Rock Fever

23 mai 2015

"Live" - 801

801 A

A moins d'être ultra calé en rock ou d'être un fanatique inconditionnel de Brian Eno, cet album ne devrait pas trop vous parler. C'est le premir et quasiment unique album officiel d'un supergroupe du nom de 801, fondé vers 1976, et cet album date justement de 1976, et est live. 801 (qui tire son nom des paroles d'un des morceaux de Brian Eno, The True Wheel, qui se trouve sur son album de 1974 Taking Tiger Mountain (By Strategy). Morceau qui brille d'ailleurs pas son absence ici. 801 est un supergroupe, donc, constitué de Brian Eno (ou simplement Eno) aux claviers, bidouillages électroniques et chant principal ; de Phil Manzanera (de Roxy Music, groupe dont Eno fit partie aussi, ce supergroupe 801 était donc pour eux l'occasion de rebosser ensemble) à la guitare ; de Bill McCormick (ex Matching Mole et Quiet Sun, groupes de free-rock; à noter que Quiet Sun n'a sorti qu'un album en 1975, et que ce groupe était constitué de McCormick, d'Eno et de Manzanera, notamment, bref, quasiment 801, un an avant 801 !) à la basse ; de Lloyd Watson à la slide guitar et chant ; de Francis Monkman (ex Curved Air) aux claviers type piano et clavinet ; et de Simon Philips (futur membre de Toto, et collaborateur de Mike Oldfield) à la batterie et percussions. 801 n'aura le temps de ne faire que...trois concerts avant de s'arrêter. Un an après cet album (qui, au fait, s'appelle Live), Phil Manzanera sort un disque solo du nom de Listen Now, sur lequel collaborent Eno, Bill McCormick, Simon Philips et Francis Monkman (entre autres, car on y trouve aussi Mel Collins, Rhett Davies, Dave Mattacks...), album qui, avec l'espoir de renouer avec lee beau succès commercial que fut Live, sortira en partie sous la bannière 801. Mais ce n'est pas vraiment un album de 801, voilà pourquoi, en début d'article, je disais que ce Live de 1976 est quasiment le seul et unique album officiel du groupe.

801 B

Dos de pochette

46 minutes pour 10 titres (une version CD en propose deux de plus, situés entre les deux faces : Golden Hours et Fat Lady Of Limburg), donc, voilà ce qu'est ce live enregistré au Queen Elizabeth Hall de Londres le 3 septembre 1976 (et l'album est sorti en novembre). Très beau succès à sa sortie malgré sa pochette assez hideuse, son nom de groupe abscons et pas très vendeur, et son titre banal (plus le fait que Manzanera, Eno, McCormick, pour ceux qui les connaissaient - enfin, Eno est ultra connu, je parle surtout des deux autres -, étaient très affiliés à un rock expérimental, ambient et pas vraiment commercial), Live est un album absolument quintessentiel, je pense que le mot est d'usage. Bénéficiant d'une qualité audio absolument quintessentielle (c'est un des meilleurs albums lives de son époque en ce qui concerne la qualité du son, et je crois même que ce disque a fait date, rapport à la manière dont il fut enregistré : tous les instruments (sauf la batterie) et les voix ont été enregistrés directement sur la table de mixage du studio mobile, plutôt que de transiter par d'autres bidules avant d'être mixés), cet album est, de plus, musicalement parfait. Les morceaux, qu'ils soient signés Eno (trois), Manzanera (deux), en duo par Manzanera et Eno (un), par Manzanera et McCormick (un), de Charles Hayward (un morceau, Rongwrong), batteur membre de Quiet Sun, groupe éphémère dont firent donc aussi partie McCormick, Eno et Manzanera, ou bien des reprises (deux), les morceaux, donc, sont tous absolument grandioses. La seule chose de négative à dire consiste en la fin de Sombre Reptiles, mixée en fade-out (lente diminution du volume sonore), un effet strictement impossible à faire en live évidemment. Ce morceau achève la face A, c'était sans doute pour faire une sorte de transition, mais ce n'est pas malin. Enfin, c'est un détail.

801 C

Certains diraient sans doute aussi que la reprise du You Really Got Me des Kinks est assez inutile, qu'elle envoie le bois un peu pour rien, qu'Eno, en effet, ne semble pas supr à l'aise avec un morceau aussi rock. Je ne suis pas de cet avis. Ecoutez, justement, le morceau suivant (et dernier), Third Uncle, un des morceaux de la carrière solo d'Eno (de Taking Tiger Mountain (By Strategy)), justement, et qui, ici, est abolument tuant. Autre morceau issu de la carrière solo d'Eno (de son premier album solo, Here Comes The Warm Jets, très glam), Baby's On Fire, chanté d'une amusante voix de fausset. C'est certes assez space parce que signé Eno, mais c'est du putain de rock qui tue, malgré cela ! Après, ce Live contient aussi de beaux moments d'abîme, d'ambiances aériennes, éthérées. Prenez l'autre reprise, TNK, qui, sous son titre raccourci et chelou, n'est autre que le Tomorrow Never Knows des Beatles (de toute façon, c'est indiqué sur la pochette). J'ose le dire, cette version planante, interprétée par un Eno en total état de grâce, est la meilleure reprise jamais faite de ce morceau (qui fut mis à part ça repris aussi par Phil Collins, Jimi Hendrix, le Grateful Dead, les Pink Fairies, Gov't Mule ; pour ces trois derniers, uniquement en live), et elle égalise, bien que dans un registre différent, la version originale des Beatles, qui datait, à l'époque de la sortie de Live, de 10 ans. Juste sublime. Tout comme le Diamond Head de Manzanera (de son album solo éponyme, qui contient aussi Miss Shapiro et Lagrima), le Sombre Reptiles d'Eno (issu d'Another Green World). Au final, donc, Live de 801, ou 801 Live, est un album essentiel. Ne vous fiez pas à sa pochette, cet album est une pure merveille du début à la fin, c'est même vraiment dommage qu'il ne soit pas plus long que ses 46 petites minutes !

FACE A

Lagrima

TNK (Tomorrow Never Knows)

East Of Asteroid

Rongwrong

Sombre Reptiles

FACE B

Baby's On Fire

Diamond Head

Miss Shapiro

You Really Got Me

Third Uncle


18 mai 2015

"Yesterday And Today" - The Beatles

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Encore les Beatles sur le blog, ils vont être encore pas mal à l'honneur ces prochains jours. Surtout que je me suis dit, l'autre jour, tiens, les albums américains du groupe n'ont jamais été abordés (sauf Magical Mystery Tour). En même temps, les Beatlemaniaques et/ou les personnes s'y connaissant un petit peu en rock 60's vous le diront mieux que moi, il n'y à aucun intérêt de les aborder quand on a abordé les albums britanniques, qui sont les albums originaux, ceux qui (Magical Mystery Tour excepté) furent évidemment choisis pour le CD. Mais les albums américains ayant été édités en CD l'an dernier (en coffret et séparément), et ce, pour la première fois officiellement, alors pourquoi ne pas en aborder, ici, un ou deux ? Ou tous ? Mais avant toutes choses, pour celles et ceux qui ne sauraient pas en quoi ces albums américains (parus sur le label Capitol) sont à part, petite explication. Jusqu'en 1966 et l'album Revolver inclus, les albums des Beatles, aux USA, ne sortiront pas dans la même version que partout ailleurs. Ce n'est qu'à partir de Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band (1967) que les albums sortiront aux USA sans aucune modification par rapport à l'Europe. Pour info, les albums américains sont tous beaucoup plus courts que les britanniques (comptez entre 25 et 29 minutes par album !), ont des pochettes et titres différents  (sauf rares exceptions), et, surtout, ne proposent pas les mêmes titres. Le plus souvent, on a un peu de morceaux de tel ou tel album mélangés à des morceaux d'un autre album (généralement, le suivant ou le précédent dans la discographie britannique), avec, pour faire encore plus à part, des morceaux sortis, en Angleterre, en singles (faces A ou B), mais pas sur album. Et des chansons, aussi, n'ont jamais été placées sur album, aux USA. Deux de ces albums (A Hard Day's Night et Help !), dans leurs versions ricaines, proposent des instrumentaux absents de tout album officiel britannique (mais pas les chansons des faces B des albums britanniques). Mais prenez donc un Doliprane, ça va passer...

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J'ai décidé d'aborder le plus mythique de ces albums américains : Yesterday And Today. Mythique non pas par ses morceaux (OK, ces morceaux, au nombre de 11 pour 28 minutes, sont mythiques, quasiment tous en tout cas, mais on les trouve sur les albums et compilations officielles), mais à cause de sa pochette. La fameuse Butcher Cover. Manière comme une autre de prouver que les Bitteuls avaient un redoutable sens de l'humour et n'étaient pas que des petits chanteurs/musiciens à la coupe bien proprette et au sourire Colgate, cette pochette les représentant en blouse blanche de médecin, hilares, avec des quartiers de viande et deux bébés de plastique décapités sur les genoux et en mains, sera, on le sait, source d'une polémique ahurissante (et, pour l'époque et le pays - les USA, bien puritains comme on le sait - assez compréhensible). Rapidement après la sortie de cet album, en 1966, on le retirera du commerce pour le rééditer, avec une autre photo de pochette, représentant (photo ci-dessous) le groupe autour d'une grande malle ouverte, à l'intérieure de laquelle se trouve, assis, Paul McCartney. La nouvelle pochette ayant été juste collée (avec de la bonne colle bien costaude, ceci dit) sur l'ancienne, il ne furent pas rares, les possesseurs de cette édition dite paste over qui tentèrent, avec plus ou moins de bonheur, de la décoller, au risque évident de flinguer les deux pochettes... Trouver des exemplaires vinyle de cet album est une gageure, en trouver à un prix raisonnable, impossible. Un exemplaire de l'édition originale, avant la censure, est à peu près aussi cher qu'un appartement (sans rire), et aussi rare qu'un fou rire d'Alain Delon. Le Graal beatlesien par excellence, plus rare encore que la première édition (avec livret de 60 pages et coffret) de Let It Be. Un exemplaire avec la pochette collée par-dessus la Butcher One, et que l'on n'a pas essayé de décoller, est également hors de prix. Enfin, un exemplaire plus ou moins flingué par le décollage est, selon l'état de la pochette, plus ou moins très cher. L'album a été, comme les autres american albums, réédité l'an dernier, donc. Coup de génie de Capitol/EMI/Apple : avoir imprimé la pochette vinyl-replica (car tous les albums américains ont été édités en CD sous ce format reproduisant les pochettes cartonnées des vinyles, à la taille CD) avec la fameuse Butcher Cover, et avoir proposé, sur un autocollant posé (mais pas collé) par-dessus, la pochette de la malle. On a le choix, si on le souhaite (mais quel intérêt il y aurait à cela ?), entre coller la seconde pochette par-dessus la première, ou la coller ailleurs, où vous voulez. Ou ne pas la coller (mais elle rentre difficilement dans la pochette rigide).

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La pochette de remplacement

Autre coup de génie : avoir proposé, pour chaque album américain réédité, les deux mixes, mono et stéréo, l'un à la suite de l'autre. On a l'intégralité de l'album (soit, ici, 11 titres) en mono, et juste après, la même chose en stéréo (ou l'inverse, je ne sais plus l'ordre des mixes), pour le même prix. Bon, musicalement, sinon ? Rien à dire, même si cette version bâtarde des Beatles est, comme les autres albums américains, moins intéressante que les albums britanniques originaux. Yesterday And Today (alias "Yesterday"...And Today) contient deux titres de Help ! (Act Naturally et Yesterday, deux chansons issues de la face B de l'album britannique), quatre de Rubber Soul (What Goes On, If I Needed Someone, Drive My Car, Nowhere Man ; quand Rubber Soul sortit aux USA, sa version U.S. ne comprenait donc pas ces morceaux, mais conservera le même titre et pochette), trois de Revolver (Doctor Robert, And Your Bird Can Sing, I'm Only Sleeping), album qui, à l'époque de la sortie de Yesterday And Today, n'était pas encore sorti aux USA (et quand il sortira, ça sera le dernier album des Beatles à subir ces différences de tracklistings, et il n'y aura que 11 titres dessus, mais la même pochette et titre), et enfin, deux chansons sorties, en Europe, en singles : Day Tripper et We Can Work It Out (et qui ne se trouvent sur aucun album officiel des Beatles, que des compilations). Comme on le voit, rien de neuf, rien d'inédit, mais ça fait marrant et intéressant d'entendre dans un ordre différent, et quelque peu mélangées, toutes ces chansons. Après, ces albums américains (il n'est pas exclu que j'en aborde d'autres ici) ne sont intéressants que pour les Beatlemaniaques confirmés ; un néophyte se tournera vers les 'vrais' albums, et il aura raison. D'ailleurs, il paraît que les albums américains, en CD, ont fait un petit flop commercial... Dernière chose : pour me faire plaisir, offrez-moi un exemplaire vinyle de l'album, d'époque, et si possible avec la Butcher Cover ! Il vous faudra sans aucun doute hypothéquer votre maison, signer une tonne de crédits et autres ennuis de ce genre, mais au moins, vous ferez un heureux...

FACE A

Drive My Car

I'm Only Sleeping

Nowhere Man

Doctor Robert

Yesterday

Act Naturally

FACE B

And Your Bird Can Sing

If I Needed Someone

We Can Work It Out

What Goes On

Day Tripper

"John Lennon/Plastic Ono Band" - John Lennon

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39 minutes et autant de secondes (du moins, dans ma mémoire) de douleur, voilà ce que représente, grosso merdo, cet album. Sorti en fin d'année 1970, année de la 'mort' officielle des Beatles, année où chacun d'entre eux a dégoupillé au moins un album solo, ce disque est à la fois le premier et le cinquième album solo de John Lennon. Le cinquième, parce qu'il ne faut pas oublier les trois conneries avant-gardistes qu'il a vomies entre 1968 et 1969, en collaboration avec sa Yoko d'amour, ni le Live Peace In Toronto 1969 de...1969, tiens, enregistré aussi avec Yoko, et avec une première mouture, assez bandante (Eric Clapton, l'ami de toujours Klaus Voormann, le futur Yes Alan White) du Plastic Ono Band, le groupe de Lennon. Mais ces quatre albums, et surtout les trois avant-gardistes inécoutables, ne comptent pas vraiment, voilà pourquoi cet album de 1970, sous sa magnifique pochette, est en réalité le premier album solo de Lennon à mériter pleinement les qualificatifs d'"album" et de "solo". Yoko, bien que présente du début à la fin de l'enregistrement de l'album (et pour cause : de son côté, avec les mêmes musiciens, que je citerai plus bas, elle enregistrait aussi un disque solo, qui sortira sous une pochette presque identique - on change juste la position des amants sur la pochette, ils sont inversés - et un titre similaire, et sortira simultanément avec celui de John), n'apparaît pas dessus. Rien que pour ça, on remercie le petit Jésus, car quand on sait à quel point sa voix de chat qu'on étrangle et encule en même temps peut être irritante (Listen, The Snow Is Falling ; Happy X-Mas (The War Is Over) ; Don't Worry Kyoko...)... Bref, ce premier vrai opus solo de Beatle John s'appelle sobrement John Lennon/Plastic Ono Band. Ouiiiiiii, celui de Yoko s'appelle, en effet, Yoko Ono/Plastic Ono Band. Mais assez parlé d'elle. Le verso de la pochette montre John enfant, photo bien grossie, à voir de loin (même chose, avec Yoko enfant, pour son album à elle, évidemment).

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Les tourtereaux présentent leurs albums (montrés du côté de leur verso, photos de Yoko ou de John, enfants)

Pour ce disque, Lennon a fait les choses en grand, il s'est entouré de celui qui a 'sauvé' les bandes de l'album Let It Be, et en a fait ce que l'on sait (plus tôt dans la même année 1970), au grand malheur de Paul McCartney, d'ailleurs : Phil Spector. Spector (qui, la même année, produit le triple All Things Must Pass de George Harrison, et qui, par la suite, produira le triple live The Concert For Bangla Desh d'Harrison et les deux albums suivants de Lennon (Imagine et Some Time In New York City), plus une partie de l'album Rock'n'Roll du même Lennon), Spector, donc, est mondialement connu pour ses productions chatoyantes, luxuriantes un peu trop chargées même, le fameux Mur du Son, cet empilage de couches sonores en glorieux mono, quasiment indescriptible, mais parfaitement reconnaissable. Lui qui a bien usé de cette technique sur l'album de Harrison et les futurs Lennon, plus des morceaux de Let It Be, s'est curieusement, et on ne lui en voudra pas pour ça (au contraire !), retenu pendant les sessions de John Lennon/Plastic Ono Band. C'est bien simple, à écouter le disque, on ne jurerait vraiment pas que Spector est derrière, à la production (il coproduit avec le couple LennOno, cependant). L'album est en effet servi par une production raw, sèche de chez sèche, brut de décoffrage, on accusera même le disque d'être limite inécoutable, à sa sortie. Car en plus d'être produit avecla plus extrême austérité (de l'ascétisme musical), John Lennon/Plastic Ono Band, ou JL/POB pour faire plus court, est un des albums les plus intérieurs, introspectifs et sombres qui soient. Un vrai disque de psychanalyse musicale. Ne cherchez pas de la légèreté ici, tout, de Mother à My Mummy's Dead (on sent le concept, hein, avec ces deux titres ?) est soit triste, soit colérique, soit mélancolique.

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Verso de pochette

Lennon reconnaîtra rapidement que le côté très austère et intérieur de l'album était un peu dur à encaisser pour le grand public qui attendait sûrement autre chose de sa part, et toujours sous la houlette de Spector, il accouchera, un an plus tard, d'Imagine, pour lequel il avouera avoir enrobé les chansons de miel et de chocolat, bref, d'avoir servi une production bien plus accessible (et en effet ; mais pour ce qui est des textes, c'est au moins aussi intérieur et sombre que JL/POB). Le succès sera à la clé. Mais revenons à son premier album, il y à plein de choses à dire à son sujet. Les musiciens qui y oeuvrent, notamment : John est à la guitare et au piano sur tous les titres (sauf deux, pour le piano) ; à la batterie, on a Ringo Starr, partout ; Billy Preston joue du piano sur un titre, et Spector sur un autre ; la basse est tenue par Klaus Voormann. Les morceaux, maintenant. Je ne me vois pas envisager de parler de l'album autrement que par un bon vieux track-by-track, aborder les chansons à la suite l'une de l'autre, c'est banal, mais toujours efficace. L'album s'ouvre donc sur Mother, morceau qui démarre, et fait donc démarrer l'album, par un son de cloches, celles de Big Ben probablement (le son éraillé est reconnaissable entre mille), son qui fait furieusement penser à un glas funèbre. En même temps, ça tombe bien, vu le sujet et l'ambiance du morceau... Mother, mythique chanson, parle donc de la mère de Lennon, Julia, qu'il a très peu connue : enfant, il fut confié à de la famille par elle, qui l'a presque laissé tomber, avant de le retrouver plusieurs années plus tard, trop tardivement ; elle mourra dans un accident de voiture peu après. Cette tragédie traumatisera Lennon. Ayant essayé, avec Yoko, à l'époque, la fameuse méthode d'Artur Janov (fameux psychanalyste), le 'cri primal', qui consiste à recracher sa douleur, sa tristesse, sa haine, dans de longs cris inarticulés similaires aux vagissements d'un bébé, Lennon les expérimente sur album, ici : tout le final de cette chanson est braillé de plus en plus violemment, sur fond de piano entêtant et minimaliste et de batterie sèche, par Lennon. Momma don't gooooooooooooooooo/Daddy come hoooooooooooome... On sort différent de cette chanson, si on arrive à en sortir. C'est à la fois magnifique et angoissant, irritant et émouvant, traumatisant et libérateur.

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Le macaron de face de l'édition originale : la pomme en noir & blanc au lieu du vert

Hold On (John) suit et est une des chansons les plus courtes de l'album, même pas 2 minutes. Quasiment bucolique, elle est une sorte d'auto-encouragement, et d'encouragement envers Yoko aussi, comme pour dire que les temps difficiles sont passés, you're gonna see the light, que la suite ne pourra être que plus belle et agréable... Musicalement d'une sobriété exemplaire, belle guitare sèche, la chanson est reposante, s'il n'y avait, en son centre, un curieux passage d'une ou deux secondes : Lennon qui, d'une voix gutturale, dit le mot 'cookie', allusion, mais il fallait le savoir, au programme pour enfant Sesame Street. I Found Out, qui suit, est un radical changement de style : guitare électrique qui surchauffe, voix hargneuse et narquoise, la chanson est un pur rock bien rocailleux, dans lequel Lennon s'en prend à à peu près tout ce qui bougeait dans son collimateur : McCartney en prend pour son grade (I've seen religion from Jesus to Paul, phrase dans laquelle il revient aussi, rapidement, sur la polémique du "Plus populaires que le Christ"), ses parents aussi (They didn't want me so they made me a star). Guitares agressives, chant qui ne l'est pas moins, et la production directe rend le morceau encore plus violent, un peu comme Cold Turkey, sorti en single en 1969. Bluffant. Sans transition, comme PPDA le disait si bien, Working Class Hero, chanson ultra-mythique qui sera reprise par Marianne Faithfull (sur Broken English, 1979) et David Bowie (sur le premier opus éponyme de son groupe Tin Machine, 1989) notamment, est une des plus connues de Lennon. Musicalement proche de Dylan, avec sa guitare acoustique qui tourne ses minimalistes accords en boucle (ne manque plus qu'un harmonica), la chanson parle des inégalités sociales, de la vie des pauvres gens, une phrase fera mouche et sera source de polémique : You're still fucking peasants as far as I could see ("vous n'êtes toujours que des putain de paysans, aussi loin que je puisse en juger"), pour le gros mot, évidemment. Et l'insulte, probable. La vérité, ça fait mal. La chanson est magnifique, ce n'est pas ma préférée de l'album ni de Lennon, mais elle est, vraiment, indissociable du bonhomme, un best-of, en 2005 (qui reste le meilleur de tous les best-ofs lennoniens, parce que double), lui devra son nom. La face A se finissait par Isolation, chanson martelée au piano, magnifique et oppressante en même temps. On sent, à l'écouter, que quelque chose va péter, et en effet, les 'ponts' sont assez tendus (I don't expect you...to understand), et le morceau se finit sèchement. La face aussi. On le retourne, ce disque ?

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Remember, avec son piano assez sautillant, démarre la seconde face, on a l'impression qu'il n'y à pas eu de pause entre Isolation et lui, le premier morceau se finissait sèchement, celui-ci démarre directement, comme si ç'en était la suite. Ce n'est pas le cas, mais l'effet est réussi. Une chanson mémorable et une de mes préférées, qui s'achève étrangement par Lennon chantant quelques bribes d'une comptine traditionnelle anglaise, Remember the fifth of November ("Souviens-toi de ce 5 novembre"), allusion à la fameuse Conspiration des Poudres, le Guy Fawkes' Day (jour de fête nationale). Pour info, Fawkes, au XVIIème siècle, tentera de renverser le pouvoir et la monarchie, mais son complot capotera totalement. Depuis ce jour, on commémore ça par un grand feu d'artifices. On entend des explosions en final de la chanson, d'ailleurs (autre info, mais anecdotique : Guy Fawkes a inspiré, par son visage, le masque du vengeur dans le comic-book V Pour Vendetta d'Alan Moore, adapté au cinéma, et ce même masque, avec le V encerclé, deviendra le logo des hackers d'Anonymous). Après Remember, on passe à une pure douceur qui démarre et se finit en longs fades : Love. Redécouverte tardivement (elle sortira en single...après la mort de Lennon, et marchera plutôt bien), c'est une merveille absolue, douce comme une pluie estivale, avec, au piano, non pas Lennon, mais Phil Spector, qui en joue super bien par ailleurs. Love is real, real is love... Les paroles sont minimalistes, et parlent de l'amour. Encore une fois sans aucune transition, on passe à Well Well Well, le morceau le plus long (presque 6 minutes ; mais Mother n'est pas loin derrière) de l'album, et le plus rock. Un peu comme I Found Out, mais en plus radical, la chanson, avec sa guitare sanguinaire et ses cris primaux de Lennon (il finit la chanson par des hurlements de chien s'étant pris les couilles dans une porte à tambour, Weeeeeeellllllll, weeeeeeeeeeeeeellllll), parle d'un seul et unique sujet : son amour pour Yoko. Oui, les paroles sont idiotes. En fait, la chanson est le moins réussie du lot, c'est aussi la seule qui soit un tant soit peu difficile à écouter. Si tout John Lennon/Plastic Ono Band  avait été de cet acabit, ça aurait été le pire album de Lennon. Avec un peu plus de douceur, et une durée moins étendue (c'est surtout ça, qui est usant, ici), Well Well Well aurait été meilleure. Enfin, ce n'est pas nul non plus, juste le passage 'en trop' de l'album. Il ne fait pas pour autant baisser la note, maximale, que je lui attribue. Look At Me, encore une douceur bucolique à la Love, suit. Morceau court, il est magnifique, malgré des paroles peu joyeuses (Look at me, what I am supposed to be ?). On passe à God, dont la partie de piano est signée Billy Preston. Tuerie mélancolique, cette chanson fera jaser, Lennon y clamant sans détour qu'il ne croit plus en rien du tout, auf en Yoko et en lui-même. Une longue litanie de I don't believe in..., je ne vais pas tous les citer, mais il y à notamment Elvis Presley, Bob Dylan (qu'il cite sous son vrai nom de Zimmerman), les rois, Bouddha, Jésus, le yoga, Hitler (pour celui-là, encore heureux qu'il ne croit pas en lui). I don't believe in Beatles. Gros silence. I just believe in me, Yoko and me (and that's reality). The dream is over, what can I say ? The dream is over, yesterday. I was the dream weaver, but now I reborn. I was the Walrus, but now I'm John. And so, dear friends, you just have to carry on. The dream is over. Quand on a dit ça, d'une petite voix un peu larmoyante et émue (car on sent que Lennon l'était un peu en laissant sortir ça), on a tout dit. Les gens, à l'époque, espéraient encore en une reformation du groupe, et God tuera cet espoir (même si les Beatles eux-mêmes, dans leurs déclarations, ne laissaient planer que peu de doute sur le fait que cette reformation était vraiment peu probable). Chers amis, il vous faut continuer seuls, le rêve est fini.

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Sous-pochette du vinyle

Une telle chanson aurait admirablement fini le disque, mais Lennon a eu une autre idée : 50 secondes de folk lacrymal enregistré sur un antique magnéto à cassettes, son criard et étouffé, radiomical, où on l'entend chantonner, d'une petite voix, quelques lignes de texte sur la mort de sa mère, My Mummy's Dead, en s'accompagnant à la guitare. Gros frissons. Et là, l'album s'achève, froidement, tristement, en contrepoint de la douleur colérique de Mother. La première édition CD proposait des bonus-tracks pas mal (Do The Oz, écrite afin de soutenir Oz, un magazine américain contre-culturel, et Power To The People, que l'on retrouve sur quasiment tous les best-ofs de Lennon), mais qui brisaient la cohérence de l'album. Comment écouter autre chose après My Mummy's Dead ? Heureusement, la réédition 2010 a viré ces bonus-tracks (même chose pour les autres albums réédités). Pour finir, que dire ? Disque qu'il faut éviter d'écouter le matin au réveil (si on est du genre émotif) pour ne pas avoir le blues tout du long de la journée, c'est un des albums les plus sombres, tristes et j'ai même envie de dire traumatisants qui soient. Aucun autre Beatles ne s'est répandu autant que Lennon sur ce disque de 1970 dont la pochette bucolique (Yoko adossée à un bel arbre, et Lennon allongé entre ses jambes ; pour la pochette de l'album de Yoko, c'est elle qui est allongée entre les jambes de Lennon adossé contre l'arbre) ne laisse pas présumer de son contenu. A la rigueur, c'est la pochette de l'album suivant, Imagine (Lennon, regard pensif et triste, dans des nuages), qui aurait mieux collé. Au final, John Lennon/Plastic Ono Band est tout simplement un des meilleurs albums solo d'un ex-Beatles (aux côtés notamment de Band On The Run, All Things Must Pass, Ram, Chaos And Creation In The Backyard, Walls And Bridges, Ringo, Cloud Nine ou Imagine) et le meilleur album solo de Lennon. Après, je dois avouer que je suis encore plus fan de Walls And Bridges que de lui (pour ma part, cet album de 1974 enregistré pendant le fameux "Lost Weekend" est le deuxième meilleur album solo de Lennon), mais je suis quand même totalement fan de cet album introspectif et douloureux, vraie séance de psy couchée sur album et qui, avec le temps, s'impose vraiment comme un chef d'oeuvre incontesté (je dis ça, car généralement, les premières écoutes de l'album ne sont pas les meilleures ; il faut du temps pour apprivoiser le disque, mais une fois que c'est fait...).

FACE A

Mother

Hold On (John)

I Found Out

Working Class Hero

Isolation

FACE B

Remember

Love

Well Well Well

Look At Me

God

My Mummy's Dead

17 mai 2015

"Past Masters (1 & 2)" - The Beatles

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My-thi-que ! Cette compilation, en réalité, deux compilations (deux volumes d'une seule et même compilation, plutôt ; 'tain, j'ai du mal, ce matin...), est tout simplement mythique. Concernant les Beatles, en plus mythique, mis à part les albums, je ne vois que les deux best-ofs de 1973 (le rouge et le bleu), et, bien entendu, les trois double-albums Anthology de 1995/1996.  Je veux ici parler de deux volumes sortis en 1988, en vinyle et CD, de manière séparée, mais en même temps, avant d'être, tardivement, réunis en une seule et même édition double CD remastérisée en 2009 (au moment de la fournée des rééditions remastérisées du catalogue original beatlesien : les Past Masters. On en parle souvent comme de LA compilation des Beatles. Sous leurs pochettes très glaciales (mais sobres), austères même (tout noir pour le premier volume, tout blanc pour le second, sans aucune illustration extérieure) qui ne donnent pas spécialement envie se cachent deux trésors de respectivement 42 et 51 minutes, pour 18 et 15 titres. Soit 33 morceaux et un peu plus d'une heure et demie de sublime musique qui, pour la version remastérisée en double digipack au carton glacé avec gros livret, bénéficie d'un son tout simplement dantesque (concernant la première édition CD, de 1988, j'imagine que le son devait être comme pour les albums dans leurs premières versions CD : correct, mais désormais un peu 'fin').

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En quoi consistent les Past Masters ? Essentiellement à mettre ensemble, sur disque, des raretés, faces B de singles, versions alternatives ou morceaux méconnus, du plus grand groupe de rock au monde. Démarrant par la version single (1962, avec Ringo à la batterie au lieu d'Andy White qui, bien que non crédité à l'époque, tenait la batterie sur la version album de la même chanson) de Love Me Do et s'achevant par la face B du single Let It Be (1970), à savoir You Know My Name (Look Up The Number) (une chanson datant de 1967 malgré qu'elle fut commercialisée en 1970 en tant que face B), cette double compilation regorge de moments prompts à faire frissonner le Beatlemaniaque le plus endurci par des années d'écoutes de son groupe de chevet. OK, From Me To You, She Loves You, I Want To Hold Your Hand, on connaît, merci bien ; mais, concernant ces deux dernières chansons (toutes sur le volume 1), on a aussi la possibilité, ici, d'écouter leurs amusantes (mais, il est vrai, peu utiles) versions chantées en...allemand, respectivement Sie Liebt Dich et Komm, Gib Mir Deine Hand. Les puristes et spécialistes diront que ces deux chansons, notamment, se trouvaient déjà sur une compilation baptisée Rarities et sortie en 1978 (jamais éditée en CD, comme bon nombre de ces compilations de l'ère 1976/1987), de même que This Boy, Thank You Girl, Yes It Is et You Know My Name (Look Up The Number) pour ne citer qu'elles. Les Past Masters permirent enfin de les réunir toutes sur une compilation officiellement reconnue par le groupe, avec un meilleur son, et en CD, au lieu de les mettre sur des compilations bâtardes, sorties le plus souvent à l'arrache, et qui n'étaient pas commandée par les Beatles eux-mêmes, qui ne possédaient plus le contrôle des droits d'éditions de leur musique (par la suite, ça changera). Alors, oui, celles et ceux qui collectionnent tout ce que les Beatles ont fait et qui possèdent, en glorieux vinyle d'époque, Rarities, auront de beaux doublons avec les Past Masters. C'est l'jeu, ma pauv' Lucette. Mais ces deux compilations de 1988, cette double compilation en deux volumes en fait, est totalement essentielle, plus que Rarities. On y trouve aussi les quatre chansons issues d'un EP sorti en Angleterre en 1964 : Long Tall Sally, Matchbox, Slow Down, I Call Your Name, ainsi que Bad Boy (OK, la double compilation de 1976 Rock'n'Roll Music les possède aussi, ainsi que Rarities...). On y trouve aussi She's A Woman, I Feel Fine, I'm Down, I'll Get You (pour le premier volume). Inutile de préciser que tout y est d'enfer. La manière qu'à Paulo de s'époumoner sur I'm Down est jubilatoire.

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Le second volume, plus long mais avec moins de titres, et sous sa pochette blanche, commence avec Day Tripper, We Can Work It Out et Paperback Writer, les bien connus singles. Aucun ne se trouve sur les albums originaux (de même que n'importe quel morceau du premier volume ; rappelons que Love Me Do est présent dans sa version single sur le volume 1), de même, d'ailleurs, que la totalité des chansons présentes sur ce second volume. Vous me direz que Let It Be, Across The Universe, Get Back sont sur l'album Let It Be. Oui, mais ces versions de Past Masters sont les singles (ou, concernant Across The Universe, une version alternative sortie en 1969 sur un album de charité intitulé No One's Gonna Change Our World). Cette version d'Across The Universe est d'ailleurs magnifique, plus sobre que celle de l'album (surproduite par Phil Spector), mais pas moins intéressante. On notera que Billy Preston joue sur Get Back et Don't Let Me Down, cette dernière est une de mes chansons préférées du groupe, clairement. Le vrai attrait du second volume, à l'époque, résidait dans la présence de The Inner Light et You Know My Name (Look Up The Number), deux faces B de singles qui étaient vraiment rares. La première, composée et enregistrée (pour la musique) en Inde au cours du pélerinage de méditation des Beatles en 1968, est une composition de George Harrison, qui sera sa première chanson à se trouver (bien qu'en face B ; celle de Lady Madonna, présent sur le volume 2, d'ailleurs) en single. C'est probablement sa plus belle incursion dans la musique indienne, mais pas sa première pour autant (Love You To). La seconde, enregistrée en 1967 (avec notamment une partie de saxophone jouée par...Brian Jones, guitariste des Rolling Stones !), ne sortira, en face B de Let It Be, qu'en 1970, et est probablement la chanson préférée de McCartney parmi celles des Beatles. Essentiellement composée par Lennon, c'est un pur délire qui alterne les mélodies et styles, et dans laquelle les paroles ne consistent que dans le titre du morceau, répété de diverses manières par Lennon et Macca. Un gros délire vraiment réussi (et une des chansons les plus atypiques du groupe avec Revolution 9), qui est sorti un peu tardivement, il aurait été pile poil dans son époque en 1967, il semblait un peu décalé en 1970, surtout avec Let It Be, une chanson aussi solennelle, en tant que face A. Pour résumer, les Past Masters ne proposent certes pas grand chose d'original : à l'époque de leur sortie, plusieurs chansons étaient très connues, et les plus hardcore des Beatlemaniaque possédaient déjà ces chansons soit sur les 45-tours, soit sur les compilations Rock'n'Roll Music et Rarities (sans oublier The Beatles Again et les best-ofs 'rouge' et 'bleu'). Mais ces deux volumes vendus d'abord séparément, puis, désormais, ensemble (ce qui est plus logique), avaient le principal attrait de toutes les proposer sur un seul et même programme, et en CD pour la première fois (rappelons que, de toutes les compilations que je viens de citer, seuls le 'rouge' et le 'bleu', ainsi que The Beatles Again, existent en CD, mais pour les deux best-ofs colorés, ça ne sera qu'à partir de 1993 - pour fêter les 20 ans de leur première sortie -, et pour The Beatles Again, alias Hey Jude, qu'à partir de...l'année dernière !). Malgré qu'elle soit désormais un peu distancée par d'autres best-ofs, cette double compilation rééditée en 2009 reste donc un album à posséder absolument si on aime les Beatles - et comment ne pas les aimer ? Certes, vous aurez des doublons, mais un fan ne s'arrête pas à ça !

CD 1 (Past Masters Vol. 1)

Love Me Do (original single version)

From Me To You

Thank You Girl

She Loves You

I'll Get You

I Want To Hold Your Hand

This Boy

Komm, Gib Mir Deine Hand

Sie Liebt Dich

Long Tall Sally

I Call Your Name

Slow Down

Matchbox

I Feel Fine

She's A Woman

Bad Boy

Yet It Is

I'm Down

CD 2 (Past Masters Vol. 2)

Day Tripper

We Can Work It Out

Paperback Writer

Rain

Lady Madonna

The Inner Light

Hey Jude

Revolution

Get Back (with Billy Preston)

Don't Let Me Down (with Billy Preston)

The Ballad Of John And Yoko

Old Brown Shoe

Across The Universe

Let It Be

You Know My Name (Look Up The Number)

16 mai 2015

"Ringo The 4th" - Ringo Starr

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Oula. Attention les yeux, cette pochette peut rendre aveugle. Il y à de quoi : un Ringo Starr barbu et en costard-noeud-pap', regard envapé (à l'époque, hélas pour lui et pour nous, il tisait pas mal, et devait aussi touchotter un peu à la came ; mais sa came à lui, clairement, c'était l'alcool), arborant une massive épée bien tenue en pogne, entouré de roses, et avec une femme juchée sur ses épaules, une femme quasiment nue apparemment (en sous-vêtements, en tout cas). Au dos, on voit...son dos, et le cul culotté de la gonzesse, avec ses talons. Qui est-elle, je ne sais pas, rien n'est dit sur la pochette (mis à part que la photo fut pris par Nancy Lee Andrews, qui fut la compagne de Ringo à l'époque ; il sera par la suite avec Barbara Bach, dans le début des années 80, et sauf erreur de ma part, ils sont toujours ensemble, mariés depuis 1981). Avec une telle pochette, difficile de se dire que l'album qui s'y trouve (et qui date de 1977, c'est le sixième album solo, hors-compilation, de Ringo, mais son quatrième de musique pop/rock, d'où son titre) sera bon. Et en effet, Ringo The 4th n'est pas bon. Mais ça, tout le monde ou presque le sait, la réputation merdeuse de cet album n'est vraiment plus à établir. Le plus drôle, là-dedans, c'est que ce n'est pas le pire de Ringo. Je trouve, en effet, l'album suivant, Bad Boy (1978), encore pire, et je pense même que l'album précédent, Ringo's Rotogravure (1976, que j'ai abordé récemment) est encore moins bon que Ringo The 4th (mais pas pire que Bad Boy). Petit rappel des faits : après deux albums étonnants mais pas marquants (Sentimental Journey, constitué de reprises de vieux standards des années 30, et Beaucoups Of Blues, disque de country et enregistré à Nashville) en 1970, Ringo met sa carrière de chanteur en quasi-pause, mis à part deux singles, It Don't Come Easy en 1971 et Back Off Boogaloo en 1972 (deux gros succès). En 1973, avec un peu d'aide de ses amis (comme le disait la chanson des Beatles qu'il chantait en 1967 ! Cette chanson, c'est toute l'histoire de Ringo), il sort Ringo, immense album, le genre de disque que personne n'attendait et qui a cueilli tout le monde, et sur lequel, même si ce n'est jamais sur le même morceau, tous les Beatles jouent (et chacun offre au moins un morceau à Ringo). On y trouve aussi quasiment tout le Band, ainsi que Harry Nilsson, Marc Bolan, Tom Scott, Jim Keltner, Klaus Voormann, j'en passe... 1974, Goodnight Vienna sort, qui reprend la même formule gagnante (plein de musiciens stars autour de Ringo et production chatoyante), avec un peu moins de succès, mais c'est quand même du bon boulot. 1975, la compilation Blast From Your Past (par ailleurs, ultime album sorti sur Apple Records, tous artistes confondus, pendant de longues années) sort, c'est immense, le meilleur de Ringo. Après ça, le déluge, avec un Ringo's Rotogravure minable en 1976.

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Recto de pochette, sous-pochette : en haut ; disque et verso de pochette : en bas

Et ce Ringo The 4th qui, pour une fois, ne reprend pas la formule de Ringo. Ayant enfin compris, après le bide de Rotogravure (qui reprenait la formule gagnante pour la troisième fois, mais à force, ça s'essouffle, déjà qu'en 1974, a commençait à montrer ses limites), que ça ne donnait pas forcément un bon résultat, Ringo, avec son associé et co-auteur Vini Poncia, et le producteur de Rotogravure Arif Mardin, se tourne vers autre chose. Oh, il y aura toujours de bons musiciens bien connus sur l'album (Steve Gadd à la batterie sur certains titres ; Tony Levin, Hugh McDonald, Chuck Rainey à la basse ; Danny Kortchmar, David Spinozza, Lou Van Eaton à la guitare ; les frangins Brecker aux cuivres ; et parmi les choristes, Luther Vandross, Bette Midler), mais plus de stars, plus d'ex-Beatles, plus d'amis musiciens et de fiestas pour entourer Ringo. Et on change aussi le style : fini la pop, bonjour les climats soul et dance. Quasiment disco, Ringo The 4th marque  les débuts d'un nouveau Ringo, qui ne durera pas. Long de 37 minutes, cet album contient trois chansons vraiment correctes : Wings, Drowning In The Sea Of Love (qui, cependant, avec 5 minutes, est nettement trop longue) qui sortiront toutes deux en singles et marcheront à peu près aussi fort qu'un album de Roch Voisine reprenant du Lorie, et Gave It All Up. Et encore, ces chansons ne sont pas vraiment bonnes, c'est juste qu'elles font un peu illusion au milieu de pures et authentiques daubes telles que Tango All Night, Gypsies In Flight, Out In The Streets ou Simple Love Song. Et je ne parle pas de la reprise du Sneaking Sally Through The Alley de Robert Palmer (signée Allen Toussaint)...

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Cependant, avec une telle pochette qu'on imagine avoir été prise au cours d'une soirée arrosée (même si ce n'est sûrement pas le cas), difficile à la base de ne pas sentir l'odeur de merde planer autour de soi, comme je l'ai dit en début d'article. Je sais qu'on ne juge pas un disque sur sa pochette, et bien fréquents sont les albums réussis malgré une pochette qui laisse planer le doute (No Other de Gene Clark, Venus And Mars des Wings de McCartney...). Mais pour le coup, Ringo The 4th est cohérent avec lui-même, et malgré une triplette de chansons correctes, et surtout Drowning In The Sea Of Love et Wings, c'est vraiment un album minable, nullissime. Quand je pense que l'ex-Beatles fera encore pire avec Bad Boy (et sa pochette montrant les mains outrageusement baguées de Ringo tenant un verre d'alcool)... Voici donc un album mauvais comme la météo en Bretagne en hiver. Je ne le conseille à personne, sauf si vous êtes fan hardcore de Ringo ou que vous voulez tout posséder des carrières solo des ex-Beatles. Un bon point : il est aujourd'hui très difficile à trouver en CD, surtout à bon prix. Ca tombe bien, personne n'ira dépenser 50 € (véridique ! On le trouve en CD, d'occasion, à ce prix-là sur le Net !) pour ça... Personnellement, je l'ai eu en vinyle à 4 €, c'est déjà cher payé...

FACE A

Drowning In The Sea Of Love

Tango All Night

Wings

Gave It All Up

Out On The Streets

FACE B

Can She Do It Like She Dances

Sneaking Sally Through The Alley

It's No Secret

Gypsies In Flight

Simple Love Song



"Tripping The Live Fantastic" - Paul McCartney

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On le sait, les années 80 furent difficiles pour pas mal de monde, dans le milieu rock et pop. On ne reviendra pas sur les carnages musicaux accomplis par Neil Young, David Bowie, Lou Reed, les Stones, Eric Clapton ou Bob Dylan (malgré, à chaque fois, au moins un bon/très bon/grand disque par artiste ou groupe cité, dans cette décennie, comme Infidels, Tattoo You, Freedom ou Scary Monsters (& Super Creeps), mais ça fait peu au final). Paul Mcartney aussi a eu droit à son petit passage à vide. Pour lui, les années 80 ont bien démarré (McCartney II, en 1980, le disque avec Coming Up, chanson qui, selon la légende, a poussé Lennon à revenir aux affaires ; McCartney II est sinon un disque assez foutraque et au final inégal, mais amusant), se sont poursuivies, la même année, en cauchemar avec l'assassinat de Lennon. Il refait surface en 1982 avec le monumental Tug Of War, mais la suite sera, hélas, vraiment inférieure. Pipes Of Peace, en 1983, constitué en intégralité de chutes de studio du précédent album, contient certes Say Say Say en duo avec Bambi, mais mis à part cette immense chanson, rien à signaler (Macca ne chantera jamais rien de cet album sur scène, et ça veut tout dire). 1984, Macca écrit un scénario pour un film dans lequel il tiendra son propre rôle (aux côtés de sa femme, mais aussi de ses musiciens, et on a aussi Ringo, notamment), et dont il signera la bande-son, Give My Regards To Broad Street. Bide commercial et artistique (l'album est des plus médiocres, malgré No More Lonely Nights, et est constitué essentiellement de nouvelles versions, réarrangées, de classiques des Beatles, Wings et carrière solo de Macca). 1986, Press To Play, surproduit à la sauce 80's (ça veut tout dire), offre quand même de très très bonnes chansons, comme Stranglehold, Only Love Remains ou Talk More Talk, mais est, dans l'ensemble, des plus inégal, et fait partie, encore une fois, des albums secondaires, tertiaires même, de Paulo. Qui semble, donc, vraiment sur la mauvaise pente, une pente bien savonnée, de plus. Il faut se refaire une santé, une crédibilité. Avec l'aide de plusieurs producteurs (Trevor Horn, Elvis Costello...), il y arrivera en 1989 avec ce qui restera son meilleur album des années 80, et un de ses meilleurs tout court depuis Please Please Me (premier opus des Beatles) : Flowers In The Dirt.

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Un tel album, rempli de chefs d'oeuvre (We Got Married, Put It There, My Brave Face, This One...), méritait bien qu'on fasse une tournée gigantesque pour le ramoner aux foules, et il fallait bien, aussi, pour marquer le coup, en sortir un live, ce qui sera fait en 1990. Il existe trois versions de Tripping The Live Fantastic (car tel est son nom, à ce live) : la version vinyle, qui est triple ; la version CD, qui est double ; et une autre version CD, sous-baptisée "Highlights", qui est simple. Hélas, à l'heure actuelle, cette dernière est la plus facile à trouver (je me suis payé le double CD d'occasion sur le Net il y à une paire d'années). Mais en règle générale, pas mal d'albums de Macca sont à l'heure actuelle épuisés dans le commerce en attendant une réédition qui se fait franchement attendre (la série des McCartney Archive Collection, entamée en 2010, est d'une lenteur escargotesque ; il paraît d'ailleurs que les deux futures livraisons, Tug Of War et Pipes Of Peace, ne soient pas confirmées du tout par le management du label de Macca - MPL - et Macca himself). Et si vous voulez vous payer le double CD, il faut se tourner vers le marché de l'occasion, et bien faire gaffe qu'il n'y ait pas marqué "Highlights" sur la pochette qui, mis à part ça, est identique dans les deux versions de l'album. L'album, sinon, est enregistré en divers endroits au cours de la tournée mondiale, Rough Ride, par exemple, l'a été à Paris, inutile de vérifier dans les livrets (il y en à deux, épais, dans le double boîtier d'époque) pour en être sûr, le Bonsoir, Paris ! crié par Paulo, en intro, devrait convaincre. Le son est absolument gigantesque du début à la fin de ce double programme d'environ 2h20 (le premier des deux disques dure pile poil 70 minutes !), bien généreux, et proposant, de temps à autre, des morceaux enregistrés en soundchecks (répétitions scéniques sans public). Entouré de musiciens remarquables, qui ont joué sur Flowers In The Dirt et joueront sur Off The Ground (1993, le remarquable album suivant), à savoir Paul 'Wix' Wickens (claviers), Hamish Stuart (guitare, basse, choeurs), Robbie McIntosh (guitare) et Chris Whitten (batterie), plus Linda aux claviers et choeurs (et Macca tient basse, piano et/ou guitare), Paulo est en forme olympique durant l'intégralité de ces deux disques, dont les morceaus sont donc issus de plusieurs concerts de la tournée : Wembley, Tokyo, Paris (un seul titre), Cincinnati, Gothenburg, Rio de Janeiro, Montréal, Detroit, Madrid ou Los Angeles, pour ne citer que ces localités.

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Flowers In The Dirt est représenté via ses meilleurs moments : My Brave Face, Figure Of Eight, This One, We Got Married (David Gilmour, qui tenait la guitare sur la version studio, est absent ici, mais Robbie McIntosh arrive à le faire oublier, grand exploit), Put It There et Rough Ride. Je ne remercierai jamais assez Macca de ne pas avoir mis (ou, tout simplement, interprété) Où Est Le Soleil, morceau présent sur la version CD (mais pas vinyle ; j'ai les deux) de Flowers In The Dirt, et qui, franchement, n'est pas bon du tout (je ne l'écoute jamais ; pour moi, l'album se finit avec Motor Of Love). Sinon, Tripping The Live Fantastic tape dans plusieurs albums solo de Macca : McCartney (Maybe I'm Amazed ; les gens auraient limite le droit de le lyncher s'il ne le chantait pas, ce morceau légendaire), Band On The Run (la chanson-titre et Jet), McCartney II (Coming Up), Tug Of War (Ebony And Ivory), mais curieusement, pas tant que ça. Si l'on excepte Jet, Band On The Run et Live And Let Die, la période Wings est bien oubliée, et ça sera hélas le cas pendant de nombreuses années, McCartney ayant quelque peu oublié, ou fait mine d'oublier, que cette période fut des plus populaires, surtout aux USA. Bien entendu, les Beatles sont à l'honneur (c'est de plus en plus le cas avec les tournées les plus récentes : Good Evening New York City, sorti en 2009, contient un disque entier de chansons issues du catalogue des Beatles, sur ses deux disques ! Personne ne s'en plaindra, au final, les Beatles, ça reste les Beatles, même avec seulement Paul sur scène pour chanter ces chansons), on a Birthday, que Macca, en 1990, refit en single studio, afin de commémorer non pas les 10 ans de la mort de Lennon, mais les 50 ans de sa naissance. On a aussi Back In The U.S.S.R., Yesterday, Get Back, Let It Be, The Fool On The Hill, Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band (avec sa Reprise), Got To Get You Into My Life, Hey Jude (avec une fausse intro rigolote, If I Were Not Upon The Stage), Can't Buy Me Love, I Saw Her Standing There, le medley Golden Slumbers/Carry That Weight/The End issu d'Abbey Road, et ici en conclusion parfaite (enfin, il y à encore un titre après, Don't Let The Sun Catch You Crying, un morceau inédit capté à Montréal), The Long And Winding Road, Eleanor Rigby, Things We Said Today, que du beau monde donc. On note aussi des reprises de rock'n'rolls bien efficaces, Matchbox, Twenty Flight Rock, Ain't That A Shame, que les Beatles chantaient sur scène autrefois (Matchbox le fut sur un EP de 1964, par...Ringo), ce qui ajoute de la matière au live et, surtout, de la variété. Rien à dire, dans l'ensemble, de négatif sur Tripping The Live Fantastic : avec Wings Over America (1976), c'est le meilleur live de Paul McCartney, essentiel absolu.

CD 1

Showtime

Figure Of Eight

Jet

Rough Ride

Got To Get You Into My Life

Band On The Run

Birthday

Ebony And Ivory

We Got Married

Inner City Madness

Maybe I'm Amazed

The Long And Winding Road

Crackin' Up

The Fool On The Hill

Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band

Can't Buy Me Love

Matchbox

Put It There

Together

CD 2

Things We Said Today

Eleanor Rigby

This One

My Brave Face

Back In The U.S.S.R.

I Saw Her Standing There

Twenty Flight Rock

Coming Up

Sally

Let It Be

Ain't That A Shame

Live And Let Die

If I Were Not Upon The Stage

Hey Jude

Yesterday

Get Back

Golden Slumbers/Carry That Weight/The End

Don't Let The Sun Catch You Crying

Posté par ClashDoherty à 08:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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15 mai 2015

"In Extremis" - Francis Cabrel

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Un nouvel album de Francis Cabrel, du natif d'Astaffort, ça ne se refuse jamais. Si l'on excepte Vise Le Ciel Ou Bob Dylan Revisité en 2012, dans lequel il revisitait, en français, des chansons du Barde (un disque sans surprise, sans prise de risque, mais franchement réussi), Cabrel n'avait rien foutu en studio depuis 2008 et son remarquable Des Roses & Des Orties. Ce nouvel album de Cabrel, sorti très récemment (fin avril dernier), est donc son premier album de chansons originales en 7 ans, un record de lenteur (presque voulzyien !) le concernant, lui qui avait jusque là l'habitude de sortir un disque studio tous les 4/5 ans (de fait, Vise Le Ciel est bien sorti 4 ans après Des Roses & Des Orties). Enregistré chez lui à Astaffort avec ses amis musiciens (Bernard Paganotti à la basse, Denis Benarrosh à la batterie, Michel Françoise à la guitare pour ne citer qu'eux), long de 50 minutes et de 12 titres dont un bonus (pourquoi placer le dernier en tant que chanson bonus ? Autant l'incorporer à l'album sans autre forme de procès, non ? Quel est l'intérêt de mettre en bonus-track une chanson quand l'album en question sort pour la première fois, et n'est pas une réédition ou une version collector ? Enfin, bref ; a noter que ça fait depuis 1999 que Cabrel nous fait le coup), sorti sous une pochette un peu inhabituelle pour Cabrel (ça fait depuis 1989 et Sarbacane qu'on n'avait pas vu Cabrel d'aussi près sur une pochette, en blouson de cuir et regard direct), l'album s'appelle In Extremis, et si vous ne l'avez pas encore écouté depuis sa sortie, tout du moins ça doit être, forcément, le cas concernant son single promotionnel, Partis Pour Rester, car la chanson est assez matraquée à la radio à l'heure actuelle (rien qu'hier, sur deux stations différentes, je l'ai entendu à 10 minutes d'intervalle !).

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Francis multiplie les sujets inédits avec cet album : il parle d'une des plus fameuses branlées militaires nationales avec Azincourt (dont on fêtera l'anniversaire en octobre, c'était en 1415, hé oui, ça ne nous rajeunit pas, tout ça), il parle de la fin programmée et regrettable de la langue occitane dans In Extremis, il parle de Jésus sur la croix dans Dans Chaque Coeur, il semble émettre de virulentes (mais toujours avec sa légendaire bonhomie) critiques politiques du pouvoir en place avec Pas Si Bêtes et Dur Comme Fer, il parle de Nelson Mandela dans Mandela, Pendant Ce Temps (la chanson parle surtout de l'emprisonnement de Mandela et de sa libération que de sa mort), il parle des vieux chanteurs ringards dans La Voix Du Crooner, il s'essaie au jazz dans le morceau supplémentaire (Les Fontaines Du Jazz), ce qui ne s'imposait vraiment pas par ailleurs... Certaines chansons font mouche, Dur Comme Fer est une ouverture efficace, Le Pays D'A Côté, avec son refrain world music scandé par ses choristes, et Partis Pour Rester sont vraiment de remarquables chansons. Azincourt aussi, d'ailleurs, aux paroles très poétiques. Ces chansons sont clairement mes préférées de l'album, et j'ai même envie de dire, les seules qui me branchent vraiment sur In Extremis. Car si l'on excepte ces chansons, et si l'on excepte le côté très varié des sujets, l'album, sous sa pochette un peu 'rock' (restons relatifs, c'est Cabrel, après tout : il essaierait de poser en rockeur pour une photo qu'il n'y parviendrait pas vraiment, et on n'attend pas ça de lui, donc ça tombe plutôt bien), m'a déçu, et continue de le faire. Ca fait trois fois que je l'ai écouté depuis le jour de sa sortie, et je ne peux m'empêcher d'être déçu, malgré qu'aucune chanson (si l'on excepte Les Fontaines Du Jazz, celle-là, je peux pas) ne soit mauvaise. Mais il y à un je-ne-sais-quoi de frustrant, ici. Si Cabrel multiplie les sujets, il ne multiplie pas les mélodies : pas mal de chansons sont dans le registre blues pépère, vaguement boogie électrique. Si ça fonctionne bien sur Dur Comme Fer, ça ne marche pas sur Mandela, Pendant Ce Temps, ou In Extremis : le côté très léger, sautillant des mélodies ne s'accorde pas avec les paroles, assez sombres, introspectives ou mélancoliques. Pas Si Bêtes possède une mélodie assez irritante ; A Chaque Amour Que Nous Ferons et Dans Chaque Coeur, eux, sont lents, mélancoliques (pour la seconde citée, avec comme sujet la mort de Jésus sur la croix, difficile de faire dans le guilleret, nous sommes d'accord), et même assez chiants au final. La Voix Du Crooner, elle, est du genre bouche-trou, passe-partout, on l'oublie une fois écoutée.

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Bref, n'attendez pas un grand disque avec In Extremis. Pas mauvais, l'album n'est cependant vraiment pas ce que Francis Cabrel a fait de mieux, et je trouve l'album du niveau de Hors-Saison ou des Beaux Dégâts (1999 et 2004 respectivement), autrement dit, du Cabrel en demi-teinte, correct mais peut mieux faire comme on dit. J'attendais vraiment quelque chose de ce disque, me disant que s'il avait mis autant de temps pour le faire, c'est qu'il le peaufinait, qu'il voulait marquer le coup et sortir un grand album. Après, peut-être que par la suite, In Extremis se révèlera, mais pour le moment, pas de quoi fouetter tatie avec une branche d'arbre. OK, Le Pays D'A Côté, Dur Comme Fer, Azincourt, Partis Pour Rester sont vraiment bonnes, excellentes même. OK, aucune chanson n'est à chier, elles sont, au pire, très anodines. Mais que la maestria de Sarbacane, Des Roses & Des Orties et, surtout, de Samedi Soir Sur La Terre (qui reste son chef d'oeuvre absolu) est loin, tout de même... Francis, reprends-toi, putaing ! Tu tournes en rond !

Dur Comme Fer

A Chaque Amour Que Nous Ferons

Le Pays D'A Côté

Azincourt

In Extremis

Dans Chaque Coeur

Partis Pour Rester

Mandela, Pendant Ce Temps

Les Tours Gratuits

La Voix Du Crooner

Pas Si Bêtes

Les Fontaines Du Jazz  (chanson bonus)

"Acoustic" - John Lennon

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Quand j'ai abordé la compilation The John Lennon Collection (1982) l'autre jour, j'ai annoncé qu'en plus d'elle, il y aurait ici, prochainement, un autre album (qui n'en est pas vraiment un, en fin de compte) de Lennon abordé sur le blog pour la première fois. Ben, c'est maintenant. Si. Cet album-qui-n'en-est-pas-vraiment-un est sorti en 2004, inutile donc de préciser qu'il est bien posthume comme il faut, et que sa sortie a été préparée par Yoko Ono. Il s'appelle Acoustic, ce qui est un titre plutôt bien trouvé, car son contenu (assez court malgré le nombre de morceaux : il y en à 16, mais l'album dure 44 minutes) est, vous n'allez jamais me croire, totalement acoustique. Jusque là, ça va, mais le problème, c'est que, dans l'ensemble, ce disque est un peu du genre qui trompe son monde. A la sortie de l'album, on en parlera, dans certains médias, comme d'un album inédit de Beatle John, et bien entendu, campagne de pub à l'appui. Après une écoute, l'évidence se fait, cet album proposant, dans son livret, les tablatures de guitare pour pouvoir jouer les morceaux (et les paroles pour s'accompagner ; le coup des tablatures, bien que peu faciles à déchiffrer, est une bonne idée), est une belle escroquerie, et j'ai envie de le carrer sèchement dans la catégorie des ratages. Je ne le fais pas, car au final, on trouve vraiment pas mal de moments corrects ou franchement bons ici, mais c'est la mentalité de Yoko, pour le coup, concernant ce disque, qui mériterait d'aller droit vers les ratages. Je m'explique.

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Généralement, quand on a entre les mains un disque qui s'appelle Acoustic, ou Unplugged, genre ceux de Dylan, Nirvana, Neil Young, Clapton, Alice In Chains, Corrs, Alanis Morrissette ou Paul McCartney, on se doute bien que l'on tient entre les mains un album live acoustique. Généralement de ceux enregistrés à la fameuse émission Unplugged de MTV. Bon, concernant Lennon, c'est foutu, MTV n'existait pas encore quand il a été tué par M*** C****** (l'ordure ayant tué Lennon ne mérite pas qu'on cite son nom encore une fois) en décembre 1980. Mais Acoustic aurait très bien pu être constitué de passages acoustiques de concerts de Lennon. Concerts qui ne furent pas légion, d'ailleurs, car Lennon n'en a vraiment pas donné beaucoup dans sa carrière solo. Des morceaux live, Acoustic en contient, en effet. Il y en à... trois. Tous datent de 1971, deux d'entre eux d'un concert donné à Ann Arbor (Michigan, la patrie des Stooges et du MC5) et un autre à l'Apollo Theatre de New York. Les 13 autres morceaux sont des captations studio, le plus souvent en très très très bonne qualité audio (mais deux-trois titres ne sont pas aussi bien servis, concernant le son), de démos acoustiques de futurs morceaux d'albums. On va parler d'abord des prises live, qui, contrairement à ce que l'on pourrait croire compte tenu de leur âge (1971, je le rappelle) et du fait que les seuls albums lives officiels de Lennon souffrent d'une qualité audio un peu moyenne (Live Peace In Toronto 1969, le posthume Live In New York City, le Live Jam du double Some Time In New York City), sont ici servis par une très très bonne qualité audio. On a Imagine, enregistré à l'Apollo Theatre, sans piano, version donc des plus sobres, et déjà un petit classique évidemment, l'année même de sa sortie en album et single (sauf au Royaume-Uni, où elle ne sortira en single qu'en 1975). Magnifique. Les deux autres titres, enregistrés à Ann Arbor, aussi en 1971, sont deux extraits du futur Some Time In New York City de 1972 : The Luck Of The Irish (en duo avec Yoko) et John Sinclair, chanson créée afin d'aider à la libération de prison de John Sinclair, leader anarchiste et ancien mentor du groupe MC5 (groupe local, de Detroit, Michigan), incarcéré pour possession de joints. Il sera en effet libéré par la suite. Là aussi, très bonne qualité audio, donc, et interprétation convaincante de Lennon, des version sobres, épurées, de ces chansons, loin de la production de Spector sur l'album studio (même si ce ne sont pas les chansons les plus outrageusement surproduites de l'album). On notera que sur John Sinclair, Lennon cite le nom du juge qui a fait emprisonner Sinclair, chose qu'il ne fait pas dans la version studio...

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Le reste d'Acoustic est donc constitué de démos studio, enregistrées, généralement, dans l'intimité, chez Lennon probablement. Ca commence par six morceaux issus de l'album John Lennon/Plastic Ono Band (1970), et on est en droit de se poser la question de l'utilité d'entendre des versions démo acoustiques de chansons qui, sur l'album final, sont tellement épurées, sobres (malgré qu'il soit produit par Spector, ce dernier a été réellement sobre pour le coup !), qu'elle sonnent souvent, du moins pour les morceaux acoustiques, comme des démos. Ces morceaux sont Working Class Hero, Love, Well Well Well, Look At Me, God et My Mummy's Dead. Les seules qui valent l'écoute sont Well Well Well (bien que ne durant qu'une minute environ) et God (malgré une qualité sonore déplorable ici, le morceau le moins bien enregistré de l'album), car on sent bien le côté version de travail ici. Pour les autres, la différence, malgré la durée des morceaux parfois, ne se fait pas sentir du tout. My Mummy's Dead dure 20 secondes de plus que la version studio (soit 1,13 minute !), mais mis à part ça, c'est kif-kif ! Cold Turkey, qui suit ces six premières plages un peu frustrantes, fonctionne moyennement en acoustique par rapport à la très cinglante version électrique sur laquelle brille la guitare tronçonneuse d'Eric Clapton. Les paroles restent saisissantes, sur l'addiction à la came de Lennon et sa manière de décrocher, à l'arrache. Ensuite, on a les deux titres live d'Ann Arbor, puis Woman Is The Nigger Of The World, qui ne dure que...40 secondes. Inutile de le dire, ça ne sert à rien, on a juste les premières paroles, chantonnées, et puis basta. What You Got (issu de Walls & Bridges, 1974), en version de 2,25 minutes, qualité audio correcte mais sans plus, Watching The Wheels et Dear Yoko (issus de Double Fantasy, 1980), sont meilleurs, mais pas de quoi se relever la nuit. Real Love est une belle arnaque ici, ce morceau inédit se trouvait en effet déjà (dans une version plus courte) sur la compilation Imagine : John Lennon de 1988, et quand Paul, George et Ringo se retrouveront en studio en 1994/95 pour faire les trois double-volets de la mythique Anthology des Beatles, ils bosseront sur ce morceau pour le peaufiner, et le proposer sur le volume 2 (ils bosseront aussi sur Free As A Bird, pour le volume 1). Cette version de 4 minutes, avec quelques paroles faisant penser à celles d'Isolation (I don't expect you to understand...), n'apporte rien de plus. Imagine, version live, suit, puis, en final, un instrumental d'une minute, It's Real, qui n'est pas terrible. Voilà donc pour Acoustic, un album qui n'en est pas vraiment un, une petite arnaque dans un sens, surtout que pas mal (environ la moitié, et parmi eux, les trois morceaux live, autrement dit, les meilleurs moments de l'album) de ses titres sont aussi sur le coffret John Lennon Anthology sorti en 1998 (et ça, les fans le savaient probablement déjà avant même d'écouter Acoustic à sa sortie en 2004). Pour finir, je ne conseille cet Acoustic mal fagotté qu'aux fans ultras de Lennon, le genre vache-à-lait comme on dit, ceux qui casqueront toujours quand il s'agit de Lennon (ou des Beatles en général), bref, ceux pour qui cet album escroc a été fait. Yoko a parfois eu de bonnes idées, concernant le catalogue de feu son époux (les rééditions 2010, exceptionnelles, ou bien la très réussie double compilation Working Class Hero : The Definitive de 2005, ou bien encore, en 1986, Live In New York City, malgré le côté assez bancal de la performance de Lennon dessus, et le son un peu bof), mais quand elle se plante, elle se plante grave, et pour le coup, Acoustic ne s'imposait vraiment pas. Reste le plaisir toujours intact d'entendre la voix de John et ses chansons.

Working Class Hero

Love

Well Well Well

Look At Me

God

My Mummy's Dead

Cold Turkey

The Luck Of The Irish

John Sinclair

Woman Is The Nigger Of The World

What You Got

Watching The Wheels

Dear Yoko

Real Love

Imagine

It's Real

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14 mai 2015

"Beatles For Sale" - The Beatles

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Tout ou presque a déjà été dit au sujet de cet album. Une des phrases les plus logiques que j'avait pu lire à son sujet venait d'un internaute anonyme qui, sur un site marchand (FNAC.com, je crois), dans un de ses commentaires, en parlait comme du seul album dispensable des Beatles, et que, rien que pour ça, il était quand même tout sauf dispensable, car seul dans son genre, dans la discographie studio du plus grand groupe du monde. Oui, c'est un peu tiré par les poils de couilles de votre Golden Retriever favori, mais dans un sens, c'est vrai : Beatles For Sale, quatrième album des Beatles, est en effet leur moins réussi. Mais est-ce pour autant un ratage ? Autrefois, j'aurais dit oui, et d'ailleurs mon ancienne chronique, désormais effacée et remplacée par celle-ci, avait été placée dans la catégorie des ratages (ce n'est donc plus le cas, et j'ai aussi viré le tag 'ratages') quand je l'avait écrite en, putain ça remonte à loin, 2009. Pourquoi réaborder Beatles For Sale en 2015 alors que les deux précédents opus du groupe, With The Beatles et A Hard Day's Night, , dont les chroniques datent aussi de 2009 et commencent à sentir le moisi, ne l'ont toujours pas été (réabordés) et que ça fait bien deux ans, environ, depuis que j'ai réabordé Please Please Me ? En fait, demain (15 mai), ça fera pile poil deux ans que j'ai réabordé Please Please Me avec au fond de moi l'intime envie de réaborder l'ensemble de leurs premiers albums (en gros, jusqu'à Rubber Soul, disque que j'ai cependant réabordé en janvier dernier), dans l'ordre. Mais avec un album tous les deux ans, mon rythme de travail commence à être presque aussi lent que celui des rééditions des albums solo de Paul McCartney dans sa Archive Collection (concernant Paulo et son  planning de rééditions, au fait, prochaines livraisons, Tug Of War et Pipes Of Peace, apparemment, mais quand ces albums seront réédités en CD, je l'ignore ; j'espère dans l'année)...

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Intérieur de pochette vinyle

Si j'ai choisi Beatles For Sale, c'est avant tout parce que j'avais été trop méchant avec lui il y à de cela, putain le temps ça file, 6 ans. Attention, je ne vais pas lui envoyer un bouquet Interflora pour autant, hein. La première chose à dire au sujet de cet album sorti en 1964 est qu'il a marqué une sorte de stase, dans la progression du groupe. Clairement, ça se voit dès la pochette (prise à Hyde Park) les montrant quelque peu fatigués (surtout Harrison et McCartney, Ringo faisant sa tronche de chien perdu sans collier qu'il a l'habitude de faire, et Lennon parvenant à faire un peu distant et hautain comme à son habitude). Alors que le précédent opus, A Hard Day's Night (1964, en partie une bande-originale pour le film du même nom, de Richard Lester, avec les Beatles en stars), n'était, du long de ses 30 petites minutes (le disque original britannique le plus court du groupe), constitué que de chansons signées du groupe, et principalement Lennon/McCartney (et c'était d'ailleurs le premier de leurs albums à être uniquement constitué de chansons originales, et pas de reprises mélangées à des originaux), Beatles For Sale, lui, est constitué, dans ses 14 titres (pour 34 minutes), de 6 reprises (enfin, 7, mais deux d'entre elles sont sur une seule plage audio). Et, donc, de 8 morceaux signés du groupe (tous par Lennon/McCartney). On prendra immédiatement ce détail pour une marque de fatigue, de perte de vitesse ; quelques reprises de plus au programme et on aurait carrément dit que les Beatles étaient foutus. Dans le coeur des Beatles, ce disque ne valait apparemment pas grand chose ; dans le coeur des fans, c'est un peu comme With The Beatles (1963), un disque parfois sous-estimé, quelque peu oublié, on ne l'aime pas autant que Rubber Soul, Abbey Road, Revolver ou Help !, mais allez, putain de lui, on l'aime bien quand même, le p'tit con. On n'y trouve qu'un seul tube, classé n°1 en Angleterre, Eight Days A Week (le titre vient d'une formule utilisée par un chauffeur de taxi, qui aurait dit au groupe, en les transportant, qu'il bossait huit jours par semaine), chanson démarrant par un fade-in, ce qui, pour l'époque, était quasiment une première. La chanson sera quelque peu dénigrée par le groupe, surtout par Lennon (qui la chante) qui estimera que c'est de la merde. C'est pourtant une excellente petite chanson, au même titre qu'une autre de l'album, bien connue (mais qui ne sera pas n°1, il aurait, pour ça, fallu qu'elle sorte en single, à la base, ce qui ne fut pas le cas), interprétée par Paul, What You're Doing.

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Verso de pochette

Mais ce sont les reprises qui envoient tout péter: Rock And Roll Music (de Chuck Berry), Honey Don't (de Carl Perkins, et interprétée par Ringo qui ne se gênera jamais pour la chanter sur scène au cours des tournées de son All-Starr Band), Words Of Love (de Buddy Holly), Everybody's Trying To Be My Baby (encore une de Carl Perkins, chantée ici par Harrison ; à noter qu'Harrison et Ringo, plus Eric Clapton et Dave Edmunds, feront un disque live avec Carl Perkins, disque publié dans les années 2000, mais enregistré au cours des années 80), et le fameux Medley : Kansas City/Hey, Hey, Hey, Hey, la première étant de Little Willie Littlefield, et la seconde, de Little Richard. Le reste de l'album est, cependant, parfois un peu décevant : si No Reply, I'm A Loser et Baby's In Black, les trois premières chansons, sont pas mal (et même, pour No Reply et I'm A Loser, franchement bonnes), on ne peut pas en dire autant de Mr. Moonlight, I'll Follow The Sun et I Don't Want To Spoil The Party. Every Little Thing est très bonne aussi, mais n'a jamais fait partie de mes préférées de l'album ni du groupe. Dans l'ensemble, Beatles For Sale (dont les notes de pochette sont signées Derek Taylor, attaché de presse du groupe, ni pour la première ni pour la dernière fois) est donc un album correct, ce qui, pour ce qui est des Beatles, est tout de même difficile à avaler. Comme les Beatlemaniaques (dont je fais assurément partie) le disent, c'est le plus faible de leur discographie, même si 'faible' est un terme un peu fort quand même, car on parle des Beatles. Personnellement, je trouve Please Please Me (1963, leur premier album) moins bon encore, et clairement le plus faible de leur répertoire, mais Beatles For Sale le talonne de près. Bien que contenant au final peu de chansons moyennes et anodines par rapport au nombre de morceaux (il y en à trois, voire quatre en comptant Baby's In Black), bien que comprenant quand même cinq grands moments beatlesiens (Honey Don't, Medley : Kansas City/Hey, Hey, Hey, Hey, Eight Days A Week, Rock And Roll Music, What You're Doing), bien qu'étant aussi bien interprété et produit que les précédents et suivants (enfin, que le suivant, Help !, autre bande-originale de film - du moins, pour sa face A -, car dès Rubber Soul, un cap allait être franchi, le niveau supérieur atteint), bien, enfin, qu'étant un disque des fuckin' Beatles, Beatles For Sale n'en demeure pas moins, en effet, un album secondaire dans leur discographie. Un disque à redécouvrir, à écouter absolument rien que parce que c'est un disque du groupe, mais si vous ne les connaissez pas encore en profondeur (et dans ce cas, je vous envie), ne commencez pas par lui. Il est à écouter une fois qu'on a écouté A Hard Day's Night, Rubber Soul, Help !, Revolver et, d'une manière générale, tous les albums faits après 1964.

FACE A

No Reply

I'm A Loser

Baby's In Black

Rock And Roll Music

I'll Follow The Sun

Mr Moonlight

Medley : Kansas City/Hey, Hey, Hey, Hey

FACE B

Eight Days A Week

Words Of Love

Honey Don't

Every Little Thing

I Don't Want To Spoil The Party

What You're Doing

Everybody's Trying To Be My Baby 

13 mai 2015

"The John Lennon Collection" - John Lennon

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On va reparler un peu de John Lennon ces jours-ci, sur le blog : deux albums (qui n'en sont pas vraiment) jamais abordés ici jusqu'à présent, et sans doute une ou deux réécritures d'anciennes chroniques. Un des deux albums qui n'avaient, jusque là, jamais été abordés ici et qui le sont donc dès à présent (du moins, pour l'un des deux, ici et maintenant, avec cette chronique), est une compilation. Vous allez me dire (et vous aurez raison), quel est l'intérêt de l'aborder, surtout que deux autres compilations lennoniennes (Shaved Fish de 1975, Imagine : John Lennon de 1988) l'ont été en leur temps, et il n'y à pas si longtemps que ça ? L'intérêt ? Aucun, ou quasiment aucun. Cette compilation, qui date de 1982, est la seconde de Lennon (après Shaved Fish) et la première posthume le concernant, c'est même, (si l'on excepte des singles issus de Double Fantasy ou un EP de 1981 proposant trois titres issus d'un concert d'Elton John en 1974, concert auquel participa, le temps de ces trois titres, Lennon, suite à un petit pari perdu entre les deux artistes), c'est même, donc, le premier disque posthume de Lennon. Sorti originellement en vinyle (forcément) de 17 titres, il sera réédité en CD en 1989 avec deux morceaux supplémentaires en fin de parcours (bref, les deux derniers titres, voir tracklisting plus bas) et est sorti sous une iconique pochette, d'une sobriété exemplaire, proposant la dernière photo (enfin, les dernières : recto et verso de pochette sont issus de la même session photo) de Lennon, prise la veille même de son assassinat. La compilation possède aussi un titre d'une sobriété éclatante, qui a tout du recueil : The John Lennon Collection.

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Verso vinyle (CD : identique, avec bandeau noir vertical à droite pour la liste des titres)

Un titre pareil irait plus à un coffret de l'intégrale (qui sera fait pour la première fois en 1990, un coffret qui ne contiendra d'ailleurs pas tout de ses albums, loin s'en faut, mais revenons à nos moutons) qu'à un simple disque (de plus d'une heure, quand même : 71 minutes pour le CD ; le vinyle était plus court, mais quand même simple, deux faces bien remplies, quoi). Le seul intérêt de cette compilation est dans sa version CD, tardive donc, qui propose un morceau jusque là inédit en album, et que l'on ne trouvait qu'en face B du single Stand By Me de 1975 (reprise du regretté Ben E. King) : Move Over Ms. L., une chanson qui fut à la base proposée à Keith Moon pour son album solo (Two Sides Of The Moon, 1975) mais que Lennon chantera lui aussi, normal, après tout, c'est sa chanson à la base. Une chanson de pur rock'n'roll basique, pas de quoi faire sauter la braguette du pantalon de papy, mais c'est sympa. Oubliable, mais sympa. Ne pas l'avoir placée sur la version d'époque (vinyle) de la compilation est une faute, ça aurait rendu The John Lennon Collection plus intéressant dès le départ. L'autre bonus-track de  la version CD est connu, Cold Turkey, déjà présent sur Shaved Fish. Sinon, le reste, 17 titres, est tout sauf inédit. Enfin, à la base, la version entière de Give Peace A Chance n'était disponible qu'en 45-tours d'époque, la chanson se trouvait certes sur Shaved Fish, mais considérablement amputée (seule ses 50 premières secondes avaient été placées sur la compilation). Le reste fait souvent doublon avec Shaved Fish : Power To The People, Instant Karma !, Imagine, Mind Games, Whatever Gets You Thru The Night, #9 Dream, Happy X-Mas (War Is Over) s'y trouvaient déjà. On notera la présence de Stand By Me, issu de l'album de reprises Rock'N'Roll de 1975 ; de Love, issu de John Lennon/Plastic Ono Band de 1970 (hérésie : cette belle chanson, redécouverte tardivement grâce à un single posthume, est la seule de ce remarquable album de 1970 à être ici ; ni Working Class Hero, ni God, ni Mother, ni Remember ne s'y trouvent). On a aussi Jealous Guy, de l'album Imagine (1971). Autre hérésie : aucun titre de Some Time In New York City (1972, un double album à moitié live qui est certes très inégal et contesté, mais quand même, Woman Is The Nigger Of The World et New York City auraient pu se retrouver sur The John Lennon Collection, surtout la première).

sans-titre

Lennon en 1974

Enfin, pas moins de 6 des 7 morceaux de Lennon de l'album Double Fantasy (qu'il fit en collaboration totale avec Yoko, qui en chante la moitié des morceaux) sont ici, seul Cleanup Time manque (personnellement, je trouve cette chanson infiniment supérieure à Dear Yoko, mais bon...). OK, ces chansons sont remarquables (Woman, Beautiful Boy (Darling Boy), Watching The Wheels...), mais 6 des 7 de l'album sur la compilation, ça fait pas un peu remplissage éhonté et passage en force ? A la place de Dear Yoko, j'aurais mis Woman Is The Nigger Of The World, et à la place de I'm Losing You (que j'adore pourtant), j'aurais mis, disons, One Day (At A Time) ou Out The Blue, de Mind Games (autre album scandaleusement sous-représenté ici, un seul titre), ou bien un inédit, genre Rock'n'Roll People, que Lennon offrit à Johnny Winter vers 1974 (l'albinos bluesy la chantera sur son John Dawson Winter III, remarquable album), et qui se retrouvera en 1986 sur la compilation d'inédits Menlove Ave., qui est assez dispensable par ailleurs (la compilation, pas la chanson). Bref, The John Lennon Collection est une compilation moyennement concluante. Shaved Fish, la seule sortie du vivant de Lennon, est plus directe (et plus courte, incomplète certes, mais elle atteint la perfection), et par la suite, entre Imagine : John Lennon et Working Class Hero : The Definitive (2005), et surtout cette dernière car elle est double et vraiment complète, sans oublier The John Lennon Legend ou Power To The People : The Hits, on aura d'autres compilations soit aussi complètes, soit plus complètes encore. Et puis, si vous êtes fan, vous avez déjà tout, et vous aurez donc des doublons avec ces best-ofs, qui ne sont conseillés qu'aux néophytes, aux curieux ne voulant pas se risquer à acheter les albums (souvent vendus à prix élevé). A ceux-là (et celles-là !) je ne peux cependant que les encourager à sauter le pas et à prendre John Lennon/Plastic Ono Band, Imagine et Walls & Bridges. et Double Fantasy. La suite viendra sans doute en cas de bonne surprise auditive, et sinon, vous aurez le meilleur de Lennon avec ces albums intemporels ! Pour en finir avec cette compilation, je ne l'ai abordée ici que parce que je viens de me la payer, en CD d'occasion trouvé en brocante à 1 euro, et que, pour le coup, je me suis dit, autant le faire, ça ne sert pas à grand chose mis à part à rajouter un article, mais c'est quand même Lennon, et ces chansons, doublons ou pas avec les albums et compilation obsolète ou pas, sont quand même ce qu'elles sont : intouchables. Enfin, je n'ai jamais vraiment aimé Happy X-Mas (War Is Over), Dear Yoko et Power To The People, ceci dit...

FACE A

Give Peace A Chance

Instant Karma !

Power To The People

Whatever Get You Thru The Night

#9 Dream

Mind Games

Love

Happy X-Mas (War Is Over)

FACE B

Imagine

Jealous Guy

Stand By Me

(Just Like) Starting Over

Woman

I'm Losing You

Beautiful Boy (Darling Boy)

Watching The Wheels

Dear Yoko

Bonus-tracks version CD :

Move Over Ms. L.

Cold Turkey

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