer tout Amused To Death sur un disque, et à reprendre du Floyd sur l'autre. Mais bon, c'est comme ça, et tel qu'il est, In The Flesh : Live est tout de même un excellent live. 

CD 1

In The Flesh

The Happiest Days Of Our Lives

Another Brick In The Wall, 2

Mother

Get Your Filthy Hands Off My Desert

Southampton Dock

Pigs On The Wing, 1

Dogs

Welcome To The Machine

Shine On, You Crazy Diamond (Parts 1 - 8)

Set The Controls For The Heart Of The Sun

CD 2

Speak To Me/Breathe

Time

Money

The Pros And Cons Of Hitch-Hiking, 11 (5:06 AM - Every Stranger's Eyes)

The Bravery Of Being Out Of Range

Perfect Sense (Parts 1 & 2)

It's A Miracle

Amused To Death

Brain Damage

Eclipse

Comfortably Numb

Each Small Candle

Posté par ClashDoherty à 11:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,


"Mo' Roots" - Taj Mahal

TM7

On finit le mini-cycle Taj Mahal (mais rien n'interdit que dans l'avenir il n'y ait d'autres de ses albums ici) par un disque assez éloigné des deux précédents albums abordés (qui étaient ses deux premiers opus ; celui-ci n'est absolument pas son troisième, mais son septième). On l'a vu récemment, Taj Mahal, musicien de blues américain, a démarré sa carrière en fanfare avec deux albums absolument géniaux, Taj Mahal et The Natch'l Blues, deux modèles de blues-rock bien charpentés, enregistrés avec de super musiciens, (Ry Cooder sur le premier, Jesse Ed Davis sur les deux...). Tout du long des années 70, Taj Mahal va poursuivre sa carrière. En 1974, il sort un disque assez éloigné de ses précédentes productions. Cet album, Mo' Roots ('Plus de racines'), sorti sous une pochette qui, au premier abord, avant qu'on ne se penche sur  l'illustration (deux photos retouchées de Taj Mahal, en reflet, dans un cercle), fait penser à un dessin vaguement asiatique. Court (34 minutes, pour 8 titres), cet album autoproduit a été enregistré aux CBS Studios de San Francisco, et on y trouve notamment Kwasi 'Rocky' Dzidzornu (percussions, congas), Bill Rich (basse), Merl Saunders (orgue), Hoshal Wright (guitare), Carole Fredericks (soeur de Taj Mahal) et Claudia Lennear aux choeurs, Rudy Costa à la flûte et au saxophone, et un membre des Wailers de Bob Marley, Aston 'Family Man' Barrett au piano ska.

TM8

Un membre des Wailers, groupe de reggae jamaïcain, sur un album du bluesman Taj Mahal ? C'est que Mo' Roots n'est pas un disque de blues, ni de blues-rock, en fait (malgré la catégorie dans laquelle je classe le disque et le tag associé en fin d'article). Dans un sens, ce disque est un album de reggae-rock. On y trouve une reprise de Bob Marley & The Wailers, Slave Driver (on y trouve d'ailleurs deux autres reprises de morceaux reggae, mais pas de Marley), morceau excellent qui, ici, est bien transformé, je ne dirai pas qu'il est méconnaissable, mais quand un musicien de blues fait du reggae, forcément, c'est un peu étrange (j'ai pas dit 'mauvais', hein, certainement pas). Les deux autres morceaux reggae, Johnny Too Bad et Desperate Lover, sont également excellents. L'album offre aussi Cajun Waltz, morceau très fortement imprégné de swamp music de la Nouvelle-Orléans, et en grande partie chanté en français, un français appauvri, patoisant, le parler cajun (les francophones de Louisiane). Sans doute le meilleur morceau de l'album. 

TM9

Le reste, que ce soit Clara (St. Kitts Woman), Why Did You Have To Desert Me ? et Blackjack Davey, est également très bien, Mo' Roots est un album assez bien foutu, sans être un sommet et certainement pas le meilleur album de Taj Mahal, il est trop à part pour ça. C'est, sauf erreur de ma part, le seul album un tant soit peu reggae (sur Wikipédia, il est carrément rangé dans cette catégorie, alors qu'à l'écoute, ce n'est pas totalement du reggae, c'est aussi du blues) de Taj Mahal, et apparemment, il ne fait pas partie des mieux appréciés de ses fans. Bon, je ne suis pas un fan de Taj Mahal, j'aime beaucoup les trois albums que je connais de lui, et qui sont donc tous trois abordés sur le blog désormais (je les connais via un petit coffret CD les proposant, pour un prix très modique). Mo' Roots n'est pas mon préféré des trois, ni le meilleur, c'est même celui qui me branche le moins, mais rien que pour Cajun Waltz, Johnny Too Bad et Slave Driver, il est très appréciable. Et puis, ça ne dure que 34 petites minutes... 

FACE A

Johnny Too Bad

Blackjack Davey

Big Mama

Cajun Waltz

FACE B

Slave Driver

Why Did You Have To Desert Me ?

Desperate Lover

Clara (St. Kitts Woman)

Posté par ClashDoherty à 08:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,

31 mars 2020

"Once Upon A Time In...Hollywood - Original Soundtrack" - Various

OUATIH1

Avec cet article prend fin le petit cycle consacré aux musiques des films de Tarantino, petit cycle car seulement 3 albums et donc 3 films, mais qui sait, peut-être qu'un jour j'en ferai d'autres (et d'autres musiques de films seront faites dans les semaines ou mois à venir). On aborde aujourd'hui le cas du dernier (et son neuvième en tout ; et comme il a toujours dit qu'il ferait 10 films et ensuite, arrêterait de tourner, il lui en reste un à faire, hélas pour ses fans dont je fais partie ; à moins qu'il ne change d'avis) de ses films, sorti l'an dernier, Once Upon A Time In...Hollywood. Un film que j'ai été voir en salles (comme tous ses films depuis Kill Bill Vol. 1) sans trop savoir à quoi m'attendre. Le film se situerait à Hollywood en 1969, aborderait en filigrane l'affaire Charles Manson et le massacre de Laurel Canyon (l'assassinat notamment de Sharon Tate, épouse de Polanski, qui était enceinte de lui) tout en proposant un tour d'horizon, via le personnage de deux acteurs cachetonnant pour s'en sortir, de l'industrie du cinéma hollywoodienne. C'est en effet le cas. Film le moins violent de QT (hormis un passage à la fin, c'est un film très calme), c'est une sorte de, comment dire, documentaire avec acteurs, qui semble avoir été tourné en 1969 tant il respire cette époque, de ses décors à ses costumes, de ses voitures à sa bande-son. Le résultat est bluffant, mais sachez que si vous n'êtes pas très amateur des films de Tarantino, ce film vous sera sans doute insupportable. Tous les reproches faits à QT par ceux qui ne l'aiment pas (bavard, trop référencé, films très longs) sont à faire encore une fois ici : le film dure 2h40, il est effectivement très bavard, on a l'impression qu'il ne se passe rien de notable tant on passe d'un endroit à un autre, d'un personnage à un autre (comme un documentaire, une chronique), et on trouve beaucoup de références. Ainsi qu'un exemple, encore, tout le long du film, de l'obsession fétichiste du réalisateur pour les pieds nus féminins, les fans du réalisateur le savent bien, QT se fait, sur ce sujet, souvent plaisir. Bref.

OUATIH2

L'albm de la bande originale, long de 74 minutes (pour 34 titres ! J'ai précisé, plus bas, en gras, ceux qui ne sont pas des chansons, mais des jingles radio) et donc double en vinyle, est sorti en même temps que le film. A noter que le vinyle, du moins dans l'édition collector, offre un poster de l'affiche du film, un petit poster en forme de carte des lieux de l'action du film, et les deux disques sont en orange translucide. Joli. Concernant le contenu, pas d'extraits de dialogues du film ici, mais donc des jingles radio (on en entend des chiées dans le film, qui se passe souvent au volant de voitures) : bulletin météo, publicités pour des produits ou des films, ou des programmes TV, annonces de morceaux à venir... Ces plages audio sont souvent indépendantes, parfois couplées à un morceaux, et sont, évidemment, courtes (voir le nombre de pistes de la face C : 12 ; sur cette face, on a 3 morceaux, d'affilée, qui durent moins de 30 secondes !). Bien entendu, on va dire qu'on s'en fout un peu, vu leur briéveté et le peu d'intérêt qu'elles procurent. Mais on a surtout des chansons, ici : de la pop et du rock de l'époque, années 60. Et là, la plupart du temps, c'est du putain de lourd : Hush et Kentucky Woman de Deep Purple, Ramblin' Gamblin' Man de Bob Seger, Mrs. Robinson de Simon & Garfunkel, You Keep Me Hangin' On par Vanilla Fudge (dans une version éditée, de 5 minutes), une reprise du California Dreamin' des Mamas & Papas par José Feliciano, Jenny Take A Ride par Mitch Ryder & The Detroit Wheel, The Circle Game par Buffy Sainte-Marie, Choo Choo Train par les Box Tops, Brother Love's Traveling Salvation Show par Neil Diamond et trois morceaux de Paul Revere & The Raiders. 

OUATIH3

Quentin Tarantino (qui a aussi inséré un extrait d'une bande originale de film signée Maurice Jarre, notamment) a pris soin de choisir des chansons qui existaient en 1969, voire étaient antérieures, mais aucune ne date d'après, pour éviter les anachronismes (ceci dit, il doit bien y en avoir, des anachronismes, dans le film, j'imagine). Plusieurs autres chansons sont audibles dans le film mais manquent ici, pas de place : Out Of Time par les Stones, The Letter par Joe Cocker (reprise aux Box Tops), The House That Jack Built par Aretha, Soul Serenade par Willie Mitchell, sans parler de thèmes musicaux de films et séries TV... Ils manquent, mais l'album dans sa globalité, sans être exceptionnel (les nombreux jingles parasitent parfois l'ensemble), offre cependant du super bon, et on prend plaisir à écouter ces chansons de pop ou de rock de l'époque, certaines sont datées (Paul Revere & The Raiders), d'autres sont de purs classiques (Deep Purple, Bob Seger, Vanilla Fudge, Simon & Garfunkel), toutes sont super agréables. Un bon complément au film, même si l'album ne fonctionne pas aussi bien que les autres albums de bande-son des films de Tarantino. 

FACE A

Treat Her Right

Ramblin' Gamblin' Man

Boss Radio (Feat. Humble Harve)

Hush

Mug Root Beer Advertisement

Hector

Son Of A Lovin' Man

Paxton Quigley's Had The Course

FACE B

Tanya Tanning Butter Advertisement

Good Thing

Hungry

Choo Choo Train

Jenny Take A Ride

Kentucky Woman

The Circle Game

FACE C

Boss Radio (Feat. Don Steele)

Mrs. Robinson

Numero Uno Cologne Advertisement

Bring A Little Lovin'

Suddenly/Heaven Sent Advertisement

Vagabond High School Reunion

KHJ Los Angeles Weather Report

The Illustrated Man Advertisement

Ready For Action

Hey Little Girl

Summer Blonde Advertisement

Brother Love's Traveling Salvation Show

FACE D

Don't Chase Me Around

Mr. Sun, Mr. Moon

California Dreamin'

Dinamite Jim (english version)

You Keep Me Hangin' On (Quentin Tarantino's edit)

Miss Lily Langtry

KHJ Batman Promotion

"Philosophy Of The World" - The Shaggs

TS1

Dans la catégorie ratages, on a eu pas mal de nouveaux arrivants, sur le blog, ces derniers mois. Bien que tout nouveaux venus, ils ont tout de suite trouvé leur place, n'ont pas emmerdé leurs voisins, ont bien réglé leurs loyers, aucun souci à se faire. Mais avec ces nouveaux arrivants-là, ça risque de causer des soucis avec le syndic. De qui je veux parler ? Des Shaggs. Un groupe exclusivement féminin fondé en 1968, aux USA (dans le New Hampshire, comme si ça ne suffisait pas), et qui durera quelques années, jusqu'en 1973 environ. Ces filles, toutes des soeurs (les soeurs Wiggin), n'auront fait qu'un seul et unique album, qui sortira en 1969, sera réédité en vinyle en 1980, sortira en CD en 1988, une autre en 1999. Un label spécialisé dans la réédition de trésors cachés (on leur doit la réédition des deux albums de Rodriguez), Light In The Attic, rééditera l'album en 2016 en vinyle tricolore avec un livret, dans une édition limitée à 500 copies dans le monde. Je vais vous rassurer tout de suite : je ne possède pas ce vinyle. Je ne possède d'ailleurs pas l'album, tout simplement, sous aucun format (heureusement qu'Internet existe pour écouter, sur YouTube ou autre, de la musique qu'on a envie d'écouter sans avoir l'intention de dépenser de l'argent pour un exemplaire CD ou vinyle). Ce premier et unique album des Shaggs s'appelle Philosophy Of The World, et croyez-moi, vous n'avez pas envie de savoir à quel point c'est abominable. 

TS2

Les Shaggs (il me semble que 'shag' est un terme argotique anglais pour 'baiser', mais avec un seul 'g'... Vu l'âge et le sexe, et le lien de parenté des membres du groupe, j'ose espérer qu'ici, Shaggs signifie autre chose) était donc constitué de soeurs, les Wiggin. Dorothy 'Dot' (guitare, chant, composition), Betty (guitare rythmique, chant), Rachel (basse sur un titre, le deuxième précisément, mais le groupe ne la comprenait pas, comme la photo de pochette le montre) et Helen (batterie). C'est le papounet, Austin Wiggin qui, tel le père des frangins Wilson (Beach Boys), manage le groupe. Groupe qui, donc, n'a fait qu'un seul disque, un album dont la seule qualité est sa coute durée, un peu moins de 32 minutes, c'est en fait déjà trop. Ne s'étant produit, live, qu'au Fremont Town Hall (Fremont étant leur ville, dans le NH), les Shaggs est un groupe de teens faisant du rock. Leur album est quasi unanimement considéré comme le pire du pire du pire du pire du pire (continuer ainsi pendant trois jours) du pire du rock, et bien souvent, on peut lire, à son égard, des trucs du style tellement pourri que ça en devient génial, ou bien je ne pensais pas que ça serait aussi nul, j'ai eu tort. Kurt Cobain en parlera comme de son cinquième album préféré de tous les temps. Des journaux comme le NME ou Blender le mettront dans des listes du style "les 100 meilleurs albums inconnus" (NME) ou "les 100 meilleurs albums de rock indépendant" (Blender ; l'album sera classé 100ème ceci dit). 

TS3

Mais on aura aussi des critiques du style les guitares font penser à des fermetures-éclair qu'on manipule à outrance, ou bien la batterie se plante à chaque fois sur le rythme à appliquer à la chanson, et c'est pas Lester Bangs qui a écrit ça. Je ne sais pas, d'ailleurs, ce que le Bangs, qui aimait ce genre de conneries musicales au point d'en être masochiste, pensait de Philosophy Of The World. Rien que la pochette donne le ton, on se dit qu'il est viscéralement impossible qu'avec une pareille pochette on se retrouve avec un bon album. C'est tellement épouvantable qu'effectivement, c'est cultissime, collector. Je ne sais pas à combien se chiffre un pressage vinyle d'époque (label Third World Records ; vous pensez bien que l'album n'est pas sorti en France), mais je sais, en revanche, que je ne dépenserai jamais un seul centime d'euro pour un exemplaire, même un CD d'occasion, même une contrefaçon vinyle à moindre coût, même pour des fichiers MP3 téléchargeables, de ce disque dont je n'ai pas parlé des chansons, j'en ai même pas cité une seule (mais le tracklisting est là, il vous attend, en bas d'article), et à quoi bon ?

FACE A

Philosophy Of The World

That Little Sports Car

Who Are Parents ?

My Pal Foot Foot

My Companion

I'm So Happy When You're Near

FACE B

Things I Wonder

Sweet Thing

It's Halloween

Why Do I Feel ?

What Should I Do ?

We Have A Savior

"Stone Gon'" - Barry White

BW1

Aaah, Barry White !! Un des maîtres absolus de la soul 70's, un chanteur à la voix si profonde, si sensuelle (selon les damoiselles, évidemment ; je n'ai pas spécialement d'avis sur la question), capable très certainement de faire se désaper une gonzesse par la seule puissance de ses cordes vocales. Décédé en 2003, le mec, assez imposant il faut le dire, a sorti, tout du long des années 70, des albums certes assez limités (un seul sujet : l'amour, le sexe, le cul, la tringle, la passion amoureuse, la relation sexuelle, bref, la baise) mais qui, tous ou presque, restent fondamentalement écoutables après toutes ces années. Je tiens à vous rassurer (mais je vais aussi, peut-être, en décevoir certains), pas de cycle Barry Blanc ici, juste cet album, qui n'est d'ailleurs pas le premier que j'aborde de lui. J'avais déjà fait, il y à quelques années, son album suivant, sorti en 1974, Can't Get Enough, qui offre, en 31 petites minutes, quelques morceaux de choix dans la catégorie soul sensuelle à te faire dégouliner dans ta p'tite culotte, bébé : Can't Get Enough et You're The First, The Last, My Everything. Mythique. D'autres albums proposent Let The Music Play, I've Got So Much To Give, What Am I Gonna Do With You... L'album que j'aborde aujourd'hui, sorti en 1973, deuxième album studio de Barry White (le premier date aussi de 1973), s'appelle Stone Gon'.

BW2

La pochette de ce disque autoproduit est un petit poème dans la catégorie mauvais goût (la bordure arc-en-ciel, les deux photos, une par côté de pochette, montrant un Barry White assis face à un piano qui semble plus petit que lui, regard enamouré ou pensif, en mode l'artiste de génie compose, bébé, ne le dérange que pour lui proposer une pipe aux glaçons ou un trio avec toi et ta soeur. Dire que cette pochette un peu craignos (dans le genre, celle de Just Another Way To Say I Love You, un de ses albums suivants, le montrant, visage en gros plan, transpirant, sur scène, est assez gratinée aussi, pas très glamour malgré qu'elle fut apparemment conçue pour le paraître) ne donne pas envie d'écouter le disque est une litote. J'ai ce disque en vinyle, récupéré récemment au milieu d'une belle petite moisson de vinyles, tous en excellent état, et je n'aurais jamais dépensé une somme folle pour un Barry White en 33, sinon. J'ai posé le disque (qui ne contient que 5 titres, pour 37 minutes) avec un petit peu de circonspection...pour finalement, 37 minutes plus tard, soupirer de soulagement. La pochette est minable, criarde, poussive, mais le contenu musical, entièrement signé Barry White et arrangé par White et Gene Page, est une belle réussite dans son genre.

BW3

On y trouve même un gros tube (que je connaissais déjà, hein, mais pas dans cette version longue de presque 8 minutes), Never, Never Gonna Give You Up, une des meilleures chansons de Barry. Notons au passage que l'agencement de Stone Gon' (ce titre d'album est assez moche, mais bon) est bancal : une face A d'une durée approximative de 22 minutes, une face B qui n'en dure que 14... Si le morceau central de la face A, Honey Please, Can't Ya See, long de 5 minutes (le plus court), avait été mis sur la face B, les deux faces auraient eu une durée à peu près équivalente (à une ou deux minutes près), tandis que là, ça fait un peu con. Mais c'est un petit détail technique. Musicalement, rien n'est à jeter sur ces 5 titres globalement très longs (You're My Baby dure 9 minutes, Hard To Believe That I Found You en dure 7), tous très orientés musique pour la baise, c'est un fait, les albums de Barry White, plus que ceux de Curtis Mayfield ou d'Isaac Hayes, sont vraiment orientés vers le Q, ils ne parlent que de ça. C'est, donc, assez limité, mais on sait de toute façon que ce n'est pas pour écouter des chansons engagées que l'on écoute Barry White, juste pour avoir de la bonne musique soul, un peu proto-disco, à se carrer sous les dents en fond sonore d'une petite soirée intime. Oui, je suis d'humeur volage, ce morninge, mais c'est sans doute un effet secondaire de l'écoute de ce disque pas révolutionnaire, mais très sympa !

FACE A

Girl It's True, I'll Always Love You

Honey Please, Can't Ya See

You're My Baby

FACE B

Hard To Believe That I Found You

Never, Never Gonna Give You Up

Posté par ClashDoherty à 08:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

30 mars 2020

"The Hateful 8 - Original Soundtrack" - Ennio Morricone & Various

H81

On continue le petit cycle (trois articles) des bandes originales des films de Quentin Tarantino. Bon, j'aai hier abordé le cas de la très très réussie bande originale de ce qui reste pour moi son film le moins réussi (tout est relatif, ceci dit : ça serait le sommet de bon nombre de réalisateurs de moindre niveau), j'ai nommé Jackie Brown, sorti en 1997 et troisième film de Tarantino. Place maintenant à un film bien plus tardif, sorti en fin d'année 2015 : Les 8 Salopards. The Hateful 8 en titre original. Ce film, le deuxième western de QT (et son deuxième d'affilée) et son avant-dernier à ce jour, est son huitième film si on considère les deux parties de Kill Bill comme étant un seul et même film sorti en deux temps (de toute façon, c'est un seul et même film que QT a sorti en deux fois en raison de sa durée de 4 heures et du fait qu'il ne voulait rien retirer du métrage finalisé), mais qui est son neuvième si on considère les deux parties comme deux films distincts (faut pas penser ça, c'est pas vrai). D'ailleurs, le titre du film que QT a sorti en 2015, ce film donc, est sans équivoque, il y à un 8 dans le titre. C'est évidemment une allusion aussi bien aux 7 Mercenaires qu'aux 12 Salopards, mais ça, ça semble tellement évident que je ne voulais pas le préciser. Ce film, j'en parle un peu avant de parler de sa bande-son, a eu une gestation difficile, et a failli ne pas se faire : une première version du scénario a fuité sur le Net, ce qui a d'abord entraîné, de la part du réalisateur, une déclaration comme quoi le film était abandonné (à quoi bon le faire quand, avant son tournage, tout le monde saurait déjà ce qui s'y passerait ?), avant qu'il ne se reprenne et ne réécrive le film, nouvelle mouture du scénario, et ne le tourne.

H82

Apparemment, le fuiteur (QT sait de qui il s'agit, et ne dira jamais rien, tout en affirmant qu'il ne bossera plus avec lui par la suite) serait un des acteurs. Il y en à 8 (quelle surprise !) pour les principaux. Compte tenu que Michael Madsen, Kurt Russell, Walton Goggins (en voix off seulement, version longue seulement) et Tim Roth (dans une scène qui sera finalement coupée) sont au menu du film suivant, ce n'est aucun d'eux. Il reste qui ? Jennifer Jason Leigh, Bruce Dern, Samuel L. Jackson (de sa part, fidèle depuis des années à QT, ça serait étonnant), Demian Bichir. Apparemment, ça viendrait (la fuite) de l'agence d'actuers représentant Dern...mais Dern a nié, évidemment.Bon, on s'en fout, le film sera fait, il est excellentissime, drôle, rempli de suspense et, quand la violence déboule (au milieu du film), elle ne quittera dès lors plus l'écran (à ce sujet, le passage, quand Kurt Russell, soudainement, vomit du sang suite à un empoisonnement, est des plus choquants et brutaux, ce qui est évidemment voulu par Tarantino, et annonce le départ des 'festivités'). Le film bénéficie d'une bande-son qui, en vinyle en tout cas (le tout dure 72 minutes pour 28 morceaux), est sorti en double album, et dont une édition collector, que je suis content de posséder, est chatoyante : pochette ouvrante en trois volets, que l'on peut retourner pour changer le motif (la photo ci-dessus montre la pochette dépliée, vue de l'intérieur), deux posters. Si les disques étaient en couleur, ça serait le top. Tarantino a, comme à son habitude, été chercher des raretés ici, et il a inséré, tout du long, j'ai précisé où sur l'album en mettant les pistes en gras, des extraits du film, dialogues essentiellement. On trouve aussi bien, ici, un morceau signé des White Stripes (Apple Blossom) que de Roy Orbison (There Won't Be Many Coming Home est extrait d'un film, un western, qu'Orbison tournera autrefois, car il a joué dans un film) ou de David Hess, chanteur folk/country et acteur (le Krug de la version originale, 1972, de La Dernière Maison Sur La Gauche, c'est lui), Now You're All Alone, et cette courte chanson est issue de la bande-son de ce film d'horreur sordide, d'ailleurs. 

H83

Mais une grande partie de la bande-son est sinon signée du grand Ennio Morricone. Et il s'agit de morceaux composés pour le film, même si Morricone utilisera des thèmes composés en 1977 pour L'Exorciste II : L'Hérétique et en 1982 pour The Thing (dans lequel joue Kurt Russell, un des acteurs du QT, et qui se passe aussi en pleine tempête de neige). D'ailleurs, entre The Thing et Les 8 Salopards, il n'y à pas que ces deux points de comparaison, le film de QT pouvant être qualifié de film d'horreur sous ses aspects de western (vu ce qu'il se passe dans le film, qui bascule dans la furie violente et sanglante dans sa seconde moitié...), et le film de Carpenter (qui adore les westerns sans en avoir jamais fait vraiment un, mais beaucoup de ses films ressemblent à des westerns déguisés) possède la même ambiance confinée et horrifique. Retour à nos moutons. La musique de Morricone est parfois oppressante (le thème d'ouverture est splendide ; par moments, on dirait le thème de Peur Sur La Ville, film français de 1975 dont Morricone a signé la musique), très morriconienne évidemment, et colle parfaitement au film. Parmi les morceaux de choix, les 12 minutes de Neve (d'autres variations bien plus courtes sont sur le disque) est à elle seule une splendeur qui ne fera pas regretter l'acquisition de la bande-son de ce film génial. Sans parler des 7,30 minutes (en revanche, la quasi totalité des 26 morceaux restants de l'album sont bien plus courts) de L'Ultima Diligenza Di Red Rock. En partie parce que c'est Morricone qui a signé ces morceaux, et en partie pour accentuer le côté bande originale de western spaghetti et pour lui rendre hommage, les titres des morceaux de Morricone sont en italien. Evidemment. En résumé, c'est une bande-son exemplaire, qui fonctionne assez bien séparément du film. 

FACE A

L'Ultima Diligenza Di Red Rock

Overture

"Major Warren Meet Daisy Domergue"

Narratore Letterario

Apple Blossom

"Frontier Justice"

L'Ultima Diligenza Di Red Rock #2

FACE B

Neve

"This Here Is Daisy Domergue"

Sei Cavalli

Raggi Di Sole Sulla Montagna

"Son Of The Bloody Nigger Killer Of Baton Rouge"

FACE C

Jim Jones At Botany Bay

Neve #2

"Uncle Charlie's Stew"

I Quattro Passegeri

La Musica Prima Del Massacro

L'Inferno Bianco (Synth)

The Suggestive Oswaldo Mobray

FACE D

Now You're All Alone

Sangue  E Neve

L'Inferno Bianco (Ottoni)

Neve #3

Daisy's Speech

La Lettera Di Lincoln (Strumentale)

La Lettera Di Lincoln (Con Dialogo)

There Won't Be Many Coming Home

La Puntura Della Morte