Rock Fever

14 décembre 2017

"All American Boy" - Rick Derringer

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C'est vraiment super dommage que cet album ne soit pas plus connu (le fait que Philippe Manoeuvre l'ait abordé dans un livre récent dans lequel il parle d'une centaine d'albums de rock méconnus et remarquables, les albums oubliés, pourra aider à réhabiliter ce disque), car la seule chose négative à dire à son sujet, c'est sa pochette. D'ailleurs, dans son livre, dans la double page qui aborde cet album, Manoeuvre s'est permis de citer une critique d'un rock-critic (ou spécialiste du rock, je ne sais pas) anglophone qui pense que c'est la pochette de l'album qui l'a empêché de connaître le succès. Celle-ci est, en effet, assez lourde dans son genre : on voit l'auteur de l'album (le guitariste et chanteur américain Rick Derringer) outrancièrement fringué, sur fond vert clinquant, avec un lettrage type néons de night-club. Le trait est lourd, et on a l'impression d'avoir affaire à un énième disque de glam-rock à tendance hard-bourrin, à la New York Dolls, Edgar Winter Band ou Mott The Hoople. Il n'en est rien, All American Boy, sorti en 1973 (une année glam et hard), premier opus solo de Rick Derringer, est certes un disque parfois glam, parfois hard, mais, surtout, c'est du pur rock qui tue sa tantine en skis mal fartés. Et concernant Edgar Winter (frangin du regretté Johnny et tout aussi albinos que lui), il joue un peu sur l'album, et Derringer a eu l'occasion de jouer avec lui, au sein de son White Trash (le double live Roadwork de 1972, immenssémissime), ainsi que de produire son They Only Come Out At Night remarquable de 1973.

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Verso de pochette

Derringer, qui a aussi joué chez Steely Dan et Todd Rundgren, s'offre ici le luxe de faire un disque totalement dans l'esprit de son époque (clinquant, riche en grands moments guitaristiques, varié, 40 minutes de bonheur), un album qui me fait beaucoup penser au disque de Winter que je viens de citer et qui date  de la même année, ainsi qu'au plus bourrin (et datant de 1977) Bat Out Of Hell de Meat Loaf. Tous trois sont assez représentatifs d'un rock US aux limites du hard et du glam, très camp dans l'âme, ambiance The Rocky Horror Picture Show (dont Meat Loaf fit partie), et à ce sujet, le morceau Time Warp (un instrumental) présent sur l'album de Derringer n'est pas une reprise du morceau du même nom présent dans la bande-son du film culte de Jim Sharman (et sa version théâtrale antérieure) que je viens de citer, rien à voir. Je tenais à le préciser. De même que Winter fera, en 1974, un album du nom de Shock Treatment, titre qui sera aussi celui de la suite du film culte, suite sortie vers 1981, je crois, et qui est à oublier totalement (ce qui a été fait, d'ailleurs, depuis longtemps), mais je m'égare du Nord. Revenons à Rick j'ai le nom d'un petit flingue (son vrai nom est Zehringer). All American Boy renferme 12 titres dont 2 instrumentaux (l'autre s'appelle Joy Ride et dure moins de 2 minutes), et tous les morceaux ont été écrits par Derringer à l'exception de la ballade Hold, co-écrite avec Patti Smith, alors encore rock-critic et apprentie poétesse. Une très belle chanson, de même que le long (6 minutes, de loin le morceau le plus étendu) et final Jump, Jump, Jump (une autre ballade, plus belle encore). Slide On Over, Slinky semble être un hommage (ou une pique) à T-Rex et son style de chansons très glam décadent et over the top. Oui, ça m'a fait penser à du T-Rex de la même époque, en effet, du genre de celui de l'album Tanx (Rapids, Tenement Lady...). En mieux.

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The Airport Giveth (The Airport Taketh Away), avec son titre à l'orthographe antique, est une chanson sur une groupie qui voit sa rock-star préférée se barrer en avion pour un autre concert, la laissant seule et désemparée. Rock And Roll, Hoochie Koo, qui aurait mérité d'être un putain de gros tube de la mort absolue (et que l'on entendait déjà sur le live Roadwork de l'Edgar Winter's White Trash, où il était interprété non pas par Derringer, mais par Johnny Winter en invité ; Derringer, lui, interprétait Back In The U.S.A. de Chuck Berry, qu'il défenestrait grave), est absolument immense. On trouvait déjà cette chanson sur l'album Johnny Winter And (1970) de Johnny Winter, album remarquable sur lequel officiait...Derringer (lequel Derringer a fait partie des McCoys, groupe de rock 60's ayant livré une version anthologique, en 1965, de Hang On Sloopy). Cette version de la chanson, laquelle a été écrite par Derringer, est la meilleure, avec des choeurs féminins inoubliables et un rythme effréné. Elle ouvre l'album en fanfare et en est un des meilleurs titres, mais oublier Teenage Girl, Uncomplicated, Teenage Love Affair et Jump, Jump, Jump serait impardonnable. Dans l'ensemble, cet album très dans l'air de son temps est probablement un des meilleurs représentants du rock 70's américain. C'est vraiment dommage, et même honteux, qu'il soit aussi peu connu...

FACE A

Rock And Roll, Hoochie Koo

Joy Ride

Teenage Queen

Cheap Tequila

Uncomplicated

Hold

FACE B

The Airport Giveth (The Airport Taketh Away)

Teenage Love Affair

It's Raining

Time Warp

Slide On Over Slinky

Jump, Jump, Jump

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12 décembre 2017

"Is This The Life We Really Want ?" - Roger Waters

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On l'attendait comme le Messie (ou son demi-frère) depuis pas mal d'années, le voici enfin arrivé en 2017 (pas récemment, hein, mais en juin ; j'ai pas été très réactif, pour le coup) : le nouvel album solo de Roger Waters. Quand même, ça faisait depuis, attendez, heu, 1992 putain, 1992, qu'il n'y avait pas eu de nouvel album solo (et studio) de Waters. Cobain était encore en vie, putain ! Noir Désir défouraillait Tostaky ! Tonton était encore Président ! J'avais 10 ans ! Tu te rends compte, toi, t'étais peut-être même pas encore né, vérifie auprès de tes vieux  ! Enfin, bref. Waters, ex-bassiste/chanteur/lider maximo de Pink Floyd jusqu'à ce qu'il se fasse lourder en 1983 après un The Final Cut certes remarquable mais trop anti-floydien, Waters, a lancé sa carrière solo en 1984 avec The Pros And Cons Of Hitch-Hiking, un album dont il avait imaginé la trame en 1978/1979 en même temps que celle de The Wall, proposant les deux projets à ses comparses du Floyd qui choisiront un mur au lieu de ses avantages et inconvénients de faire du stop. L'album était très bien (il l'est toujours), mais on a du mal à entrer dedans quand même. En 1987, la même année que l'album du retour du Floyd (A Momentary Lapse Of Reason, que Waters critiquera, alors que son propre album ne marchera pas aussi bien ; mais force est de constater que cet opus floydien est leur moins bon), Waters publie Radio K.A.O.S., un disque aujourd'hui daté (production) mais renfermant quelques bons moments, je l'aime beaucoup, et je sais, ça fait pas crédible, mais c'est pourtant vrai.

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En 1989/1990, Waters refait le spectacle The Wall en live, un album live sortira en 1990. Puis, en 1992, Amused To Death, grandiose album, certes un peu long (72 minutes, ce genre), mais vraiment bluffant et à ce jour, son sommet absolu. En 2000, un double live anthologique, In The Flesh, sort. Et en 2015, une autre version live de son spectacle The Wall. Ce que personne ou presque ne savait, c'est qu'à partir de 2010, et jusqu'en 2017, Waters (qui participera, en 2008, la reformation unique du groupe pour le Live 8) préparera et enregistrera, lentement mais sûrement, son quatrième opus studio solo, lequel, sous le nom de Is This The Life We Really Want ? et une pochette des plus hideuses (un texte caviardé de marqueur noir, mis à part les différents mots du titre de l'album, au fil des lignes), sortira donc en juin 2017, en CD et vinyle. Ne possédant l'album que sous ce deuxième format (la photo ce-dessous montre la version vinyle, ce n'est pas une photo perso), j'indique le tracklisting du vinyle, qui de toute façon, hormis la précision du changement de face (il est double en vinyle, ce qui est un peu exagéré car l'album ne dure que 54 minutes en tout), est identique au CD : 12 titres en tout, de la même durée et dans le même ordre. Trois morceaux, tous remarquables, seront publiés en avant-première : Smell The Roses, Déjà Vu et The Last Refugee. Wait For Her sortira, lui, après l'album. Enregistré avec notamment Jonathan Wilson (Gentle Spirit, Fanfare, albums grandioses de folk-rock psychédélique), Nigel Godrich (producteur historique de Radiohead...et de cet album) et Joey Waronker, cet album n'est pas le sommet de Waters qui reste Amused To Death, mais  c'est malgré tout un remarquable opus, bien watersien, qu'il faut écouter plusieurs fois pour bien s'en imprégner.

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Is This The Life We Really Want ? est un disque qui, comme le précédent, est assez engagé, politiquement parlant. Dans Déjà Vu, Waters critique de manière très acerbe la manière dont évolue notre monde (rien que le titre de l'album, qui est aussi celui d'un des morceaux, est sans équivoque, de toute façon), et se dit que s'il avait été Dieu, il aurait fait un meilleur boulot que l'actuel démiurge impalpable. The Last Refugee parle des migrants, de leur détresse, des dangers qu'ils encourent. Poignant. Ne citant jamais l'actuel Président des Zuhéssa (vous savez bien, ce connard blondinet qui va très probablement tous nous faire tuer à force de provocations inutiles et dangereuses avec ceux avec qui il ne faut pas déconner), mais l'ayant toutefois apparemment bien dans son viseur et avec le doigt opérant une bonne pression sur la gâchette, Waters livre ici un disque incroyable, très cinématographique (comme à son habitude, des bruitages, mais aussi des allusions, musicales, au Floyd, il n'a pas pu s'en empêcher, et personne ne viendra lui gueuler dessus pour ça, en tout cas, pas moi), un album à lire et à écouter en même temps, heureusement que les paroles (Part Of Me Died, Smell The Roses, notamment, en ont de grandioses) sont imprimées sur les sous-pochettes et/où le livret CD. Is This The Life We Really Want ? est donc un incroyable album, inespéré de la part de celui dont on attendait, avec un espoir de plus en plus mince, depuis 25 ans, le nouvel album studio. Hurlant ou murmurant, lyrique ou rock, engagé ou mélancolique, Waters est ici en grande forme, et ça fait du bien par où ça passe ! J'ose le dire : même si le dernier cru solo de David Gilmour (guitariste/chanteur/deuxième leader de Pink Floyd, je le rappelle), Rattle That Lock en 2015, était excellent, ce nouvel opus de Waters lui est supérieur, si, si !

FACE A

When We Were Young

Déjà Vu

The Last Refugee

FACE B

Picture That

Broken Bones

FACE C

Is This The Life We Really Want ?

Bird In A Gale

The Most Beautiful Girl

FACE D

Smell The Roses

Wait For Her

Oceans Apart

Part Of Me Died

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09 décembre 2017

"Clutching At Straws" - Marillion

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Ca faisait longtemps que je n'avais pas parlé de Marillion (et je n'en ai pas parlé souvent, d'ailleurs ; entre le nombre d'albums abordés sur le blog et le nombre d'albums qu'ils ont fait et continuent de faire, j'ai encore de la marge avant d'en avoir abordé ne serait-ce que le tiers !), et ce disque-ci me tenait particulièrement à coeur. Sorti en 1987, cet album est très important dans l'histoire du groupe de rock progressif anglais. Il marque en effet la fin d'une ère, leur première. Fish, leur chanteur aux bariolages scéniques amusants (comme Peter Gabriel, auquel il ressemble beaucoup vocalement parlant, il se peinturlurait le visage en concert), quittera en effet le groupe juste après la fin de la tournée promotionnelle (1988) et sera remplacé par celui qui, à l'heure actuelle, est toujours leur chanteur, Steve 'H' Hogarth, au timbre vocal des plus différents. Quatrième album studio de Marillion, Clutching At Straws (dont le titre signifie 'se raccrocher aux branches') est sorti sous une sombre pochette absolument magnifique qui, pourtant, ne fut pas le choix initial du concepteur et du groupe. Sur cette pochette définitive on voit le Jester (l'emblème du groupe, un bouffon) en tenue casual (mais avec son bonnet bariolé à clochettes glissé dans le pantalon), adossé à un comptoir de pub, seul personnage en couleurs de ce mélange entre peinture et photo. Les membres du groupe sont difficilement visibles, au fond. Les autres personnages sont des personnalités telles que Lenny Bruce et Truman Capote. Au dos, on voit le groupe autour d'une table de billard, avec d'autres personnalités peintes : James Dean, John Lennon et Jack Kerouac. Toutes ces célébrités, d'horizons et d'époques diverses, étaient décédées à la sortie de l'album et sont les héros de Fish.

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Long de 52 minutes en CD (le vinyle ne contient pas Going Under, et ne dure donc que 49 minutes), Clutching At Straws a été enregistré par un groupe au bord de l'implosion totale. On ne le dirait pas à voir la photo du groupe, plus bas (Fish est assis, hilare), mais les tensions étaient nombreuses durant les sessions, les affrontements entre Fish et le groupe étaient fréquents, parfois même à la limite du physique. La séparation d'avec le chanteur semblait totalement inévitable. Une page se tourne avec cet album (qui sera suivi, en 1988, du double live Thieving Magpie, qui fut enregistré durant la tournée de l'album), une belle page, les quatre albums studio faits avec Fish faisant tous partie des sommets de Marillion. Et parmi eux, Clutching At Straws, disque entièrement maîtrisé et très sombre, est incontestablement le maître oeuvre. Voire même le sommet absolu de l'entière discographie de Marillion, même si Brave (1994) est au moins aussi grandiose, dans un tout autre registre. Mais Brave, c'est différent : l'album est si grandiose que Marillion aurait pu se séparer ensuite sans qu'il n'y ait trop de regrets de la part des fans, le groupe serait parti la tête très haute. Clutching At Straws, lui, respire à fond la fin de cycle, et on ne pouvait pas imaginer une autre issue, à sa sortie, que le départ de Fish. Clutching At Straws, disque quasiment autobiographique, dans un sens, c'est un peu le Abbey Road du groupe, et Brave, leur Exile On Main St., pour schématiser. Comme je l'ai dit, cet album de 1987 est quasiment autobiographique. On y suit, au fil des chansons (qui, souvent, s'enchaînent sans pause, notamment les trois premières, vraie suite dans l'album), la vie de Torch, un jeune homme de moins de 30 ans, fêtard alcoolique et drogué en pleine déprime sentimentale, noyant ses malheurs dans la tise, essayant d'oublier le ratage de sa vie (mariage foiré, paternité ratée, chanteur sans succès...). 

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Toutes les chansons, dont les paroles sont heureusement incluses dans l'album, sont créditées d'un lieu distinct, une chambre d'un hôtel ou un bar quelconque, lieu de l'écriture de la chanson, soit par Fish (probablement), soit par son alter-ego de papier pour l'album, Torch. Tout du long de ce passionnant album, les ambiances sombres, dépressives (mais toutefois très progressives et illustrées par de sublimes soli de guitare de Steve Rothery, en immense forme ici) se succèdent. Les classiques aussi : parlez d'un fan de Marillion de White Russian (titre en jeu de mots, 'white russian' étant un nom de cocktail, mais la chanson possède aussi des allusions à la Russie), de Slainte Mhath ou d'Incommunicado (qui fut un redoutable tube à sa sortie) et vous le verrez sourire de joie. Ces trois chansons sont remarquables (Incommunicado est sans doute un peu trop popisante, ceci dit, elle n'a jamais été ma préférée de l'album), parmi les meilleures d'un album qui ne contient aucune mauvaise chanson, tout au plus Just For The Record est un peu énervante par moments. Torch Song est une complainte sublime qui parle des déboires de Torch (le titre est encore une fois un jeu de mots, 'torch song', en anglais, signifie 'chanson/ballade romantique'), que son médecin n'imagine pas atteindre l'âge de 30 ans s'il continue ses excès ainsi ; Sugar Mice est sublime elle aussi ; le final The Last Straw est grandiose, très pop FM parfois, mais remarquable (Happy Ending est une conclusion de 4 secondes consistant en des rires en fond sonore, conclusion ironique d'un album tout sauf joyeux), dotée d'un solo de guitare à faire frissonner. Et comme je l'ai dit plus haut, la triplette d'ouverture, Hotel Hobbies/Warm Wet Circles (allusion aux ronds d'humidité des verres d'alcool sur le zinc du comptoir)/That Time Of The Night (The Short Straw), est un grand moment introspectif qui fait rentrer direct l'auditeur dans l'univers torturé, sombre, dépressif et réaliste de cet album majeur, sorte de Berlin de Marillion (pour faire une autre comparaison avec un chef d'oeuvre du rock). Maestria des textes, immensité de l'interprétation tant vocale que musicale (comme s'il sentait vraiment la fin approcher, le groupe joue soudé), excellence de la production (de Chris Kimsey) et pour couronner le tout, artwork magnifique (bien que pas celui voulu à la base par son concepteur, Mark Wilkinson, auteur des pochettes des précédents opus de Marillion) : Clutching At Straws est un essentiel absolu, un chef d'oeuvre de rock progressif, mais surtout de rock, tout court. Une page se tourne, et quelle page !

FACE A

Hotel Hobbies

Warm Wet Circles

That Time Of The Night (The Short Straw)

Going Under (version CD uniquement)

Just For The Record

White Russian

FACE B

Incommunicado

Torch Song

Slainte Mhath

Sugar Mice

The Last Straw

(Happy Ending)

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08 décembre 2017

"A Pagan Place" - The Waterboys

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Relativement peu connu, difficile aujourd'hui à se choper en CD (il m'a fallu débourser 20 € pour un exemplaire neuf, mais datant de la préhistoire du format, sur le Net !), cet album est un authentique chef d'oeuvre qui mérite amplement qu'on le (re)découvre...mais, cependant, qu'on a envie parfois de garder pour soi, comme un objet de culte. Les Waterboys étaient (sont toujours, d'ailleurs) un groupe de rock irlandais, crée au tout début des années 80 et dont le leader (chant/guitare/composition) s'appelle Mike Scott. Le groupe s'est, depuis la fin des années 80 et leur mémorable, sublimissime quatrième album Fisherman's Blues (que j'ai abordé ici il y à quelques mois), spécialisé dans le rock celtique avec moult violons, accordéon, bouzouki et mandolines. Cette orientation celtique était déjà présente sur leur précédent opus, This Is The Sea (au moins aussi remarquable, et sorti en 1985), notamment via cette sublime et pour moi inusable chanson intitulée The Pan Within. Mais les deux premiers albums du groupe étaient, eux, de la pure pop-rock. Si le premier opus (The Waterboys, sorti en 1983) n'est pas parfait, il est tout de même très bon, avec notamment A Girl Called Johnny, chanson (et tube mineur) en hommage à Patti Smith. Mais c'est avec le deuxième album, sorti en 1984, que le groupe va entrer dans la légende. Ce disque s'appelle A Pagan Place, c'est cet album-ci. Sa pochette étonnante représente Mike Scott, en gros plan sur le visage (à moitié dans la pénombre), et on aurait plus l'impression d'une pochette d'album de punk ou de rock gothique à la The Cure que d'un album de pop-rock.

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En fait de pop-rock, ce disque, c'est de la big music, sous-genre de pop-rock qui a été nommé ainsi en allusion à une chanson du groupe, issue de cet album, justement. La big music, pour essayer de la décrire, c'est cette pop très produite, très forte, dont les sonorités ont un petit quelque chose d'héroïque et de volontairement pompeux. On peut citer U2 comme un bon exemple de big music, avec des albums tels que leurs premiers (jusqu'à The Unforgettable Fire de 1984 inclus), ainsi que les Simple Minds de l'époque Sons And Fascination/Sparkle In The Rain (soit 1981/1984). Concernant ces trois groupes, U2, les Simple Minds et les Waterboys, ils étaient quasiment, tous trois (et U2 partage sa nationalité avec les Waterboys), des rivaux à l'époque de la sortie de A Pagan Place. Les Waterboys obliqueront vers le rock celtique, ce qui les dissociera de leurs 'rivaux' ; U2 deviendra, en 1987, avec The Joshua Tree, définitivement hors de portée, ce qui laissera les Minds à terre (malgré un immense Street Fighting Years en 1989, le groupe de Jim Kerr et Charlie Burchill aura bien du mal à survivre pendant des années, mais est toujours là et a bien su se maintenir à flot en live). Mais revenons à nos moutons et à ce deuxième album, sorti en 1984 donc, des Porteurs d'Eau. Long de 41 minutes pour seulement 8 titres, il est une perfection absolue en la matière, d'un éclectisme sauvage (rock, pop, celtique, ballade), et sa production, bien que datant du mitan des années 80, est excellente (et signée Mike Scott).

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L'album offre deux tubes pour le groupe, deux chansons présentes sur tous les best-ofs des Waterboys : All The Things She Gave Me et The Big Music. La première est une chanson pop au refrain fédérateur et au saxophone irrésistible (signé Anthony Thislethwaite, un beau nom irlandais) que l'on a l'impression de déjà connaître par coeur quand on l'écoute pour la première fois, et la seconde, qui a donné son nom au petit courant musical dont fait partie le groupe à l'époque, est une chanson très représentative, justement (et ça tombe bien) de la big music, avec sa production hénaurme (mais pas caricaturale) et son chant héroïque de Mike Scott, qui semble interpréter cette chanson comme un athlète négocierait une course d'endurance. Les claviers sont incroyables et sonnent comme des cuivres (de toute façon, des cuivres, il y en à aussi dans l'album). Ces deux chansons sont situées à la même place sur chaque face : en seconde position. Le reste de l'album est du même niveau. Le disque s'ouvre sur Church Not Made With Hands, longue (6 minutes, mais ce n'est pas la plus longue de l'album) chanson riche en cuivres et dotée d'un excellent solo de guitare (de Mike Scott), interprétée avec la fougue et la passion coutumière du chanteur à la chevelure en broussailles. Puis on a All The Things She Gave Me, donc, et ensuite The Thrill Is Gone qui est une splendeur mélancolique celtique avec violon (de Tim Blanthorn), bouzouki (une sorte de mandoline grecque, instrument souvent utilisé pour la musique celtique irlandaise) et chant en crescendo, morceau qui donne envie de pleurer tellement c'est beau. Et la face A s'achève en fanfare avec Rags, morceau rock (le final, qui fait intervenir une guitare sensationnelle, est immense) tonitruant et ravageur, un autre beau représentant de la big music.

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Somebody Might Wave Back, morceau le plus court de l'album (moins de 3 minutes), ouvre gentiment et efficacement (un piano remarquable, signé Karl Wallinger) la face B, c'est certainement le morceau le moins époustouflant de l'album, mais n'allez cependant pas croire qu'il est moyen, oh que non. Mais les trois chansons suivantes (le reste de la seconde face) sont tellement immenses... The Big Music dont j'ai parlé plus haut arrive, suivi du morceau le plus long de l'album (8 minutes), Red Army Blues. En partie inspiré par un air traditionnel (la première partie) et en partie signé Mike Scott (la seconde partie), ce morceau émouvant et très russe dans l'âme narre le parcours d'un jeune fermier russe qui, pendant la Seconde Guerre Mondiale, part à la guerre, conscrit, y découvrira l'horreur avant de revenir au bercail, changé à jamais. Les paroles sont sublimes et tremblent de vérité (I saw my first American, and he looked a lot like me/Same kind of farmer's face, he said he come from a place called Hazard, Tennessee), certaines semblent limite des phrases historiques : Son, it's not how many Germans you kill that counts, it's how many people you set free ('mon fils, ce n'est pas le nombre d'Allemands que tu vas tuer qui comptera, mais combien de personne auxquelles tu rendras la liberté'). Encore une fois, l'interprétation de Scott, la musique, tout concourt à faire de ce morceau-fleuve (qui passe comme une lettre à la poste) un immense moment d'émotion. A Pagan Place, en final, morceau en crescendo (d'abord avec une simple guitare acoustique, puis la rythmique déboule après quelques couplets, et le tout se termine sur une immense trompette de Roddy Lorimer), est une tuerie de plus qui achève de faire de cet album un must-have total. Oui, vous l'avez compris, A Pagan Place est un album sensationnel, un des meilleurs des années 80 (et peut-être le meilleur album de 1984, année globalement médiocre malgré des albums aussi variés et réussis que The Unforgettable Fire, Powerslave, Ocean Rain, Purple Rain, Born In The U.S.A. et Rattlesnakes. Mais de tous, c'est ce deuxième opus des Waterboys qui se place en haut du classement selon moi !

FACE A

Church Not Made With Hands

All The Things She Gave Me

The Thrill Is Gone

Rags

FACE B

Somebody Might Wave Back

The Big Music

Red Army Blues : 

a) Song Of The Steppes

b) Red Army Blues

A Pagan Place

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07 décembre 2017

"Give More Love" - Ringo Starr

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Un peu en retard pour une fois (le disque étant sorti en septembre dernier), mais voici enfin abordé le dernier opus solo de Ringo Starr. L'ex-batteur des ex-Beatles en avait annoncé la sortie le jour de son 77ème anniversaire (hé ! 77 ans ! Il a encore le droit de lire "Tintin", mais plus pour très longtemps). C'est son, si je ne me trompe pas, 19ème album solo studio (il n'a pas sorti de live, de toute façon, hormis les albums de son All-Starr Band et un acoustique), et il est sorti sous une pochette qui, comment dire, heu...insiste BIEN sur le titre dudit album, Give More Love. On y voit Ringo posant, pépère, décontracté et debout, devant un décor blanc inondé de symboles de la paix et du titre de l'album, avec en plus son nom et le titre de l'album écrits en rouge et bien visible. Au dos, sur fond blanc virginal, Ringo posant, debout, avec une gigantesque paire de doigts argentés en V, sa fameuse posture depuis des lustres et des éons. Pas très original (on ne compte plus les photos de Ringo faisant ce signe de la paix), ni très subtil, mais, hey, c'est Ringo, hein, pas Bob Dylan (je rêve de voir une photo de Dylan faisant ce signe, et, de plus, souriant, mais je sais, je rêve).

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L'album offre 10 titres dans son édition vinyle (que j'ai) et 14 dans sa version CD (que j'ai aussi), et des deux versions, je préfère le vinyle malgré qu'il soit plus court (et l'album, en vinyle, dure dans les 37 minutes) : les rajouts CD sont, en effet, moyens : de nouvelles versions d'anciennes chansons (des tubes) de Ringo, essentiellement : Photograph avec Vandaveer, Back Off Boogaloo et Don't Pass Me By, trois chansons que les fans de Ringo, et des Beatles en globalité, connaissent sans doute mieux que l'hymne national de leur pays, et You Can't Fight Lightning (avec Alberta Cross), qui n'est pas une mauvaise chanson, mais c'est quand même un peu anodin. Ceci étant, ce nouvel album de Ringo Starr n'est pas non plus des plus génial, c'est dans l'ensemble très correct, ça s'écoute sans déplaisir, mais si vous espérez un album de la trempe de Vertical Man, Y Not ou du Ringo de 1973, barrez-vous, les mecs, parce que ce n'est pas le cas. Give More Love, produit par Ringo, enregistré avec Bruce Sugar (qui joue sur certains titres : programmation ou claviers), est un disque de la veine du précédent, Postcards From Paradise, c'est à dire, bien, mais pas immense, un disque un peu moyen mais compte tenu qu'il s'agit de Ringo, qu'on aime énormément le bonhomme, qu'il n'a jamais été aussi grandiose que McCartney, Lennon ou Harrison, et qu'il n'a de plus plus rien à prouver à quiconque, on se contente aisément de cet album. 

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Et puis Ringo a, comme a son habitude (une constante depuis 1973), réussi ici à s'entourer de fabuleux musiciens, de vraies pointures que je ne résiste pas au plaisir de citer : Paul McCartney d'abord, qui joue sa basse sur deux titres (We're On The Road Again et Show Me The Way, laquelle chanson n'est pas une reprise de Frampton) ; Peter Frampton, justement ; Steve Lukather (de Toto) ; Benmont Tench (claviériste des Heartbreakers du regretté Tom Petty) ; Steve Dudas ; Dave Stewart ; Nathan East ; Joe Walsh ; Edgar Winter ; Glen Ballard. Excusez du peu, excusez du lourd. Les chansons sont bien produites, certaines, comme We're On The Road Again, le morceau-titre, Electricity ou Laughable sont vraiment très très bonnes. D'autres (King Of The Kingdom, Shake It Up) peinent à convaincre, même si la nullité intergalactique de Ringo 2012 est ici vraiment évitée. Give More Love est donc un cru correct, un peu moyen mais clairement pas mauvais, de la part du doyen des Beatles, que l'on prend toujours plaisir à écouter. Un disque pour les fans ; si vous voulez découvrir l'oeuvre solo de Ringo, choisissez son album de 1973 (Ringo), ou bien Vertical Man, voire même, tant qu'à faire, son remarquable best-of de 2007, Photograph, qui fait certes l'impasse sur des albums, mais est dans l'ensemble des plus convaincants. 

FACE A

We're On The Road Again

Laughable

Show Me The Way

Speed Of Sound

Standing Still

FACE B

King Of The Kingdom

Electricity

So Wrong For So Long

Shake It Up

Give More Love

Bonus-tracks CD : 

Back Off Boogaloo

Don't Pass Me By

You Can't Fight Lightning

Photograph

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"The Kinks Are The Village Green Preservation Society" - The Kinks

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On ne va pas se mentir, je n'ai jamais été un fan des Kinks, les considérant d'abord comme des sortes de clones des Beatles teintés de Rolling Stones (c'est bien entendu un peu plus que ça, en réalité). Je ne déteste pas pour autant, et il est clair que le groupe de Ray Davies possède dans son répertoire une foultitude de grandes chansons : Waterloo Sunset (leur Penny Lane a eux), You Really Got Me, Stop Your Sobbing, Picture Book...e je sais que j'en oublie pas mal. Peu de monde, sauf les vrais connaisseurs, savent que Serge Lama s'est fortement inspiré de leur Apeman pour son Superman (écrivant de nouvelles paroles et réarrangeant le morceau). Le groupe n'a jamais vraiment obtenu le succès qu'il méritait amplement (voyez : je ne suis pas fan, mais je reconnais vraiment leur importance et leur statut), surtout pour les albums, parfois médiocres voire pire (la paire Preservation Act 1 et Act 2, de 1973/74 est difficilement écoutable aujourd'hui, surtout le deuxième, qui est double), mais parmi eux, on a quand même une belle série de classiques : Sleepwalker, Something Else, Arthur Or The Fall And Decline Of The British Empire, Lola Vs Powerman & The Moneygoround - Part 1 (ne cherchez pas la Part 2, elle n'a jamais été faite)...et bien entendu, ce disque sorti en 1968 dans une relative indifférence, ayant franchement peu marché, mais considéré comme le sommet de la carrière des Kinks : The Kinks Are The Village Green Preservation Society (dont les deux Preservation cités plus haut sont des sortes de suites tardives).

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Cet album de 15 titres (souvent courts : l'album n'atteint pas la quarantaine de minutes) est sorti en 1968 et sera donc un bide commercial en cette année de Wheels Of Fire, Electric Ladyland, Cheap Thrills et Beggars Banquet. A côté de ces albums souvent féroces, celui des Kinks semble bien gentillet. Au premier abord, oui, il l'est. De la pop british un peu psychédélique (impossible pour moi de ne pas penser à un autre album anglais de la même année ayant, lui aussi, foiré au hit-parade, mais désormais considéré à juste titre comme un chef d'oeuvre, j'ai nommé Odessey And Oracle des Zombies), vaguement conceptuelle de plus. Tout tourne autour d'un idyllique petit village anglais campagnard et de ses habitants et curiosités : la fille facile du coin, le mauvais garçon, le copain de classe qui a bien vieilli, le train à vapeur antique qui roule encore, les animaux de la ferme, la rivière qui serpente autour du village, l'amour de jeunesse... Les Kinks sont des Anglais, quelqu'un qui ne le saurait pas s'en rendrait compte par la seul force du son qu'ils dégagent, même sans rien piger aux paroles qui, de toute façon, ne sont pas proposées sur la pochette ou dans le livret CD. A l'époque, tous les groupes anglais veulent passer pour des américains, ou faire comme eux (les Stones, Cream, etc), mais les Kinks, eux, revendiquent fièrement leur nationalité, leur patrimoine, leur culture, leur accent. De la pop beatlesienne encore plus beatlesienne que celle des Beatles qui, en 1968, défouraillent leur Double Blanc enregistré dans la douleur. Et qui semble moins fourni que ce simple album des Kinks, malgré qu'il contienne le double de titres.

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The Kinks Are The Village Green Preservation Society est un régal absolu de 38 minutes qui, du morceau-titre à People Take Pictures Of Each Other, nous embarque dans le monde imaginaire si passionnant et attachant du groupe. Mention ultra spéciale au popisant et sautillant Picture Book, Do You Remember Walter, au bluesy Last Of The Steam-Powered Trains et à Animal Farm. Johnny Thunder (sur le mauvais garçon pas si mauvais que ça) a très certainement inspiré son nom de scène à John Anthony Genzale Jr, plus connu des fans de rock (et de punk, surtout) sous le nom de Johnny Thunders (New York Dolls, Heartbreakers). Je pense en tout cas qu'il a du l'inspirer, la coincidence est sinon trop flagrante. Cet album est, comme je l'ai dit, un pur petit régal, un disque à écouter plusieurs fois pour bien s'en imprégner et connaître ses chansons : comme tout disque aussi généreux en nombre de titres (15 !), il est au départ difficile de tous les retenir. Certains comme Picture Book restent immédiatement en mémoire, d'autres, comme Monica ou Phenomenal Cat nécessitent plus de temps. Tous, en tout cas, sont remarquables, faisant de cet album au titre interminable (et ce n'est pas le seul album des Kinks avec un titre pareil) un de leurs meilleurs, si ce n'est le meilleur. Arthur... n'est pas loin derrière pour moi, mais je pense que ...The Village Green Preservation Society lui est supérieur tout de même. C'est vraiment un grand dommage que ce disque majeur n'ait pas été un succès à sa sortie. Car pour avoir été un bide, croyez-moi, ça en a été un, et un beau ! Et cette année très psychédélique et un peu heavy (Blue Cheer, Steppenwolf, Canned Heat, Hendrix, Cream...), un tel album ne pouvait que foirer. A la rigueur, si ça avait été les Beatles, il aurait marché, because les Beatles, mais non, il s'agit des Kinks, qui ont certes eu des succès de singles (You Really Got Me), mais dont aucun album n'arrivait vraiment à faire la farce à l'époque. La concurrence était, il faut le dire, vraiment coriace... Reste que ce disque désormais culte et entré au Panthéon n'attend que vous, si vous ne le connaissez pas encore (veinards !). 

FACE A

The Village Green Preservation Society

Do You Remember Walter

Picture Book

Johnny Thunder

Last Of The Steam-Powered Trains

Big Sky

Sitting By The Riverside

FACE B

Animal Farm

Village Green

Starstruck

Phenomenal Cat

All Of My Friends Were There

Wicked Annabella

Monica

People Take Pictures Of Each Other

06 décembre 2017

A que RIP Johnny

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Johnny Hallyday vient de mourir (enfin, 'vient de mourir'...ça s'est en fait passé cette nuit), 74 ans, après un combat perdu contre le Crabe aux pinces de mort. 

Les fans pleurent, et ça se comprend et se respecte totalement : une carrière pareille, plus de 50 ans, je ne sais combien d'albums (sans compter les lives), des concerts faramineux (je n'ai assisté à aucun d'entre eux, mais en ai vu quelques uns en diffusion TV ou en DVD), une personnalité mythique...

Bon (les fans, sautez des lignes, sinon vous allez saigner du nez), j'avoue que : 

a) je ne suis pas, n'ai jamais été et ne serai jamais un fan ;

b) le personnage public, avec ses mariages multiples, ses amitiés embarrassantes, ses villas à Saint-Barth, ses publicités énervantes et ses multiples frasques, m'emmerdait, m'insupportait même, profondément ;

c) il n'a rien fait de vraiment exceptionnel, musicalement parlant, depuis 1986, et ça date, hein, ça remonte.

Mais je suis tristounet quand même, comment ne pas l'être ? Je l'ai été pareil quand Michael Jackson est mort, ça m'a fait la même chose : pas une affliction de fan, mais un sentiment de vide, du genre, maintenant, ça sera sans lui. 

La mort de Johnny Hallyday (qu'avec un sens de l'humour macabre et noir, je surnommais Jauni Alité...pardon) ne me fait donc pas le même effet que celles de Bashung, Bowie et Prince l'ont fait, mais ça fait quelque chose de Tennessee tout de même. Depuis ce matin, les hommages se succèdent, les déclarations de ses amis musiciens (Polnareff, Eddy, Bruel, Céline Dion), paroliers (Labro), spécialistes (Philippe Manoeuvre). A moins que la Corée du Nord n'envoie cet après-midi un missile sur le Capitole, on va encore en entendre parler pendant des jours. Le JT de TF1, ce soir, risque de se terminer en retard.

Mais qui gueulera ? Hallyday, c'est tout de même, et tant pis si certains crieront à l'exagération, le rock à la francaouise. Depuis le tout début des 60's il était là, le p'tit père. Eddy aussi, et lui est toujours là, en forme. Dick Rivers aussi, même chose. Et oui, je sais que niveau rock français, Téléphone, Noir Désir et la FFF (dont le guitariste, Yarol Poupaud, fait partie de la dernière écurie scénique de Johnny) sont plus rock que Johnny, mais Johnny, c'est Johnny, merdre. 

Si vous ne pensez pas que Johnny a été rock, écoutez Rivière...Ouvre Ton Lit, son album de 1969, alias l'album au bandeau, rapport à sa cultissime pochette que j'ai replacée en haut d'article. Sur ce disque enregistré à Londres avec notamment Ronnie Lane (des Small Faces, puis Faces), Jimmy Page (de Led Zeppelin), Mick Jones (Foreigner) et Steve Marriott (Small Faces, Humble Pie) selon les morceaux, Johnny est tout de feu. Je Suis Né Dans La Rue, Voyage Au Pays Des Vivants, Amen, Je N'Ai Besoin De Personne, Je Te Veux, autant de tueries sur un seul et unique album qui, vraiment, concurrencerait presque (et on peut virer le 'presque') le meilleur rock briton de la même époque. 36 minutes de furie.

Il y à aussi ce Flagrant Délit démentiel en 1971, que Johnny, apparemment, tenait comme un de ses plus grands opus (je le certifie, c'est le cas). On peut aussi citer, dans un autre registre, son double album de 1976, Hamlet, tentative progressive kitschouille aux paroles ridicules, mais musicalement osée (pour l'artiste, mais pas pour l'époque), qui se vendra à peu près aussi bien qu'un frigo sur la banquise, mais à le mérite d'être culte et original - pour Johnny, hein, encore une fois, pas pour l'époque, qui voyait les albums de prog-rock pulluler encore plus fort que les mouches dans une décharge à ciel ouvert. Et j'aime le prog-rock, il n'y à aucune ironie dans cette comparaison.

Et il ne faut pas oublier ses deux derniers grands albums : Rock'n'Roll Attitude en 1985, entièrement signé Michel Berger, avec notamment Peter Frampton à la guitare ; et Gang l'année suivante, entièrement signé Jean-Jacques Goldman. Deux robinets à tubes qui fuient. Après ? Euh, je préfère oublier, merci bien, Johnny ayant plus souvent qu'à son tour enchaîné les ratages (je ne vais pas tous les citer, mais ils s'appellent légion car ils sont nombreux), mais il possédait toujours ce putain de charisme qui, sur scène, pendant sa 3 000 000 000 000ème interprétation de Gabrielle ou de Que Je T'Aime, faisait toujours son office. Voilà de quoi pardonner ses collaborations avec Kyo, Yodelice et M.

Un des derniers albums de Johnny (en 2014) s'appelle Rester Vivant. Bon, ben, c'est raté, mais il aura au moins tenu le coup le plus longtemps possible. Personnellement, je me fous complètement du personnage public, je préfère ne pas dire ce que je pense de sa carrière d'acteur (hormis L'Homme Du Train de Leconte), mais il y à des albums de lui, des chansons de lui, que je continuerai toujours d'écouter, parce qu'ils/elles sont bon(ne)s, tout simplement. 

A que salut, mec. Tu manqueras, peu importe ce que les détracteurs diront. Moi, non-fan revendiqué de Johnny, je tenais juste à lui rendre ce petit hommage, teinté d'un peu de critique certes, mais plus gentil que ce que certains autres, sans doute, écriront ou penseront à ce sujet. 

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"Warrior On The Edge Of Time" - Hawkwind

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Le début de la fin...ou la fin du début, comme aurait dit Winston sur un tout autre sujet. Hawkwind est un groupe de space-rock à tendance heavy (du hard-space-rock, quoi) anglais fondé à la fin des années 60. Le groupe est devenu culte, plusieurs années après, pour avoir accueilli en son sein, en tant que bassiste (et chanteur occasionnel) un certain Lemmy Kilmister. Mort en décembre 2015, ce mec à la voix de barbare en rut ayant bouffé des gravillons depuis sa plus tendre enfance n'était autre, chaque fan de rock le sait, que le chanteur/bassiste/frontman du groupe de hard-rock Motörhead (dont le nom de groupe est à la base celui d'une chanson d'Hawkwind présente en bonus-track sur la réédition CD de l'album que j'aborde aujourd'hui, chanson que Lemmy a écrite). Lemmy a fondé Motörhead en 1977, un an après avoir été viré d'Hawkwind, à la sortie de la tournée promotionnelle de l'album que j'aborde aujourd'hui, leur cinquième album studio et sixième album tout court (il y à aussi un live en 1973), et le quatrième (en comptant le live) avec Lemmy à la basse. Sous une pochette magnifique qui, dans sa version vinyle d'époque (rare et donc chère) se dépliait en quatre, voir plus bas l'illustration, cet album date de 1975 et s'appelle Warrior On The Edge Of Time. Au moment de la sortie de ce disque, Hawkwind est constitué du guitariste et chanteur Dave Brock (aussi claviériste occasionnel), de Lemmy à la basse et choeurs donc, de Nik Turner au saxophone, flûte et choeurs, de Simon House au violon et mellotron, d'Alan Powell et Simon King à la batterie et percussions (les deux), de la danseuse nue Stacia (particularité du groupe : ses concerts étaient très visuels) et, aussi, d'un certain Michael Moorcock.

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Pochette vinyle d'époque dépliée (je n'ai qu'une réédition en simple gatefold, hélas)

Moorcock, l'écrivain britannique de SF/fantasy, créateur du personnage du Champion Eternel, créateur d'Elric de Melniboné (un Conan albinos et frêle, drogué et totalement oppressé par son épée magique et maudite Stormbringer), de Jerry Cornelius... Moorcock, grand amateur de rock, avait déjà collaboré avec Hawkwind via le double live Space Ritual de 1973, il leur avait écrit des monologues conceptuels que le groupe déclamait entre deux chansons, tout du long des concertsen forme de voyages mentaux qu'ils faisaient à l'époque.Par la suite, il collaborera avec Blue Öyster Cult (sur Mirrors, Cultösaurus Erectus, Fire Of Unknown Origin), et recollaborera encore avec Hawkwind, groupe dont la carrière est toujours en cours, même si très discrète. Pour cet album de 1975, Moorcock a signé des morceaux (il est crédité à quatre reprises), et clame les textes de deux morceaux, The Wizard Blew His Horn et Warriors, qui sont deux spoken-words. Plusieurs des textes sont inspirés par le mythe du Champion Eternel. L'album, à sa sortie, sera moyennement accueilli, et les opinions des membres et ex-membres du groupe sont diverses et variées à son sujet. Pour Lemmy (qui sera viré peu après, et n'est crédité en rien pour les morceaux : Motorhead, qu'il a écrit, date des sessions, mais ne se trouvera pas sur l'album au final), l'album est raté, de la merde du début à la fin, un album autocomplaisant. Moorcock (qui n'a jamais été membre du groupe) trouve qu'entre son idée de concept général et les idées que Dave Brock avaient, l'album a ripé, un mélange entre les deux concepts, celui de l'écrivain, et celui du leader du groupe. Lequel leader pense qu'entre 1974 et 1975, le temps de deux albums (Hall Of The Mountain Grill et celui-ci), Hawkwind était à son pic absolu, son zénith. Je le pense aussi.

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Affiche promotionnelle pour la sortie...du CD !

Longtemps introuvable en CD, réédité il y à quelques années par un petit label (pour des raisons de droits, je crois, l'album avait cependant été édité par United Artists à l'époque), Warrior On The Edge Of Time est en effet un des meilleurs albums du groupe, et probablement leur dernier chef d'oeuvre (certains albums suivants, comme Levitation, The Chronicle Of The Black Sword sont vraiment bons, mais pour moi, le pic est vraiment atteint ici). Conceptuellement flou (il faut vraiment bien connaître l'univers particulier et gigogne de Moorcock pour s'y retrouver), l'album offre quelques passages étonnants (Opa-Loka, écrit par les deux batteurs, et qui fait la part belle à cet instrument ; les narrations) et s'ouvre sur un doublé de titres absolument gigantesque : Assault And Battery/The Golden Void, 10 minutes tuantes gorgées de mellotrons envapés (il y à beaucoup plus de mellotron ici que sur le précédent opus) et  avec, comme toujours, la voix rauque de Brock. Magnu, à la basse vrombissante et à la rythmique martiale, sur la face B, est au moins aussi grandiose. Kings Of Speed, qui achève l'album, est une petite furie bien speedée très efficace (à défaut d'être originale) et The Demented Man (qui, sur mon vinyle, est crédité The Demented King) est une belle ballade rock. N'oublions pas l'instrumental de mellotron Spiral Galaxy 28948 et clamons haut et fort que cet album de 1975 est incontestablement un joyau (un peu méconnu) du space-rock et d'Hawkwind, un de leurs meilleurs albums, une pièce de choix. Et tant pis si Lemmy (qui avait ses raisons : son travail a été quelque peu brimé pendant les sessions, il n'a pas pu mettre un seul crédit de composition à son nom) le détestait ! Cet album mérite amplement la (re)découverte, rien que pour Magnu et Assault And Battery/The Golden Void. Et quelle pochette (en forme de heaume, ou de bouclier), aussi !

FACE A

Assault And Battery/The Golden Void

The Wizard Blew His Horn

Opa-Loka

The Demented Man

FACE B

Magnu

Standing At The Edge

Spiral Galaxy 28948

Warriors

Dying Seas

Kings Of Speed

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04 décembre 2017

"Blitz" - Etienne Daho

 

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On l'attendait depuis 4 ans déjà : le nouvel album d'Etienne Daho. Hé oui, son précédent (le remarquable Les Chansons De L'Innocence Retrouvée) datait de 2013. Daho y revenait d'entre les morts ou presque : en août 2013, il avait failli y passer, victime d'une péritonite. Une des chansons de son nouvel album, qui s'appelle Blitz et est sorti le 17 novembre dernier, y fait d'ailleurs allusion : Les Flocons De L'Eté. Onzième album studio du Rennais d'Oran, Blitz a été enregistré à Londres, comme pas mal d'autres albums du bonhomme (Pop Satori, Les Chansons De L'Innocence Retrouvée, notamment, y furent faits, en partie ou en totalité), et son titre est une allusion aux bombardements nazis sur la capitale britannique pendant la Seconde Guerre Mondiale. C'est aussi une allusion au climat de la ville après le Brexit et les différents attentats terroristes qui s'y sont déroulés ces derniers mois. Quant à la pochette... Je me souviens de l'annonce du nouvel album de Daho. En regardant sur le Net, j'ai pu y découvrir la pochette, et j'ai été quelque peu interloqué (mais au final, pas surpris) par cette photo d'un Daho plus ou moins méconnaissable, visage à moitié masqué par de la fumée de cigarette qui semble, sur son visage, presque liquide. Sur fond noir, sa peau est verdâtre, comme illuminée par un néon glauque. Il est en tenue de cuir, blouson et casquette, impossible de ne pas penser à Querelle de Fassbinder (d'après un roman de Jean Genet, qu'affectionne Daho), ce film de 1982 sur un marin en goguette et découvrant, dans un port, le temps d'une escale, les plaisirs sensuels de la part des deux sexes (la chanson Cargo d'Axel Bauer y fait explicitement référence).

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De la part d'un chanteur pop sophistiqué ayant, de part le passé, multiplié les références en ce genre, et ayant notamment enregistré un album (avec Jeanne Moreau) sur Jean Genet, c'est donc assez logique, tout sauf étonnant. Mais la photo interpelle franchement de part son aspect glauque, sombre et, en même temps, très sensuel, presque malsain. Incontestablement, c'est la plus étonnante des pochettes d'albums de Daho, assez osée. Une pochette que n'aurait pas renié David Bowie ou Lou Reed, deux des idoles de Daho. Une autre de ses idoles est Syd Barrett (en 1986, sur son Pop Satori, il reprenait Late Night du Diamant Fou), auquel il rend un hommage via la chanson Chambre 29, une des plus belles de ce nouvel album que je me suis procuré en vinyle (malgré la durée peu étendue - une cinquantaine de minutes - il sagit d'un double vinyle) rien que pour l'objet et la pochette, plus belle sous ce format qu'en vulgaire CD. Revenons à l'album. Enregistré avec Mako (qui avait déjà collaboré avec Daho sur notamment Réévolution en 2003), l'album offre une chanson en hommage à Jeanne, soeur de Daho, décédée l'année précédente (Le Jardin) ; une chanson qui semble parler des premières expériences sensuelles d'un jeune Daho (Hôtel Des Infidèles), à moins qu'elle ne parle de rendez-vous secrets de résistants durant la Seconde Guerre Mondiale ; on y trouve aussi des chansons purement psychédéliques, et assez sombres (Les Filles Du Canyon, Deep End en duo avec Jade Vincent, Les Baisers Rouges) et une tuerie totale de presque 7 minutes, Après Le Blitz, monument d'électropop qui monte en puissance tout du long et offre à l'album un final (vient ensuite le sublime Nocturne) incroyable.

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Blitz est un des albums les plus sombres du chanteur, je veux parler de l'ambiance générale et des mélodies, très électropop et psychédéliques, proches de celles d'Eden et de Réévolution. La voix n'a pas changé (et est cent fois plus audible que les caricaturistes veulent bien laisser croire, prends ça dans la tronche Gerra, et va écouter Biolay, un chanteur qui, lui, est difficilemant audible, sans parler de - gasp, j'ai mal aux doigts rien que d'écrire son nom - Christine And The Queens), les textes sont, comme toujours, parfaits, les thèmes chers à Daho (sensualité, sexe, ambiances sombres) sont là, la production est absolument géniale et les chansons sont là, comme autant de futurs classiques que le Rennais va se faire un plaisir de matraquer en live : rien que pour Les Filles Du Canyon (et son intro géniale), Le Jardin, Après Le Blitz, Deep End et Les Cordages De La Nuit (des titres de chansons bien daholiens, on notera), ce Blitz est un essentiel de 2017 et de Daho, un de ses plus grands albums, supérieur même au précédent, selon moi !  Je pense même que c'est son meilleur depuis un certain Paris Ailleurs (1991)...ce qui ne retire rien à ceux faits dans l'intervalle (bon, j'aime pas Eden, mais seulement celui-ci), mais en dit long sur la réussite de Blitz !

FACE A

Les Filles Du Canyon

Chambre 29

La Jardin

FACE B

Les Baisers Rouges

Les Cordages De La Nuit

Les Flocons De L'Eté

FACE C

Voodoo Voodoo

L'Etincelle

The Deep End

FACE D

Hôtel Des Infidèles

Après Le Blitz

Nocturne

03 décembre 2017

"The Evol'" - Shaka Ponk

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Encore une fois dans la plus totale actualité, le ClashDo'. Cet album est en effet sorti en novembre dernier, il y à moins d'un mois ! Le nouvel album de Shaka Ponk, groupe français d'électro-rock à tendance furax et metal. Je sais que ce groupe est du genre à diviser, mais  c'est à peu près le cas de tous les groupes, non ? (Je pense qu'il doit exister, dans le monde, des gens qui détestent viscéralement les Beatles, mais j'ai peur de savoir combien, et personnellement, je n'en ai jamais rencontré). Shaka Ponk a eu un début de carrière assez original (deux albums qui n'ont pas vraiment cartonné, mais sont très sympathiques : Loco Con Da Frenchy Talkin' en 2006 et Bad Porn Movie Trax en 2009) avant de vraiment exploser à la face du monde en 2011 avec leur troisième album, The Geeks And The Jerkin' Socks, premier de leur albums avec la chanteuse anglo-égyptienne Samaha Sam. Elle a su apporter une petite touche funky et sexy en plus (seule fille au milieu d'un parterre de cinq mâles un peu tarés et au physique improbable) et le succès est totalement arrivé avec ce disque et ses quelques tubes : I'm Picky, My Name Is Stain, Sex Ball, Let's Bang, sans oublier Palabra Mi Amor, composé et interprété avec Bertrand Cantat. Le groupe fait la première partie des Guns'n'Roses à Bercy en 2012. Frah, le chanteur, se blesse légèrement à la jambe sur scène, toujours en 2012, et ça entraîne un arrêt temporaire des concerts. Le groupe compose une foule de chansons qui sortiront en 2014, en deux albums distancés de huit mois : The White Pixel Ape et The Black Pixel Ape. Deux albums indissociables (pochettes, artwork, titres et titres des chansons en raccord) et très réussis, même si j'ai un peu de mal avec le second, qui m'a laissé sur ma faim. Entre l'album de 2011 et ceux de 2014, un live sortira, Monkeys In Bercy, court (un seul disque...l'album est loin de proposer  tout le concert en CD, contrairement au DVD) mais efficace dans son genre.

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On attendait le retour des singes hurlants (un singe en images de synthèses est, depuis toujours, la mascotte du groupe, et un membre virtuel : Goz), et ça sera le cas en 2017 via un EP (ApeTizer, titre rigolo en jeu de mots : 'ape' en anglais signifie 'singe', 'tizer' est une manière comme une autre d'écrire 'teaser' en franglais, et le tout donne 'appetizer', que l'on comprend sans avoir besoin de le traduire) comprenant 5 titres, dont deux titres se retrouveront sur l'album, qu'ils annoncent en février pour une sortie en novembre. Le 17. L'album s'appelle The Evol', ce qui est un jeu de mots sur 'love' (regardez les labels des faces B et D du vinyle, où le titre de l'album est écrit à l'envers !) et un raccourci du mot 'évolution'. Sorti en double vinyle ainsi, évidemment, qu'en CD (le CD est un livre-disque), l'album est accompagné d'un livret racontant une histoire, en français, intitulée "La Métamorphose", illustrée, et dont le sujet est à rapprocher de l'ambiance et des thèmes des chansons de l'album. Un album qui dure 58 minutes, offre 13 titres, et, franchement, énormément peu de déchets dans l'ensemble. C'est un fait : la face B, Wrong Side excepté (une tuerie), est le ventre mou de l'album. Non pas que les chansons qui s'y trouvent soient mauvaises (aucune ne l'est), mais On Fire est bourrin sans originalité, Summer Camp est une ballade quasi-acoustique très belle, mais on n'écoute pas le Ponk pour ça, et Wataman est frénétique et délirant comme du Ponk habituel, mais n'est pas ce que le groupe a fait de mieux dans ce registre. 

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Mais le reste, oh putain ! The Evol' est incontestablement, à mes yeux et mes oreilles (il m'a fallu deux écoutes pour le savoir, et une troisième pour en avoir la totale confirmation) le meilleur album du groupe. Eux qui avaient surpris en bien avec The Geeks & The Jerkin' Socks et The White Pixel Ape, et légèrement frustré avec The Black Pixel Ape, reviennent en furie ici. Mis à part trois morceaux (qui, en tout, ne totalisent que 10 minutes sur les 58 ; retirez-les et l'album reste d'une durée des plus efficaces et respectables) un peu anodins donc, l'album est une ribambelle de futurs classiques : Gung Ho (sorti en avant-première de l'album), Bunker, Wrong Side, Mysterious Ways pourraient être de vrais tubes si leurs ambiances très metal à donf (guitares saturées et hurlantes, basses vrombissantes) ne risqueraient de faire peur aux programmateurs des radios. Fear Ya est une furie hurlante et électro qui a été mon premier coup de coeur sur l'album. Killing Hallelujah, au refrain ressemblant à s'y méprendre (c'est volontaire, vu le titre des deux morceaux) à celui du Sing Hallelujah de Dr. Alban, est un final monstrueux, Rusty Fonky est mémorable... Et que dire du gigantesque Slam & Slam'Ed, qui fait intervenir, en final, dans un spoken-word hilarant et décalé (mais vu le bonhomme, c'est tout à fait logique), Edouard Baer, oui, Edouard Baer, qui fait une apparition amicale et remarquée ? The Evol' est un album très éclectique (c'était déjà le cas de The White Pixel Ape), parfois brutal, parfois plus mélodique, toujours ahurissant de maîtrise. J'ai personnellement adoré, et il tourne en boucle sur ma platine. A noter, en final, que le vinyle de l'album (que j'ai acheté un euro de plus que le CD !) propose non pas un code de téléchargement gratuit de la version MP3 de l'album (comme souvent), mais carrément le CD de l'album dans une pochette plastique souple. Pour un euro de plus que le CD (du moins, dans l'hypermarché Leclerc où je l'ai acheté), vous avez l'album en vinyle ET en CD ! Que demande le peuple ?

FACE A

Gung Ho

Fear Ya

Faking Love

Bunker

FACE B

On Fire

Summer Camp

Wrong Side

Wataman

FACE C

Slam & Slam'Ed

Rusty Fonky

Share A Line

FACE D

Mysterious Ways

Killing Hallelujah

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