Rock Fever

23 janvier 2018

"The Marble Index" - Nico

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Une cathédrale pour une femme en Enfer. Cette phrase, issue d'un article de Lester Bangs (rock-critic américain mort en 1982, extrêmement prolifique et culte), au sujet de cet album, issue d'un de ses articles, m'a toujours fait grande impression...sans doute parce qu'elle résume à la perfection ce qu'est cet album, le deuxième album de Nico, sorti en 1969 : The Marble Index. Cet album, enregistré en 1968, fait suite au premier opus solo de l'Allemande, Chelsea Girl. Bien qu'étant signé de la même Nico (Christa Päffgen de son vrai nom), on ne saurait être plus éloigné de Chelsea Girl (un disque carrément pop en comparaison) avec ce deuxième opus, produit par Frazier Mohawk et arrangé par John Cale, lequel venait alors très certainement de quitter le Velvet Underground, groupe dont Nico était, elle, partie courant 1967, après le premier album du groupe. Long de 30 petites minutes, The Marble Index, sous sa pochette glaçante (comme le disait encore une fois Lester Bangs dans, je crois, le même article, ou un autre je ne sais plus, cette pochette semble suivre des yeux toute personne se trouvant dans la même pièce qu'elle, et possède une sorte de charme vénéneux, reptilien, froid et malfaisant, presque méchant), est un disque à part. Les deux suivants de Nico, Desertshore en 1970 et The End en 1974, sur lesquels Cale a fortement oeuvré aussi (et, pour le dernier cité, Eno également), sont également à part, mais si on les écoute après avoir découvert The Marble Index, on les trouvera presque normaux (pourtant, Innocent And Vain, sur The End...)

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The Marble Index, qui on s'en doute, n'obtiendra aucun succès commercial (mais sera remarqué dans la presse et fait aujourd'hui partie des chefs d'oeuvres du rock, même si ce n'est pas, en fait, du rock ici), n'est pas un disque à écouter le soir avant de s'endormir, ou le matin au réveil. Si vous avez le bourdon, si vous vous battez contre la maladie (courage, dans ce cas), si vous venez de subir une perte ou un gros coup du sort, et si vous êtes d'un tempérament impressionnable, évitez aussi. Enfin, les oreilles en béton armé trouvant inaudibles les albums un peu trop en-dehors des clous, et pour qui le summum de l'audace musicale est Jean-Michel Jarre ou Vangelis, évitez aussi. Ce disque, il faut se le faire. Il faut le supporter durant les 30 minutes de sa première écoute. Si vous parvenez à écouter tout l'album d'une traite, à volume égal et correct (pas en fond sonore, pas à donf' non plus, mais à un volume normal) sans avoir mis sur pause une seule fois, vous avez gagné. Les écoutes suivantes seront plus faciles. A côté de cet album, Trout Mask Replica, c'est Alvin Et Les Chipmunks Chantent Noël. Carrément. Ce disque est FLIPPANT, voilà, et ne me traitez pas de petite nature, c'est que vous ne connaissez pas l'album. Il n'y à que le Prelude de même pas une minute de calme et relaxant, petite pièce instrumentale et lyrique en guise d'introduction, mais pas d'avertissement quant au contenu du reste de l'album. John Cale dira de ce disque qu'il est anticommercial, car le suicide l'est également. C'est lui, selon la légende (d'autres disent que c'est en fait Leonard Cohen), qui a proposé à Nico de jouer de l'harmonium, ce clavier lugubre, synthétique, presque liturgique, utilisé dans les cérémonies religieuses, mais ici bien revampé par la Goth. Un instrument étrange, à part, et totalement cauchemardesque pour Cale (ce n'est donc probablement pas lui qui a eu l'idée de l'harmonium, donc, sinon ça serait se tirer une balle dans le pied), qui remarquera rapidement, durant les sessions d'enregistrement, qu'aucun instrument, mis à part éventuellement le violon (qu'il joue), ne peut correctement s'accorder avec. 

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L'harmonium, qui deviendra le moteur principal de l'univers musical de Nico dès lors, est audible tout du long des 30 minutes et 8 titres de The Marble Index, et délivre ses sonorités glaciales, cathédrale en courants d'airs en pleine hiver sibérien. Comme en plus les textes sont souvent d'une noirceur totale (Frozen warning close to mine, close to the frozen borderline), mis à part peut-être sur Ari's Song, chanson dédiée à Ari Boulogne, le fils qu'elle a eu avec Alain Delon (qui ne l'a pas reconnu, et pourtant, il ne peut pas le renier, c'est son portrait craché), et comme en plus la voix de Nico est froide, rauque, sombre, grave, bref, allemande (avec en plus zeu betit akssent chermanikeu pien zympathikeu), inutile de dire que ça colle bien au concept. Suicidaires, beware avant d'écouter ce disque. Si Ian Curtis avait écouté cet album avant de se tuer au lieu du The Idiot d'Iggy Pop, il ne se serait probablement pas pendu, il se serait charcuté à l'ouvre-boîte. Histoire de coller au concept. Hum. Non, non, rassurez-vous, je vais bien. Je n'écoute pas souvent ce disque, cependant, et jamais le soir, parce que faut pas déconner, mais s'il me fallait établir une liste des 50 meilleurs albums de 'rock' depuis les années 60 jusqu'à maintenant, The Marble Index serait dedans, et pas en dernier (pas en premier non plus tout de même). Pourtant, c'est pas rock. C'est classique, lyrique, lugubre, expérimental, avant-gardiste, c'est une collection de chansons (Nico, sur la pochette du premier opus du Velvet, était créditée comme chanteuse, en français dans le texte), mais c'est pas rock. Pas de guitare, pas de batterie. Pas de rythmes dignes de ce nom. Evidemment, aucun tube. Passez ce disque en night-club, vous n'en ressortirez qu'inculpé d'incitation au suicide de masse, ou vous n'en ressortirez pas du tout. Mais, sincèrement, qui peut se targuer d'avoir écouté beaucoup de chansons du calibre de No One Is There, Julius Caesar (Memento Hodi) ou Frozen Warnings ? Et qui peut se vanter de les avoir écoutées sans trembler, voire même avoir envie de pleurer de terreur ? Ce disque est malsain, froid comme un index de marbre, une sépulture, aussi irrévocable que la mort. Paradoxal mais vrai : il est aussi d'une irréelle, incompréhensible et totale beauté. 

FACE A

Prelude

Lawns Of Dawn

No One Is There

Ari's Song

Facing The Wind

FACE B

Julius Caesar (Memento Hodie)

Frozen Warnings

Evening Of Light

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"All The Young Dudes" - Mott The Hoople

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La pochette de cet album n'est peut-être pas la plus belle de tous les temps, mais je l'ai toujours adorée, je ne sais pas au juste pourquoi : ce design un peu ancien, ce gros cadre noir, la liste (pas dans le bon ordre) des morceaux dans un cadre en bas, le lettrage gothique du titre... Un dirait une affiche à l'ancienne mode, début XXème siècle (disons : années 20/30), avec ce qui, pour l'époque, devait être la super plus énième mode masculine. Au dos, c'est plus formaté : dans le même gros cadre noir, des photos individuelles des différents membres du groupe, sur le bord gauche et le bas, et pour le reste, la liste (dans l'ordre, cette fois-ci) des morceaux et le reste des crédits. Cet album, sorti en 1972, c'est le cinquième album de Mott The Hoople, groupe de rock (à tendance glam pour la période 1971/1975, le groupe original n'a d'ailleurs pas duré plus longtemps que ça à l'époque) britannique mené par le chanteur/ claviériste Ian Hunter. Il s'appelle All The Young Dudes. J'ai cité Ian Hunter, mais les autres membres du groupe sont : Mick Ralphs (guitare, chant), Verden Allen (claviers), Dale 'Buffin' Griffin (batterie) et Pete 'Overend' Watts (basse). Quant au producteur sur l'album, et aussi auteur de la chanson-titre qu'il reprendra en live dès l'époque et jusqu'à sa dernière tournée, c'est bien évidemment David Bowie. En 1972, Bowie, surtout en Angleterre, s'épelle D.I.E.U., pour tout dire. Il réussit tout ce qu'il entreprend : sa production pour Lou Reed (Transformer), Mott The Hoople (ce disque), son propre album The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars, trois chefs d'oeuvres de glam-rock qui, aujourd'hui encore, soutiennent les ravages du temps, sonnent aussi grandioses qu'il y à 46 ans (rendez-vous compte, 46 ans !). 

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Verso pochette vinyle

Les chefs d'oeuvres sont éternels, immortels, et All The Young Dudes, 42 minutes et 9 chansons de bonheur, en est un de chef d'oeuvre. L'album a été publié sur le label Columbia/CBS en septembre 1972 (et enregistré entre mai et juin) après que le groupe ait quitté sa précédente maison de disques Island Records (à ce sujet, une polémique sur les copyrights a pas mal couru, on a un temps pensé que l'album avait été enregistré avant que le groupe ne signe sur Columbia et que, donc, juridiquement, le contenu de l'album appartiendrait à Island, mais aucun membre du groupe n'a su, pu ou voulu clarifier les choses à ce sujet). Avant cet album, Mott The Hoople, pas encore glam mais déjà bien rock, avait sorti des albums parfois sympas (Brain Capers, 1971), mais pas cartonneurs pour un sou. De bons faiseurs sur qui Bowie a fait une fixette, voilà ce qu'était ce groupe. Bowie les a transformés en stars glam, direct, avec cet album, et la descente, ensuite, fut rude et difficile (l'album suivant, Mott en 1973, qui suivit en fait un best-of du nom de Rock'n'Roll Queen, et l'album The Hoople en 1974, sont tous deux excellents, mais restent moins connus du grand public que l'album de 1972). On ne peut cependant pas qualifier le groupe de one-hit wonder, car les deux albums que je viens de citer sont au moins aussi bons que All The Young Dudes, mais clairement, Mott The Hoople reste, pour beaucoup de monde, le groupe produit par Bowie le temps d'un album, et dont le plus gros hit est celui que Bowie leur a écrit (en une demi-heure de temps, après que le groupe ait refusé sa première proposition de chanson, Suffragette City, que Bowie fit pour son propre album de 1972) et qu'il chantera en concert sans doute plus souvent qu'eux (ayant fait plus de concerts qu'eux, et ayant très très souvent repris cette chanson en live).

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Considérée comme un hymne gay par certains (dont Lou Reed), All The Young Dudes, avec son riff d'intro sublime, son refrain en choral et ses allusions à la jeunesse pas dorée de l'époque et à T-Rex (groupe de Marc Bolan, ami de Bowie), est clairement une des plus grandes chansons de tous les temps. C'est évidemment une des plus belles chansons de l'album qui lui doit son nom, mais pas la seule. L'album ne contient en fait quasiment que des merveilles. Il s'ouvre sur une reprise du Sweet Jane du Velvet Underground, jouée à la mode dylanienne, décontractée, pépère et à moitié acoustique, on a l'impression que cette chanson a été écrite pour Hunter tant il semble à l'aise en la chantant. Momma's Little Jewel, irrésistible avec son piano et sa guitare, déboule ensuite et les affaires sérieuses commencent. Le refrain est absolument titanesque et cette chanson, probablement ma préférée de l'album se termine brutalement, laissant, sans pause, la place à All The Young Dudes, placée au centre de la face A comme pour en souligner son statut de morceau-phare de l'opus. Sucker est une chanson drôle et bien enlevée, avec saxophones tenus par Bowie lui-même (il a toujours été un excellent saxophoniste), et Jerkin' Crocus, probablement le morceau le moins époustouflant de l'album (mais tout de même un excellent hard-glam-rock) achève en fanfare la face A, avec un refrain quasiment fédérateur. 

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La face B s'ouvrait sur One Of The Boys, morceau très long dans sa version album (6,45 minutes), écourté pour sa sortie en tant que face B de All The Young Dudes. Une chanson tellement géniale qu'elle aurait mérité une face A de single, et qui ouvre à la perfection la seconde face de l'album. On peut juste dire que 6,45 minutes, c'est un peu long, le morceau se traîne en longueur vers la fin, mais rien de grave non plus. Ian Hunter est en forme. Soft Ground, interprétée par l'organiste Verden Allen (qui l'a écrite, par ailleurs), est le morceau le moins immédiatement percutant de l'album. Sons étranges de claviers (faussement dissonants), voix un peu rauque et inhabituelle (rien à voir avec celle de Hunter), le morceau est très réussi, mais il faut plusieurs écoutes pour arriver à l'encaisser. Si cette chronique était ma première sur l'album (ce n'est pas le cas, c'est une réécriture), j'aurais probablement dit que c'est le moins bon des morceaux de l'album, c'est même peut-être ce que j'en disais à l'époque, mais je ne le pense plus. C'est pas le meilleur non plus ! Ensuite, on a un autre morceau écrit et interprété par un autre membre du groupe, le guitariste Mick Ralphs (futur membre du groupe de hard-rock Bad Company, qui reprendra d'ailleurs, sur son premier album de 1974, la chanson) : Ready For Love/After Lights. Là aussi un morceau long de 6,45 minutes, mais là, en revanche, la durée ne se fait pas sentir une seule seconde. Sorte de power-ballad avant l'heure (Bad Company la reprendra très fidèlement, mais sans la deuxième partie du morceau, un instrumental du nom d'After Lights, solo de guitare sublime), cette chanson est une des meilleures de l'album, un régal de hard-rock glam. L'album se termine avec une ballade au piano riche en arrangements de cordes, chanson courte (moins de 3 minutes) interprétée par Ian Hunter qui est ici en total état de grâce : Sea Diver. C'est une splendeur totale qui file des picotements aux yeux, des frissons tout le long du corps. On sent l'influence de Rock'n'Roll Suicide ici. C'est, au même titre que la chanson achevant l'album de Bowie, la conclusion parfaite pour l'album. Un album quasiment parfait, donc, régal de glam-rock parfois énervé, parfois précieux (moins que Transformer de Lou Reed cependant), produit à la perfection par un dieu vivant de son époque et de sa génération. Essentiel, tout simplement ! J'ai limite envie de dire que s'il ne vous faut qu'un disque de Mott The Hoople, c'est celui-là, et ce, malgré la réussite des deux suivants...

FACE A

Sweet Jane

Momma's Little Jewel

All The Young Dudes

Sucker

Jerkin's Crocus

FACE B

One Of The Boys

Soft Ground

Ready For Love/After Lights

Sea Diver

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22 janvier 2018

"Like Flies On Sherbert" - Alex Chilton

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Bordel de nom de Dieu, quel disque de malades... Non, je sais, cette phrase d'intro, je vous l'ai déjà servie, pour je ne sais plus quel album, et probablement plusieurs fois en plus, mais là, je ne vois pas par quoi d'autre commencer. Cet album ne dure que 29 minutes pour sa version vinyle (le CD est un peu plus long, voire même beaucoup plus long, il existe plusieurs versions, même en vinyle, de l'album, tracklisting différent, celui que je propose plus bas est celui de mon vinyle, pressage, si je ne me trompe pas, anglais), et ce sont les 29 minutes les plus éprouvantes que l'on puisse trouver pour un disque de rock. Pas de black metal, de rock industriel à la Nine Inch Nails ou de cold wave, non, de rock, tout simplement. C'est le premier album solo d'Alex Chilton. Mort en 2010, ce mec, orgiinaire de Memphis dans le Tennessee, était un des rockeurs les plus influents des années 70, mais ça, ce n'est qu'à partir des années 80 et 90 qu'on ne s'en rendra compte. A 16 ans, en 1966, il se lance dans l'aventure musicale, en tant que chanteur, au sein des Box Tops, avec qui il va avoir quelques titres de gloire, le plus beau étant, en 1967, le tube mondial The Letter, 2 minutes de bonheur. Oui, les mecs qui ne le saviez peut-être pas, mais c'est Chilton qui chante ! Le groupe se sépare en 1970, et un an plus tard, Chilton, à Memphis, retrouve un pote d'enfance, Chris Bell (mort en 1978), qui tient, en tant que chanteur et guitariste, avec le batteur Jody Stephens (toujours de ce monde) et le bassiste Andy Hummel (lequel est mort quelques mois après Chilton), un groupe du nom de Icewater. Bell propose à Chilton de venir, ce dernier accepte, et le groupe se transforme en Big Star. Groupe légendaire ayant sorti trois albums qui, hélas, ne se vendront pas à l'époque mais deviendront par la suite des plus cultes, une référence pour la future power-pop, des groupes tels que les Replacements (dont une chanson s'appellera Alex Chilton), REM, les Posies, Weezer, j'en passe, s'en inspireront. 

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Les albums ? #1 Record en 1972, Radio City (le meilleur, mais ça n'enlève rien aux autres) en 1974 et Third/Sister Lovers, sorti dans la douleur, et relativement tardivement car ses sessions sont de 1974, en 1978. Big Star (dont Chris Bell quitta l'aventure après le premier opus pour enregistrer un album solo, I Am The Cosmos, sublime, qui ne sortira que dans les années 90) a capoté en 1974 suite à l'échec commercial (pour des raisons de problèmes de distribution, en grande partie) des deux premiers albums, et à l'échec des sessions du troisième. Chilton débarque à New York en 1977, découvre la scène punk (Television, Ramones...), et fait la connaissance, en 1978/79, d'un petit groupe de rock à tandance punk/rockabilly, les Cramps, dont il produira le premier album, Songs The Lord Taught Us, qui sortira en 1980. Apparemment dans un état mental instable à l'époque suite à des addictions et à l'échec de Big Star, Chilton enregistre, entre 1978 et 1979, son premier album solo, ce Like Flies On Sherbert dont une première version sortira en 1979, sur le label Peabody, aux USA (11 titres, 35 minutes), avant d'être réédité, l'année suivante, sur Aura (en Angleterre), 10 titres pour 29 minutes. Quel que soit le pressage, la pochette reste la même : signée Bill Eggleston (qui a signé la pochette de Radio City), elle représente des poupées qui semblent disposées sur le capot d'une voiture, et elle fait froid dans le dos, quelque part (et est assez représentative de l'album). Like Flies On Sherbert ('comme des mouches sur un sorbet', à la base le dernier mot du titre aurait du être 'shit' mais ça fut apparemment refusé) a été produit par Chilton et Jim Dickinson (qui avait tenté de sauvé Third/Sister Lovers), ce dernier était un pianiste ayant notoirement collaboré avec les Stones, pour ne citer qu'eux.

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Dos du CD (vinyle : similaire)

La production ne mérite, en fait, pas vraiment ce nom, le son de l'album étant assez moyen, et les morceaux, enregistrés à la va-comme-je-te-pète-au-cul, pour tout dire. Les sessions furent difficiles, chaotiques même, avec un Chilton dans un état proche de l'Ohio, s'évertuant à jouer de la guitare comme un taré (il n'a jamais été un guitar-hero, sans être totalemen manchot non plus, et le prouve ici), chantant parfois faux, marmonnant ou gueulant ses textes, multipliant les erreurs et les faux départs... Un cauchemar de producteur. Certains instruments du studio (deux studios de Memphis, celui de Sam Philips et Ardent Studios, furent utilisés), comme un mini-Moog par exemple, ne marchaient pas très bien, ce qui n'empêchait pas Chilton ou ses musiciens (aucun de Big Star, et mis à part Dickinson qui tient un peu de piano, aucun n'est connu) de les utiliser. Chilton a composé des chansons (Hook Or Crook, Like Flies On Sherbert, My Rival, Rock Hard, Hey ! Little Child), mais une partie des sessions est consacrée à des reprises de standards, parmi lesquels Boogie Shoes de K.C. & The Sunshine Band, l'immortel groupe de That's The Way (I Like It), et un groupe de disco/funk, les mecs), et le fait qu'aucun ou presque des musikos ne semblent connaître ces chansons ne dérange apparemment pas un Chilton bien décidé à les faire, même s'il sait bien qu'à l'arrivée, le résultat ne pourra qu'être calamiteux. Il l'est, quelque part, mais entre les musiciens qui font ce qu'ils peuvent, un Chilton dans un état ahurissant de déreliction totale, une production flinguée et une atmosphère chaotique et de cauchemar, Like Flies On Sherbert est un OVNI musical délirant et puissant. Parfois considéré comme un des pires albums de tous les temps, et parfois...tout le contraire, ce disque est considéré comme un des premiers albums déconstruits et de lo-fi, ainsi qu'un album avertissant à quel point la folie et les abus peuvent être combattus (après tout, même s'il n'a jamais eu droit au succès commercial de son vivant, Chilton s'est bien remis de l'éprouvante expérience de ce premier album solo). Difficile d'accès en raison de sa production manquée et de ses chansons sauvagement sabordées, Like Flies On Sherbert, de sa pochette quasi malsaine à son contenu, ne peut qu'interloquer, surprendre, et fasciner. Culte !

FACE A

Boogie Shoes

My Rival

Hey ! Little Child

Hook Or Crook

I've Had It

FACE B

Rock Hard

Girl After Girl

Waltz Across Texas

Alligator Man

Like Flies On Sherbert

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"Le Langage Oublié" - Gérard Manset

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Après avoir achevé les années 90 en 1998 (avec Jadis Et Naguère), Gérard Manset commence les années 2000 en 2004 avec cet album, son dix-septième opus studio et opus tout cout, le bonhomme n'ayant jamais fait le moindre concert de sa vie, juste des passages TV rarissimes (plus aucun à partir de la seconde moitié des années 80), des passages radio assez rares et des interviews dans la presse écrite, plus fréquentes, mais tout de même épisodiques. Ce nouvel album de Manset, plutôt généreux (presque une heure de musique, pour 10 titres souvent longs), sorti sous une assez belle pochette pour changer (car bien souvent, voir Le Train Du Soir ou La Vallée De La Paix, ses pochettes sont des plus moyennes), pochette proposant un tableau de Magritte, date donc de 2004. Manset étant un artiste rare, chaque nouvelle livraison de sa part est un évênement. Cet album, intitulé Le Langage Oublié, et qui a été réédité récemment dans le coffret Mansetlandia et séparément du coffret (boîtier digipack, visuel reprenant la pochette originale dans un petit cadre, paroles dans le livret, mais aucun bonus-track évidemment), ce qui tombe bien car le CD d'époque commence à se faire rare et cher (35 € sur Amazon.fr, contre 15 € pour la réédition qui a certes moins de gueule, mais a le mérite d'être trouvable plus facilement), cet album, donc, au même titre que le suivant (Obok de 2006, que j'aborderai ici un jour), a été commercialisé à l'époque avec ce sinistrement célèbre procédé dit Copy Controlled, cet affreux logo noir & blanc indiquant que le disque est protégé contre le copiage éhonté, et que, donc, il risque d'y avoir des merdages d'écoute sur certains lecteurs type autoradio ou walkman. 

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Réédition 2017

Bah oui, après tout, Manset se refuse à sortir son catalogue en CD (en tout cas, de le sortir tel qu'il a été enregistré, car pour pas mal de trucs, il a modifié des chansons, des tracklistings, bouleversé les albums, etc...il peut le faire, il a le contrôle total de son oeuvre, cas rare si pas unique dans la chanson française), et quant à Deezer ou Spotify faut pas rêver, alors pour ce qui est d'interdire le copiage d'un de ses albums et/ou son transfert en MP3/WMA sur son ordinateur, pensez à lui, il est chaud bouillant. Je me souviens d'avoir été un jour sur un site web consacré à Manset (un remarquable site web malgré le visuel un peu ancien, c'est un ancien site web avec tout ce que ça implique) que l'auteur avait fermé à peu près au moment de la sortie de cet album, prétextant que pour la première fois, il n'allait pas acheter le nouvel album de Manset à sa sortie (bien que ne le citant pas, il parlait du Langage Oublié) à cause de ce procédé anti-copie qui l'empêcherait de mettre l'album sur son ordinateur et son balladeur MP3. Apparemment, le mec était suffisamment remonté contre ce procédé (qui, depuis, n'existe plus, il me semble, non ?) pour se refuser à acheter le nouvel album de son artiste favori rien que parce qu'il serait inaudible sur son autoradio et son PC, et il a décidé de fermer son site rien que pour ça, ne pouvant plus le mettre à jour avec le nouvel album. C'est un peu extrême et dommage, mais quand on est fan, on est parfois extrême ! Bon, l'album, que vaut-il ? Sincèrement, ce disque de 2004 est une putain de pure petite merveille qui renvoie les deux précédents opus de Manset (La Vallée De La Paix et Jadis Et Naguère, deux albums que, pourtant, j'aime énormément, mais qui n'ont pas énormément fait parler d'eux à l'époque et sont considérés comme 'mineurs' par certains spécialistes) à la cueillette des fraises en plein mois de décembre dans le Doubs. 

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Le Langage Oublié regorge de chansons à tomber par terre en chantant tout du long, et il me semble impossible de citer la meilleure des 10 chansons. Est-ce le morceau-titre ? Quand On Perd Un Ami ? Demain Il Fera Nuit ? La Fin Du Dernier Monde Connu ? (oh,  celle-là...) Ou bien A Un Jet De Pierre ? Enregistré au Studio de la Grande Armée (Paris) comme pas mal d'autres albums de Manset, ce cru 2004, qu'il a produit, arrangé, écrit et composé en totalité comme à son habitude offre sa ribambelle de chansons tuantes, aux paroles sublimes comme toujours, critiques de la société (Dans Les Jardins Du XXème Siècle, le très reggae Mensonge Aux Foules), des chansons certes très verbeuses, sans doute plus que de coutume (encore que sur Jadis Et Naguère...), et il n'y a plus guère que Manset pour faire ça, mais en même temps, quand on écoute Manset, on sait qu'on ne va pas avoir affaire à des chansonnettes de 2,30 minutes avec couplet/refrain/couplet/refrain/bridge/refrain et puis c'est marre. Un album de Manset, ça se lit comme un recueil de nouvelles. Celui-ci est une de ses meilleures livraisons. 

Demain Il Fera Nuit

Quand On Perd Un Ami

Le Coureur Arrêté

A Un Jet De Pierre

Mensonge Aux Foules

Le Langage Oublié

Que Ne Fus-Tu

La Fin Du Dernier Monde Connu

A Quoi Sert ?

Dans Les Jardins Du XXème Siècle

21 janvier 2018

"No More Heroes" - The Stranglers

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La pochette donne le ton et le titre est un jeu de mots bien dégueulasse (mais en même temps, on parle des Stranglers, alors...) : 'Nos morts héros'. Heu non, No More Heroes, pardon. C'est le deuxième album des Etrangleurs, un des groupes de punk les plus atypiques et féroces de tous les temps, et on y voit une couronne mortuaire d'un côté...et un des membres du groupe (le bassiste franco-anglais Jean-Jacques Burnel) allongé sur la tombe de Trotsky au dos du boîtier de la réédition CD ! Les Stranglers avaient marqué avec leur premier album, sorti en l'année punk ultime, 1977. Rattus Norvegicus (IV), et sa pochette cryptique et glauque, et son IV sur la pochette, qui n'a été expliqué par personne (soit c'est parce que le groupe est au nombre de quatre membres, soit c'est...ben, on sait pas vraiment), et ses classiques strangleriens à la pelleteuse (Peaches, Sometimes, Down In The Sewer, Hangin' Around, (Get A) Grip (On Yourself), Princess Of The Streets), et ses sonorités si particulières (les claviers de Dave Greenfield - ses moustaches, aussi -, qui sonnent comme du Doors sous amphétamines), son chant hargneux de Hugo Cornwell (aussi guitariste) et parfois Burnel, et pour citer tout le monde, la batterie de Jet Black, remarquable. L'album et le groupe avaient aussi bien fait parler d'eux, et pas en bien, pour la violence de leurs concerts, leur brutalité, et l'incroyable virulence et misogynie de leurs paroles (London Lady, dans laquelle le groupe réglait son compte à une jeune rock-critic avec qui l'un d'entre eux était sorti ; et Peaches et Sometimes, aussi ont des paroles limite).

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Verso du CD

En ce même an de grâce 1977, les Stranglers, toujours sous la houlette de Martin Rushent (futur producteur des deuxième et troisième albums de Téléphone, notamment), sortent leur deuxième album, No More Heroes, enregistré en juillet, sorti en septembre. Rattus Norvegicus (IV), lui, était sorti en avril, le groupe n'a pas trop chômé, surtout qu'entre avril et juillet, ils ont dû se taper pas mal de concerts ! Trois des onze morceaux (pour 38 minutes) sont issus des sessions de l'album précédent et avaient donc été mis de côté, Bitching, Peasant In The Big Shitty (que le groupe jouait live, un morceau bien barré) et Something Better Change. Le reste a été composé pour l'album, et on y trouve les ingrédients habituels des Stranglers : paroles limites, chant hargneux (ce n'est qu'à partir de leur quatrième album, The Raven en 1979, que Cornwell et Burnel commenceront à chanter normalement), mélodies dingues et claviers de même. Niveau paroles, c'est assez féroce : Bring On The Nubiles a été taxé de sexisme, Dagenham Dave parle sans complaisance du suicide d'un ami, I Feel Like A Wog parle de racisme et a été taxé de raciste tant c'est ambigu (bon, c'est pas le One In A Million des Guns'n'Roses non plus, mais pas loin), Peasant In The Big Shitty décrit sans complaisance la vie dans la grande ville, No More Heroes est sans équivoque (Whatever happened to Leon Trotsky ? He got an ice pick that made his ears burn)... Les classiques se suivent : Bring On The Nubiles, le morceau-titre, Dead Ringer, Bitching, le long (7 minutes) School Mam...

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Verso de pochette ; de haut en bas, de gauche à droite : Burnel, Greenfield, Cornwell, Black

No More Heroes, avec sa pochette mortuaire (on y distingue des queues de rats, le rat est le logo du groupe, du moins à l'époque) et ses textes révoltants pour certains, et jubilatoires pour d'autres, est un des plus gros succès commerciaux des Stranglers avec Aural Sculpture. Lequel, sorti en 1984, est tout de même foutralement différent. Ici, c'est du punk pur jus, No More Heroes étant très similaire à Rattus Norvegicus (IV), et si vous avez adoré le premier album, inutile de dire que vous adorerez tout autant celui-ci. La suite de la carrière des Stranglers les verra s'orienter vers autre chose, dès le troisième opus (que j'aborderai ici bientôt, je pense), Black And White, en 1978, sera un peu plus complexe (et franchement réussi), puis on passera quasiment à de la new-wave (encore très arty à l'époque) avec The Raven, The Gospel According To The Meninblack (le dernier grand album du groupe selon moi), puis à de la new-wave pop avec La Folie, Feline... après Aural Sculpture, j'ai lâché l'affaire. Mais je me réécoute souvent leurs cinq premiers opus, tous remarquables, tous hautement, chaleureusement recommandés. A condition de s'habituer, ce qui au départ n'est pas facile-facile, aux claviers chelous de Dave Greenfield. Une fois que c'est fait, quel bonheur d'écoute ! Burnel est probablement un des 5 meilleurs bassistes de l'histoire du rock, et les trois autres musikos ne sont pas manchots non plus. Vive les Stranglers !

FACE A

I Feel Like A Wog

Bitching

Dead Ringer

Dagenham Dave

Bring On The Nubiles

Something Better Change

FACE B

No More Heroes

Peasant In The Big Shitty

Burning Up Time

English Towns

School Mam

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"Friends" - The Beach Boys

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Cet album des Beach Boys est particulier. Pas parce qu'il ne dure que 25 minutes (pour 12 titres dont le plus long dure nettement moins de 4 minutes et le plus court, 38 secondes seulement), car nombreux sont les albums des Biche Bois à faire cette durée des plus rikiki (une grande partie de leurs premiers albums, de l'avant Pet Sounds, font dans les 26/28 minutes), même si, pour l'époque de sa sortie (1968), une telle durée commençait déjà sérieusement à faire foutage de gueule. Mais c'est aussi un des plus particuliers car non seulement il connaîtra un bide retentissant (un des albums du groupe ayant le moins bien marché), mais est, musicalement, des plus étranges. Il s'appelle Friends et date, donc, de 1968, et est sorti sous une très colorée pochette bien dans son époque, une pochette qui semble nous crier dessus, à grands coups de décibels : psychédélique ! LSD ! Trips ! Flower Power ! En effet, la pochette fait très gobage de buvard. Musicalement, c'est tout autre, on est en présence d'un disque riche en harmonies vocales dignes du meilleur du groupe. Niveau textes, certains titres sentent, eux, bon les expériences de l'époque (Mike Love, chanteur officiel du groupe vu qu'il ne joue d'aucun instrument en bon connard qu'il est, découvrait alors la méditation transcendantale, et regardez le titre du dernier morceau de l'album pour vous marrer un bon coup ; ça y est, vous avez lu ? On se marre bien, hein ?). 

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Considéré par Brian Wilson comme son album préféré, Friends est le quatorzième opus studio des Garçons de la Plage qui, à l'époque, se sortaient difficilement des traumatisantes et avortées sessions d'enregistrement de leur Smile, qui devait sortir en 1967 comme réponse au Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles (qui firent l'album avec Pet Sounds en tête) mais ne sortira qu'en 2004 sous une version refaite par Brian Wilson en solo (et en 2011 pour un coffret des sessions d'époque). La raison de cet échec ? Brian Wilson a commencé à avoir de gros problèmes de santé mentale, parano, délires en tous genres, etc, et au bout du compte, tout a planté. Les morceaux écrits pour Smile sortiront en single (Good Vibrations), et sur d'autres albums (Smiley Smile, 20/20, Surf's Up). Afin de se ressaisir après l'échec de Smile, le groupe a tout de suite préparé d'autres albums, donc : Smiley Smile a servi de premier 'dépotoir' pour les morceaux de Smile, puis Wild Honey de premier album de chansons à part de celles de Smile. Friends vient juste derrière et lui aussi ne contient rien de Smile. Il fut un t errible bide commercial à sa sortie, et le premier album du groupe sur lequel Dennis Wilson (batterie) s'est autant impliqué dans l'écriture et la composition : il est crédité ou cocrédité pour quatre titres, deux avec le groupe et deux en solo, Little Bird et Be Still. Deux très bons morceaux, probablement deux des meilleurs de l'album, mais une chose à dire au sujet de Friends est que sa courte durée (25 minutes) et bien entendu la courte durée de ses morceaux (la moitié ne durent pas 2 minutes, et les deux chansons de Dennis que je viens de citer en font partie) le rend difficilement chroniquable.

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On l'écoute facilement, l'album étant court. Il est aussi agréable à l'écoute, aucune chanson ne détonne (mis à part peut-être Transcendental Meditation, le final, un peu lourd et Meant For You parce qu'il ne dure que 38 secondes et que rien que pour ça, on s'en souvient, surtout que c'est le premier morceau de l'album), aucune n'est mauvaise, mais si on excepte l'excellentissime morceau-titre, aucun n'a l'envergure d'une chanson de Pet Sounds ou de Surf's Up. Au début des années 70, il fut envisagé de refaire l'album, oui, de le réenregistrer. En fait, c'est un ami de Brian Wilson (qui suçait déjà de la glace comme un pro à l'époque) qui parvint à le convaincre de le faire, mais après quelques chansons refaites, on mit fin au projet, qui était assez invraisemblable. Ca n'aurait peut-être pas aidé l'album à redorer son blason, même si, désormais, il est nettement, mais alors nettement mieux apprécié qu'autrefois. A l'époque de la sortie de Friends, les Biche Bois étaient dans le creux de la vague (vu le nom du groupe et leur lien avec le surf, ce jeu de mots est volontaire), ayant, à l'époque, notoirement annulé un concert parce que, sur les 16 000 places disponibles dans la salle (le Singer Bowl de New York), seulement 800 personnes étaient venues... Bien que rempli de fadaises hippies/méditation transcendentale/fume, c'est du belge, cet album de 1968 est un assez bon cru dans l'ensemble. Friends, When A Man Needs A Woman, Be Still, Little Bird sont vraiment de belles chansons. Un peu foutage de gueule (la durée), mais tout de même un assez bon album. 

FACE A

Meant For You

Friends

Wake The World

Be Here In The Mornin'

When A Man Needs A Woman

Passing By

FACE B

Anna Lee, The Healer

Little Bird

Be Still

Busy Doin' Nothin'

Diamond Head

Transcendental Meditation

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20 janvier 2018

"This Is Howlin' Wolf's New Album. He Doesn't Like It. He Didn't Like His Electric Guitar At First Either." - Howlin' Wolf

 

 

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Ce disque, je l'ai voulu rien que pour sa pochette, je ne vais pas vous mentir à ce sujet. J'ai découvert ce disque par le plus grand des hasards, d'ailleurs, en farfouillant sur le Net, sur un site dédié à la musique (Rate Your Music, sur lequel je suis inscrit sous quasiment le même pseudo que pour mon blog, DohertyClash). Un des (innombrables) membres de ce site gratuit et anglophone proposait, sur sa page (car on peut, en s'inscrivant sur ce site, chroniquer et noter des albums - ou films -, établir des listes personnelles, des wishlists aussi, etc, un site très sympa et complet), une liste des pochettes d'albums uniquement constituées d'inscriptions. Un peu comme le Brothers des Black Keys (qui s'inspire d'ailleurs de la pochette de cet album-ci) ou la réédition CD du Moondog Matinee du Band. Il avait (le membre du site) choisi cette pochette comme illustration principale de sa liste, histoire de dire que celle-ci, elle vaut vraiment le détour. J'ai vu ça, et je me suis dit non, c'est pas possible, c'est une publicité, un poster glissé dans une pochette, mais c'est pas une pochette pour de vrai ? Et en fait, si. L'album date de 1969 et est un disque du grand, de l'immense bluesman Howlin' Wolf, surnommé ainsi car sa voix, éraillée et hargneuse, souvent hululante, faisait penser à un hurlement de loup affamé avec la tête dressée en direction de la pleine lune. Un chanteur ayant fortement influencé, notamment, Captain Beefheart. Cet album a été réédité en CD, même s'il n'est pas évident à trouver désormais. C'est vers le vinyle (réédité aussi) que je m'étais tourné, d'abord parce que l'album était plus facile à trouver sous ce format à l'époque, et sans doute encore aujourd'hui, et aussi parce que ça a plus de gueule.

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Verso de pochette

Faut dire que la pochette est à part : sur fond blanc, trois phrases lapidaires en noir, sans fioritures. Je n'ai pas pu résister au plaisir un peu pervers de les mettre en guise de titre à l'article, alors qu'en fait l'album s'appelle officiellement The Howlin' Wolf Album. Ce texte, placé ici par la maison de disques du Wolf (Cadet Concept, un sous-label de Chess Records, label spécialisé dans le blues, administré tyranniquement, et sur lequel officiait, notamment, Muddy Waters), je le traduis ici : Voici le nouvel album de Howlin' Wolf. Il ne l'aime pas. Il n'aimait pas non plus sa guitare électrique au départ, d'ailleurs. Pourquoi une telle accroche ? Pour faire rire ? Pour faire de l'ironie ? Pour faire vendre (si c'est le cas, pari raté, l'album ne se vendra pas super bien) ? Non, tout simplement par...souci de vérité, de transparence. Howlin' Wolf, bluesman à l'ancienne, s'essayait, ici, comme Muddy Waters avec Electric Mud en 1968, à l'électricité. Il est entouré de musiciens bien plus jeunes que lui (parmi eux, Pete Cosey, guitariste qui, quelques années plus tard, rejoindra l'équipe d'un Miles Davis en pleine période fusion, on l'entend notamment sur Get Up With It et les lives Agharta, Pangaea, Dark Magus), qui vont apporter un indéniable vent de fraîcheur, de nouveauté à sa musique. Avec moult pédales wah-wah et autres effets de fuzz. The Howlin' Wolf Album est un disque de blues-rock psychédélique, un peu comme si le Wolf avait enregistré ses chansons (essentiellement, ici, de bons gros standards du beuhlouuuuze) avec The Jimi Hendrix Experience ou Cream en accompagnement. Le résultat est étonnant, souvent bluffant (Built For Comfort, Tail Dragger, Evil, Spoonful que Cream a aussi repris), parfois un peu too much aussi, il est vrai (Back Door Man, Smokestack Lightnin'), mais jamais raté. 42 minutes (pour 10 titres dont les durées sont indiquées en toutes lettres au verso de pochette) remarquables.

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Mais le Wolf, assez vieux con sur les bords pour le coup, n'aimera pas du tout l'expérience, et estimera que l'album est de la merde. C'est limite s'il voulait le sortir, mais apparemment, il n'avait pas le choix. Devant le dégoût absolu de son artiste vis-à-vis de l'oeuvre enregistrée et prête à sortir, la maison de disque a joué la sincérité : comment, en effet, vendre, à grands renforts de placards publicitaires, un album que son principal auteur rejette en bloc ? Alors voilà le pourquoi de cette pochette anticommerciale à mort, et qui a, comme l'accroche du film de Baffie Les Clés De Bagnole (vous vous rappelez de ce qu'il avait fait mettre sur l'affiche de son film ? : N'y allez pas, ce film est une merde ! Les gens lui ont obéi, que voulez-vous), totalement desservi l'oeuvre (bon, pour le film cité, c'est totalement mérité, mais fin de la digression cinématographique). Pour l'album de Howlin' Wolf, c'est vraiment dommage, car c'est un des albums de blues les plus particuliers et attachants que je connaisse, sans doute pas le meilleur quand même (ni même, probablement, le meilleur du Wolf ; The London Howlin' Wolf Sessions est encore meilleur, et plus puriste), mais il est vraiment meilleur que sa réputation, qui a suivi l'avis du Wolf sur l'album. Et je terminerai ma chronique par une anecdote hilarante sur l'enregistrement de l'album. Wolf aurait dit à Pete Cosey, un jour, d'aller se faire couper les cheveux (il avait, en effet, un belle tignasse) et d'en profiter, sur le chemin du coiffeur, pour aller jeter dans le lac le plus proche sa putain de guitare électrique et la pédale wah-wah qui va avec. Ambiance !

FACE A

Spoonful

Tail Dragger

Smokestack Lightning

Moanin' At Midnight

Built For Comfort

FACE B

The Red Rooster

Evil

Down In The Bottom

Three Hundred Pounds Of Joy

Back Door Man

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"London Town" - Wings

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Quand Paul McCartney a fondé son deuxième groupe majeur, les Wings, en 1971, personne n'y croyait. Wild Life, leur premier opus, sorti en cette même année (en fin d'année), enregistré assez rapidement et ça s'entend, recevra quelques unes des pires critiques qu'un ex-Beatles recevra de sa vie (avec Lennon pour Some Time In New York City et Harrison pour Dark Horse et Extra Texture). Un très bon opu, mais il faut quand même reconnaître qu'il faut être vraiment fan de Macca pour l'aimer, ce disque (d'ailleurs, Macca lui-même dira ça de l'album). Single polémique interdit d'antenne à la BBC en 1972 : Give Ireland Back To The Irish. Et Hi, Hi, Hi, interdit d'antenne aussi, pour des raisons différentes (paroles mal comprises pour de l'obscénité). Red Rose Speedway, en 1973, marchera très fort, et Band On The Run, à la fin de la même année, cartonnera totalement. Puis Venus And Mars en 1975, et Wings At The Speed Of Sound en 1976 (pour lequel les critiques commenceront à pointer vraiment leur nez), puis le triple live Wings Over America de 1976 également. En 1977, le single Mull Of Kintyre cartonne absolument, un record de ventes. Personne ou presque ne sait qu'à ce moment, le groupe est en petite crise, deux des membres (le batteur Joe English et le guitariste Jimmy McCulloch, présents tous deux depuis 1974), menacent de se barrer. Ce double départ aura lieu pendant l'enregistrement du sixième opus studio (et septième opus tout court) du groupe, qui sortira en 1978 et fête donc, cette année, ses 40 ans comme un grand : London Town

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Verso de pochette : un Macca bien décontracté, une Linda qui sent bon ses nausées matinales consécutives à la grossesse...

Ce disque a en partie été enregistré par les Wings au nombre de trois (comme ce fut le cas pour Band On The Run : peu avant que le groupe ne décolle pour Lagos, Nigeria, pays où allait s'enregistrer l'album, Denny Seiwell - batteur - et Henry McCullough - guitare - quitteront le groupe, pour raisons financières), and then there were three, et ces trois-là sont donc le couple McCartney - Linda était enceinte de James, sauf erreur de ma part, à ce moment-là - et Denny Laine (guitare, basse, chant). Une partie de l'album a été enregistrée avec le groupe encore au nombre de cinq, mais au moment de la sortie de l'album, les Wings étaient un trio, English ayant eu le mal du pays (malgré son nom, il est ricain) et McCulloch a intégré les Small Faces avant d'intégrer un cimetière en 1979 (overdose).. Et une partie de l'album a été enregistrée sur un...bateau au large des îles Vierges (Antilles britanniques), parce que, aucune tournée n'étant prévue rapport à la grossesse de Linda, le groupe avait le temps de se reposer, et de faire comme à son envie. Et ne sachant pas trop où aller (une partie du disque a quand même été faite à Londres, dans de vrais studios : Abbey Road et AIR), ils ont opté pour un bateau.

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Contexte d'enregistrement étrange, gestation difficile (grossesse de Linda, lieu d'enregistrement insolite, départ de deux membres, publication d'un single à succès qui ne se trouvera pas sur l'album au final par ailleurs, et qui apportera une grosse pression sur le groupe, l'attente du pulic ayant été très forte suite à Mull Of Kintyre), London Town mérite une place à part dans la discographie du groupe, dont ce sera l'avant-dernier opus. Et le dernier chef d'oeuvre, Back To The Egg (1979) étant sympa, mais très inégal. Long de 50 minutes, très généreux car possédant 14 titres, London Town, sous sa sublime pochette montrant le trio devant le Tower Bridge, est un régal de pop à l'ancienne qui fait partie des albums préférés de pas mal de fans de McCartney, mais sera qualifié, à sa sortie, d'un peu mou, mais obtiendra quand même, de plutôt bonnes critiques (et commercialement, marchera fort). Plusieurs singles seront issus de l'album : le très rock I've Had Enough, le pop et charmant With A Little Luck et la magnifique ballade London Town. Un peu plus tard dans l'année, le groupe publiera son premier best-of (et son seul best-of, en fait), Wings Greatest, qui ne contiendra aucune chanson de Venus And Mars pour des raisons de droits (l'album ayant été édité par Capitol, le seul album Capitol du groupe), mais contiendra With A Little Luck

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London Town, pendant un certain temps, je n'aimais pas trop, je refusais de l'aborder ici car je craignais d'être trop méchant pour rien, et j'avais bien fait de me retenir, car entre temps, au fil des années, j'ai vraiment appris à adorer ce disque qui fait partie de mes grands chouchous. La première critique que j'ai fait de ce disque remonte à 2013, j'avais envie de la refaire, dont acte, et puis, elle n'était pas top. Non pas que celle-là le soit, car je me rends compte que parler de ce disque est compliqué, rien qu'à cause de sa gestation ardue, et aussi de mon amour inconditionnel pour ses chansons et son ambiance, mais quand même. L'album contient donc 14 titres ; 8 sur la face A, 6 sur la B (fatalement, j'ai envie de dire). Un régal de pop que ce  disque, qui passe d'un style à l'autre, ballade, rock, pop, ambiances celtiques, petite douceur, délire rockabilly, folk, grande envolée limite progressive... Le tout démarre en maestria avec le morceau-titre, régal total à trois voix, merveille absolue dont je ne me laisserai vraisemblablement jamais. Walking down the sidewalk on a purple afternoon... Puis, sans pause, Cafe On The Left Bank nous plonge, avec moult claviers futuristes (pour 1978) et guitares bien rock, dans l'atmosphère d'un bistrot de la rive gauche de Paris, des Anglais buvant, bruyamment, de la bière allemande, des Français écoutant et regardant De Gaulle à la TV en pleine allocution... I'm Carrying est une douceur acoustique comme Macca a l'habitude de nous en proposer, et le morceau est suivi d'un doublé étonnant : le court (1 minute !) Backwards Traveller, très sautillant et pop, vocalement jouissif, et li'nstrumental quasiment électro et atsmophérique Cuff Link qui s'enchaîne sans pause et dure 2 minutes. Children Children, écrit et interprété par Laine, est une petite merveille, de 2 minutes aussi, très celtique (avec flûte à l'appui), à la Mull Of Kintyre (nul besoin de rappeler que le morceau a été enregistré très peu de temps avant, voire en même temps), qui laisse la place à Girlfriend, que tous les fans de Michael Jackson connaissent, le chanteur l'ayant repris en 1979 sur Off The Wall. Cette chanson interprétée d'une voix de fausset a été écrite par Macca qui devait initialement l'offrir à Michael Jackson, qui la chantera un an plus tard finalement. La version Wings est sublime. On notera que Jackson ne chantera pas, dans sa version, le bridge central. Enfin, la face A se finissait sur le terriblement rock et bourrin I've Had Enough, sans doute ce qui se rapproche le plus d'une chanson punk pour les Wings. Pas ma préférée de l'album (mais pas celle que j'aime le moins non plus, elle est sur la face B), mais ça envoie le bois et on a direct envie de retourner le disque.

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Cette face B s'ouvre sur les 5,45 minutes inoubliables, délicieusement pop et suaves, de With A Little Luck, tube de l'année 1978 (un des tubes, je veux dire), un régal total. Le son des claviers, sur ce morceau (dans le passage instrumental central), me fait penser à certains passages du Quadrophenia des Who (1973). Famous Groupies est une chanson amusante, pas immense mais quand même bien fendarde, sur un des aspects de la vie d'un rockeur, il est entouré de groupies à ne plus savoir qu'en foutre ; le final, vocalement parfait, est meilleur que son entame. Deliver Your Children, écrite et interprétée par Laine (marrant que ses deux chansons aient le mot 'children' dans leur titre), est une merveille folk et d'atmosphère celtique, une chanson bien sous-estimée j'en ai l'impression. Bien meilleure que Name And Address, pastiche rockabilly que je n'hésite pas à qualifier de chanson la moins aboutie de l'ensemble (et, oui, c'est celle-là que j'aime pas trop sur le disque), on sent que le groupe s'est amusé à la faire, mais le rockabilly et moi, ça n'a jamais été le kif absolu. Don't Let It Bring You Down, qui n'est pas une reprise de la chanson de Neil Young, est une splendeur celtique avec flûte à l'appui, une des meilleures de l'album, album qui se termine en fanfare avec le long (6 minutes) Morse Moose And The Grey Goose, histoire maritime sur un bateau en détresse en pleine mer, avec refrain en morse, claviers parfaits, chant habité et durée idéale. Le morceau parfait pour achever un album dantesque. Car oui, clairement, définitivement, London Town est un album dantesque, un des meilleurs albums de Macca, et je n'attends qu'une chose : qu'il ressorte enfin, en CD, dans la Paul McCartney Archive Collection (au rythme de livraison atrocement lent). J'ignore quel album sera le prochain à être réédité, j'ignore, aussi, quand le prochain album réédité sortira, mais je croise les doigts pour que ça soit cet album. Je ne l'ai qu'en vinyle (qui est en excellentissime état), je veux le CD remastérisé, bon Dieu de bordel de merde !

FACE A

London Town

Cafe On The Left Bank

I'm Carrying

Backwards Traveller

Cuff Link

Children Children

Girlfriend

I've Had Enough

FACE B

With A Little Luck

Famous Groupies

Deliver Your Children

Name And Adress

Don't Let It Bring You Down

Morse Moose And The Grey Goose

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19 janvier 2018

"Permanent Vacation" - Aerosmith

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Sorti en 1987 sous le label Geffen Records, Permanent Vacation est un des albums les plus réussis d'Aerosmith, un des plus intéressants sortis après l'Âge d'Or (1974-1976) du groupe. L'album sera un très gros succès commercial et est très apprécié des fans, il contient une reprise des Beatles (I'm Down, chanson méconnue qui était la face B du single Help !, en 1965) et surtout Dude (Looks Like A Lady), chanson mythique du répertoire des Duponts Volants, que l'on trouve dans le film Wayne's World 2 (film de 1993). Permanent Vacation fait suite à quelques albums franchement moyens pour le groupe (Done With Mirrors, Rock In A Hard Place) et offre, en 50 minutes (presque 51), un condensé de ce qu'Aerosmith, toujours sous leur mythique line-up (Tyler, Perry, Hamilton, Whitford, Kramer) d'origine, pouvait faire. L'album a été produit par Bruce Fairbairn.

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Peu de chansons anodines ici : je n'ai jamais été fan de Simoriah, Hangman Jury et de la reprise du I'm Down des Beatles, mais le reste est totalement bonnard : Permanent Vacation, Angel, The Movie, Magic Touch, Hearts Done Time, l'album aligne les merveilles comme des perles sur un collier. La production est excellente, le son est d'enfer (malgré que l'album ait 23 ans dans les dents, le son reste franchement plus que correct : efficace), Steven Tyler hurle comme jamais, et la guitare de Joe Perry (et celle, bien entendu, de Brad Whitford) est remarquable et trippante. Rag Doll, Dude (Looks Like A Lady) et Angel sortiront en singles et marcheront fort.

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Par la suite, le groupe sortira encore deux très très bons albums (Pump et Get A Grip), mais ces trois disques, Permanent Vacation compris, sont l'exception qui confirme la règle : Aerosmith, en fait, est devenu un gros barnum, un groupe de cirque qui, entre participations animées dans les Simpsons, participations à une attraction de Disney Studios ("Rock'n'Roll Roller Coaster") et albums médiocres (Just Push Play), n'auront de rock que le style de musique qu'ils font. Entre ça et les drogues dures qui ont bien miné le groupe (Tyler et Perry, surnommés les Toxic Twins) et une perte d'inspiration musicale, c'est peu dire qu'Aerosmith, excepté pour trois albums entre 1987 et 1993, sont devenus franchement ridicules. Mais Permanent Vacation, comme le seront Pump et Get A Grip, est franchement réussi.

Chronique complémentaire de Super Coton Tige

Ce disque là mon vieux, il est jouissif ! Steven rigole à tout va, Joe fait la gueule, comme d'hab, et surtout ils sont vivants ! "Permanent Vacation " : ou comment des stars du rock qui ont connu presque une décennie de la déchéance la plus noire reviennent sur le devant de la scène. Avec ce skeud, Tyler, Perry & Cie nous livrent un grand moment de rock n' roll. Un disque qui marque le grand retour d'Aerosmith qui, il faut bien l'avouer, n'était plus attendu à ce niveau à l'époque, avec un Tyler en très grande forme. L'album précédent, "Done With Mirrors " était déjà prometteur, une sorte d'album de transition et de reformation qui mettait fin à la série noire mais sans vraiment décoller. C'est ici que la résurrection a lieu, le 31 août 1987. Et pourtant à la lecture des crédits, les inconditionnels de "Toys " et de "Rocks ", du grand Aerosmith des 70's quoi, pourraient s'étrangler : Aux manettes, Bruce Fairbairn (hmm...), Jim Valance (grrr) et cet affreux Desmond Child (arrgggghhhh !!!) crédités sur de nombreux titres. Oui, parmi eux, le songwriter mercenaire le plus racoleur, le plus putassier, le plus commercial et aussi le plus efficace de sa génération. Vous avez tous aimé Desmond Child mais vous ne le savez peut être pas. Vous avez, comme tout le monde, braillé sur "Livin' on a Prayer" de Bon Jovi en faisant "Waaaaaw haw !" sur le refrain, vous avez hurlé avec les chœurs pour accompagner Alice Cooper sur "Poison". Les plus pervers (ou plus jeunes, au choix) d'entre vous ont appris l'espagnol en gueulant "Livin' La Vida Loca" avec... Ricky Martin. Il est venu au secours d'un nombre incalculable de carrières musicales stagnantes, enlisées et erratiques. Pour les vieux hard rockers en quête de renouveau, pour les jeunes aux dents longues mais en panne d'inspiration : un seule solution : Desmond Child. Un couplet nerveux, un gros refrain étiré et répétitif, et le tour était joué. La porte des charts s'ouvrait en grand. On parla même à une époque d'un syndrome Desmond Child, tant les artistes concernés étaient ensuite parfois complexés et vexés de devoir une partie de leur réussite à un pur requin des studios qui alignait les tubes avec une précision chirurgicale, mécanique et industrielle. Et ils passaient alors le reste de leur carrière à tenter de prouver que, eux aussi, savaient écrire des chansons (coucou Bon Jovi). Tout ça pour dire que, ça sent le sapin et la variétoche FM à plein nez. Et pourtant à l'écoute de l'album, même pas ! C'est miraculeux ! Car oui, si on peut dire que cette musique est bien faite (calibrée diraient certains) pour s'étalonner sur les ondes, on rêverait n'entendre à la radio que de la came de cette qualité-là, quel que soit le style proposé.

Je vais probablement en surprendre quelques uns, mais je trouve que ce disque fait surtout la part belle à la rythmique écrasante du batteur Joey Kramer. Le titre d'ouverture "Heart's Done Time" nous le confirme, avec son intro bizarroïde sur fond de cris de baleines. L'explosif "Magic Touch" est survitaminé, avec un refrain super-accrocheur. Le groupe a clairement retrouvé sa bonne humeur, en témoigne les deux hits "Rag Doll" et "Dude (Looks Like A Lady)" ainsi que leurs clips barrés. "Simoriah" nous livre un Steven Tyler excellent, le blues "St. John" avec sa rythmique groovy est digne d'un affrontement épique entre deux bandes de gangsters dans un ghetto de Boston, alors que l'intro de "Hangman Jury" nous donne l'impression d'être dans un ranch au Texas, dépaysement garanti. Harmonica, guitare sèche, servi par la voix bluesy de Steven Tyler, tout y est. "Girl Keeps Coming Apart" est la chanson pop de l'album, une de celle qui j'aime le moins avec "I'm Down", reprise des Beattles, mais ça reste deux morceaux corrects. Aerosmith n'a rien perdu de son côté fun et ajoute quelques conneries par ci par là. Le morceau titre notamment, contient des sonorités très "hawaïennes", on imagine un Steven Tyler en chemise orange à fleurs en train de danser sur une plage pendant qu'un Joe Perry sirote une Margarita sur une chaise longue. "Angel" est la ballade de l'album, et on constate tout de suite que  celle-ci est bien plus orchestrale que les ballades des albums précédents. Peut être un peu trop, mais cela reste un très bon titre, où Tyler fait bien plus de manières mais chante fichtrement bien. En générique de fin, l'ovni "The Movie", un instrumental assez sombre, mais très réussi, et toujours avec cette batterie très en avant. Sans aucun doute l'un des sommets du groupe, sans être comparable avec "Toys In The Attic " ni avec "Rocks " tant le style est différent.

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"Permanent Vacation " est un album entraînant qui maintient un équilibre quasi parfait entre les racines Boogie/Blues/Hard Rock du groupe et le désir de séduire le plus grand nombre grâce à l'apport de mélodies imparables, d'arrangements musicaux ayant recours aux claviers, aux percussions et aux cuivres ainsi qu'à une production lissée et typée blockbuster fin 80's des plus efficaces. Pas vraiment de faiblesse ici ("Girl..."  et dans une moindre mesure "I'm Down" sont des titres de remplissage honorables), une seule ballade, le groupe n'est pas encore atteint par le syndrome Scorpions, et c'est pourtant largement suffisant pour retrouver le sommet des charts (le disque 2x platine en 1988, soit à peu près autant de ventes que les 3 albums précédents réunis). Ce flot de chansons aguicheuses et faciles est ainsi transformé par le groupe pour obtenir ce cocktail dont l'extraordinaire énergie n'a d'égale que sa totale adéquation à l'air du temps. Là où Desmond Child ne peut écrire que des tubes épars et impersonnels, Aerosmith donne au disque son identité, son ambiance et sa cohérence. Cet album sent la fête et le soleil, et il marque le début d'un des plus grand come-back de l'histoire du Rock, et aussi d'une trilogie d'albums de grande classe. L'essai sera transformé 2 ans plus tard avec le phénoménal "Pump ", plus roots, plus blues, et aussi plus équilibré et meilleur que cet album qui vaut pourtant son pesant d'ecsta.

Heart's Done Time

Magic Touch

Rag Doll

Simoriah

Dude (Looks Like A Lady)

St John

Hangman Jury

Girl Keeps Coming Apart

Angel

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Posté par ClashDoherty à 12:20 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
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"Tusk" - Fleetwood Mac

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Ce disque a un peut été le début de la fin pour Fleetwood Mac. Il n'obtiendra pas un succès gigantesque à sa sortie (la tournée mondiale, immortalisée par un remarquable double live sorti en 1980 sous le nom de... Live, elle, a été un succès), et par la suite, le groupe aura eu bien du mal à retrouver son statut d'antan. Aucun des albums suivants, que cela soit le plutot correct Mirage en 1982, ou bien Tango In The Night en 1987, ou le plus récent Say You Will en 2003, aucun ne sera un triomphe. Incontestablement, Tusk sera le dernier baroud d'honneur, le dernier disque majeur et, osons le dire, intéressant, du groupe anglo-américain (mais, à l'origine, purement anglais). Cet album, double à sa sortie en 1979 (mais un double bien court : 74 minutes, pour 20 titres cependant), sorti dans un packaging coûteux de pochette, sous-pochettes et sous-sous pochettes de carton glacé (et de plus, la pochette principale était gaufrée au niveau de la photo et avait une texture proche du papier vinyle), a été composé en grande partie par le guitariste et chanteur (enfin, une des trois voix) du groupe, Lindsay Buckingham. Des morceaux ont même été enregistrés chez lui et le groupe remercie carrément son guitariste au dos de la pochette. Pochette qui représente, sur fond blanc pierreux, une photo d'un petit chien du genre Jack Russell, en train de mordiller le bas d'un pantalon. Ce petit chien revient souvent dans l'artwork de la pochette intérieur, difficilement descriptible avec ses montages/collages de diverses photos et dessins (les membres du groupe, le petit chien, des éléphants, des décors) et ses photos stylisées (les membres du groupe dans des positions parfois invraisemblables, dans des décors de magazine). Un an avant la sortie de l'album, en 1978 donc, Jodorowsky réalise le film Tusk (aujourd'hui, hélas, presque perdu), film qui se passe en Inde coloniale et raconte l'amitié entre une jeune femme et un éléphant ('tusk' : 'défense'). Malgré le fait que l'album porte le même titre et qu'on trouve des éléphants dans l'artwork, les deux oeuvres n'ont rien à voir. Je tenais à le préciser même si c'est vraiment anecdotique.

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McVie, Nicks, Fleetwood, Christine McVie, Buckingham

En 1978, Fleetwood Mac est aux anges. Leur précédent opus, Rumours, en 1977, a complètement cartonné, mais alors quelque chose de bien. On parle d'un des albums de 1977 (pourtant année punk, or l'album est de la pure pop californienne), et d'un des albums les plus vendus de tous les temps, il est toujours une immense vente. Déjà que le groupe avait réussi sa reconversion, deux ans plus tôt (grâce à l'arrivée de Lindsay Buckingham et de la chanteuse Stevie Nicks, à l'époque la femme de Buckingham), mais Rumours, enregistré dans des conditions difficiles, fut le pinacle. Mais comme je l'ai dit, enregistré dans des conditions difficiles : tous les membres du groupe, en crise, étaient en instance ou en menace de divorce : le couple Buckingham/Nicks, le couple McVie (John, membre originel, à la basse, et Christine, présente depuis 1970, aux claviers et chant), et le batteur originel du groupe, Mick Fleetwood (qui aura une aventure avec Nicks), de son côté. Le groupe a cependant survécu à ces tensions mais l'album semble en parler du début à la fin. Deux ans plus tard, ils parviendront encore, tant bien que mal (Nicks en fera une chanson, immortalisée sur le Live de 1980, qui parle des difficiles mais surmontables séquelles de Tusk : Fireflies), à surmonter les conditions difficiles (sans doute accentuées par la drogue : le groupe s'enfilait pas mal de cocaïne et de gnôle), de Tusk. Coûteux (l'album de rock le plus cher de l'époque), généreux, aventureux, parfois même bordélique au premier abord, l'album est difficile à pleinement apprécier au départ, ce n'est qu'après quelques écoutes qu'on parvient à le choper. Ou plutôt, c'est Tusk qui vous chope, et là, croyez-moi, il ne vous lâche plus !

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Une des sous-pochettes (dans laquelle était glissée une autre sous-pochette, puis le disque)

Bien que n'ayant pas cartonné à sa sortie (soyons clairs, ça n'a pas non plus été un bide ; mais comparé à Rumours...), Tusk a eu droit à son carcan de hits : Sara (par Stevie Nicks), longue chanson de plus de 6 minutes qui sera rabotée de deux minutes pour son single (et la première édition CD de l'album, un CD à l'ancienne, de ceux dont la capacité était inférieure à 74 minutes, proposait hélas cette version single à la place de la version longue, ce qui, heureusement, est désormais rétabli), est une pure merveille sur laquelle la voix si sublime (mais un peu tâchée par les abus de cocaïne, même si ça empirera par la suite) de Stevie fait des siennes. Achevant la première face avec élégance, cette chanson, la plus longue de l'album, est aussi une des meilleures. En live (voir le Live de 1980, qui contient trois titres de Tusk), elle sera un des jalons des concerts. Autre single, Tusk, chanson étonnante signée Buckingham (9 des 20 titres de l'album sont de sa main) que le groupe a enregistré live au Dodger Stadium de Los Angeles (à Chavez Ravine), en compagnie de la fanfare de l'UCLA (Université de Californie - Los Angeles), l'U.S.C. Trojan Marching Band. Le morceau est un beau petit bordel aux paroles (Why don't you tell me what's going on, why don't you tell me who is on the phone ? ) qui semblent parler des problèmes personnels que Buckingham et Nicks (qui se tapait Fleetwood) avaient connu récemment. Très aventureux avec sa fanfare, ses vocaux hystériques (Don't say that you love me ! Tusk ! Tusk !) et ses percussions insensées (Fleetwood tapait sur une cuisse d'agneau avec une spatule !), le morceau est remarquable et inoubliable, mais c'est aussi le plus dingue, de loin, de l'album. D'autres chansons sortiront en singles : Not That Funny (qui, en live, durera parfois 9 minutes bien barrées ; un morceau de Buckingham), Think About Me (de Christine McVie), l'intense et sublime Sisters Of The Moon de Nicks. 

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Publicité d'époque

D'autres auraient mérité une sortie single : Storms de Stevie Nicks, Brown Eyes de McVie (morceau atmosphérique sublime sur lequel Peter Green, guitariste originel de Fleetwood Mac, parti en 1970 pour des raisons de santé mentale défaillante - ce qui sera le cas pendant de nombreuses années, notamment à l'époque de Tusk - joue de la guitare additionnelle, ce dont il n'a aucun souvenir, et il n'est d'ailleurs pas crédité sur la pochette pour des raisons, probablement, de droits et de labels), Over & Over de la même McVie (morceau sublime ouvrant l'album), Walk A Thin Line de Buckingham et surtout, cette superbe chanson, belle à en crever, qu'est Beautiful Child (de Nicks). D'autres titres, enfin, sont assez à part, tous sont des morceaux de Buckingham, morceaux souvent courts et minimalistes, comme Save Me A Place (acoustique), The Ledge (morceau très étonnant, assez binaire, qui étonne, d'autant plus qu'il est placé en seconde position sur l'album), That's Enough For Me (qui dure moins de 2 minutes !), That's All For Everyone. Ils concourent à faire de Tusk une sorte de version pop californienne 70's du Double Blanc des Beatles (avec Tusk en guise de Revolution 9, mais en un milliard de fois moins bruitiste, et Never Forget en guise de Good Night).

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Une autre des sous-pochettes

Diffusé, dans son intégralité, à sa sortie, par une radio californienne (RKO), ce qui a probablement un peu miné ses performances commerciales selon Fleetwood car beaucoup de monde l'ont enregistré chez eux et n'avaient, donc, pas besoin d'acheter le double album, Tusk est un des derniers grands disques pop/rock des années 70, aux côtés de The Wall de Pink Floyd (de la même année) et du Out Of The Blue d'Electric Light Orchestra (1977), ces albums aventureux, généreux (tous les exemples que je cite sont des doubles albums), pas forcément parfaits car longs - mais selon moi, Tusk est un des rarissimes doubles albums, avec Physical Graffiti de Led Zeppelin et Exile On Main St. des Stones, à être littéralement parfait, aucun morceau de trop -, sont un reflet de leur époque. Par la suite, dès les années 80, il y aura encore des doubles albums de temps en temps, voir le The River de Springsteen par exemple, mais ça deviendra de moins en moins fréquent. Pour résumer : disque cher (cher à concevoir, cher à la vente en magasin aussi), complexe, long, généreux, aventureux, moins accessible que Rumours, Tusk est un petit chef d'oeuvre, probablement même le meilleur album du groupe (du moins, de leur période pop/rock, démarrée dans le milieu des années 70, car pour ce qui est de la période blues-rock des débuts, Then Play On, de 1969, reste intouchable). Essentiel !

FACE A
Over & Over
The Ledge
Think About Me
Save Me A Place
Sara
FACE B
What Makes You Think You're The One
Storms
That's All For Everyone
Not That Funny
Sisters Of The Moon
FACE C
Angel
That's Enough For Me
Brown Eyes
Never Make Me Cry
I Know I'm Not Wrong
FACE D
Honey Hi
Beautiful Child
Walk A Thin Line
Tusk
Never Forget

Posté par ClashDoherty à 08:00 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
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