Rock Fever

04 août 2015

"Son Of Dracula" - Harry Nilsson

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Une voix hallucinante (aussi bien dans son début de carrière, jusqu'à 1974, qu'à partir de cette année, où il changera quelque peu de style suite à des problèmes d'alcool et de drogue), un style inimitable, un talent fou, un don absolu pour s'entourer des meilleurs et faire toujours partie des meilleurs coups, un éclectisme total... dites bonjour à Harry Nilsson. Décédé en 1994, ce chanteur et songwriter américain est connu pour avoir fait partie de l'entourage des Beatles, et surtout de Lennon et Ringo. Acteur à ses heures perdues, il joue notamment le rôle principal du film dont cet album est la bande-son, Son Of Dracula, réalisé en 1974 par Freddie Francis, et dans lequel on trouve aussi Ringo Starr. Je ne suis pas là pour parler du film, lequel, produit par Ringo notamment, et distribué par Apple, n'est pas à proprement parler un chef d'oeuvre. C'est même un bon gros nanar comico-horrifique (Nilsson y joue le Comte Downe... count Downe, countdown, mordez le jeu de mots !), rarissime qui plus est car absent de tout format commercialisé (en tout cas, pas commercialisé en DVD). Ringo affirme posséder une VHS de ce film, mais se refuse à ne serait-ce que regarder le boîtier de cette VHS ! Que Ringo ne soit pas si hautain avec ce film, ce n'est pas le seul nanar dans lequel il a joué, on peut aussi citer un western du nom de Blindman, ou bien encore Candy... Mais parlons musique. Rien de Ringo sur ce disque (je veux dire par là qu'il ne chante pas), qui s'appelle donc Son Of Dracula, et est sorti en 1974, conjointement au film. Long de quelques 36 minutes, il offre 14 titres.

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Autant le dire tout de suite : l'album contient à la fois des morceaux chantés et des morceaux constitués de bribes de dialogues du film et de musique signée Paul Buckmaster (arrangeur de l'album), de la musique d'ambiance. Dans le trakclisting plus bas, ces morceaux d'ambiance, souvent bien plus courts que les chansons, sont indiqués en italique. Pas beaucoup d'intérêt de les détailler, il s'agit d'extraits de dialogues du film avec une musique d'ambiance assez brrrrr parfois, rappelons que c'est un film d'horreur, un film d'horreur comique, parodique (il suffit de voir les photos dans la pochette pour en juger), mais un film d'horreur quand même. Pour ce qui est des chansons, une seule est inédite : Daybreak, par ailleurs la première, une belle ballade au piano (joué par Nilsson). Le reste est tout simplement issu de deux des précédents opus d'Harry Nilsson, albums que j'aborderai ici dans un futur relativement proche : Schmilsson (1971) et Son Of Schmilsson (1972), ce dernier album possédant une pochette très similaire de celle de Son Of Dracula (en plus de son titre également similaire) : on y voit Nilsson, dans sa tenue de scène, cape bien ouverte, posant en haut d'un escalier dans la propriété de George Harrison, Friar Park, une photo en noir & blanc. A les regarder toutes deux, on se rend vraiment compte de la similarité ! Le film a vraisemblablement été tourné vers 1972, mais ne sortira donc que deux ans plus tard. Pour en revenir encore à la musique, cet album est donc à la fois une bande originale et une sorte de petite compilation. Les chansons issues de Schmilsson (un remarquable album) sont The Moonbeam Song (une bien belle douceur), Down, Jump Into The Fire (qui, sur Schmilsson, dure quasiment 7 minutes, mais il s'agit ici d'une version bien écourtée, qui n'en dure que 3,15 ; la version single. A noter que cette chanson, trépidante, exubérante, a été utilisée rapidement pour une publicité, chez nous, récemment : les vocalises de Nilsson vous diront sans doute quelque chose ; je n'arrive plus à me rappeler pour quel pub c'était, en revanche) et Without You, chanson mémorable, reprise de Badfinger (groupe découvert par les Beatles, qui sortait ses albums sur Apple) et leur album No Dice, et qui, dans cette version chantée par Nilsson, sera un tube mondial absolu. Bien entendu, elle sera aussi un tube quelques 20 ans plus tard, quand Mariah Carey la reprendra... On est en droit de préférer la version Nilsson, qui est intouchable (cete voix !). De Son Of Schmilsson, on a ici Remember (Christmas) (une chanson douce, mélancolique, peut-être un peu longue - 4 minutes - mais vraiment belle) et At My Front Door (un rock bien trépidant).

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On notera pour finir (voir visuel ci-dessus) que l'album sortira sous une pochette à double ouverture latérale (avec, sous les ouvertures, plein de photos du film en patchwork), symbolisant la cape ouverte du Comte Downe. L'ouverture pour le disque est, elle, en haut (la tranche avec le titre est en bas, ce qui signifie que le disque se range avec l'illustration tournant sur sa droite, comme Synchronicity de The Police ou Time Fades Away de Neil Young pour ne citer qu'eux). On notera aussi que dans la pochette de l'édition américaine, édition que je possède, se trouvait un transfo pour T-shirts, à l'effigie de la pochette de l'album (Nilsson et Ringo) avec la mention Bite It ('mords ça'), transfo que je possède, bien sur son papier. Ca en rajoute à l'originalité de ce Son Of Dracula pas immense, mais assez amusant si on est dans le bon état d'esprit, et que j'aime beaucoup (je parle de l'album, hein, pas du film). Après, ce n'est pas à proprement parler un album d'Harry Nilsson, bien qu'il fasse partie de sa discographie officielle. Si vous voulez le meilleur du bonhomme, prenez Schmilsson, Son Of Schmilsson, Pussy Cats (disque de reprises de 1974 produit par Lennon pendant son lost weekend, et dont le titre est probablement une allusion au Pin Ups de Bowie, aussi un disque de reprises) et Duit On Mon Dei, Sandman, voire même Knilsson (ces titres d'albums !!!). Certains citeront aussi Aerial Ballet, datant du milieu des années 60, et en effet, il vaut le coup. Dans l'ensemble, entre 1970 et 1975, rien à dire, Nilsson (qui signera des chansons pour d'autres, notamment pour Ringo : Easy For Me, par exemple) sera intouchable. Il n'aurait sans aucun doute pas du se risquer au cinéma, et donc il n'aurait pas du faire ce film, mais on peut l'excuser. A noter que c'est encore lui qui signera la sublime reprise du Everybody's Talkin' de Fred Neil, bande originale de Macadam Cowboy de John Schlesinger, reprise qui, comme celle du Without You de Badfinger, passe encore souvent sur les ondes FM du mon dentier. Oui, les années 70, la pop/rock, la musique tout simplement, sans Harry Nilsson, ne serait pas tout à fait la même chose.

FACE A

It Is He Who Will Be King

Daybreak

At My Front Door

Count Downe Meets Merlin And Amber

The Moonbeam Song

Perhaps This Is All A Dream

Remember (Christmas)

FACE B

Intro/Without You

The Count's Vulnerability

Down

Frankenstein, Merlin  And The Operation

Jump Into The Fire

The Abdication Of Count Downe

The End (Moonbeam)


"Murph The Surf" - Elliott Murphy

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En 1977, Elliott Murphy a sorti un album absolument remarquable, ce Just A Story From America qui, aujourd'hui encore, fait date, et s'impose parmi les meilleurs albums de pur rock des années 70. Ce que l'on peut aussi dire de Night Lights, qu'il avait sorti l'année précédente. Autant Murphy a enquillé les deux albums d'une traite (et même trois albums : Lost Generation, l'album venant avant Night Lights, datait de 1975), autant il mettra un bon bout de temps avant de ressortir un disque. Ce n'est en effet qu'en 1982, soit 5 ans après, que le plus français des rockeurs américains (français car vivant en France depuis les années 70 ; mais il n'est pas français d'origine), l'ami et rival (malheureux, car ayant moins de succès et de reconnaissance publique que lui) de Bruce Springsteen sortira son cinquième album. Un disque qui possède un titre amusant, mais pas si anodin que ça, car il s'agit aussi du surnom que l'on donnera à un ancien champion de surf américain, impliqué en 1964 dans un vol de diamants, accusé et condamné, en 1968, pour meurtre au premier dégré, condamné à vie et ayant été libéré sur parole en 2005, sa vie ayant radicalement changé : ayant trouvé la foi, il est devenu chapelain de prison, ce qu'il fait toujours à l'heure actuelle. Un film sera tiré de sa vie en 1975 avec Don Stroud dans son rôle. L'album d'Elliott Murphy, qui s'appelle donc Murph The Surf (c'est aussi le titre du film), ne possède aucun lien avec l'histoire de ce personnage ; Murphy l'a appelé ainsi car il porte le même nom que lui et trouvait sans aucun doute que ça faisait amusant.

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Sorti donc en 1982 sur le label AZ (un label français qui fut fondé par Lucien Morisse), Murph The Surf aura droit à deux pochettes (aux photos signés du grand spécialiste de la photo rock : Mick Rock) : la pochette en noir & blanc tout en haut de l'article est l'originale. J'ignore qui est la jeune femme en maillot à côté de Murphy : sa femme, un modèle quelconque ? La pochette fait assez série B, avec son lettrage sobre et son encadrement, ça fait cheap pour tout dire. La version CD de l'album (1989) proposera deux bonus-track (Veronique The Actress et Euro-Tour, en final d'album), pas de rallongement de durée pour les autres morceaux ; l'album fait, en vinyle, 42 minutes. En CD, je ne sais pas, mais je dirais bien dans les 50. La pochette, elle, change du tout au tout, on aura une photo couleur, issue apparemment de la même session que pour la pochette originale, de Murphy seul. Peu connu, l'album est pourtant une très belle réussite, avec quelques chansons absolument magnifiques, comme Dusty Roses, Blue Towers, Continental Kinda Girl ou You Got It Made. Pas mal de chansons de type ballades, ici, par ailleurs. Jouant de la guitare, de l'harmonica et chantant, ayant signé paroles et musique des 10 titres, et produisant l'album tout seul avec ses dix doigts, Murphy est ici entouré d'Ernie Brooks (basse, choeurs), Jesse Chamberlain (batterie), Tony Machine (batterie aussi), Peter Gordon (saxophone, synthétiseur, clarinette) et Richard Sohl (claviers).

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Pochette de la version CD

Il nous délivre ici un album vraiment remarquable, peut-être pas aussi quintessentiel que les précédents opus, certainement pas aussi quintessentiel qu'Aquashow et Night Lights, mais en tout cas, un disque qui plaira à fond à ses fans et qui n'a pas à rougir du tout. Je précise ici que c'est avec cet album d'Elliott Murphy, son cinquième abordé sur le blog et son cinquième tout court, que je m'arrête pour le moment, même s'il st plus que probable que j'aborderai d'autres de ses albums par la suite. Murph The Surf est donc un excellent opus que je conseille à tout le monde, surtout si vous connaissez déjà un peu l'oeuvre de cet artiste génial. Ne vous arrêtez pas à la pochette de cet album, surtout pour le vinyle, car s'il est vrai qu'elle n'est vraiment pas terrible, le contenu, lui, est remarquable ; et pas trop ancré dans les années 80, aussi, malgré les synthés, qui ne sont pas en surabondance. Bref, un authentique et excellent disque de folk/rock à l'ancienne !

FACE A

Continental Kinda Girl

Off The Shelf

Baby I've Been Thinkin'

Modern Romance

You Got It Made

FACE B

The Fall Of Saigon

Dusty Roses

Garden City

Calling On Cathleen

Blue Towers

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03 août 2015

"American Gothic" - David Ackles

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David Ackles, vous connaissez ? Non, ça me semble relativement peu probable (ou alors, c'est que vous êtes vraiment calé, ou que vous avez lu le livre Rock, Pop, Un Itinéraire Bis de Philippe Robert, sorte d'anthologie des classiques oubliés ou très méconnus, qui parle de cet artiste et de cet album en particulier) ! Ou alors, c'est que vous êtes un membre de la famille d'Ackles (lequel est mort en 1999), mais c'est encore plus improbable. Bon. David Ackles est un auteur/compositeur (oui, je sais, on peut dire songwriter pour faire plus court) américain de folk. Le mec est vraiment peu connu, et il n'a pas fait beaucoup d'albums : quatre en tout. Oui, quatre ! De 1968 pourle premier (éponyme) à 1973 pour le dernier (Five & Dime). Les deux autres s'appellent Subway To The Country pour le deuxième album (1970) et, pour le troisième album, en l'occurrence celui dont je vais parler, American Gothic, en 1972. Tous parus sur Elektra Records sauf le dernier, de 1973, sur Columbia. Le titre de l'album est une allusion à un fameux tableau du peintre américan Grant Wood portant le même nom, allusion tellement évidente que je n'aurais pas du en parler, en fait, ça fait redondant. Voir le verso de pochette (photo plus bas). Pour rappel, le tableau de Wood montre un couple de fermiers posant devant leur maison en bois traditionnelle, l'homme tient une fourche à la main.

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Produit par Bernie Taupin (parolier et pote de longue date d'Elton John, et son compatriote) et arrangé par Robert Kirby (responsable bienheureux des arrangements de plusieurs morceaux des albums de Nick Drake), American Gothic, dont l'ensemble des 11 titres (pour 43 minutes) est écrit et composé par Ackles, est un album de folk à tendance un peu beaucoup baroque. Classé dans plusieurs livres et listes du style meilleurs albums de tous les temps, il fait partie, selon le magazine anglais de musique Mojo, des chefs-d'oeuvres que personne ou presque n'a jamais entendu. Faut dire ce qui est, cet album est vraiment méconnu. Il n'existe pour ainsi dire plus en CD, ou alors dans d'anciennes éditions vendues tellement cher qu'il faut limite hypothéquer sa chaîne hi-fi pour se le payer (comptez, je ne plaisante pas, 50 € minimum pour le CD). En vinyle, d'occasion évidemment, c'est moins cher, et encore, ça dépend. Je l'ai eu à 10 €, mais j'ai eu de la chance, et en plus, le feuillet des paroles (indiqué sur la pochette avec la mention 'lyrics within', que l'on ne voit pas sur la photo ci-dessus mais qui est située en bas à droite de mon exemplaire) manque à l'appel... L'album est vraiment excellent, certaines chansons comme le très long (10 minutes, le plus long de très très loin) Montana Song, Another Friday Night ou American Gothic sont absolument sublimes. Après, il faut patienter, attendre quelques écoutes pour que le coeur de l'album vous atteigne, car le côté très baroque de l'album, un peu comme avec l'album éponyme (1969, avec Your Song) d'Elton John ou le Five Leaves Left de Drake (enfin, certains de ses titres), peut lasser un peu, voire irriter au début. Ackles possède une voix posée, grave mais pas trop, une voix idéale pour chanter ce genre de chanson.

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Une voix qui peut faire un peu vieillot, un peu chanteur pour papa/maman, pas vraiment comme Bob Dylan ou Tim Buckley, quoi, et si vous êtes adolescent, même amateur de folk, pas sûr que vous apprécierez l'écoute de l'album, tout du moins la première écoute. Si vous avez vraiment envie de découvrir quelque chose de rare, écoutez American Gothic, mais il faut donc savoir à l'avance ce qu'il renferme ; ceci n'est pas du folk dylanien, on est plus dans l'americana à l'ancienne. Le titre de l'album et la (très belle) pochette sont d'ailleurs sans équivoque. Ca sonne rustique. J'ai pas dit bouseux, hein, mais rustique, à l'ancienne. Et si tous les morceaux ne sont pas aussi grandioses que Montana Song ou American Gothic (Oh, California ! neme plaît pas), dans l'ensemble, le quasi-quart d'heure de cet album oublié et à redécouvrir est vraiment touchant et réussi. Bref, un excellentissime album de folk à l'ancienne, album enregistré, par ailleurs, à Londres, Ackles ayant vécu quelques mois en Angleterre entre son deuxième et son troisième album (expliquant dans les notes de pochette de l'album, au verso, qu'il lui fallait une certaine distance avec ses origines afin de renouveler sa créativité). Comme on s'en doute, il ne marchera pas fort à sa sortie, classé 167ème au Billboard pour sa meilleure place. On notera aussi, et ce n'est évidemment pas innocent, qu'Ackles choisira une date importante pour sortir son disque : le 4 juillet, date de la fête nationale de sa patrie. Excellent album à découvrir. Il n'est jamais trop tard.

FACE A

American Gothic

Love's Enough

Ballad Of The Ship Of State

One Night Stand

Oh, California !

Another Friday Night

FACE B

Family Band

Midnight Carousel

Waiting For The Morning Van

Blues For Billy Whitecloud

Montana Song

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02 août 2015

"Live !" - Robin Trower

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Je ne vous demande pas si vous connaissez Procol Harum : si votre soif de musique, et notamment de rock, est importante au point de lire les articles de ce blog, à mon avis, c'est que vous avez au moins (au moins !) déjà entendu parler de ce groupe de pop/rock à tendance baroque/psyché des années 60, auteur de chansons telles que A Whiter Shade Of Pale (sans doute LE slow dégoulinant qui tue) ou A Salty Dog. Son chanteur, Gary Brooker, possède une voix à la Peter Gabriel avant l'heure, chaude, aigüe, incomparable. Son guitariste délivrait des notes remarquables, et sera souvent comparé à un certain Jimi Hendrix (comparaison qui sera aussi faite pour le guitariste de Chicago, Terry Kath, qui impressionna Hendrix himself). Le guitariste de Procol Harum s'appelait (s'appelle toujours, car il est toujours vivant et en activité, et il s'appelle, évidemment, toujours ainsi) Robin Trower, et c'est donc de lui que je vais vous parler aujourd'hui, comme vous le saviez déjà avant de lire cette phrase (le titre de l'article faisant foi). Procol s'est séparé courant des années 70, le style baroque/pop du groupe (similaire à celui des Moody Blues) ne faisait plus recette. C'est en 1973 que Trower quitta le groupe et se lança en solo avec un disque sensationnel sorti sous une pochette à la Tangerine Dream, Twice Removed From Yesterday. Guitariste n'ayant apparemment pas envie de tester sa voix, il s'est entouré du bassiste et chanteur James Dewar, et du batteur Reg Isidore. L'album était produit par celui qui joua l'orgue sur A Whiter Shade Of Pale, Matthew Fisher, ancien membre de Procol Harum. Un an après, Bridge Of Sighs, toujours sous une pochette énigmatique à la rock progressif (ce que n'est pourtant pas l'album), toujours produit par Fisher, sort, et est probablement le meilleur opus studio du guitariste. For Earth Below, en 1975, encore une fois produit par Fisher et avec une pochette énigmatique et digne des pochettes de Tangerine Dream, sort. Isidore est remplacé par un ancien batteur de Sly & The Family Stone, Bill Lordan. La même année, le 3 février précisément (le mois de sortie de For Earth Below), le groupe joue à Stockholm, en Suède, concert retransmis en direct pour la radio suédoise.

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La légende affirme que ni Trower ni ses deux comparses ne savaient qu'en plus d'être diffusé en direct à la radio (ça, ils le savaient, en revanche), le concert était enregistré. En 2006, Trower affirmera ne pas l'avoir su avant la fin du show, et compte tenu que le groupe ne savait pas que leur performance était enregistrée, ils se sont lâchés. Trower estimera que ce concert était un de leurs meilleurs. Comme on pouvait s'y attendre, il sortira en album, en 1976, sous le très sobre titre de Live ! et une pochette, cette fois, tout sauf énigmatique : deux vues, recto en gros plan et verso en plan large, de Trower sur scène, et au dos, trois photos individuelles des membres du groupe et de Trower. Ce live est absolument sensationnel, sans aucun doute un des meilleurs qui soient, et la seule chose qui soit vraimnt dommage, c'est sa courte durée : 41 minutes seulement (pour 7 titres), autrement dit, un album simple. Je l'ai déjà dit plein de fois, je le redirai sans aucun doute plein d'autres fois, mais rien de plus dramatique qu'un album live qui ne soit que simple, surtout quand on avait la possibilité d'en sortir un double (pour les albums live des années 60, type Jerry Lee Lewis At The Star-Club, par exemple, ce n'est pas étonnant qu'ils soient simples et aussi courts, les concerts de l'époque étaient souvent bien plus courts que dans les années 70 à maintenant). Malgré cette durée infâmante, ce live de Trower, son premier donc, est une tuerie totale proposant des morceaux (dont une reprise) issus des trois albums studio du guitariste, lequel est, ici, en forme olympique et délivre des solos de guitare absolument grandioses. Dewar est un excellent chanteur (en plus d'être un remarquable bassiste) et il tiendra le chant sur tous les albums de Trower du premier (1973) à 1980. Lordan est un batteur remarquable apportant une touche un peu funky ; certains morceaux, comme Too Rolling Stoned qui ouvre le bal (issu de Bridge Of Sighs comme Little Bit Of Sympathy et Lady Love), sont d'ailleurs très funk/rock. Le son de la guitare de Robin Trower est assez hendrixien, et Hendrix avait aussi une petite touche un peu proto-funk parfois, la boucle est bouclée.

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Tous les albums sont représentés, donc : le sublime Daydream, la reprise de Rock Me Baby (de B.B. King) et le sensationnel I Can't Wait Much Longer sont de Twice Removed From Yesterday, je viens aussi, plus haut, de citer les morceaux de Bridge Of Sighs, et Alethea est issu de For Earth Below. Produit par Trower et Geoff Emerick (enfin, produit...mixé, disons plutôt, selon les crédits de pochette), ce Live ! est donc trop court, mais mis à part ça, tout simplement génial. Hélas, on le trouve difficilement en CD, il existe certes une édition le proposant en pack, sur un seul CD, avec For Earth Below, et un petit coffret 'budget' proposant les cinq premiers albums (dont ce live) ensemble, mais séparément, bonjour. Heureusement, il est facile et pas forcément onéreux de le trouver en vinyle d'époque et d'occasion, ce fut le cas pour moi. Que ce soit en vinyle ou en CD (pour le CD : aucun bonus-track n'a été rajouté aux 7 de l'album original...), ou même sur YouTube dans le pire des cas, il faut absolument que vous écoutiez cet album qui fait partie des meilleurs lives de son époque. Une performance incendiaire, bluesy et rock, parfois funky, de la part d'un guitar-hero somme toute assez méconnu, mais n'ayant rien à envier aux Clapton, Page, Hendrix et autres !

FACE A

Too Rolling Stoned

Daydream

Rock Me Baby

FACE B

Lady Love

I Can't Wait Much Longer

Alethea

Little Bit Of Sympathy

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01 août 2015

Disques bonus des rééditions 2015 ("Presence", "In Through The Out Door", "CODA") - Led Zeppelin

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Enfin, tous les albums de Led Zeppelin (albums studios, je précise) sont réédités en remastérisé, avec bonus-tracks ! C'est en effet le 31 juillet dernier (il y à donc vraiment peu de temps) que les trois derniers albums du groupe qu'il restait sont enfin sortis en plusieurs versions : une 'classique' avec le disque de l'album et le disque bonus (le fameux companion disc comme il est indiqué) et une édition collector monstrueuse en gros coffret avec le disque en CD, le disque en vinyle, un bon gros livret, des photos et documents divers et variés, le disque bonus et, il me semble, un DVD (voire deux). Le prix de chaque coffret étant d'environ 100/120 €, et mon budget étant plus serré qu'un cul de jeune détenu apeuré venant d'être enfermé dans la même cellule que trois gros bras affamés et teigneux, je n'ai hélas en ma possession aucun des 9 coffrets (un par album studio ; le double live The Song Remains The Same, réédité avec titres supplémentaires et son amélioré en 2007, n'a pas été réédité à nouveau), ce que je regrette, surtout concernant celui de Physical Graffiti. Mais je possède chaque album dans sa version double (je les possède aussi dans leurs anciennes éditions CD, et pour 7 d'entre eux - en comptant le live parmi eux -, en vinyle), et comme j'avais abordé ici, à trois reprises, les disques bonus de ces rééditions, au fur et à mesure des vagues (la première, pour les trois premiers albums, en juin 2014 - la seconde, vers octobre/novembre, pour les deux albums suivants ; la dernière, pour Physical Graffiti, en février dernier), voici donc le quatrième et ultime article abordant ces disques bonus des rééditions zeppeliniennes : celles de Presence (1976), In Through The Out Door (1979) et de CODA (1982). Chaque album se présente dans un boîtier digipack multi-volets (sauf un, j'en reparle plus bas), avec la reproduction, en négatif, du recto de pochette au verso (et, dans l'ensemble, une reproduction de l'intérieur de pochette dans l'intérieur du boîtier), avec un livret de photos. Seul reproche, comme pour les autres rééditions : aucun texte dans le livret, pas de notes de pochettes qui auraient pu, si elles avaient existé, être signées Jimmy Page... C'est dommage, dans l'ensemble, comme je l'avais déjà dit auparavant dans les autres articles sur les rééditions.

Presence_(Companion)

Il y à des choses à dire, et autant commencer par Presence, car c'est, après tout, le premier des trois albums quil restait à rééditer. Concernant l'album en lui-même, je n'en parlerai pas ici, il a été très correctement remastérisé, et on notera juste qu'entre l'ancienne édition CD et celle-ci, 19 secondes supplémentaires ont été rajoutées (l'ancien CD fait 44,30 minutes, celui-ci, 44,49 !). Mais on ne s'en rend pas compte à l'écoute, évidemment. Pour le boîtier, la seule chose de négative à dire, c'est qu le verso de pochette originale (la photo des deux enfants dans une salle de classe, avec leur vieille maîtresse d'école et le fameux 'monolithe' que l'on retrouve partout sur l'artwork de pochette) n'est pas reproduit dans le livret et/ou boîtier, mais on a bien les photos de l'intérieur de pochette (et on a plein de photos du groupe sur scène en 1977, pendant la tournée de l'album). Le disque bonus, le companion disc, est un des plus courts du catalogue des rééditions, aussi bien pour le nombre de morceaux (pour le coup, c'est celui qui en offre le moins) que pour sa durée : il dure, en effet, 31 minutes, et ce, pour seulement 5 titres. C'est un des cas, pour les rééditions, où on aurait très bien pu mettre les titres bonus sur le même CD que l'album original (c'est aussi le cas pour les disques bonus de Led Zeppelin II et de Houses Of The Holy, ainsi que pour CODA, même si pour CODA, c'est encore un peu différent, mais j'en reparle plus bas), mais bon, pour des soucis de linéarité, il fallait un disque à part pour les bonus. L'enregistrement de l'album ayant été fait assez vite, et dans des conditions difficiles (se référer à mon article sur l'album Presence, et à Internet en général, pour en savoir plus), il y à donc peu de rajouts sur ce disque bonus. Un seul morceau, sur les 5, est inédit : un instrumental remarquable, très doux et calme, à base de piano (ça s'emballe un peu vers la fin, mais rien de heavy) et long de plus de 6 minutes intitulé, étrangement, 10 Ribs & All/Carrot Pod Pod (Pod). Le reste de ce companion disc à la qualité audio excellente ne propose que des prises alternatives et rough mixes de 4 des 7 titres de l'album. Pour Royal Orleans, c'est une version alternative interprétée par je ne sais trop qui (Page ? Bonham ? Jones ?), mais pas par Plant. Une voix éraillée, comme caricaturale, surtout au début. On a l'impression que le groupe s'est amusé, ici (musicalement, c'est pareil au morceau final : seule la prise de voix change), mais le résultat est un peu, comment dire...marrant, mais parfois pénible. Pour For Your Life, Hots On For Nowhere, c'est assez similaire au résultat final. Et on a Achilles Last Stand, nommé ici de son ancien titre Two Ones Are Won. Les paroles sont, il me semble, identiques. En fait, si on excepte quelques variations dans le solo de guitare et les vocalises de Plant vers la fin, cette version est grosso merdo identique à l'originale, tellement, même, que je me suis demandé si je ne m'étais pas fait refiler le disque de l'album à la place du disque bonus (cette version alternative d'Achilles Last Stand ouvrant le disque bonus, comme la version originale ouvre Presence) ! Bref, dans l'ensemble, ce disque bonus est décevant, car un seul morceau vraiment inédit, le reste ne proposant que des version vraiment très similaires aux versions définitives (sauf Royal Orleans, mais cette version n'est pas terrible). A la place, j'aurais aimé quelqus titres live issus des concerts de la tournée 1977... bon, pour ça, je possède plusieurs bootlegs, donc ça va...

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In Through The Out Door, maintenant. Visuellement, c'est assez différent des autres rééditions, il faut commencer par là. L'album, à l'époque (1979), fut vendu dans une surpochette de papier kraft (avec titre et, au dos, liste des morceaux), et la pochette, simple, proposait une vue d'un homme accoudé à un comptoir de bistrot un peu cradingue. En fait, six vues différentes, pour six pochettes différentes, l'acheteur, au moment de prendre le disque dans sa pochette kraft, ne sachant pas quel visuel il allait avoir. Pour le CD, non seulement le kraft fut viré, mais une pochette fut sélectionnée, et une seule. C'est aussi le cas pour cette réédition, mais on a repris la surpochette de kraft. Dans cette pochette, on a le boîtier cartonné simple de l'album original, le boîtier cartonné simple (en pochette négative, visuel ci-dessus) du companion disc, et entre les deux, le livret. C'eest donc le seul cas où on a deux pochettes au lieu d'une, pour la réédition du catalogue (je ne compte pas Physical Graffiti, pour lequel fut reproduit, en CD, l'artwork original). Là encore, je ne parlerai pas du disque original, si ce n'est pour dire qu'il a été aussi correctement remastérisé que le reste. Le disque bonus propose, pour une durée similaire à l'album original (soit 42 minutes), 7 titres, soit autant que l'album. Ce qui n'est pas étonnant, car le disque bonus ne fait que proposer des versions alternatives des 7 morceaux de l'album, dans le même ordre ! Si certains titres peuvent paraître trompeurs (The Hook pour All My Love, The Epic pour Carouselambra, South Bound Piano pour South Bound Saurez, Blot pour I'm Gonna Crawl), dans l'ensemble, on a affaire ici à la même chose que l'album. Durées similaires (comme je l'ai dit, les deux disques font, à quelques secondes près, la même durée) et vraiment peu, très peu de distinction à faire entre l'original et le rough mix ou version alternative. Les paroles sont les mêmes, on a l'impression d'écouter deux fois de suite (si on écoute l'album et ensuite le disque bonus) le même album. Quand on sait que cet album n'est pas du tout le meilleur du groupe (si on excepte CODA, disque de chutes de studio, c'est même leur pire album), on gémit un peu... Il n'y à que pour The Epic (Carouselambra) qu'à la rigueur, on a des différences, vers la fin. Niveau qualité audio, c'est très bon, parfois un peu moins bien que pour l'album original, mais quand même de bonne qualité. Niveau offre, ce disque bonus, en revanche, est un bon gros foutage de gueule, et clairement le moins intéressant de l'ensemble du catalogue des rééditions... Cette réédition 2015 n'est à conseiller donc qu'aux fans hardcore de Led Zeppelin. Pour les autres, si vous avez l'ancieen CD, restez-en là.

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Enfin, le cas de CODA. Sorti en 1982 sous une des pochettes les plus abominables jamais faites (reproduite en négatif ci-dessus, c'est le verso du boîtier de la réédition), cet album n'en est pas vraiment un : c'est en réalité un disque de chutes de studio, 33 minutes (oui, il est très court) constituées de morceaux issus des sessions de 1970, 1972 et 1978 (plus un titre de 1976 enregistré à Montreux), des morceaux qui, à l'époque, ne furent pas utilisés soit parce que le groupe ne les estimait pas bons, soit par manque de place, soit parce que non finalisés (certains le seront en studio en 1981/82,pour être mis sur CODA). Encore une fois, je ne parlerai pas en détail de l'album : il a été bien remastérisé, comme les autres. Qualitativement, c'est dans l'ensemble assez médiocre, surtout sur sa seconde face (titres 5 à 8). Le disque bonus, en revanche, il y à des choses à dire. Enfin, les disques bonus, car il y en à deux. Champagne ! Mais en fait, non, pas champagne, car la durée de ces deux companion discs est de respectivement 30 et 33 minutes, ce qui signifie qu'en fait, un seul disque bonus aurait pu être utilisé au lieu de deux. La réédition de CODA est vendue aux alentours de 20 € au lieu des 16 ou 17 € pour les autres (Physical Graffiti, triple CD lui aussi car double album à la base, excepté, encore une fois), et cette hausse de prix n'est pas justifiée car ces deux disques bonus ne le sont pas. Là, c'est vraiment un gros coup de gueule de ma part (si on rajoute le fait que le second disque, glissé dans l'intérieur du volet central avec le livret, n'est pas évident à prendre sans risquer, un jour, d'user la pochette et de la déchirer, ça en rajoute au coup de gueule). Musicalement parlant, en revanche, ces deux disques (respectivement 8 et 7 titres) sont du Grand Art. Oui, OK, cette version alternative dite work in progress de Bonzo's Montreux, ou cette prise rough mix et instrumentale de Walter's Walk, sans oublier cette version alternative (et très similaire à l'originale) de We're Gonna Groove - trois morceaux issus de CODA - ne sont pas essentielles. Mais le reste... On a une prise rough mix de Everybody Makes It Through, futur In The Light, qui est excellente (la réédition de Physical Graffiti en proposait une autre, pas la même, je le précise, car plus courte) ; on a un rough mix remarquable de Bring It On Home qui est selon moi supérieur au morceau original, voilà c'est dit ; on a une prise rough mix de When The Levee Breaks, encore appelée If It Keeps On Raining ; on a un instrumental saisissant, St. Tristan's Sword, datant de 1970 ; on a surtout ces raretés que sont Sugar Mama, Baby Come On Home et Hey Hey, What Can I Do, ce dernier ayant été publié en 1970 en face B d'Immigrant Song (une ancienne édition CD de CODA, présente dans un coffret d'intégrale, le proposait). Last but certainly not least, le deuxième companion disc s'ouvre sur deux titres enregistrés en 1972 à Bombay, en Inde, avec l'orchestre symphonique local : Four Sticks (renommé Four Hands ; seul l'orchestre joue sur cette version instrumentale) et Friends (chanté). Sublimissime et culte. Voilà de quoi faire un peu pardonner le fait qu'on ait deux disques bonus pour la valeur d'un seul (64 minutes en tout, en deux disques). Voilà, aussi, de quoi faire pardonner le ratage du disque original, et le ratage du disque bonus d'In Through The Out Door, ainsi que la platitude du disque bonus de Presence et de Led Zeppelin II. Cette réédition de CODA est probablement la plus réussie, en gros, de l'entier catalogue réédité de Led Zeppelin, ce qui est paradoxal quand on sait que l'album concerné est leur pire !

Presence :

Two Ones Are Won (Achilles Last Stand)

For Your Life

10 Ribs & All/Carrot Pod Pod (Pod)

Royal Orleans

Hots On For Nowhere

In Through The Out Door :

In The Evening

South Bound Piano (Suth Bound Saurez)

Fool In The Rain

Hot Dog

The Epic (Carouselambra)

The Hook (All My Love)

Blot (I'm Gonna Crawl)

CODA :

CD 1

We're Gonna Groove (alternate version)

If It Keeps On Raining (When The Levee Breaks)

Bonzo's Montreux (alternate)

Baby Come On Home

Sugar Mama

Poor Tom (instrumental)

Travelling Riverside Blues

Hey Hey, What Can I Do

CD 2

Four Hands (Four Sticks) - Bombay 1972

Friends - Bombay 1972

St. Tristan's Sword (rough mix, instrumental)

Desire (The Wanton Song) - rough mix

Bring It On Home (rough mix)

Walter's Walk (rough mix, instrumental)

Everybody Makes It Through (In The Light) - rough mix



"Just A Story From America" - Elliott Murphy

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Avant-dernier article, sur le blog, concernant Elliott Murphy - avant-dernier, pour le moment, plutôt, car il n'est pas exclu qu'un jour ou l'autre, une fois que les deux articles (dont celui-ci) qu'il me reste à faire de lui seront publiés, je refasse d'autres chroniques le concernant. Mais ça ne sera pas pour tout de suite, en même temps. Voici donc à nouveau Elliott Murphy à l'honneur, avec son quatrième album studio (et quatrième tout court, il n'avait pas encore sorti de live), un disque sorti en 1977 et qui marchera assez bien. Un disque dont la pochette se retrouve parfois dans des listes du style 'meilleurs albums de rock des années 70', en tout cas, une pochette certes sobrissime, mais très iconique et connue, montrant, sur fond blanc, et dans le coin gauche, Elliott, emmitouflé dans son manteau, adossé contre le bord de la pochette, à moitié hors-cadre (au dos de pochette, rien d'autre que les crédits, sur fond blanc ; mais dans la pochette, une sous-pochette avec les paroles et, sur un côté, une photo couleur de Murphy). L'album s'appelle Just A Story From America. C'est un de ses albums les plus connus, donc, et adulés des fans, avec le précédent, Night Lights (1976), dont il reprend clairement le style rock à la Springsteen. On sent, ici, la même ambiance que sur le (futur, il date de 1980) double album The River du Boss. Chose amusante, chacun de ces deux albums possède une chanson intitulée Drive All Night, mais il s'agit de deux chansons totalement différentes. La chanson du Boss, longue, est connue des fans, pas vraiment du grand public. La chanson de Murphy, présente donc sur Just A Story From America est, elle, plus connue, elle a eu l'honneur d'un single. Le single n'a pas été un succès monstrueux, mais quand même.

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Murphy a souvent eu le coup de génie de s'entourer de musiciens hors pair, pour ses albums. Après notamment Gene Parsons (Aquashow), Jim Gordon (Lost Generation) ou Doug Yule, Billy Joel et Ernie Brooks (Night Lights), il s'est entouré, ici, dans ce disque enregistré à Londres, de Phil Collins (batterie) et Mick Taylor (guitare, ancien des Stones), excusez du peu, et ce, même si Taylor ne joue pas sur tout. Dave Markee (basse), Peter Oxendale (claviers), Steve Gregory et Chris Mercer (saxophones), notamment, complètent la distribution de ce disque produit par Robin Geoffrey Cable, et sur lequel Murphy joue de la guitare, de l'orgue Farfisa, de l'harmonica, des marimbas et autres percussions, de l'harmonium et de la 'guitare portugaise', en plus, évidemment, de chanter, et de signer paroles et musiques de tous les morceaux. Morceaux au nombre de 9, pour un total, plus court que de coutume, de 34 minutes. Et tout comme pour Night Lights, que du lourd, ici, que du bon, du grand, du géant, même. Drive All Night ouvre l'album en fanfare, cette chanson est une des plus grandes d'Elliott Murphy, et le fait qu'elle ne soit pas plus connue que ça est, en soi, un vrai affront à la face du rock. Summer House, Rock Ballad, Anastasia (au sujet un peu glissant : un homme amoureux d'une jeune, très jeune, très très jeune femme, une mineure), Just A Story From America ou Darlin' (And She Called Me) sont de vraies merveilles, et la seule chose à dire de négatif ici, c'est : pourquoi ce disque ne dure-t-il pas plus longtemps ?

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Que ce soit du pur rock (Drive All Night, Caught Short In The Long Run, Let Go) ou des chansons plus calmes (la chanson-titre, Anastasia), les neuf titres de ce Just A Story From America s'imposent. D'ailleurs, comme pour, dans un sens, prouver qu'avec ce disque, il a atteint une vraie plénitude, un niveau désespérément élevé, Murphy mettra 5 ans avant de refaire un album. Ca sera Murph The Surf, au titre ridicule, à la pochette un peu série B, publié sur le label AZ (au moins le troisième label, après RCA et Columbia/CBS, pour Murphy !), et qui sortira donc en 1982. J'en reparlerai bientôt. En attendant, je ne peux que vous conseiller ardemment l'écoute de cet album qui, contrairement aux autres que j'ai abordés ici, est facile à trouver en CD, lui : il n'est peut-être pas aussi facile à trouver qu'un disque de Bruce Springsteen (ami et 'rival' de Murphy ; 'rival' heureux, car il est plus commercial et populaire que lui), mais il a le mérite d'exister en CD, ayant été réédité en 2013 pour l'édition la plus récente. Un grand disque, un des meilleurs de Murphy et probablement un des meilleurs de 1977.

FACE A

Drive All Night

 Summer House

Just A Story From America

Rock Ballad

Think Too Hard

FACE B

Anastasia

Darlin' (And She Called Me)

Let Go

Caught Short In The Long Run

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29 juillet 2015

"Live : Oy Vey, Baby" - Tin Machine

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Et c'est ainsi que se termine la période Tin Machine : sans tambour ni trompette, par un petit album live sorti discrètement en 1992 à la suite d'une tournée mondiale (le It's My Life Tour) qui ne sera pas un succès des plus retentissants (il y aura quand même du monde pour aller les voir, hein, mais le groupe jouait dans de petites salles, volontairement, pas dans des arenas), ni commercial (surtout), ni critique. Court, trop court même (il n'offre que 8 titres, pour un peu moins de 50 minutes !), cet album live de Tin Machine, et troisième album du groupe, s'appelle d'un titre amusant mais un peu idiot, inspiré au batteur du groupe (Hunt Sales) d'après celui de l'album que U2 sortit en 1991, Achtung Baby. Le groupe a donc appelé son live : Live : Oy Vey, Baby. Il paraît qu'un autre album live était prévu, et que celui-ci, en allusion parodique aux Use Your Illusion (1991 aussi) des Guns'n'Roses, était pressenti pour s'appeler Use Your Wallet... Tout un programme. Ce deuxième album live ne sortira jamais, vu le peu de succès commercial du premier (qui fut quand même torpillé Disque du Mois dans Rock'n'Folk à sa sortie !). Pourtant, ce live, malgré un ou deux passages un peu chiants (Stateside, issu de Tin Machine II, est un très bon morceau, interprété par Hunt Sales, mais ce dernier n'est pas chanteur à la base, et sa voix est un peu irritante, surtout qu'en live, il en rajoute, en fait trop ; et 12 minutes, soit deux fois la durée du morceau studio, pour Heaven's In Here, issu du premier album Tin Machine, c'est un peu trop), est très loin d'être à négliger. Tin Machine non plus, en général, n'est pas à négliger. Rappelons pour les retardataires que ce groupe peu connu, ayant oeuvré de 1988 à 1992, est le groupe derrière lequel David Bowie a essayé de 'se cacher' afin de revenir aux sources après une décennie 80 dans l'ensemble épouvantable. Le groupe est un vrai groupe dans lequel Bowie est le chanteur et auteur/compositeur (et encore, il n'y à pas que lui qui signait les morceaux), joueur de guitare et de saxophone occasionnel, et entouré du guitariste Reeves Gabrels et des frangins Hunt  et Tony Sales, batterie et basse respectivement.

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Tony, Hunt, Bowie, Reeves

Aujourd'hui chiant à trouver tout comme Tin Machine II car sorti sur un autre label que les autres albums de Bowie et non réédité à ce jour, Live : Oy Vey, Baby propose donc 8 titres. Très démocratique, caro n y trouve précisément 4 titres de Tin Machine et 4 de Tin Machine II, cet album n'a donc qu'un seul défaut selon moi, sa courte durée. L'album a été enregistré durant la tournée mondiale, pas au cours d'un seul concert, mais il propose au final des extraits issus de 5 concerts différents : un extrait d'un concert de Sapporo au Japon, deux d'un concert de Tokyo, un à Boston, deux à Chicago et deux à New York. Parmi les morceaux, un est une reprise (également présente sur Tin Machine II) de Roxy Music, le remarquable, et ici très rock (l'original de Roxy Music, glam comme il se doit, est méconnaissable !), If There Is Something, issu du concert de Tokyo, et ouvrant le bal avec efficacité. Amazing, petite douceur pop/rock (sur l'amour de Bowie à l'époque, la danseuse Melissa Hurley, avec qui il ne sera plus en liaison assez rapidement après, ayant retrouvé l'amour avec Iman, épousée en 1993, et avec qui il vit toujours), issue du premier album et du concert de Chicago, suit, ainsi que le très torturé et heavy I Can't Read, aussi issu de Tin Machine (le seul album encore facile à trouver, car édité sur EMI), et ici, du concert bostonien. Stateside, qui de 5,30 minutes passe ici à 8, achève la première partie du live, un extrait du concert de New York. Comme je l'ai dit, la voix de Hunt Sales (dont les problèmes de drogue entraîneront la dissolution du groupe peu après en 1992 ; Hunt avait apparemment l'habitude rigolote mais peu subtile de jouer en caleçon sur scène, et de faire des blagounettes, peu sérieux...) est un peu forcée, il en fait trop, mais sinon, un excellent morceau. Tout comme Under The God, tuerie métallique surprenante de la part de Bowie, un morceau du premier album ici issu du concert de Sapporo. Goodbye Mr. Ed, magnificence issue de Tin Machine II, suit, le morceau le plus court du live (3,30 minutes !) issu du concert de Tokyo, un peu de brise (le morceau étant très calme, doux) avant une vraie furie, les 12 minutes (concert de New York) du bluesy et ici totalement destroy parfois Heaven's In Here, issu du premier opus. Un peu long, mais Reeves Gabrels délivre des giclées de guitare absolument dantesque, la rythmique est hallucinatoire, Bowie braille comme s'il venait d'apprendre qu'il ne pourrait plus jamais chanter une fois le morceau fini...  Le live se termine sur un extrait de Chicago, et du deuxième album du groupe, le grandiose, et ici long de 7 minutes, You Belong In Rock'n'Roll. Monumental.

Tin Machine - Oy Vey, Baby (Live) - Back

La seule chose de négative à dire, donc, c'est que ce live est trop court, 50 minutes (et encore, un tout petit peu moins). Compte tenu que durant la tournée, Bowie et son groupe ont interprété 10 des 14 titres du premier album et tout des 12 titres du second, plus des tas de reprises (de Cream - I Feel Free, que Bowie reprendra en solo sur Black Tie White Noise en 1993 -, Neil Young - I've Been Waiting For You, par Reeves Gabrels, mais que Bowie reprendra en solo en 2002 sur Heathen -, Roxy Music, des standards...mais rien de la carrière solo de Bowie), c'est peu dire que, sans aller jusqu'à faire un double album (j'aurais aimé, en même temps), il y avait de quoi rajouter environ 25 minutes de musique, ce qui aurait fait 75 minutes en tout. En plus, la qualité sonore est vraiment bonne (le CD, de 1992, possède le son pas totalement génial des éditions CD d'époque, mais mis à part ça, la prise de son est juste excellente) et l'interprétation, excellente. Dommage donc de ne pas avoir inclus, au pif, Baby Can Dance, Sorry, Tin Machine, Crack City, One Shot ou Amlapura... Mais bon, c'est comme ça, et après tout, comme je l'ai dit plus haut, il était prévu qu'un autre live sorte, à la base. Il a malheureusement été annulé. Notons aussi qu'à l'époque, une édition filmée, en VHS, sortira, plus longue il me semble. VHS n'ayant pas été refaite en DVD, et, donc, introuvable désormais. Bowie n'ayant apparemment pas envie de reparler un jour de Tin Machine, l'expérience ayant été certes salutaire pour lui d'un point de vue musical, mais cuisante sur le plan financier et critique (une fois le groupe fini, il ne rejouera plus les morceaux de cette période en live, sauf I Can't Read une ou deux fois), c'est peu dire qu'une sortie DVD et qu'une réédition du (reste du) catalogue de Tin Machine est tout sauf à l'ordre du jour. Et c'est franchement dommage. Moi, je l'avoue sans honte aucune : j'adore Tin Machine.

If There Is Something

Amazing

I Can't Read

Stateside

Under The God

Goodby Mr. Ed

Heaven's In Here

You Belong In Rock'n'Roll 

28 juillet 2015

"Night Lights" - Elliott Murphy

Night-Lights

On va à nouveau parler d'Elliott Murphy sur Rock Fever. Un album qui, il faut le dire tout de suite, enterre totalement le précédent (Lost Generation, 1975), lequel était pourtant un putain de grand disque de folk-rock (disons, plutôt, de rock 70's à légère tendance folk, comme du Springsteen de la même époque - les deux premiers albums de Springsteen, je veux dire). Mais, autant le dire tout de suite ici aussi, les premiers albums de Murphy, de son tout premier (Aquashow, 1973) à son cinquième (Murph The Surf, 1982), sont remarquables et, pour la majorité d'entre eux, intouchables. Celui-ci date de 1976, et est sorti sous une très Springsteenienne pochette, et un titre à la Billy Joel : Night Lights. Billy Joel qui, d'ailleurs, apparaît fugacement sur l'album, en tant que pianiste sur le deuxième morceau. Long de quelques 40 minutes (le plus long d'Elliott Murphy pour l'époque, mais pas de beaucoup), cet album est souvent considéré comme le meilleur du blondinet, même si c'est un peu faire affront à Aquashow que de dire ça. Pour ma part, les deux albums sont au même niveau, je préfère Aquashow car il possède une ambiance un peu particulière, plus folk à la Dylan que rock, mais les deux albums se valent totalement. Avant de parler de l'album pour de bon (il me faudra avant cela citer les musiciens apparaissant sur le disque, certains sont de vraies pointures comme vous le constaterez), une chose amusante concernant mon exemplaire vinyle de l'album (Night Lights n'existe quasiment pas en CD : une édition japonaise faite en 2008, et une édition le proposant en pack avec Lost Generation, toutes deux difficiles à trouver, sans doute épuisées et/ou non commercialisées dans certains pays) : non seulement les étiquettes de face (ou 'labels') inversent totalement le numéro de face (la face 1 est créditée face 2, et réciproquement), mais, pour la face 1, l'ordre des morceaux est indiqué en inversé ! En revanche, l'ordre est bel et bien le bon pour les sillons eux-mêmes, donc c'est juste une erreur d'impression des labels (compte tenu que le premier morceau de la face A dure quasiment 7 minutes, et que le dernier de cette même face n'en dure que 4,30, ça fait rigolo de lire une durée inversée, en constatant la taille des sillons). Je ne sais pas si cette erreur est pour tous les pressages français (comme le mien) de cet album, autrement dit, si tous les exemplaires français d'époque de Night Lights ont cette coquille, ou si c'est une rareté qui, dans ce cas, en rajoute à la valeur du skeud en ma possession. Si quelqu'un d'autre possède un vinyle pressé en France de cet album (éditeur RCA, label orange), merci de le préciser en commentaires plus bas ! Je précise que sur la pochette en elle-même (verso, image ci-dessous, pas une photo perso), l'ordre des morceaux et des faces est sans aucune erreur.

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Verso (pardon pour la qualité pourrie, c'est pas de mon fait)

Et voilà, j'ai encore bouffé un paragraphe sans vraiment parler de l'album proprement dit, grrrr. Je vais le faire, je vais le faire, il me reste juste à parler des musiciens qui jouent dessus : ceux-ci évoluent de morceau en morceau, je ne vais pas faire la précision à chaque fois, car ça me ferait bouffer encore un paragraphe pour rien, mais outre Billy Joel qui apparaît au piano sur le second titre (et uniquement celui-là), on a Jerry Harrison (ex-Modern Lovers, futur Talking Heads) aux claviers, Doug Yule (ex-Velvet Underground) aux choeurs et à la guitare, Ernie Brooks à la basse, Lou Marini et Michael Brecker aux cuivres (entre autres cuivristes)... Elliott Murphy est, en plus du chant, à l'harmonica et à la guitare (acoustique et électrique). C'est de plus lui qui coproduit l'album avec Steve Katz (qui apparaît dans les choeurs sur certains titres, et a collaboré, à la même époque, avec Lou Reed, sur notamment Sally Can't Dance). Une certaine Geraldine, qui pose sur le verso de pochette, et était apparemment, à l'époque en tout cas et peut-être est-ce toujours le cas mais je l'ignore, la copine de Murphy, apparaît en tant que lead whisper ('murmure principal') sur le second morceau, Deco Dance, lequel est par ailleurs très riche en cuivres (c'est même le seul morceau avec des cuivres). Bon, l'album, maintenant. Comme il a été dit à son sujet dans un assez volumineux hors-série de Rock'n'Folk consacré aux meilleurs albums de tous les temps (cet album est le seul de Murphy à s'y trouver), Night Lights est un disque qu'Elliott Murphy devrait, selon toute logique, détester ; car il est souvent considéré par la presse et les fans comme son sommet, comme je l'ai dit plus haut. L'album que tout le monde cite, celui que tout le monde rappelle quand Murphy en sort un autre, l'air de dire ah, ce nouvel album est très bon, mais c'est quand même pas aussi quintessentiel que cet album qu'il a sorti en 1976 et qui reste vraiment son meilleur. Un peu comme Springsteen, justement, avec Born To Run, ou Lou Reed avec Transformer et/ou Berlin, ou encore Dylan avec Blonde On Blonde et/ou Blood On The Tracks. Il faut dire que cet album assure.

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Courant des années 70 (vers 1974 ?) avec Bruce Springsteen

Rien que son premier morceau, long de 6,50 minutes, Diamonds By The Yard (proposé en clip plus bas, avec le morceau suivant à la suite sur le même clip), avec son ambiance fin de nuit de toute beauté, ses arrangements luxuriants qui me font penser, avec un an d'avance sur lui, au Bat Out Of Hell de Meat Loaf (précisément au morceau You Took The Words Right Off My Mouth (Hot Saturday Night) pour le citer), rien que ce premier morceau est un chef d'oeuvre. Rien que pour ce premier morceau, Night Lights est totalement conseillé. Mais la suite est géniale aussi : Deco Dance avec son ambiance un peu bastringue (le piano, les cuivres), Rich Girl, Abraham Lincoln Continental offrent à l'album une face A d'une grande maîtrise. Et la B s'ouvre sur une des plus belles chansons jamais pondues (car l'ensemble de l'album est signé Murphy, paroles et musique) par l'Américain exilé volontaire en France : Isadora's Dancers, une chanson absolument sensationnelle, belle comme un lever de soleil, sur la danseuse Isadora Duncan. You Never Know What You're Here For semble parler des petites gens de New York, un peu à la Walk On The Wild Side, en moins cynique et provocateur, mais est absolument sublime. Lady Stilletto semble, elle, être une chanson sur Patti Smith, et est une des toutes meilleures chansons de l'album ; quant à Lookin' For A Hero et Never As Old As You, ces deux chansons plus courtes que le reste achèvent l'album sur une note qui donne totalement envie de retourner encore une fois le vinyle et de recaser le saphir de la platine sur les premiers sillons de Diamonds By The Yard, bref, pour faire long, de réécouter l'album. Encore une fois, l'alchimie entre la voix de Murphy et la musique (sans parler des textes ; je regrette que mon exemplaire vinyle n'ait pas le feuillet des paroles) est totale, absolue. Rien d'autre à dire en final de cette chronique que de hurler haut et fort que Night Lights est un authentique sommet, un de plus, pour Elliott Murphy. De même qu'Aquashow, cet album est plus que conseillé : il est vital, crucial. Obligatoire.

FACE A

Diamonds By The Yard

Deco Dance

Rich Girl

Abraham Lincoln Continental

FACE B

Isadora's Dancers

You Never Know What You're Here For

Lady Stilletto

Lookin' For A Hero

Never As Old As You

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27 juillet 2015

"Tin Machine II" - Tin Machine

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Définitivement la moins connue et appréciée des périodes de la carrière de David Bowie, cette période 1988/1992, alias période Tin Machine... Période pendant laquelle Bowie lâcha complètement (enfin, sauf une tournée mondiale en 1990) sa carrière solo pour se consacrer à un groupe qu'il fonda avec les frangins Tony (basse) et Hunt (batterie) Sales (qui, en 1977, jouèrent sur le Lust For Life d'Iggy Pop produit par Bowie), et le guitariste Reeves Gabrels (lequel continuera de jouer avec Bowie durant toutes les années 90), ce fameux Tin Machine. Le premier album du groupe, éponyme, est sorti en 1989, et est à l'heure actuelle le seul à être encore disponible dans le commerce traditionnel, car le seul à avoir été réédité dans la série des albums de Bowie (et, d'ailleurs, en tant qu'album de Bowie, pas de Tin Machine). C'est un excellent album, très rock (Tin Machine est un pur groupe de rock, un retour aux sources pour Bowie), avec quelques chansons absolument grandioses : I Can't Read, Under The God, Crack City, Baby Can Dance, Prisoner Of Love, Run... En 1991, toujours sous la houlette du producteur Tim Palmer (oui, j'ai oublié de le dire, mais c'est lui qui a produit le premier opus du groupe !), Tin Machine publie son deuxième album studio, sobrement intitulé Tin Machine II. La pochette est nettement moins sobre, on voit une rangée de quatre statues antiques de type Kouros, nues (comme toute statue antique qui se doit), les choses de la vie certes molles, mais bien en vue (cette pochette sera censurée, on s'en doute, dans certains pays, où on floutera les bites des statues). Cet album et le suivant (un live de 1992, qui sera le dernier album de Tin Machine avant que Bowie ne revienne à sa carrière solo en 1993, définitivement) n'est pas disponible dans le commerce à l'heure actuelle, ou alors, en occasion sur le Net ou en magasins spécialisés, des anciennes éditions d'époque. Sans doute parce que cet album et le suivant ont été édités sur le label Victory Music, et pas sur EMI...

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Reeves, Tony et Hunt, Bowie

La période Tin Machine fut plutôt bien accueillie par la presse à l'époque (le Live : Oy Vey, Baby de 1992 fut même élu Disque du Mois de Rock'n'Folk à sa sortie), mais commercialement parlant, ce ne fut pas la panacée, et on ne s'étonnera donc pas qu'elle soit aussi peu connue de nos jours (une fois Tin Machine fini, Bowie ne chantera plus jamais aucun titre de cette période, sauf I Can't Read une fois ou deux, en live ; c'est regrettable). A sa sortie, Tin Machine II fut bien accueilli, mais ne marchera pas des masses, moins que le premier opus qui, lui aussi, ne cassera pas la baraque. Long de 49 minutes, cet album très bien produit et très rock est pourtant meilleur que le premier, lequel était déjà une belle réussite dans son genre, pas parfait (une reprise un peu trop tapageuse du Working Class Hero de Lennon, et deux-trois chansons un peu anodines), mais franchement loin d'être honteux. Mais là, c'est vraiment du bon boulot. On notera que Hunt Sales, le batteur, chante à deux reprises ici, sur Stateside (le morceau le plus long de l'album avec 5.30 minutes, assz bluesy, enfin, bluesy pour Tin Machine et Bowie, bien entendu) et sur le nettement plus court et franchement génial Sorry (Stateside, quant à lui, est très très bon). Le reste, c'est Bowie, qui tient guitare, claviers et saxophone, selon les occasions (la guitare principale, c'est Gabrels). Au programme de cet album, de vrais morceaux de choix qui ne sont connus que des fans de Bowie : Baby Universal (bien cintré en ouverture !), le très pop One Shot, le remarquable You Belong In Rock'n'Roll, le fantastique Amlapura, les simplistes mais efficaces Shopping For Girls et A Big Hurt, le sublime Goodbye Mr. Ed, et une reprise, If There Is Something, chanson du répertoire de Roxy Music (issue de leur premier album, de 1972), qui, très nerveuse, est vraiment géniale. Seule You Can't Talk est un peu anodine, et encore... A noter qu'un morceau caché d'une minute, instrumental, à base de guitare et de saxo, est en final de l'album, en treizième piste : Hammerhead.

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Verso du livret CD

Accompagné d'une tournée mondiale du nom de It's My Life Tour (allusion au verso de pochette de l'album), Tin Machine II est donc un album plus abouti que le précédent opus, ce qui ne l'empêche pas d'être, globalement, ultra méconnu et même franchement négligé, les gens ayant généralement tendance à passer de Never Let Me Down (1987) à Black Tie White Noise (1993), quand ils écoutent Bowie et/ou découvrent sa discographie. Bien sûr, le fait que cet album et le suivant (le live, que j'aborde prochainement) ne soient, aujourd'hui, pas évidents à trouver dans le commerce y est pour quelque chose, mais Internet, ça existe, les mecs. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore cet album (et cette période de Bowie en général), et qui ont envie de prendre le temps d'essayer de le trouver quelque part (Web, magasin spécialisé en occasions...), vous ne le regretterez pas. Ne révolutionnant rien, cette période de Bowie lui a cependant permis de revenir aux bases, du rock pur et dur, à mille lieues des dérives pop/dance de la période 1983/87, période dans l'ensemble abominable. Le retour aux affaires en solo, pour Bowie, aura lieu en 1993, suite à la fin de Tin Machine, le batteur du groupe, Hunt Sales, ayant des problèmes de came et le groupe devenant ainsi difficilement gérable. Bowie mettra deux ans avant de revenir au niveau vraiment remarquable qu'il a sur Tin Machine II. Et donc, en final de cette période, un an après cet album, en 1992, sortira un live que j'aborde bientôt, live bien représentatif, d'ailleurs, car on y trouve 4 morceaux par album de Tin Machine (soit, oui, 8 en tout).

Baby Universal

One Shot

You Belong In Rock'n'Roll

If There Is Something

Amlapura

Betty Wrong

You Can't Talk

Stateside

Shopping For Girls

A Big Hurt

Sorry

Goodbye Mr. Ed

Hammerhead

26 juillet 2015

"Lost Generation" - Elliott Murphy

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En abordant Aquashow récemment, j'ai dit que ce premier album d'Elliott Murphy (chanteur/auteur-compositeur de rock à tendance un peu folk, digne rival - et ami - de Bruce Springsteen pour la même époque, mais ayant eu moins de succès que lui dans son propre pays), sorti en 1973, et absolument grandiose, ne serait pas le seul de lui que j'aborderai. Promesse tenue, car voici le deuxième album d'Elliott Murphy (et je compte aussi aborder ses trois albums suivants ici prochainement), un album sorti en 1975 sous une pochette que je n'hésite pas à qualifier d'un petit peu ridicule (on a l'impression que Murphy posee en Jésus glabre, sur la pochette, sa pose est, de plus, quelque peu précieuse). Heureusement, la pochette est bien la seule chose à retirer de ce disque. Disque qui s'appelle Lost Generation, dure dans les 37 minutes (n'ayant que le vinyle, et comme il n'existe pas de page Wikipédia, même en anglais, sur ce disque, c'est pas évident de dire avec exactitude la durée de l'album ; en additionnant rapidement les timings des morceaux ça fait environ 37 minutes, soit autant qu'Aquashow), et contient 10 titres qui, franchement, se battent en duel pour savoir qui est le meilleur d'entre eux. Traduction : difficile de dire quel morceau, sur l'album, est meilleur que les autres. Tout ceci, pour vous dire le niveau de cet album. Déjà qu'Aquashow (super bien accueilli par la presse à l'époque, mais dont le succès commercial sera moyen) était fantastique... En plus, tout le monde la connaît, la réputation du deuxième album, que l'on dit toujours difficile à faire : il faut, en effet, faire mieux que le premier, ce qui peut être compliqué quand le premier album a marché et est une réussite artistique. Certains groupes ou artistes ont réussi l'exploit de faire aussi bien, voire mieux encore, avec leurs deuxièmes albums (au choix, Oasis, Radiohead, Bruce Springsteen, Bob Dylan, Led Zeppelin ou bien Emerson, Lake & Palmer) ; d'autres n'ont pas marqué le coup (U2 bien que leur October soit très bien, mais ça ne suffit pas ; ou bien encore David Bowie).

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Pour Elliott Murphy, Lost Generation était vraiment une gageure ; il fallait vraiment réussir à sinon dépasser, du moins égaler Aquashow. Je vais le dire direct, il n'a pas réusi à faire mieux que la housse à cathédrale qu'est Aquashow. Mais il a fait au moins aussi bien, et rien que ça, c'est immense. Aidé par Paul A. Rothchild (légendaire producteur des albums des Doors jusqu'à Morrison Hotel, et producteur du génial et posthume album de Janis Joplin, Pearl ; pour ne citer que ça), et accompagné de musiciens de grand talent (et certains très connus : le batteur Jim Gordon - dont la suite de la vie sera des plus tragiques, il tuera sa mère à coups de marteau, ayant entendu des voix dans sa tête l'encourageant à le faire, et il croupit toujours en asile, aux USA, perdu à jamais - , ou bien encore le guitariste Sonny Landreth, le bassiste Gordon Edwards, et un certain Bobby Kimball, futur chanteur de Toto, aux voix de choeurs), Elliott, qui chante, joue de la guitare, de l'harmonica et du piano (et signe paroles et musique de toutes les chansons), offre un régal de rock teinté de folk, magnifiquement produit, sensiblement interprété (sa voix, qui évoluera bien des années après, est à l'époque assez fluette et des plus agréables ; agréable, elle l'est toujours, mais son timbre a évolué, plus grave et mûr), et très proche des albums que Springsteen usinait à la même époque (très proche de ses deux premiers albums, le côté dylanien/beaucoup de paroles inclus). On parlait même de Murphy comme du rival de Springsteen, mais entre les deux, c'est le Boss qui emportera la bataille. Murphy s'installera en France courant des années 70, il y vit toujours, et son succès, chez nous, sera supérieur à celui qu'il connût chez lui. Sur Lost Generation, Murphy nous régale de chansons tout simplement sublimes, notamment la chanson-titre, qui ouvre la face B, et qui en est très probablement le sommet. Ou bien Hollywood, qui ouvre le disque. Sur ces deux morceaux, l'alchimie entre la voix de Murphy et l'accompagnement musical est totale, absolue.

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Eva Braun, Lookin' Back, History, Touch Of Mercy et les plus remuants Bittersweet et Manhattan Rock sont d'autres grands moments de beauté et de maestria d'un disque qui ne possède qu'un seul défaut, sa pochette, donc. Il faut aussi savoir au sujet de Lost Generation (dont l'édition CD, couplée parfois avec l'album suivant, est des plus difficiles à dénicher) que bien que grandiose, cet album (un des plus sous-estimés du rock des années 70, catégorie songwriters, selon moi) est sandwiché, dans la discographie d'Elliott Murphy, par non seulement Aquashow avant lui, mais, après lui (en 1976), par Night Lights, l'album suivant donc, lequel est probablement le deuxième meilleur de Murphy derrière Aquashow. Lost Generation est donc coincé entre deux monstres sacrés, mais ça ne l'empêche pas de bien les talonner, de quasiment les égaler. Production parfaite, interprétation éblouissante, morceaux sublimes, ambiance sublime également, cet album est vraiment à découvrir, ou redécouvrir de toute urgence. On le trouve difficilement, mais le clip plus bas, tant qu'il durera, en propose l'intégralité, dans l'ordre, donc, bonne écoute !

FACE A

Hollywood

Touch Of Mercy

History

When You Ride

Bittersweet

FACE B

Lost Generation

Eva Braun

Manhattan Rock

Visions Of The Night

Lookin' Back

Posté par ClashDoherty à 13:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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