Rock Fever

27 janvier 2015

"Gumbo" - Dr. John

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Malcolm Mac Rebennack, alias, de son nom de scène, Dr. John... Un mec pas commun, originaire de Louisiane (La Nouvelle-Orléans, précisément), ancien musicien de studio dans les années 50/60, ayant oeuvré dans l'ombre, avant de se lancer en solo en 1968 par le biais d'un album atypique, vrai hit underground, Gris-Gris. Un disque de dingues, sorte de rock'n'roll /gospel vaudou teinté de psychédélisme, de blues/soul, sous une pochette montrant Mac dans une sorte de brouillard rougeâtre de fumée, le regard envapé... Dr. John, The Night Tripper, tel était l'intitulé exact du bonhomme sur ce disque qui renfermait quelques grands moments (I Walk On Guilded Splinters, Mama Roux, Gris-Gris Gumbo Ya Ya). L'album ne devait pas fonctionner (Atlantic Records, dubitatif, sortira le disque sous le sous-label Atco, réservé aux albums ne rentrant pas totalement dans leur moule, ainsi qu'à la soul type Otis ou Aretha), il cartonnera cependant. Dr. John (son nom de scène est inspiré d'un ancien sorcier vaudou, apparemment, dont il serait une réincarnation ; Mac Rebennack a le sens du théâtre, mais pour lui, la musique est plus importante, et nul doute que le choix de ce personnage n'est pas à 100% une de ses idées) voit sa carrière lancée. En 1971, il participe rapidement aux sessions de l'album Exile On Main St. des Rolling Stones, et la même année, il enregistre cet album, qui sortira en 1972 (comme le Stones !) : Dr. John's Gumbo, ou,plus sobrement, Gumbo. Rien que le titre est très louisianais, le gumbo étant, si je ne m'abuse, une spécialité culinaire locale... La photo de pochette a été prise en Californie, c'est un mural situé sur un mur d'enceinte d'une usine. Pour l'anecdote, ce même mural est visible dans le film Carrie Au Bal Du Diable de De Palma ! Au dos, on voit Dr. John allongé sur des sièges devant un stand de bouffe typique de la Nouvelle-Orléans (les titres des chansons sont tagués sur la surface inférieure du stand), et à l'intérieur de la pochette ouvrante, une photo en format paysage de Dr. John, debout, avec les crédits.

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Intérieur de pochette

Considéré comme le meilleur album du bonhomme, et son sixième opus si je ne m'abuse, Dr. John's Gumbo est un disque moyennement long, presque 40 minutes (pour 12 titres), et si vous ne connaissez, de Dr. John, que son Gris-Gris, vous allez trouver la musique très changée. Plus accessible tout en étant toujours très fortement sous influence Louisiane/vaudou, Gumbo renferme quelques morceaux de choix du Mac : Junko Partner (une des très nombreuses reprises de l'album) que les Clash reprendront en 1980 sur leur triple album Sandinista !, Iko Iko que Dr. John ne se lassera jamais de chanter sur scène, Tipitina ou un remarquable (mais court : 3,15 minutes, pour les trois morceaux qui s'y trouvent emmêlés !) medley de chansons de Huey Smith. Sans oublier Big Chief, dont l'intro sifflée me fait penser (et je vous jure que je ne plaisante pas !) à une des 'mélodies' d'ambiance des épisodes de la série TV de TF1 Camping Paradis (oui, j'avoue, de temps en temps, je regarde cette merde), et sans oublier, aussi, le mémorable standard de blues Let The Good Times Roll, qui fut notamment popularisé, en 1968, par Hendrix sur son Electric LadylandLittle Liza Jane, en final, assure bien aussi. Blow Wind Blow, qui s'enchaîne quasiment sans pause à Iko Iko, et Somebody Changed The Lock, sont moins abouties, mais c'est quand même pas mal du tout, je ne vois aucune mauvaise chanson ici, d'ailleurs. La seule chose à dire, c'est le timbre de voix de Dr. John, auquel il faut s'habituer : un peu comme celui de Leon Russell, il est éraillé, aigu, un peu une voix de canard de cartoon. Au début, ça fait bizarre, on a l'impression, de plus, à sa manière un peu chaloupée de chanter, qu'il est bourré ou défoncé (de ce fait, Dr. John aura pendant des années, et notamment à l'époque il me semble, des soucis de came). Ca fait rigolo parfois, pénible parfois aussi. Une fois qu'on est habitué, impossible d'imaginer Iko Iko ou une autre chanson de l'album interprétée par un autre que lui !

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Verso de pochette

Et puis, il y à ces arrangements, ces cuivres roublards, ce piano (joué par Dr. John) finaud, ces choeurs créoles, cette ambiance louisianaise, cajun, vaudou et piquante, qui, elle aussi, mérite amplement le coup d'oreilles. Gumbo est un remarquable album, vraiment, un disque qui n'est sans doute pas aussi historiquement important que Gris-Gris pour Dr. John, et qui n'est pas aussi historiquement important que, disons, Exile On Main St. des Stones ou Abbey Road des Beatles, mais c'est un des meilleurs albums de 1972, et un album que tout amateur de blues-rock se doit d'écouter. Production remarquable (même si le CD ne sonne pas splendidement bien  ; ça a été remastérisé, certes, mais pas extraordinairement non plus : en gros, ça sonne bien, mais pas mieux que le vinyle, qui sonnait bien, mais sans que ça soit une production super chiadée), musiciens excellents, interprétation étonnante, mais convaincante, et morceaux de choix, ce disque de blues-rock vaudou est vraiment génial ! Ne serait-ce que pour Iko Iko, un des morceaux cultes du bonhomme, mais tout, ici, est d'un excellent niveau.

FACE A

Iko Iko

Blow Wind Blow

Big Chief

Somebody Changed The Lock

Mess Around

Let The Good Times Roll

FACE B

Junko Partner

Stack-A-Lee

Tipitina

Those Lonely Lonely Nights

Huey Smith Medley :

a) High Blood Pressure

b) Don't You Just Know It

c) Well I'll Be John Brown

Little Liza Jane

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26 janvier 2015

"Irish Tour '74" - Rory Gallagher

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Attention à l'arnaque : ce double live existe en CD (sous une autre pochette, montrant Rory Gallagher en plein solo, sur scène, et avec un titre un chouia différent, sans le '74), édité par Capo Records, mais on n'y trouve pas le dernier morceau, Just A Little Bit, qui a été remplacé par un instrumental ultra court (moins d'une minute) du nom de Maritime (qui, bien que non crédité sur le vinyle, s'y trouve bel et bien aussi, en final, juste après Just A Little Bit et une ou deux secondes de silence). Si Just A Little Bit a été viré du CD de cet Irish Tour '74, c'est très vraisemblablement pour tout tout puisse tenir sur un seul CD (et en effet, Irish Tour, version CD, dure dans les 69 ou 70 minutes), car je ne suis pas certain que la version originale vinyle (que j'ai, avec la pochette initiale, celle ci-dessus) dure moins de 80 minutes (si tel est le cas, alors tout pourrait tenir sur un CD et l'éviction du dernier titre serait, donc, incompréhensible, car ce morceau est musicalement aussi réussi que le reste). Sinon, voici donc Irish Tour '74, double live de Rory Gallagher sorti en 1974. Rory Gallagher est (était, en fait : il est mort, de complications de problèmes hépatiques, en 1995, il avait 47 ans) un guitariste et chanteur irlandais, spécialisé dans le blues-rock (qui, par la suite, partira dans du hard-blues-rock via des albums comme Calling Card). A la base, il a fait partie d'un groupe du nom de Taste, avant de se lancer en solo en 1970. Le début de carrière solo est compétent, mais il faudra attendre deux albums pour que ça décolle : Live In Europe en 1972 (un live simple, mais puissant) et Tattoo en 1973 (dont la réédition CD propose, hop-la, Just A Little Bit en version live, la version évincée de la réédition CD d'Irish Tour '74 !), lequel est indéniablement le meilleur album studio de Gallagher (guitariste surpuissant ayant, selon ses propres termes, ramené Eric Clapton au blues), avec plusieurs morceaux prodigieux présents sur Irish Tour '74, d'ailleurs : Tattoo'd Lady, Who's That Coming ?, A Millions Miles Away et ce Cradle Rock introductif qui fout la patate d'entrée de jeu.

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Réédition CD, avec un titre manquant

Gallagher est à l'origine d'une belle anecdote : un journaliste demandera à Hendrix, un jour (sans doute vers la fin de sa vie, soit vers 1970) qu'est-ce que ça fait d'être le meilleur guitariste au monde, et Hendrix lui répondra Je n'en sais rien, je ne suis pas Rory Gallagher, vous n'avez qu'à le lui demander. Le fait d'avoir pu jouer en live à ses côtés est, pour Slash (guitariste des Guns'n'Roses), un des meilleurs souvenirs qu'il possède de sa vie loin d'être finie ; Plusieurs lieux en Irlande portent son nom : une bibliothèque et une place à Cork, un cinéma dans sa ville natale de Ballyshannon, une ruelle de Dublin ; on a même une rue Rory Gallagher à... Ris-Orangis, dans l'Essonne (et, donc, cheu nou, les Frouzes), ce qui s'explique par le fait que son dernier concert a été donné dans cette ville, dans une salle de concert située dans cette rue. Bref, tout ça pour dire que Gallagher, pardon, mais c'est pas rien. Rien que ce double live suffit à le prouver, c'est juste surpuissant, de Cradle Rock à (putain de version CD, grrrr...) Just A Little Bit. Que ce soit des morceaux écrits par ses soins ou des reprises (I Wonder Who de Muddy Waters ; As The Crow Flies de Tony Joe White...), tout percute ici, sous cette pochette sobre et argentée (à l'intérieur, des photos de Rory et de son groupe, en action). Citons ici les musiciens : Rod De'Ath à la batterie, Lou Martin aux claviers, Gerry McAvoy à la basse, Rory tenant évidemment la guitare, le chant et l'harmonica. Ces musiciens jouent sur le tétanisant Tattoo de 1973 qui est, avec ce double live, l'album à avoir, vraiment, de Gallagher, n'en déplaise aux - nombreux...très nombreux - fans de Live In Europe (album que j'adore aussi).

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Les 80 minutes (plus ou moins) de ce double live enregistré en divers lieux irlandais (Belfast, Cork...) durant une tournée des clubs assez percutante sont absolument magiques. Que dire ? Il faudrait tout citer : les deux derniers titres de l'album (toute la face D, donc) qui ont été enregistrés au cours d'une petite jam d'après-concert : Back On My Stompin' Ground (After Hours) et Just A Little Bit) ; le monumental Tattoo'd Lady qui s'achève sur un solo de guitare à faire frissonner d'admiration ; As The Crow Flies, sublime reprise de Tony Joe White (un artiste folk/country/Americana auteur de Polk Salad Annie, et si vous voulez savoir sur lequel de ses albums se trouve la version originale de As The Crow Flies, c'est sur The Train I'm On, 1972, qui est remarquable, mais je préfère la version Gallagher) ; A Million Miles Away, décollage insensé qui achève avec force la face B ; Walk On Hot Coals, autre décollage insensé qui, lui, ouvre la face suivante ; Cradle Rock, qui envoie sévère en intro (ce riff...) ; tout est bon, ici, tout, des 10 titres, dont la moitié ne sont pas issus des albums (comme je l'ai dit, quatre titres de Tattoo, ici, et un de Deuce (1971), à savoir Walk On Hot Coals). Bref, je ne peux que conseiller ce live, bien que le CD ne le propose pas en totalité (un titre de moins, et non des moindres). Enfin, si vous ne pouvez pas écouter de vinyles faute de matos nécessaire, ou que vous ne voulez pas vous payer une édition vinyle d'époque, la version légèrement tronquée devrait vous satisfaire ! Ce fut le cas pour moi, avant que je ne me paie le 33-tours, et depuis, y'à pas photo, comme on dit !

FACE A

Cradle Rock

I Wonder Who

Tatto'd Lady

FACE B

Too Much Alcohol

As The Crow Flies

A Million Miles Away

FACE C

Walk On Hot Coals

Who's That Coming ?

FACE D

Back On My Stompin' Ground (After Hours)

Just A Little Bit

Maritime (non crédité)

Version CD (album renommé Irish Tour, autre pochette) :

Cradle Rock

I Wonder Who

Tatto'd Lady

Too Much Alcohol

As The Crow Flies

A Million Miles Away

Walk On Hot Coals

Who's That Coming ?

Stompin' Ground (After Hours)

Maritime

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25 janvier 2015

"4 Way Street" - Crosby, Stills, Nash & Young

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Les Nouveaux Beatles Américains (toutes proportions gardées), c'est ainsi que Crosby, Stills & Nash fut qualifié, en son temps, au moment de la sortie de leur premier album, éponyme, en 1969 (année de la 'mort' des Beatles et de la sortie de ce qui restera leur dernier enregistrement, Abbey Road - rappelons que si Let It Be est sorti l'année d'après, il a été enregistré avant Abbey Road). C'est, avant toutes choses, un supergroupe. Un super groupe aussi, mais c'est mon avis, que je partage cependant avec plein de gens. Supergroupe, comme Blind Faith, Emerson, Lake & Palmer ou Them Crooked Vultures (ou les Travelling Wilburys), c'est à dire un groupe constitué de pointures, que des musiciens talentueux et déjà connus, parfois issus d'horizons musicaux divers et variés, et qui se réunissent le temps d'un album ou de plusieurs. Ici, David Crosby vient des Byrds (groupe de folk-rock) qu'il venait de quitter (ou alors, on l'a viré du groupe, les deux versions existent) pour divergence d'opinion ; Stephen Stills vient de Buffalo Springfield, groupe de rock à tendance folk psychédélique ayant également accueilli Neil Young, qui rejoindra Crosby, Stills & Nash à Woodstock, ainsi que pour leur deuxième album et cet album-ci, live ; enfin, Graham Nash, le seul Anglais du lot, vient des moins connus Hollies, groupe de pop sous influence Beatles. Les trois se réunissent, forment le groupe, chacun compose de son côté tout en collaborant avec l'un ou l'autre. Le résultat donne, en 1969, un monumental premier album riche en chefs d'oeuvre : Wooden Ships, Guinnevere, You Don't Have To Cry, Long Time Gone, Pre-Road Downs, 49 Bye-Byes et le sublime Suite : Judy Blue Eyes de 7 minutes. On a aussi Marrakesh Express, de Nash, un tube, mais je trouve que c'est la chanson la moins bonne du lot, personnellement. 7 grandes chansons (ou 8, si on rajoute Marrakesh Express) sur 10 chansons ! Et le reste, les deux chansons restantes, valent le coup quand même. Bref, l'album au canapé (la pochette) est essentiel. Le groupe, fort de son succès, passe à Woodstock, et Neil Young, le Canadien, les rejoint sur scène, transformant un trio alchimique en un quatuor alchimique, Crosby, Stills, Nash & Young (on connaît limite mieux le groupe sous cette appellation que sous son appellation initiale !). Performance remarquable, on commence à se dire que si Neil joue sur l'album suivant, ça sera immense.

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Partie droite de l'intérieur de pochette ouvrante

Et en effet : Déjà-Vu, sous sa pochette rustique, sort en 1970. 36 minutes (et 10 titres) de bonheur, un album par-fait, rien à jeter, le genre d'album qui, comme le Otis Blue d'Otis Redding ou le Band On The Run des Wings, sonne plus comme un best-of que comme un album ! La tournée sera immortalisée, un an plus tard, 1971 donc, par un double live disponible, en CD, dans une version d'environ 100 minutes (il est toujours double, donc) avec rajouts de titres, tandis que le vinyle faisait moins de 80 minutes. Bien que le vinyle se suffise à lui-même (c'est déjà grandiose sous ce format), le CD est encore plus conseillé, car les rajouts (Laughing issu du grandiosissime If I Could Only Remember My Name de Crosby, 1971, Black Queen, King Midas In Reverse et un Medley de Neil Young) sont franchement ahurissants, tous placés en final du CD 1 (le CD 2 propose tout le second vinyle initial, les tracklistings distincts sont en bas d'article). Ce double live, à la fois démocratique et égotique (j'y reviendrai dans un instant), s'appelle 4 Way Street, et après lui, Crosby, Stills, Nash & Young se sépareront, et ne se reformeront, sous l'intitulé Crosby, Stills & Nash, qu'en 1977 pour un CSN franchement excellent. 16 titres dans la version d'époque, celle que j'aborderai principalement, et rien à jeter. Rien de négatif à dire ou presque : on notera des oublis dommageables, à savoir l'absence, ici, de Wooden Ships, Guinnevere, 4 + 20, Woodstock, Déjà-Vu et Country Girl. Ainsi que de Suite : Judy Blue Eyes, qui, pourtant, est sur l'album (non crédité sur le vinyle), mais dans une version de, tenez-vous bien (mieux que ça) : 25 secondes ! Tout ce qu'on a, c'est le final en harmonies vocales, en guise d'intro d'album. Preuve que le morceau fut joué le ou les soirs choisis pour l'album. Mais il aurait fallu un troisième vinyle pour faire tenir tout ce qui était joué, ou proposer tous ces rajouts... L'album est à la fois démocratique (chaque membre du groupe a son heure de gloire, par le biais de plusieurs chansons, parfois qui se suivent) et égotique : c'est à qui jouera le plus fort sur tel ou tel morceau, on sent bien que les égos des quatre membres étaient assez surdéveloppés, ce qui entraînera d'ailleurs la rupture, le split peu après ce live. Il faudra attendre des années pour que le quatuor se reforme, et ça sera pour le moins désastreux, en tout cas en studio (qualité musicale médiocre).

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Verso de pochette

Tel qu'il est, 4 Way Street est immense. Si le live n'était constitué que de son second disque, il serait déjà intouchable : les versions de 13 minutes du Southern Man de Neil Young (carrière solo) et de Carry On (de l'album Déjà Vu) de Stills sont à tomber le cul nu en premier dans un buisson de sumac vénéneux et à en redemander en pleurant d'excitation. Surtout Carry On, quasi-final de l'album avant un Find The Cost Of Freedom acoustique magnifique comme toujours. Le final de Carry On est un déluge guitaristique à faire bander un anti-guitare primaire, un truc saignant, sensationnel qui à lui seul justifie l'achat de l'album, quel que soit le prix (faites gaffe quand même à ne pas l'acheter trop cher : ce n'est pas une rareté que ce live). Ohio (morceau grandiose), Long Time Gone, aussi sur ce second disque, sont des briques de plus dans le mur de puissance de 4 Way Street. Et le premier disque offre lui aussi des choses belles comme un cul de mannequin : Triad, de Crosby, chanson que les Byrds lui refuseront sur l'album The Notorious Byrd Brothers de 1968 (qui sera son dernier avec eux, il partira pendant les sessions), chanson sur un ménage à trois, est sublime ; On The Way Home, de Neil Young, The Lee Shore, de Crosby, 49 Bye-Byes de Stills, Chicago et Teach Your Children de Nash, aussi ; Cowgirl In The Sand, de Neil, écourtée (seulement 3,30 minutes, la chanson durait 10 minutes sur son album Everybody Knows This Is Nowhere et durait souvent plus que ça en live !), est belle quand même bien comme il faut, et son Don't Let It Bring You Down est un de ces morceaux peu connus au final, mais parfaits. Comme je l'ai dit, les rajouts CD (en plus de certains morceaux légèrement rallongés) sont géniaux, et ne gâchent en rien l'écoute, bien au contraire. Je suis fan des deux versions de l'album, vinyle et CD ; comme je l'ai dit plus haut, rien que la version vinyle suffit au bonheur, mais il faudrait être fou pour ignorer sa version amplifiée. Dans tous les cas (et je précise en final que la qualité sonore est juste excellente, rien à dire), 4 Way Street est un live absolument grandiose. En plus, il y à les paroles dans l'intérieur de la pochette !

FACE A

Suite : Judy Blue Eyes (coda)

On The Way Home

Teach Your Children

Triad

The Lee Shore

Chicago

FACE B

Right Between The Eyes

Cowgirl In The Sand

Don't Let It Bring You Down

49 Bye-Byes/For What It's Worth/America's Children

Love The One You're With

FACE C

Pre-Road Downs

Long Time Gone

Southern Man

FACE D

Ohio

Carry On

Find The Cost Of Freedom

Version CD

CD 1

Suite : Judy Blue Eyes (coda)

On The Way Home

Teach Your Children

Triad

The Lee Shore

Chicago

Right Between The Eyes

Cowgirl In The Sand

Don't Let It Bring You Down

49 Bye-Byes/For What It's Worth/America's Children

Love The One You're With

King Midas In Reverse

Laughing

Black Queen

Medley : The Loner/Cinnamon Girl/Down By The River

CD 2

Pre-Road Downs

Long Time Gone

Southern Man

Ohio

Carry On

Find The Cost Of Freedom

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"Before The Flood" - Bob Dylan & The Band

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En 1973, Bob Dylan s'en va de Columbia Records (qui était quand même sa maison de disques attitrée depuis son premier album en 1962) pour passer sur un autre label, nettement moins connu que Columbia : Asylum Records. Fondé au début des années 70 par David Geffen (futur patron de Geffen Records, qui signera, dans les années 80/90, Nirvana, Neil Young, Sonic Youth, Guns'n'Roses...), le label s'est plus ou moins spécialisé dans la country-rock (les Eagles sont sur le label) et la pop adulte MOR - Middle Of the Road - type Jackson Browne. Geffen a, en 1974, fait un coup de maître, qui se soldera par un bide commercial, celui de signer Gene Clark, ancien membre des Byrds, pour un unique album, No Other, pour lequel il lui donnera un budget de nation triple-A. L'album ne se vendra pas bien du tout, et ne sera disponible en CD qu'à partir de 2003, il sera entre temps réhabilité, mais trop tard, Clark est mort en 1991, sans connaître le succès de son meilleur album. Mais reparlons de Dylan. En 1973, donc, Dylan va sur Asylum, c'est même probablement le meilleur 'coup' de ce petit label, que d'avoir signé le Zim'. Pourquoi Dylan est-il parti ? Envie de changer d'air. Il enregistre, fin 1973, avec le Band, un album studio qui sortira début 1974 sur Asylum, Planet Waves, un remarquable opus (disponible en CD sur...Columbia, qui a récupéré ses billes après coup !). Peu de temps avant, fin 1973, Columbia, en représailles certaines, a publié Dylan, un épouvantable album constitué de reprises, et toutes sont des chutes de studio des sessions 1970 de Self Portrait et New Morning. Entre Columbia et Dylan, en 1974, l'ambiance est à peu près aussi bonne qu'entre un chat furieux et un autre chat un peu trop joueur et inconscient des risques qu'il encourt.

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Dos de pochette vinyle (un peu usée ! Pas la mienne)

Immédiatement après Planet Waves, Dylan entreprend une tournée américaine en collaboration avec The Band. Le groupe et Dylan jouent ensemble, chaque partie interprète ses chansons, et très vite, l'idée d'un live est proposée, et acceptée. Avec d'autant plus de bonheur que Dylan n'avait jusque là jamais sorti d'album live (la seule chose d'un tant soit peu live qu'il avait sortie était les morceaux live captés à l'île de Wight et présents sur Self Portrait, au nombre de 3 ou 4 parmi les 24 titres du double album). Le double album sort en juin 1974. Quelques mois plus tard, Dylan quitte Asylum et regagne Columbia. On peut dans un sens considérer son aventure Asylum comme une représaille envers Columbia, une petite bouderie sans conséquence (vu que Columbia a récupéré les albums par la suite, en rééditions vinyle et pour le futur CD) ; ou alors Dylan est vraiment girouette ! Ce double live, crédité comme il se doit à Bob Dylan & The Band (Planet Waves fut crédité à Dylan seul, même si The Band jouait sur tout le disque, sans rien composer, sans rien chanter, juste en groupe d'accompagnement ; mis à part la compilation The Basement Tapes, c'est même le seul album studio fait par Dylan et le Band au complet), s'appelle Before The Flood, et il est toujours double en CD (deux disques d'environ 45 minutes chacun, et, au total, 21 titres). La pochette recto montre la foule avec des briquets ou bougies allumées, bras tendus, dans la pénombre, dans un cadre marron fondé avec juste le nom des artistes. Au dos, le marron foncé, avec le nom de l'album, un bonhomme dessiné, avec un parapluie, bras tendu pour voir s'il pleut, et la liste des morceaux, plus les crédits. A l'intérieur de la pochette ouvrante, des photos prises live, de Dylan (chant, harmonica, guitare, piano) et de chaque membre du Band : Richard Manuel (claviers, chant, décédé depuis, et même le premier à partir), Levon Helm (batterie, mandoline, chant, unique Américain d'un groupe de Canadiens, décédé depuis), Garth Hudson (claviers, accordéon), Rick Danko (basse, chant, décédé depuis) et Jaime Robbie Robertson (guitare, chant). Le titre de l'album peut être une allusion au fait que jusque là, peu de bootlegs live de Dylan circulaient, et que l'inondation ('flood') de bootlegs sera peut-être évitée, ou quelque peu maîtrisée, par la sortie de ce live officiel ; c'est probablement aussi une allusion à un roman de  Sholem Asch, un roman du nom de Farn Mabul ; Dylan connaissait personnellement l'auteur du roman, de confession juive comme lui, un Yiddish.

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Intérieur de pochette avec les disques (là aussi, pas mon édition vinyle, qui est une originale Asylum ; ici, d'ailleurs, c'est une réédition Columbia/CBS des années 80, à voir le label)

Les morceaux ont été captés au cours de plusieurs concerts donnés en janvier et février 1974, au Madison Square Garden de New York, à Seattle, Los Angeles, Oakland et Inglewood. Bien que l'album Planet Waves venait alors de sortir (janvier 1974), aucune chanson de l'album n'est présente ici, il y en à pourtant des belles (Forever Young, Dirge, Going, Going, Gone, Something There Is About You) et Dylan en chantera quelques unes durant la tournée. On a, en revanche, une belle brochette de ses classiques : Knockin' On Heaven's Door, Lay, Lady, Lay, Like A Rolling Stone, Just Like A Woman, All Along The Watchtower, Highway 61 Revisited, It's Alright, Ma (I'm Only Bleeding) ou bien encore Ballad Of A Thin Man. Le Band, lui, nous offre aussi ses classiques, comme The Weight, When You Awake, Stage Fright, Up On Cripple Creek, The Night They Drove Old Dixie Down (leur meilleure chanson pour moi, enfin, une des plus grandes), le fameux I Shall Be Released écrit par Dylan... Si, dans l'ensemble, on a plus de Dylan que du Band ici (les faces A et D entières sont de Dylan, ainsi que la moitié de la face C ; le Band a l'autre moitié de la face C, et toute la face B, je parle des chansons et des voix, car le Band joue surtout le double live, sinon), le groupe est cependant bien représenté, et le live est, grosso merdo, assez équilibré. Enfin, c'est un album de Dylan accompagné du Band, après tout, et pas l'inverse. Entre Dylan et le Band, même si le Band fut un groupe très connu et apprécié à l'époque, y'à pas photo, Dylan explose tout en terme de popularité, de notoriété. Les 92 minutes de ce double live, remarquablement enregistrées, sont absolument quintessentielles, on tient même le meilleur live de Dylan (j'adore son suivant, Hard Rain, un live simple sorti en 1976 et assez chaotique, et j'aime aussi le double At Budokan de 1979, assez étonnant dans ses arrangements - deux albums mal-aimés en général -, mais Before The Flood reste le sommet). A noter, pour finir, que la durée des morceaux, créditée sur les galettes vinyle, est différente de la durée indiquée sur le livret CD ! Il y à facile 10 minutes de 'jeu' (en moins) sur la durée créditée en vinyle par rapport à la réédition. Je pense, personnellement, que c'est la durée des morceaux purs, sans les intros ou pauses entre les morceaux, qui sont créditées !

FACE A

Most Likely You Go Your Way And I'll Go Mine

Lay, Lady, Lay

Rainy Day Women #12 & 35

Knockin' On Heaven's Door

It Ain't Me, Babe

Ballad Of A Thin Man

FACE B

Up On Cripple Creek

I Shall Be Released

Endless Highway

The Night They Drove Old Dixie Down

Stage Fright

FACE C

Don't Think Twice, It's All Right

Just Like A Woman

It's Alright, Ma (I'm Only Bleeding)

The Shape I'm In

When You Awake

The Weight

FACE D

All Along The Watchtower

Highway 61 Revisited

Like A Rolling Stone

Blowin' In The Wind

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24 janvier 2015

"DSU" Alex G

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À l'évidence, voici un album qui ne risque pas de rafler un prix aux grammy awards ou aux victoires de la musique. Et pourtant qu'est- ce qu'il le mériterai... C'est simple, pour moi, on tient là peut être un des cinq meilleurs disques de 2014, catégorie rock, et même pourquoi pas toutes catégories confondues. Cet album, c'est DSU, et son auteur répond au nom d'Alex G. Il s'agit de son troisième album, et sauf erreur de ma part, son premier à sortir dans les formats cd et vinyle, ses deux premiers albums (que je ne connais pas encore), n'étant disponibles qu'en version digital. Et en plus de ça, il avait déjà sorti, en version digital également, plusieurs chansons hors albums. Quand à Alex G, je tiens à dire deux choses sur cet artiste: Déjà, c'est une vraie galère pour trouver des articles ou des photos le concernant, vu qu'il semble avoir le même pseudonyme qu'une autre jeune chanteuse (et du coup c'est sur elle qu'on tombe si on tape alex g sur google), et bien sûr même si en cherchant bien on peut trouver des articles/sites à droite à gauche concernant l'album et/ou l'artiste (conseil: tapez sandy alex g), n'espérez pas en trouver un seul dans la langue de Molière (même si désormais ça n'est plus le cas ah ah!). Ensuite, le mec n'a que vingt-et- un an! Ça peut paraître anodin mais pour moi ça ne l'est pas: c'est, il me semble, la première fois que j'écoute un artiste plus jeune que moi (vingt- deux ans), et croyez- le ou non ça me fait vraiment bizarre! Enfin, après tout il fallait bien que ça m'arrive un jour ou l'autre... Maintenant que nous avons un peu parlé d'Alex G (et de moi accessoirement), penchons nous un peu sur cet album, à la pochette colorée: c'est un dessin représentant un joueur de football américain, qui court droit vers la personne regardant la pochette de cet album. Une manière de dire qu'on va être renversé par l'album, ou que ce dernier va marquer un bon gros Touchdown dans notre mémoire?

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L'album dure un peu moins de 38 minutes pour une quinzaines de morceaux. Vous l'aurez deviné, la plupart sont court: le plus long fait à peine plus de quatre minutes, et le plus court même pas 45 secondes. D'ailleurs, chose amusante, ces deux morceaux se suivent sur l'album. le reste des chansons dure en moyenne entre une minute et demie et trois minutes. Avec tout ça, vous ne serez certainement pas surpris si je vous dis que l'album est plutôt du style lo- fi. Mais attention, ne vous attendez pas non plus à un simple album de chansons pop/rock. Si dans sa globalité l'album possède une atmosphère assez mélancolique, dût en grande partie à la voix souvent calme et parfois un brin étherée d'Alex G, qui n'est pas sans rappeler celle d'Elliott Smith, l'album, donc, est assez inclassable. Attention ça n'est pas un album expérimental du type The Marble Index, ou Big Science, ni un gros What The Fuck à la Trout Mask Replica ou The Modern Dance. Non, ça reste un disque très facile d'accès. Mais si l'album peut être classé par défaut dans le rock alternatif ou le rock indépendant, on y trouve toute sortes de choses: un instrumental au piano (Tripper), des morceaux rock (After ur Gone, Axesteel), des ballades acoustiques (Serpent Is Lord, Hollow) ou électrique (Skipper), des morceaux plus pop (Rejoyce, Boy), et même un morceau à la limite du funk (Promise). Aucune chanson n'est à jeter, chacune dans son style est une petite perle. À la rigueur le riff de Icehead me fait un peu trop penser à celui de Venus In Furs du Velvet Underground, mais ça n'est pas bien grave, ça reste une exellente chanson, pas le sommet de l'album ni ma préférée mais il serai dommage de la virer pour si peu. Ça plus le fait que certaines chansons sont tout de même trop courtes, voilà tout ce que je peux reprocher à DSU, qui est donc mis à part ça, un album sublime.

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Rien que After Ur Gone nous met direct dans le bain : une introduction bizzare, bruitiste, puis un riff de guitare qui vous rentre en tête dès la première écoute. Une magnifique chanson, bien rock malgré la voix très douce encore une fois d'Alex G. Quand aux paroles des chansons ellles sont pour la plupart assez nostalgique, sans non plus tomber dans la grosse déprime. Disons qu'il s'en dégage un léger parfum de spleen, de mélancolie adolescente pourrait on dire. C'est le cas notamment dans Boy, le final de l'album ou dans Black Hair. Cette dernière est d'ailleurs, avec Sorry, et Hollow, peut être la chanson la plus sombre au niveau des paroles. Après, certaines chansons comme Harvey semblent avoir des paroles plus optimistes, et Promise quand à elle possède seulement sept lignes de texte, mais cela suffit amplement pour donner à la chanson un lourd sous-entendu sexuel. Comme vous pouvez le constater, nous nous trouvons en face d'un album pas follement joyeux mais de là à le qualifier de "dépressif" il y a un pas que je ne franchirai pas. Par contre il y a un autre pas que j'ai franchis: celui d'acheter l'album -aïe! pas sur la tête!- je veux dire que c'est ma copine qui a franchis ce pas et qui m'a par la même occasion fait découvrir l'album et Alex G. Je ne vais pas encore qualifier l'album de chef d'oeuvre, vu qu'il me reste tout le reste de la discographie du bonhomme à découvrir, et j'attends de le voir en live pour savoir ce qu'il vaut réellement (rendez- vous fin février !), mais l'envie de le faire est bien là croyez moi ! Bref je ne peux que vous conseiller très fortement cet album, pas facile à trouver en magasin, mais sur le net aucun problème et il est vendu le plus souvent à prix raisonnable. Alors qu'est ce que vous attendez ??

Chronique complémentaire de ClashDoherty :

Avant d'en écouter un ou deux clips ici, postés par Buckley92 (qui a aussi écrit la remarquable chronique principale ci-dessus), je ne connaissais absolument pas, même pas de nom, Alex G. Buck' ayant eu la gentillesse de me le faire parvenir par MP3, j'ai pu moi aussi écouter l'album, qui s'appelle DSU et est donc, comme Buckley92 l'a dit, son troisième opus en tout, et son premier à être relativement facile à dénicher. Le titre de l'album est assez étonnant, et si on s'amuse à aller sur Wikipédia en anglais et à le taper, on tombe sur des acronymes pour plusieurs universités américaines (Dakota State University, Delaware State University, Denver State University, il y en à d'autres), ou bien sur des acronymes utilisés dans l'informatique anglophone (Dynamic Software Updating, ce genre). Quant à Alex G, si vous tapez ça sur Wikipédia, vous aurez en première réponse Alex G. Spanos Center, lequel lieu est un...stade de football (américain) situé à San Luis Obispo en Californie, mais il y en à aussi un du même nom à Stockton dans le même Etat californien ! Compte tenu de la pochette de l'album (un joueur de football américain en pleine action dans un stade archiplein avec les lettres DSU sur des panneaux dans les gradins), c'est une petite coïncidence, du moins je pense. Et Buck' a totalement raison, chercher des infos sur Alex G, notre Alex G de DSU, sur le Net est compliqué, ça relève d'une gageure plus difficile à accomplir que de rechercher des infos sur Kendji Girac ou n'importe quel autre branlomane de The Voice...

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L'album est court, même pas 34 minutes, et ce, pour un total de 13 titres. Du moins, dans la version existant en vinyle, car le CD offre deux bonus-tracks situés en fin de parcours, et faisant passer le tout à 38 minutes : Soaker et Waiting For You. Les morceaux sont dans l'ensemble très courts, Soaker ou Axesteel font moins de 2 minutes chacun, Tripper fait 44 secondes, Hollow en fait 4, mais c'est le morceau-fleuve du lot, l'Everest de DSU, sa durée en est limite éreintante comparée à celle des autres titres ! Décrire par le menu, de l'apéro au digestif, ce disque sera difficile, il est en effet assez inclassable, pas expérimental, mais c'est une sorte de crossover (et un crossover franchement réjouissant, réussi au combien) entre rock, pop, musique dépressive à la Sparklehorse/Nick Drake/Elliott Smith/Eels (et même un peu Radiohead, mais le Radiohead des débuts) et expérimentations orientées vers la musique noire (soul, r'n'b ; pas le r'n'b modern à la - hum ! - R. Kelly, mais le Rhythm'n'Blues d'antan ; ou funk). Le mec est jeune, il à une toute petite vingtaine, et des faux airs de membre des Strokes (Julian Casablancas, le chanteur, précisément). Une voix parfaite pour ce qu'il chante, ce qui n'est pas précisément une chanson sur la lune en juin ou sur le thème éculé mon amour et moi on vit une grande et belle aventure, mais plutôt sur des sujets parfois tristounets. Ce n'est pas aussi dépressif que Sparklehorse (et si vous ne connaissez pas encore Sparklehorse, groupe qui fut dirigé par Mark Linkous - qui s'est donné la mort vers 2010 ou 2011 - qui en était, en gros, le seul vrai membre multi-instrumentiste et chanteur, je ne peux que vous conseiller les albums It's A Wonderful Life et Good Morning, Spider, mais gaffe, c'est tellement dépressif que The Cure période Pornography, à côté, pourrait servir de générique à Plus Belle La Vie), mais on ne peut pas dire, malgré certains  morceaux bien énergiques et rock comme After Ur Gone, Promise, Rejoice, Axesteel, que DSU soit un album d'une folle gaieté. En revanche, c'est un album totalement maîtrisé, pas très long (pas trop long j'ai surtout envie de dire), même si certains morceaux auraient vraimnt pu être rallongés (Soaker, Black Hair, Harvey). Je vais très probablement (allez ! c'est même sûr et certain) me payer le CD incessamment sous peu, je file sur Amazon une fois que j'aurai cliqué sur 'publier' pour envoyer ma chronique complémentaire en attente de publication (et comme vous êtes en train de lire ceci, vous savez donc qu'elle est publiée, et que j'ai, donc, commandé et même probablement déjà reçu DSU à l'heure actuelle) !

FACE A

After Ur Gone

Serpent Is Lord

Harvey

Rejoyce

Black Hair 

Skipper

Axesteel

FACE B

Sorry

Promise 

Icehead

Hollow

Tripper

Boy

Bonus-tracks CD :

Soaker

Waiting For You

                                         



23 janvier 2015

"Live" - Steppenwolf

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Dans la série double album live (comme je l'ai dit récemment en abordant le Live Bullet de Bob Seger, je me réécoute pas mal de double lives, actuellement), voici Steppenwolf. Vous connaissez ce groupe, n'est-ce pas ? Férocement sous-représenté sur le blog (deux albums dont celui-ci, dont c'est la deuxième chronique, la première datait de 2010 et commençait fortement à puer le ranci), ce groupe américain fondé en 1967 est tout simplement un des principaux artisans du son heavy rock. On parle souvent de ce groupe comme étant un des premiers groupes de hard-rock de l'histoire du rock, aux côtés de Blue Cheer, Iron Butterfly (pour la simple et unique raison de leur morceau-fleuve In-A-Gadda-Da-Vida) et de Cream. Cream fut le premier de ces  groupes à sortir un album (1966), mais Steppenwolf et Blue Cheer, dont le premier album, pour les deux groupes, date de 1968, sont plus bourrins (Blue Cheer est même tellement bourrin que c'est difficilement écoutable à jeun à l'heure actuelle, entre la production très brutale et le côté violemment homme des cavernes apprenant à jouer des musiciens). Steppenwolf est clairement un grand groupe de hard-rock, si tristement méconnu à l'heure actuelle (hormis pour leur hit Born To Be Wild, issu du premier opus, et utilisé comme on le sait pour Easy Rider l'année suivante) que je ne peux que vous conseiller fortement de rattraper le retard. Leur premier album, Steppenwolf, outre Born To Be Wild, offre aussi The Pusher (hymne anti défonce lourde), Sookie Sookie, Hoochie Coochie Man, The Ostrich, Your Wall's Too High...

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Dos de pochette : brrrrr...

Trois de ces chansons, les trois premières citées, sont ici, sur les 67 minutes de ce double live sorti en 1970 sous une pochette en raccord avec le nom du groupe (qui tire son nom du roman de Hermann Hesse Le Loup Des Steppes, roman culte sur un homme faisant ressortir le côté sauvage de sa personnalité) : un loup, hargneux, tous crocs dehors, l'air pas très gentil-gentil sur les bords et au centre non plus. Au dos, sur fond un peu de velours, un crâne humain (ce motif du crâne revient souvent chez Steppenwolf : on en voit au dos de la pochette de Monster, on en voit aussi sur celle de Steppenwolf 7 et de Skullduggery (avec un titre pareil, il aurait été dommage de louper le motif du crâne...). L'intérieur de pochette montre plusieurs photos des membres du groupe (notamment le chanteur John Kay, un Allemand ayant apparemment, selon la légende, fui la RDA, franchi le mur par en-dessous, la chanson Your Wall's Too High en serait le témoignage), ainsi que plusieur photos de loups, sans couleurs, avec des teintes de gris. Double live, donc, cet album (dont tout tient sur un seul CD, il n'est en effet pas très long, comme double live !) porte un titre totalement original, tellement original qu'il en foutrait le vertige à un highliner : Steppenwolf Live. Putain, se sont pas cassés le derche, les cons. Heureusement, musicalement parlant, ce live assure mieux que son titre à la confiture de pruneaux et son artwork des plus basiques. Les 13 titres (12 plages audio, mais Hey Lawdy Mama et Magic Carpet Ride sont réunies sur une seule plage audio) sont absolument fantastiques, des versions à tomber du long (10 minutes) Monster, du très engagé Draft Resister (le titre signifie 'résistant à l'enrôlement militaire', bref, 'objecteur de conscience' ou 'déserteur'), Sookie Sookie qui ouvre les hostilités, Magic Carpet Ride, Born To Be Wild ou The Pusher. John Kay en grande forme, un shouter hallucinant qui livre ici une remarquable prestation. Le guitariste (Larry Byrom) assure à donf, de même que le bassiste Nick St. Nicholas, le claviériste Goldy McJohn et le batteur Jerry Edmonton (frangin de Dennis, alias Mars Bonfire, alias l'auteur de Born To Be Wild), seule la production (un live de 1970...) est par moments un peu juste, mais on trouvera bien pire dans le genre, quand même.

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On notera une chose importante, non précisée sur la pochette (qui, il faut le dire, offre bien peu de précisions de crédits : les noms des membres du groupe sont sous leurs photos, mais sans leurs attributions, on a juste la liste des morceaux au dos de pochette - avec Sookie Sookie mal haurtaugraffié - et rien d'autre), à savoir que trois titres, ici, Hey Lawdy MamaTwisted et Corrina, Corrina, ne sont pas live, mais enregistrés en studio (les deux premières sortiront en single), on rajoutera des effets live aux morceaux pour parfaire le truc, et faire croire qu'ils sont issus d'un concert. Oui, je sais, c'est con, mais Steppenwolf ne fut pas le seul groupe à faire ça (parmi les exemples, un des morceaux présents sur le Live And Dangerous de Thin Lizzy n'est pas live, c'est Southbound), et on ne s'en rend pas trop compte à l'écoute de ce Steppenwolf Live qui, sinon, envoie le bois, sévère. Un excellent album live pas terriblement généreux (67 minutes...), mais rien n'y est à jeter, c'est génial du début à la fin !

FACE A

Sookie Sookie

Don't Step On The Grass

Tighten Up Your Wig

FACE B

Monster

Draft Resister

Power Play

FACE C

Corina, Corina

Twisted

From Here To There Eventually

FACE D

Hew Lawdy Mama/Magic Carpet Ride

The Pusher

Born To Be Wild

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20 janvier 2015

"Fear Of Music" - Talking Heads

Talking Heads - Fear of Music

Comme Lester Bangs, fameux rock-critic américain mort en 1982, l'a dit à son sujet, ce disque est, limite, un grand moment comique (il n'était pas ironique ou méchant vis-à-vis de l'album en disant cela, il voulait juste dire que le côté peur de tout/parano à tous les étages de l'album témoignait, quelque part, d'un sens de l'humour assez redoutable et ravagé de la part du groupe), dans le style hystérique. Ce disque ? Fear Of Music. Le troisième album des Talking Heads, un des plus fameux groupes de la nouvelle scène rock/new-wave américaine, un des groupes cultes de la scène C.B.G.B.'s (fameux club musical new-yorkais, fer de lance de la vague punk/new-wave ricaine, des groupes comme Blondie, Dead Boys, Suicide y sont passé), le groupe de David Byrne (chant, guitare, compositions) et Jerry Harrison (un ex des Modern Lovers ; guitare, claviers, choeurs). Les deux autres membres sont Chris Frantz (batterie) et Tina Weymouth (basse), les Talking Heads est un des rares groupes de rock de l'époque à avoir une femme en son sein sans qu'elle ne soit la chanteuse (donc, Blondie est, de ce point de vue, hors-concours). Le premier opus du groupe, Talking Heads : 77, est sorti, comme on pouvait s'y attendre au vu de son titre, en 1977. Pochette rouge sang, production minimaliste, et déjà des chansons imparables : Psycho Killer, No Compassion, Uh-Oh, Love Comes To Town, Happy Day, New Feeling... Oh, tout n'y était pas parfait (quelques chansons un peu anodines, comme le très court Who Is It ? ou First Week, Last Week...Carefree), mais pour un coup d'essai, c'était vraiment bien foutu. Dès le deuxième album (More Songs About Buildings And Food, 1978), un invité de luxe s'incruste, en tant que producteur, et il restera pour produire les deux suivants (dont, par conséquent, ce Fear And Music) et collaborera en duo avec Byrne pour un album (My Life In The Bush Of Ghosts) en duo : Brian Eno. Le deuxième album est vraiment pas mal, mais des quatre premiers opus (les meilleurs), et de la trilogie produite par Eno, ça reste, selon moi, le moins bon. Tout est relatif, il est vraiment bien quand même !

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La pochette et la sous-pochette vinyle (pas une photo perso, mais j'ai le vinyle quand même !)

Encore un an plus tard, 1979 donc, les Têtes Parlantes sortent leur troisième opus, celui que, personnellement, je n'hésite absolument pas à qualifier de chef d'oeuvre de leur carrière (oui, meilleur que le pourtant remarquable album suivant, Remain In Light de 1980) : Fear Of Music. 41 minutes (et 11 titres) sorties sous une pochette noire reproduisant (pour le vinyle, surtout : c'est tactile) une plaque de métal du genre de celles, antidérapantes, que l'on trouve au sol de certains transports en commun. A l'intérieur, la sous-pochette grisâtre montre, d'un côté les paroles, et de l'autre, une photo thermique de, probablement, David Byrne, rien n'est moins sûr (le bonhomme, flippant car quasiment inhumain d'apparence, est tout simplement non reconnaissable en tant que tel, mais comme Byrne est le leader du groupe, je suppose que c'est lui sur la photo). Rien n'apparaît au dos de pochette, qui reproduit là aussi la plaque, mais aucune inscription mis à part le logo de la maison de disques (Sire Records). Aucune photo du groupe. Bon, maintenant qu'on a parlé du contenant, parlons du contenu. Et là, il y à des choses à dire, croyez-moi. Si Lester Bangs, dans sa chronique sur l'album (intitulée David Byrne dit "Bouh !" et que l'on trouve traduite en français dans le recueil posthume de ses écrits Fêtes Sanglantes Et Mauvais Goût, qui est immense), insistait un peu sur le fait que le côté très paranoïaque et angoissé de l'album était limite drôle (David Byrne semble sérieux, comme ça, stressé, et stressant avec sa voix quasiment hystérique, mais je suis prêt à parier qu'il possède un redoutable sens de l'humour, voir les paroles de Animals et Electric Guitar, deux des titres de l'album), il n'en demeure pas moins que, dans l'ensemble, Fear Or Music est assez sombre, et même angoissant parfois. Constitué en majeure partie de morceaux aux titres composés d'un seul mot (c'est peut-être un détail inutile, mais quand même, ça sent le concept, tout ça, non ?), l'album propose, en gros, plusieurs choses, sujets, thèmes dont il est, selon David Byrne (auteur exclusif des morceaux), légitime de s'inquiéter, d'avoir peur. Byrne (du moins, le personnage qu'il 'interprète' dans les chansons) n'aime pas les animaux (Animals) qui chient partout, ne sont jamais là quand on a besoin d'eux, mais en revanche le contraire est vrai, et qui, en plus, sont poilus ; il a peur des grandes villes inhumaines (Cities), il trouve qu'au Paradis, il ne se passe jamais rien (Heaven), il se méfie de son instrument qui semble agir de lui-même (Electric Guitar), ne parlons pas des drogues (Drugs, avec son chant totalement dérangé, Electricity...that's what I called it ! et sa mélodie belle à pleurer) et, le comble, il a peur de l'air, il craint l'atmosphère, la trouve nocive pour l'Homme, nocive pour lui, en tout cas (Air) : Some people say not to worry 'bout the air/Some people don't know shit about the air. Life During Wartime le montre cinglant, expansif et virulent, This Ain't no party, this ain't no disco, this ain't no foolin' around ! (et sur un rythme discoïde !), et dans Memories Can't Wait, la musique est tellement oppressante qu'on en a de la douleur physique pour lui, je n'ose vraiment dire de quoi parle la chanson, j'ai peur de le savoir, mais ça ne parle pas de choses très chaleureuses, une chose est certaine... Enfin, on a I Zimbra, sur lequel Robert Fripp (qui trouvera sans aucun doute dans ce morceau une des motivations nécessaires pour reformer King Crimson, ce qui sera chose faite en 1981 avec un album sous forte influence talkingheadienne, Discipline) participe à la guitare. Un morceau africanisant, aux paroles sans queue ni tête, chantées en mantra et en choeurs, inspirées par un poème dadaïste de Hugo Ball, l'effet transe est total, et dire que c'est le premier morceau de l'album !

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Frantz, Byrne, Harrison, Weymouth

Musicalement, l'album est parfois très rock (des parties de guitare incroyablement saignantes en final du remarquable Mind, dans Electric Guitar, Animals et Air, aussi), bien que la production soit signée Eno (enfin, Eno et le groupe ; Eno ne joue pas sur le disque, il pose des choeurs dans I Zimbra, c'est tout) ce n'est pas atmosphérique ou ambient. Mis à part Drugs, le morceau final, 5 minutes de totale beauté, c'est musicalement féérique (des claviers aériens, une basse entêtante, une guitare parfaite, pas trop présente) et très dans le style Eno. Mais le reste est du Talking Heads pur jus de fruits artisanal, malgré Eno, qui sera plus 'maître d'oeuvre' sur Remain In Light (il composera, sauf erreur de ma part, sur Remain In Light). De grands moments sur cet album : I Zimbra qui fout la patate et interloque en même temps, en ouverture ; Mind, qui s'enchaîne magnifiquement (I need something to change your mind...miiiiinnnnndddddd), alors que, pourtant, les deux morceaux n'ont pas grand chose en commun ; Cities qui s'ouvre dans le fade, lentement, un rythme discoïde, quasiment dansant, mais avec un petit quelque chose de chelou dedans ; Memories Can't Wait qui s'ouvre en apocalypse et est clairement le morceau le plus dérangé de l'album (There's a party in my mind...) ; Air qui, en ouverture de la face B, démarre direct par des choeurs à la fois aériens et troublants, et le morceau oscille entre rock (la fin) et douceur (les pré-refrains, sublimes et suaves, une guitare qui coule toute seule) ; Drugs, sensationnelle comme je l'ai dit plus haut ; Life During Wartime, qui semble totalement cintré, entre mélodie dansante et paroles cérébrales ; et Heaven, paradisiaque malgré les paroles qui disent le contraire... Bref, l'album est géant, génial, immense, un des plus grands que je connaisse. Amen, quoi.

FACE A

I Zimbra

Mind

Paper

Cities

Life During Wartime

Memories Can't Wait

FACE B

Air

Heaven

Animals

Electric Guitar

Drugs

"'Live' Bullet" - Bob Seger & The Silver Bullet Band

LIVE BULLET

Je suis actuellement en pleine phase double albums live. De tous styles : folk-rock, rock, hard-rock, rock progressif, blues-rock... Des albums que je redécouvre, ou que je découvre pour la première fois. Cet album fait partie de la seconde catégorie, c'est la première fois que je l'aborde ici, et je l'ai découvert il y à quelques jours. J'en avais entendu parler avant, mais j'ai mis du temps avant de me décider à l'acheter ; et pas en CD, mais en vinyle, s'il vous plaît ! Sorti en 1976, ce double album live, qui tient désormais sur un seul CD car il ne fait que 70 minutes, est le premier live de Bob Seger, un artiste rock (à tendance plus ou moins hard-blues) que l'on comparera souvent en Bruce Springsteen du pauvre. Il s'appelle 'Live' Bullet, et est officiellement crédité au groupe de Seger à l'époque, Bob Seger & The Silver Bullet Band. D'où le nom du live, lequel live a été enregistré les 4 et 5 septembre 1975 au Cobo Hall de Detroit, la ville de Seger. Mais aussi celle du MC5, des Stooges, et de la Motown. Et des bagnoles, OK, Detroit étant la fameuse Motor City. Bob Seger, le Springsteen du pauvre donc (un surnom bien évidemment non-officiel, et que, personnellement, je réfute, mais bon), a livré des albums imparables tout du long de sa carrière, au moment de sortir ce double album live : Smokin' O.P.'s, Mongrel, Back In '72, Seven, autant d'albums remarquables qui, hélas, sont aujourd'hui aussi difficiles à trouver, surtout en CD, qu'un bon film de Michael Youn. Enfin, Mongrel et Smokin' O.P.'s sont quand même trouvables en CD, mais n'espérez pas les trouver dans les bacs de votre magasin préféré, c'est uniquement sur le Net (j'ai essayé récemment de me procurer Smokin' O.P.'s et Back In '72 en vinyles : le premier, introuvable, et le second, trouvable, mais au prix de 200 € ! Il y en avait un qui vendait son exemplaire à 14 €, mais, le précisait-il dans son annonce, il n'avait plus la pochette principale, juste la sous-pochette, ceci explique celà).

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Au moment de publier son live que j'aborde aujourd'hui (le second album de Seger sur le blog après Mongrel, album de 1970 abordé il y à déjà un petit moment), Bob Seger a déjà publié pas moins de huit albums studio (son premier, Ramblin' Gamblin' Man, date de 1968, il fut fait, comme les deux suivants Noah - 1969 - et Mongrel, avec un groupe baptisé The Bob Seger System). Brand New Morning (1971), Smokin' O.P.'s (1972), Back In '72 (1973), Seven (1974) et Beautiful Loser (1975) sortirent sous son seul nom. Vient ensuite le temps du Silver Bullet Band, constitué de Drew Abbott (guitare), Alto Reed (saxophones, percussions), Robyn Robins (claviers), Chris Campbell (basse) et Charlie Allen Martin (batterie), pour ce 'Live' Bullet d'anthologie. Sur les 14 titres de 'Live' Bullet, quatre sont des reprises, et non des moindres : Nutbush City Limits de Tina Turner, Let It Rock de Chuck Berry, Bo Diddley de...Bo Diddley, et I've Been Working de Van Morrison. Alors une gloire régionale (à Detroit, il est vraiment connu, estimé, mais ailleurs, c'est pas ça ; Lester Bangs avait fait un excellent papier sur Seger au moment de la sortie de son album Stranger In Town en 1978, où il insistait sur le dommage que représente cette popularité localisée, et pas nationale, Seger méritant, à l'époque, vraiment mieux que ça, même si le double live de 1976 que j'aborde maintenant a quand même bien aidé à le populariser un peu partout), Seger livre ici une incroyable prestation, offrant des versions à tomber de quelques unes de ses meilleures chansons, comme le sublime Jody Girl, le terrible Turn The Page (que Metallica a repris sur Garage Inc. en 1998), Katmandu, Travelin' Man... Regrets éternels : l'absence de Rosalie, de Midnight Rider (cette dernière, une reprise du Allman Brothers Band, est issue de Back In '72, comme, d'ailleurs, Jody Girl, Travelin' Man, Turn The Page...et Rosalie, que Thin Lizzy a démonté en live, sur leur Live And Dangerous de 1978), de morceaux du remarquable et très hard-garage Mongrel, aussi (Lucifer, la reprise du River Deep - Mountain High).

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Le son est d'enfer, les chansons se suivent et s'enchaînent sans répit (un Nutbush City Limits ahurissant en ouverture, un Let It Rock démentiel en final, et entre les deux, Katmandu, U.M.C., Get Out Of Denver, pour ne citer qu'elles en plus des autres, délivrent bien la marchandise), Bob Seger (qui joue aussi un peu de piano et de guitare) assure à fond, sa voix est incroyable ; ses musiciens sont excellents, l'agencement des titres est imparable (on notera pour finir, en anecdote, que la version 8-tracks, la version cartouche quoi, de l'album est une rareté en soi : alors que pas mal des versions cartouches (un ancien format proche des cassettes, en plus chiant) des albums étaient réagencées avec un ordre des morceaux différent de l'album initial - rapport au format contraignant -, celle de 'Live' Bullet propose les 14 morceaux dans le même ordre que le vinyle (et futur CD) initial, et sans coupure dans les morceaux (chose également courante dans les versions cartouches, de couper un morceau en deux parties, ce qui est une hérésie) ! Voilà pour l'anecdote. Sinon, entre une setlist remarquable, un groupe en forme, un chanteur qui assure comme s'il devait cesser de chanter le lendemain, une prise de son remarquable (on sent que ça date de 1976, OK, mais c'est vraiment bien enregistré, comme les autres grands lives de l'époque) et un public qui en redemande et le fait bien entendre (Detroit, lieu du concert, était la ville de Seger, je le rappelle), 'Live' Bullet est un grand représentant de la vaste dynastie des double-albums live 70's qui en jettent. Essentiel pour tout fan de rock, et un des meilleurs lives qui soient.

FACE A

Nutbush City Limits

Travelin' Man

Beautiful Loser

Jody Girl

FACE B

I've Been Working

Turn The Page

U.M.C.

Bo Diddley

FACE C

Ramblin' Gamblin' Man

Heavy Music

Katmandu

FACE D

Lookin' Back

Get Out Of Denver

Let It Rock

19 janvier 2015

"Saved" - Bob Dylan

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Robert Zimmermann, juif de naissance, se convertit en 1979, il devient chrétien. Il enregistre, à Nassau (Bahamas), sous la houlette du légendaire producteur Jerry Wexler (qu'il essaiera de convertir aussi, sans succès !), l'album Slow Train Coming, abum enregistré notamment avec deux membres de Dire Straits (Mark Knopfler, le batteur Pick Withers), lequel groupe venait, au même endroit et avec le même Wexler, d'enregistrer Communiqué. L'album marchera plutôt bien, même si le côté religieux/Jésus-mon-Sauveur-que-j'aime déplaira à pas mal de ses fans (mais en attirera d'autres !). Peu après, toujours sous la houlette de Wexler (et aussi de Barry Beckett), Dylan entre en studio, en février 1980, pour accoucher du successeur, qui sortira en juin sous une pochette qui, dans certains pays, sera remplacée par celle plus bas : on y voit une main, ensanglantée, venir du ciel pour toucher plein d'autres mains dressées vers elle (la main ensanglantée venant des cieux étant, évidemment, celle de Dieu, ou de Jésus). L'album s'appelle Saved, c'est le deuxième opus de la désormais période chrétienne (born-again en anglais) de Dylan. Long de 43 minutes (et 1 seconde !) pour 9 titres, il sera nettement moins bien accueilli que Slow Train Coming, et ce mauvais accueil, cette mauvaise réputation perdure depuis 35 ans (Slow Train Coming, lui, est un bon album, pas le sommet de Dylan évidemment, mais ça reste plus qu'écoutable : Gonna Serve Somebody, Precious Angel, par exemple, assurent). Saved a été enregistré avec Tim Drummond (basse, un fidèle de Dylan, mort il y à quelques jours), Jim Keltner (batterie, idem, autre fidèle dylanien), Spooner Oldham (claviers), Fred Tackett (guitare), et plein de choristes : Clydie King, Carolyn Dennis, Regina Havis, Monalisa Young, Terry Young (aussi aux claviers).

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Pochette alternative (certaines éditions vinyles, rééditions vinyles)

Nul doute que la reconversion au christianisme de Dylan, si elle n'a pas duré longtemps (en 1983, il sort Infidels, lequel semble marquer la fin de cette période, et il se reconvertira au judaïsme à cette époque ; la période chrétienne tient en trois albums, Shot Of Love, 1981, est le dernier), fut sincère. Avec sa citation de la Bible dans sa pochette intérieure (du Livre de Jérémie, 31:31) et ses chansons au style gospellien (nombreux choristes) et aux thèmes et titres éloquents (In The Garden, Saving Grace, Covenant Woman, Saved), Saved est un album de folk-rock (parfois plus rock que folk : Saved est énergique) chrétien, impossible de parler de l'album sans parler de cela. Si Slow Train Coming était réussi, Saved est, lui, franchement médiocre. Dylan fera encore pire un an plus tard avec un Shot Of Love abordé ici il y à longtemps (2009 ou 2010) et que je n'ai pas envie de réaborder, et il fera pire aussi, entre la fin des années 80 (1984 : le nul à chier live Real Live ; 1986 : l'épouvantable Knocked Out Loaded ; 1988 : Down In The Groove ; 1989 : le nullissime live Dylan & The Dead fait avec un Grateful Dead à la ramasse) et le tout début des années 90 (Under The Red Sky, Good As I Been To You, World Gone Wrong, un live MTV Unplugged nullissime), seules exceptions à cette épouvantable période 1980/1995 : Infidels (1983), vraiment correct, et Oh Mercy (1989), immense. Le retour à la grande forme se fera attendre, ça sera Time Out Of Mind de 1997. En attendant, Dylan nous 'régalera' d'albums foirés, et si Saved l'est assurément, croyez-moi, par rapport à tous les albums que je viens de citer (j'ai oublié de citer Empire Burlesque, 1985, qui est certes moins pourri que Shot Of Love ou Knocked Out Loaded, mais n'est pas glorieux pour autant, oh non), il est presque - presque ! - écoutable. Il faut reconnaître que Covenant Woman, Saved, Solid Rock et Pressing On, quand on n'y prête pas trop attention (et je ne parle pas ici des thèmes religieux, mais de la qualité musicale des morceaux), quand on les écoute en fond sonore - il n'y à que là que cet album passe vraiment -, sont écoutables, supportables.

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Intérieur de pochette

Il faut cependant éviter de penser que l'interprète (et avant cela, auteur/compositeur) de ces chansons, de cet album, est le même que celui qui a fait Highway 61 Revisited, Blonde On Blonde, Blood On The Tracks ou Desire. Ou Planet Waves. Ou même Self Portrait, tudieu. Il faut à tout prix éviter de penser à cela, de se dire que c'est un album de Bob Dylan, parce que sinon, l'écoute de ces 9 chansons fait trop mal au coeur. Comment un artiste aussi puissant, aussi talentueux, aussi mythique, important que Dylan a-t-il pu se laisser aller à pareilles merdes ? C'est un fait, si Covenant Woman est pas mal, aucune chanson, aucune, ne peut être qualifiée de classique, contrairement à Slow Train Coming qui a Gonna Serve Somebody, contrairement à Infidels qui a Jokerman, et même à Knocked Out Loaded (cet infâme galette merdeuse) qui a Brownsville Girl (oubliez l'album, mais téléchargez la chanson). Mais aucune chanson de Saved ne fait partie des classiques de Dylan, et je ne sais pas si on en retrouve une sur ses best-ofs les plus récents (après vérification : non, aucune, sur aucune compilation ! Ca veut tout dire, non ?). Je ne conseille ce disque qu'à une seule catégorie de personne : les fans acharnés et complétistes de Dylan, ceux qui veulent tout avoir de lui. Sinon, franchement, même si Dylan a fait encore pire par la suite, Saved n'est vraiment pas un bon album, de Dylan ou en général.

FACE A

A Satisfied Mind

Saved

Covenant Woman

What Can I Do For You ?

Solid Rock

FACE B

Pressing On

In The Garden

Saving Grace

Are You Ready

"If You Want Blood...You've Got It" - AC/DC

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 Alors qu'AC/DC a publié, le mois dernier (début décembre), et donc l'année dernière (déjà ! oui, je chipote...), un nouvel album, Rock Or Bust, leur premier sans leur guitariste rythmique et co-auteur Malcolm Young (on sait tous ce qui lui arrive, démence précoce, c'est bien triste), il est temps de reparler du groupe australien quand ils étaient vraiment au plus haut. En 1978, le groupe a publié son album Powerage et est déjà placé très haut dans le coeur des hardos-de-tous-pays-unissez-vous. Leur tournée est démentielle, et sera immortalisée, plus tard dans la même année, par, passage obligé, alors, pour tout groupe de rock se respectant, un live. Là où d'autres groupes du même acabit (Kiss, Thin Lizzy, UFO, les plus anciens Deep Purple et Led Zeppelin) auraient ou ont sorti un double live pour commémorer l'évênement, AC/DC, eux, s'en tiennent à une seule galette, longue de quelques 52 minutes quand même. Sorti sous une pochette montrant Angus Young (guitare principale) sanguinolent, transpercé par sa guitare, avec un Bon Scott (chant) chantant derrière lui - et comme en train de lui enfoncer sa gratte dans le bide -, l'album s'appelle d'un titre poétique et charmant, qui sera réutilisé l'année suivante comme titre de chanson de l'album Highway To Hell (on replacera les points de suspension par des parenthèses) : If You Want Blood...You've Got It. L'album est important pour moi : ce fut mon premier AC/DC, mon tout-premier, offert en CD par un ami à qui on le lui avait offert et qui n'aimait pas trop lives, et n'était pas plus accro que ça à AC/DC et au hard-rock, préférant le rock pur et dur. Je ne ne connaissais alors AC/DC que de nom, et par le biais de deux chansons, Highway To Hell et Hells Bells, aucune des deux n'étant ici, évidemment, n'ayant pas encore été écrites. Je savais aussi, à l'époque (je devais avoir 13 ans), que le groupe tournait toujours (l'année de mes 13 ans est l'année de Ballbreaker), qu'un de ses membres était habituellement fringué en écolier, qu'ils avaient eu un chanteur mort dans des circonstances rock'n'roll et que ce chanteur s'appelait Bon Scott, mais si vous m'aviez demandé le nom du guitariste, de l'autre guitariste (Malcolm), de leur bassiste (Cliff Williams) ou de leur batteur Phil j'engage un tueur à gages Rudd), ou bien le nom d'un de leurs albums, ou d'une de leurs chansons, j'aurais été incapable de vous satisfaire en ce sens. Vous vous seriez bien foutus de ma gueule.

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Verso de pochette

Et puis, cet ami m'offre cet album, dont j'ignorais, au moment de le prendre (le CD, que j'ai toujours, je ne l'ai pas racheté en remastérisé) et de le remercier (l'ami), qu'il s'agissait d'un live. J'ouvre le boîtier, je déplie le mince livret, et je vois que c'est un live. OK. Ma première expérience AC/DCienne sera donc en public, il y à pire pour découvrir le groupe (il aurait très bien pu m'offrir Fly On The Wall ou Blow Up Your Video, cet ami). Le glisse le CD dans mon lecteur. 10 titres, 52 minutes, c'est plutôt correct. 'Play'. Clameurs de la foule, puis un riff qui déboule de nulle part, riff cyclique, paillard, brutal et incroyablement jouissif. Riff Raff. A l'époque, mon expérience du hard-rock se résumait à Queen (pas vraiment du hard-rock) et Scorpions, c'est tout. Quand, à 13 ans, on se prend ça dans la gueule, en version live qui plus est (autrement dit, en version plus musclée, viandarde, teigneuse que les pourtant déjà saignantes versions studio, que je découvrirai peu de temps après), on est sonné. La voix de Bon qui surgit, glapit les premières paroles de la chanson, See it on the television everyday, heard it on the radio... Je bande. Je ne débanderai que 52 minutes plus tard, Rocker (qui reste le morceau qui me branche le moins ici, et j'apprendrai bien plus tard que la version live durait généralement bien plus longtemps que ces 3 petites minutes) achevé. Tout le disque (capté à l'Apollo Theatre de Glasgow, Ecosse, le 30 avril 1978, l'album est sorti en fin d'année) est un programme de démolition des oreilles, 10 chansons, autant de classiques (mais pour moi, lors de la première écoute, ces 10 chansons furent 10 découvertes ; je n'en connaissais strictement aucune, j'ignorais donc qu'il s'agissait de leurs 'tubes'), parmi lesquels un Let There Be Rock anthologique, un Bad Boy Boogie sensationnel (au cours duquel Angus se livrait à un strip-tease), un The Jack paillard au possible (Bon Scott énumérant les différentes maladies vénériennes chopées en tringlant), un Hell Ain't A Bad Place To Be qui s'ouvre sur un riff d'une puissance folle (le tout, accompagné de ruades de batterie bien brutales) et reste à jamais mon morceau préféré sur le live (et son enchaînement après Riff Raff est démentiel), un Rock'n'Roll Damnation tétanisant, Whole Lotta Rosie avec la foule scandant Annnn-gus !! Annn-gus !!...

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If You Want Blood...You've Got It est une tuerie absolue qui aurait pu, et c'est bien le seul reproche à lui faire, être plus long encore. 52 minutes (quasiment 53, OK), c'est putainement trop court, malgré que rien, ici, ne soit à jeter. Il faudra attendre, par la suite, 1992 (...) pour que le groupe refasse un live, qui pour le coup sera double (il sortira aussi en une version simple qui, s'il avait été publiée à l'époque du vinyle, aurait été double sous ce format), et s'appellera d'un très con AC/DC Live. Un live remarquable malgré un beau défaut, les fade-out entre quasiment chaque morceau (ce qui tue quelque peu le charme, ça ne fait pas vraiment live à 100%), l'album étant un mélange de titres issus de plusieurs concerts de la tournée, et pas un seul et unique concert comme ce live de 1978. Le groupe sortira aussi un live en 2010 ou 2011 (je ne sais plus), Live At River Plate, très réussi, et ça sera tout (pour les albums, car il y à, sinon, des DVD musicaux). Mais leur meilleur live reste indéniablement If You Want Blood...You've Got It, malgré qu'il soit le moins généreux des trois lives officiels du groupe. Et malgré que sa qualité sonore, bien que géniale, soit, années 70 oblige, la moins percutante, puissante, des trois albums lives. Mais malgré cela, ça reste leur plus grand live, et aussi un des plus grands lives du rock et du hard-rock (il m'a fallu une écoute, une seule, et bien évidemment ce fut la première, pour m'en rendre compte, et à l'époque, je n'avais pas encore écouté Made In Japan, The Allman Brothers Band At Fillmore East, Live And Dangerous, Live/Dead et Live After Death), lesquels sont eux aussi puissants, et même plus puissants encore. Cette première confrontation avec AC/DC a changé ma vie, on peut le dire : peu de temps après, au fil des deux-trois ans suivants, non seulement je me suis rué sur les albums du groupe et ai découvert, progressivement, leur musique, mais j'ai aussi, par le biais de mes écoutes, découvert Deep Purple, Led Zeppelin, Kiss, Thin Lizzy, UFO, Iron Maiden... Je ne peux qu'envier n'importe qui qui, un jour où l'autre de sa vie, quel que soit son âge, passera par de telles expériences musicales.

FACE A

Riff Raff

Hell Ain't A Bad Place To Be

Bad Boy Boogie

The Jack

Problem Child

FACE B

Whole Lotta Rosie

Rock'n'Roll Damnation

High Voltage

Let There Be Rock

Rocker

Posté par ClashDoherty à 09:00 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
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